Brève histoire de sept meurtres (17 août 2016) de Marlon James

Kingston, 3 décembre 1976. Deux jours avant un concert en faveur de la paix organisé par le parti au pouvoir, dans un climat d’extrême tension politique, sept hommes armés font irruption au domicile de Bob Marley. Le chanteur est touché à la poitrine et au bras. Pourtant, à la date prévue, il réunit 80 000 personnes lors d’un concert historique. Construit comme une vaste fresque épique abritant plusieurs voix et des dizaines de personnages, ce livre monumental, couronné par le Man Booker Prize 2015, nous entraîne en Jamaïque et aux États-Unis, des années 1970 à nos jours. Convoquant hommes politiques, journalistes, agents de la CIA, barons de la drogue et membres de gangs, il s’interroge avec force sur les éternelles questions du pouvoir, de l’argent, de la politique et de la violence du monde.S’affirmant ici comme le fils spirituel de Toni Morrison et James Ellroy, Marlon James signe un livre hors normes, tour à tour sombre, drôle, cru, et toujours passionnant, signe d’une rare ambition littéraire et d’un talent prodigieux.
« Un roman à la fois terrifiant, lyrique et magnifique, écrit par l’un des jeunes auteurs les plus talentueux d’aujourd’hui. » Russell Banks

Critique : Le roman tourne autour d’un événement capital pour la Jamaïque : la tentative d’assassinat de Bob Marley le 5 décembre 1976. Deux partis se disputent le pouvoir : le PNP à gauche et le JLP à droite. Or le JLP craint que le gouvernement au pouvoir, le PNP, ne profite de l’immense popularité dont jouit Bob Marley pour gagner les élections à venir qui doivent avoir 2 mois après le concert. Cette crainte est renforcée par l’affiche du concert : “Concert présentes by Bob Marley in association with the Cultural Département of the Gouvernement of Jamaica”. L’ordre est alors donné d’abattre Bob Marley pour créer le chaos et espérer voire émerger un nouveau gouvernement, loin des idées gauchistes. Le livre se focalise ainsi sur les 7 assassins et les témoins de la tentative d’assassinat en les suivants sur plusieurs décennies. On y parle de politique, de la CIA (que l’auteur désigne implicitement comme le donneur d’ordre dans le but d’éviter que le communisme ne s’invite en Jamaïque) de gangsters (aux mains des politiques) et de drogue, le tout sur fonds de meurtres, de misère, de ghetto et de sexe.
La narration est à la première personne, l’auteur se glissant dans la tête de ses personnages. Le style ne change que peu et l’argot domine. Une écriture rafraîchissante mais on ressent une certaine usure vers 400ème pagé… Le livre est un peu trop long, d’autant que les mêmes scènes sont parfois racontées par tous les personnages incriminés. Et si les chapitres sont généralement courts pour donner un peu de rythme, on se retrouve avec des chapitres de plus de 50 pages. L’auteur adopte le ton de ses personnages, les rend vivants, parfois attachants, parfois terrifiants. Certains ne font qu’un passage éclair, d’autres s’expriment sur des centaines de pages autre petit point négatif et que certains personnages changent de nom en cours de route. Il faut donc s’accrocher pour suivre. C’est violent, brutal, triste, désespérant même mais c’est aussi d’une incroyable beauté. Il est impossible d’abandonner la lecture du livre, d’abandonner ne serait-ce qu’un seul de ces personnages quasiment tous inspirés de personnes réelles, malgré les petits défauts évoqués on ressors de cette histoire qui permet aux lecteurs d’avoir un regard unique sur la Jamaïque.

Note : 8,5/10

 

  • Broché: 864 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (17 août 2016)
  • Collection : Terres d’Amérique
  • Prix : 25 euros

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