Hamlet au paradis (7 septembre 2017) de Jo Walton

Londres. 1949. Viola Lark a coupé les ponts avec sa noble famille pour faire carrière dans le théâtre. Quand on lui propose de jouer le rôle-titre dans un Hamlet modernisé où les genres ont été chamboulés, elle n’hésite pas une seconde. Mais l’euphorie est de courte durée, car une des actrices de la troupe vient de mourir dans l’explosion de sa maison de banlieue. Chargé de l’affaire, l’inspecteur Carmichael découvre vite que cette explosion n’est pas due à une des nombreuses bombes défectueuses du Blitz. Dans le même temps, Viola va cruellement s’apercevoir qu’elle ne peut échapper ni à la politique ni à sa famille dans une Angleterre qui embrasse la botte allemande et rampe lentement vers un fascisme de plus en plus assumé. Hamlet au paradis est le deuxième volume de la trilogie du Subtil changement. On y retrouve l’inspecteur Carmichael, en fort mauvaise posture, ainsi que l’élégant mélange d’uchronie et de polar so british qui a fait le succès du Cercle de Farthing

Chronique : Jo Walton poursuit sa dystopie avec le deuxième tome de la Trilogie du subtil changement. Nous sommes en 1949, l’Angleterre sombre petit à petit dans le fascisme. Une forme de haine ordinaire à l’égard des Juifs, des étrangers, des communistes… bref de tout ce qui est « différent » s’installe.
Et dans ce contexte, certains fomentent un complot. Tuer Hitler et Mark Normanby lors de la représentation d’Hamlet au Théâtre Siddons.
On va suivre en alternant les chapitres l’enquête de l’inspecteur Carmichael et la mise en place du complot, où on retrouve les communistes, des anciens de l’IRA et des idéalistes qui voudraient revenir « au temps d’avant ». Cette alternance donne une dynamique intéressante, très équilibrée et crée une tension (dans les 100 dernières pages, clairement).
On retrouve un inspecteur Carmichael qui rêve de démissionner pour fuir les personnes qui ont un moyen de pression sur lui( cf. premier volet de la Trilogie). On retrouve les Larkin, dont Viola Larkin, comédienne qui tient le rôle de Hamlet (délicieux clin d’oeil « so British » de Jo Walton à une certaine approche du théâtre) ou Siddy, la soeur communiste ou Pip, celle qui a épousé Heinrich Himmler.
En plus de l’enquête très minutieuse, fine et systématique, et de l’observation quasi clinique, froide, de la montée du fascisme anglais (dont on sait qu’il a eu de nombreux partisans dans les années 30, dont Oswald Mosley, père de Max Mosley, patron de la F1), Jo Walton se livre de nouveau à une critique de la société anglaise. Etude des moeurs, ou de la place de l’aristocratie, modification des valeurs, nostalgie sur l’air du « c’était mieux avant », géopolitique avec l’influence russe… l’analyse est fine et Jo Walton se garde bien de prendre parti. le trio de soeurs Viola, Siddy et Pip est magnifiquement bien rendu, avec même l’ajout de Dodo dont le mari scientifique est courtisé par le Reich et qui semble quand même avoir quelque état d’âme.
Les deux dernières pages… sont brillantes. Jo Walton lamine le lecteur en posant clairement, cliniquement, les choix qui s’offrent à tout citoyen dans des temps troublés. La transposition à l’Europe de 2017 est peut-être audacieuse, mais je pense qu’il ne faut pas l’éviter.

Note : 9/10

 

  • Poche: 416 pages
  • Editeur : Folio (7 septembre 2017)
  • Collection : Folio SF

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