Shutter, Tome 1 : Errance (18 octobre 2017) de Joe Keatinge et Leila Del Lucas

Descendante d’une dynastie de grands explorateurs, Kate Kristopher est une véritable célébrité. Elle a passé sa vie à visiter des contrées lointaines, à combattre des créatures fantastiques, à la recherche de trésors tous plus fabuleux les uns que les autres. Aujourd’hui, Kate s’est rangée et occupe plutôt son temps à dédicacer les récits de ses péripéties qui se vendent comme des petits pains. Mais alors qu’un secret de famille refait surface, cette vie aventureuse qu’elle croyait derrière elle pourrait bien la rattraper…

Chronique : Ce tome constitue le début d’une nouvelle série indépendante de toute autre.  L’histoire commence par un retour dans le passé quand Kate avait 7 ans et que son père l’avait emmenée sur la Lune comme cadeau d’anniversaire. de nos jours elle n’a pas envie de se lever. Il s’agit d’une jeune femme de 27 ans, son chat robot l’admoneste et la taquine gentiment. Elle ouvre les rideaux, dehors des individus étranges circulent.
Bon gré, mal gré, elle s’habille et se rend sur la tombe de son père Chris Kristopher pour l’anniversaire de sa mort. Chemin faisant, elle appelle sa colocataire Alain. Dans le cimetière elle est attaquée par 3 fantômes ninjas roses, puis par 3 rats anthropomorphes, et enfin par un gros robot mécanique rondouillard appelé Harold. C’est le début d’une étrange cavale où il est beaucoup question de son père, et de ses enfants cachés.
Joe Keatinge commence par une scène merveilleuse sur la Lune, où une jeune enfant bénéficie d’un spectacle (la Terre sur un fond étoilé) exceptionnel. Puis il enchaîne avec un réveil difficile dans un monde de légère anticipation , et peuplé d’individus merveilleux. Toutefois, Kate prend le métro aérien, un moment très ordinaire.
Le scénario bénéficie de la mise en images très convaincantes de Leila del Luca, étoffée avec soin par la mise en couleurs d’Owen Gieni. Dès les premières images, le lecteur est séduit par une apparence riche et foisonnante, de très belles couleurs rehaussant toutes les formes. Gieni bâtit des compositions chromatiques très élaborées. Il adapte sa palette à chaque séquence, en particulier pour rendre dompte de la luminosité. Pour autant, il n’a pas choisi de décliner une teinte dominante en plusieurs nuances. Il utilise une palette large pour que chaque élément ressorte, soit une entité graphique à part entière.
De plus, il introduit des variations de nuances dans chaque forme pour rendre compte de sa texture. Il est possible d’en trouver des exemples dans chaque page. Lorsque Kate ouvre ses rideaux, elle contemple un paysage urbain, sous un soleil radieux. En regardant les plantes à l’extérieur, le lecteur constate qu’Owen Gieni a utilisé différentes teintes de vert pour différencier chaque essence de plantes. Pour chacune, il utilise des nuances dans la teinte de vert pour rendre compte de la surface irrégulière du feuillage, et des reflets de la lumière.

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Quelques pages plus loin, la scène se déroule dans une pièce avec du parquet. La dessinatrice a représenté le parquet avec de grands traits fins délimitant rapidement les lames. Gieni a souligné chaque trait d’un fin trait blanc pour évoquer la limite entre chaque latte et l’imperceptible différence de niveau de l’une à l’autre. Il a également utilisé la couleur pour évoquer la texture du bois, sans se substituer pour autant à l’encrage. Encore plus loin, le lecteur peut contempler la peau d’une créature en forme de dragon, et apprécier le jeu de lumière sur sa forme, tout en nuances (sans effet de miroir basique).
Le travail d’Owen Gieni est d’autant plus remarquable qu’il n’écrase pas les dessins de del Luca. Cette dernière combine des dessins descriptifs détaillés, avec des traits un peu rapides, un peu lâches. Elle réussit à réaliser des images denses en information visuelle, sans rien perdre en spontanéité. Les traits d’encrage utilisés pour détourer les formes peuvent être soit très fins, soit très épais, encore alourdis par les ombres portées. Cette façon d’utiliser l’encrage combine une approche détaillée, et une mise en avant des éléments les plus importants dans la composition, tout gardant une impression de spontanéité, le lecteur passe un très bon moment de lecture, à haute teneur en divertissement. Il apprécie également que Joe Keatinge réussisse à déjouer les clichés habituels, pour les soumettre à sa narration, à créer une héroïne aussi attachante, sans être parfaite.

Note : 9,5/10

 

  • Album: 144 pages
  • Editeur : GLENAT (18 octobre 2017)
  • Collection : COMICS

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