Critique BD- Le chasseur de rêves tome 1 – Gare au Bétopotame ! de Martin Desbat

Le chasseur de rêve fait un choix étrange dans des codes connus des enfants. Le personnage central, un chasseur à mi-chemin entre Don Quichotte et Tartarin de Tarascon, fort bien secondé par le dévoué Sancho, clin d’œil manifeste à son homonyme ibérique, recherche sans cesse de nouvelles proies à ajouter à son tableau de chasse. Du Bétopotame au Poëléphant en passant par le bufflet empire, la fantaisie tient bien sa place et captera l’attention des jeunes lecteurs. L’âme d’Alice au pays des merveilles plane sur l’histoire et participe de la magie poétique qui se dégage de l’ensemble. Voyage dans le temps, animaux fabuleux, mobilier animé et partie de chasse en tout genre, il y a de quoi faire ! Le trait affirmé révèle une personnalité façonnée par un univers de l’auteur qui signe d’un cligne de l’œil par des détails disséminés çà et là. Les personnages sont affublés de gros nez, les décors bien fournis et la couleur bien appliquée, ni criarde, ni terne, avec des cases et des planches harmonieusement composées. A partir d’une trame anodine, l’auteur mène la chasse avec une inventivité qui trouve sa source dans les grands classiques. Nul doute que les prochains épisodes visiteront encore des univers familiers avec ce qu’il faut d’originalité pour les raviver.

Note : 8/10

Format: 21 x 28,5 cm 

Âge: BD Jeunesse
Nombre de pages: 48 pages en couleur
Parution: 6 janvier 2016
Collection: BD Jeunesse
ISBN: 9782848658377
Prix: 12,50 €

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Critique Livre : Le festin de citronette d’Angélique Villeneuve et Delphine Renon

Imaginez un jardin extraordinaire où poussent une multitude d’herbes sauvages, des arbres fruitiers somptueux, un jardin où personne ne pousse la porte, y compris Citronnette, jolie femme au manteau pois jaune et au couvre chef vert citron. Car Citronnette a en elle cette timidité des gens bons et généreux, celle qui fait de ces personnes, des êtres beaux à croiser au détour d’une pierre, celle qui fait qu’il est bon de partager un morceau de tarte, une citronnade maison, du pain ou une portion de frites maison.
Imaginez oui un jardin et dans ce jardin extraordinaire, une ombre qui s’avance, s’aventure, se déplacent derrière les arbres. Une ombre ronde. Quelqu’un serait-il entré dans l’antre bucolique de Citronette sans lui demander sa permission ?
Prenant son courage et sa timidité à deux mains, notre jolie femme au manteau à pois jaune ouvre sa porte et s’aventure à petit pas feutrés dans son jardin aux herbes mouillées par la rosée matinale.

Mais qui a bien pu entrer ? Qui a bien pu déposer ce grand chapeau noir ? Qui est ce rocher rond, gris et râpeux qui semble écorcher par la vie ? Comment a-t-il pu rouler jusque sur cette pelouse où il semble vouloir se cacher, se terrer ? Et pourquoi tant de grognements, de ronchonnements de sa part ? Pourquoi ne semble-t-il pas content ?  Et à qui appartient ce nez pointu que l’on distingue derrière le vieux prunier ? En compagnie de son chat à la queue poissonneuse et à l’œil velouté d’une tache rousse, Citronnette s’en retourne à petits pas pressés, dans sa maison tranquille où elle s’enferme pour réfléchir dans sa cuisine aux carreaux gris et au sol jaune rainuré. Une jolie cuisine où il fait bon se poser.
Un ouvrage comme une recette de cuisine, Cet amour à préparer un livre comme on prépare un repas à partager avec ces personnes que l’on aime, celle que l’on ne connait pas mais que nous ne demandons qu’à connaitre.  Une vraie ode aux petits riens, à ces petits cœurs qui se découvrent le temps d’un festin. Une petite poésie qui fait un bien fou à lire.

Quand aux illustrations  il faut se pencher avec douceur et délectation dessus, prendre son temps de laisser divaguer son regard, d’admirer de pages en pages, la lente éclosion du cœur, ce cœur de citronnette qui devient citronnier. Il faut prendre ce temps pour apercevoir chaque pièce du puzzle qui devient vie, se couvre de feuilles, d’herbes, de fleurs qui  éclosent et d’un chat au sourire facétieux.
Un ouvrage qui donne envie de porter un joli chapeau citronné, de confectionner un repas champêtre, une multitude de tartes, des tonnes de boulettes à la sauce tomate et des frites à manger avec les doigts, boire des litres de citronnade jusqu’à plus soif.

Note 8,5/10

Format: 21 x 28 cm
Âge: Dès 5 ans
Nombre de pages: 32 pages
Parution: 6 janvier 2015
Collection: Album
ISBN: 978-2-84865-807-0
Prix: 14,90 €

 

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Critique livre : Franz, Dora, la petite fille et sa poupée de Didier Lévy et Tiziana Romanin

Cette  album  est l’histoire d’une promenade qui va changer les choses pour un des personnages les plus connus de la literrature : Kafka.

En se baladant dans le parc, Franz et Dora, sa fiancée rayonnante, croisent une petite fille Ingrid triste d’avoir perdu sa poupée. Et Franz d’improviser immédiatement une histoire de voyage puis, une fois rentré, de se mettre dans la peau de la poupée qui enverrait des lettres à Ingrid. À chaque nouveau courrier, elle parle de vacances à l’étranger, de promenades à la montagne, d’indépendance puis plus tard de rencontre, de mariage, comme la fin de cette parenthèse épistolaire.

Inspiré d’une histoire vraie, cette histoire qui nous fait rencontrer un écrivain inventif bien qu’assez peu satisfait de lui-même – il souhaitait qu’à sa mort tout ses manuscrits soient brûlés. Mais c’est aussi un livre autour de la bienveillance, du partage, de la douceur, de l’imaginaire et de la surprise  Les lettres font rêver, s’évader un peu Ingrid et aussi Kafka qui les écrit. On y retrouve énormément de délicatesse, tant dans le texte, que dans les images qui amènent une atmosphère presque nostalgique, chaude, du Berlin des années 1920.

Note 10/10

Format: 22,5 x 30 cm
Âge: Dès 7 ans
Nombre de pages: 40 pages
Parution: 6 janvier 2016
Collection: Album
ISBN: 978-2-84865-841-4
Prix: 15,90 €

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Critique Livre: Le chien-chien à sa mémère d’Agnès de Lestrade et Clothilde Delacroix

Le Chien-chien à sa Mémère de Agnès de Lestrade et Clothilde Delacroix est une histoire attachante, on accroche de suite aux illustrations. Ici il n’y a  que trois couleurs : le blanc de la page, le noir des lignes et les quelques touches de rouge par-ci par-là.

Cet album raconte la belle histoire d’amitié entre un chien et sa maîtresse. Leur complicité, leur quotidien où chaque activité est réalisée à deux. Et puis, une nouvelle rencontre vient chambouler cet équilibre. Le Pépère fait concurrence au Chien-chien ! Ce dernier se sent alors de trop et quitte sa maîtresse la queue entre les jambes, malheureux. Rassurez-vous, le récit se termine bien, dans la joie et les léchouilles !

Il y a peu de texte, si bien qu’une fois l’histoire lue avec les parents, l’enfant peut recommencer seul et ré-écrire l’histoire à son goût.

Note : 10/10

Format: 26 x 21 cm
Âge: Dès 5 ans
Nombre de pages: 48 pages
Parution: 6 janvier 2016
Collection: Album
ISBN: 978-2-84865-843-8
Prix: 14,50 €

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La Fille du train de Paula HAWKINS

Synopsis:

Depuis la banlieue où elle habite, Rachel prend le train deux fois par jour pour aller et revenir de Londres. Chaque jour elle est assise à la même place et chaque jour elle observe une jolie maison. Cette maison, elle la connaît par cœur, elle a même donné un nom à ses occupants qu’elle aperçoit derrière la vitre : Jason et Jess. Un couple qu’elle imagine parfait, heureux, comme Rachel a pu l’être par le passé avec son mari, avant qu’il ne la trompe, avant qu’il ne la quitte. Mais un matin, elle découvre un autre homme que Jason à la fenêtre. Que se passe-t-il ? Jess tromperait-elle son mari ? Quelques jours plus tard, c’est avec stupeur qu’elle découvre la photo de Jess à la une des journaux. La jeune femme, de son vrai nom Megan Hipwell, a mystérieusement disparu…

Critiques:

Avec ce premier livre, Paula Hawkins ne révolutionne pas le thriller. Vous y trouverez un mort, une enquête et un meurtrier, le tout dans un dénouement assez prévisible. Rien qui ne change les codes. Alors pourquoi un succès aussi impressionnant ? Sa force, La fille du train le doit à ton son aspect psychologique et humain, à ses personnages dont cette fille dans le train, Rachel. L’enquête n’est qu’un prétexte pour nous parler de Monsieur et Madame tout le monde. Le sujet du livre, c’est eux, c’est vous, c’est nous avec nos façades parfaites et nos sombres secrets.

La narration originale de La fille du train s’effectue à trois voix, celles de Rachel, Megan et Anna. Trois femmes que tout semble opposer mais qui vont être unies par une ville, son train et son meurtre (et d’autres choses que nous découvrirons au fil des pages). Avec une répartition de la parole bien construite, elles vont, l’une après l’autre, nous donner leurs points de vue, nous révélant leurs pensées les plus intimes sur les événements du livre.

Et cette proximité va nous révéler trois femmes toute aussi antipathique l’une que l’autre. Mais Paula Hawkins réussie à les rendre humaines, surtout Rachel. A vrai dire, je me suis même retrouvée en elle (sans les canettes de Gin tonic dans le sac) : une femme pas parfaite qui veut juste bien faire les choses. Pourtant, Rachel a vraiment tout pour déplaire : alcoolique, divorcée, chômeuse, squatteuse, menteuse et trop curieuse. Vraiment l’inverse d’un portrait idyllique. L’anti-héroïne par excellence. Celle, paradoxalement, à laquelle nous finissons par nous y attacher. Et Megan et Anna ne sont pas mieux.
Mais Rachel est malade, très malade. Ca n’excuse rien, bien au contraire. Sa dépression et son alcoolisme atteignent leur paroxysme la nuit du meurtre de Megan. Victime d’un grave black-out, Rachel ne se souviendra de rien. Paula Hawkins va jouer avec la mémoire de Rachel comme elle joue avec le lecteur. Entre fausses pistes et rebondissements, l’auteur fait monter la tension et vient rythmer l’intrigue de La fille du train.

L’écriture hyper réaliste de Paula Hawkins va donc vous captiver. Qui a tué Megan ? Qui sont vraiment les trois héroïnes ? Quel est le lien ? Rachel va-t-elle se souvenir ? Tout un tas de questions qui vous tiendra sans difficulté en haleine. Mais des réponses qui auront aussi comme effet de vous rappeler que quelque part, nous sommes tous un peu voyeur dans l’âme.

Note : 8/10

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