La conjuration de Göttingen (1 septembre 2016) de Jérôme Legras

Juin 1954. On retrouve le corps sans vie du bibliothécaire adjoint de l’université Princeton, William Wein. Avant de mourir, avec son sang, il parvient à tracer sur une stèle la lettre epsilon.
Le chef adjoint de la police locale, Michael Rumford, est chargé de l’enquête. Mais celui-ci, épaulé par l’inspecteur Bill Barlowe, va découvrir peu à peu que ce meurtre n’a rien d’un crime de routine…
En se rapprochant de physiciens allemands ayant fui le nazisme, les deux enquêteurs se trouvent mêlés à d’anciens complices de la Wehrmacht comme à de fervents tenants du maccarthysme.
Albert Einstein a-t-il plagié un article d’Henri Poincaré sur la découverte de la relativité ? Edgar Hoover, le patron du FBI, cherche à faire chanter le physicien pour s’assurer qu’il cessera de s’opposer publiquement à la bombe H.
Espionnage industriel, soupçons d’amitiés communistes, guerres entre scientifiques sur fond de rideau de fer, Michael Rumford n’est pas au bout de ses peines…

Critique : L’auteur va nous offrir une intrigue haletante, qui met face à face les grands hommes tourmentés et des justiciers ordinaires. L’envers du décor que découvre Michael Rumford permet de voir sous un jour nouveau l’histoire de l’arme atomique. Armé d’une très grande imagination, Jérôme Legras retrace l’évolution fascinante d’une science dont les bases sont révolutionnées tout au long du XXe siècle. Le style de l’auteur impressionne. Il reste pourtant simple mais ce style et le propos touchent directement à l’âme. Le propos est mélancolique voire dépressif. Toute victoire contient une défaite. Seule la défaite est réelle, la victoire est illusion.
Pourtant en filigrane on comprend que si la cause est juste et surtout sincère, la guerre peut-elle être justifiée. D’où nous vient cette volonté forte d’auto-destruction? Pourquoi l’humanité passe-t-elle plus de temps à s entre-tuer qu’à jouir pacifiquement? Écoutez nos défaites, écoutez le silence de plomb qui suit la bataille, regardez les morts qui gisent à nos pieds, regardez les larmes qui coulent sur les visages des mères endeuillées.
À travers les époques, les continents, Jérôme Legras traque les mystères de l’epsilon sanglant avec une grande habileté. La structure travaillée du livre permet d’avancer dans l’assemblage les pièces de ce puzzle aux formes saugrenues. Car derrière chaque triste victoire, se cache une défaite, celle de l’opposant vaincu mais surtout celle du vainqueur. Un lien est patiemment construit entre les remords de Max Planck vieillissant, l’assassinat d’un bibliothécaire de province et les efforts d’Edgar Hoover, le chef du FBI, pour épingler Robert Oppenheimer, présumé communiste. La trame narrative joue sur un temps habilement éclaté qui permet au lecteur de reconstruire progressivement le récit à plusieurs niveaux. Un très bon livre à découvrir.

Note : 9/10

 

  • Broché: 450 pages
  • Editeur : Archipel (1 septembre 2016)
  • Collection : Suspense

51a-e7YP5OL._SX308_BO1,204,203,200_.jpg

 


Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s