Le dernier verre : De l’alcool et du bonheur (8 novembre 2017) de Daniel Schreiber

C’est notre histoire à tous : l’histoire d’un penchant pour l’alcool, d’une consommation d’abord sociale et joyeuse qui, de verre en verre, de soirée en soirée, dérape vers la véritable addiction. Dans cet essai introspectif convoquant aussi bien Oliver Sacks ou David Foster Wallace que James Bond, Daniel Schreiber interroge avec lucidité notre rapport à l’alcool et s’attaque aux préjugés qui nous empêchent de parler ouvertement des formes les plus banales de cette maladie.

Chronique :  L’alcool est une drogue populaire. Une drogue socialement reconnue qui tue des milliers de personnes chaque année. Celui qui boit est l’un d’entre eux. Si tu restes sobre, tu seras bientôt rétrogradé en tueur de buzz. Les gens qui soulèvent l’alcool dans le ciel comme un bien culturel existent en masse. D’un autre côté, les gens qui ont le courage de révéler des faits sobres au-delà des rapports sur la santé sont plutôt rares. Mais plus précieux encore sont tous ceux qui non seulement ne transfigurent rien, mais nous enrichissent de leurs expériences loin des groupes anonymes.
C’est l’une des nombreuses raisons pour lesquelles ce livre est un grand cadeau. Parce que l’auteur dirige le recit directement vers un drame collectif trop volontiers adouci par les personnes concernées. Daniel Schreiber réussit à le faire d’une manière très charmante, presque subtile et sensible, mais aussi d’une manière très directe. Car quoi de plus authentique que de raconter sa propre histoire et de l’imbriquer habilement dans le fait que l’autodestruction par l’alcool est presque devenue un sport populaire.
Ce qui est vraiment impressionnant quand ont lit ce livre est que Daniel Schreiber aborde le sujet sans prétention. Il n’ y a pas d’index levé, pas d’ode ludique à l’abstinence. Schreiber dirige le regard vers autre chose et c’est un autre cadeau de ce livre. Il nous montre l’autre côté. Ceux que nous ne pouvons plus reconnaître derrière nos rituels quotidiens de consommation d’alcool. Et c’est très astucieux, parce qu’il désenchante le conte de fées dont nous devons nous passer si nous restons sobres. Schreiber met l’accent sur le profit, sur le bonheur de se rencontrer sobrement sans banaliser le fait que l’abstinence demeure un défi pour un dépendant à jamais. Parce qu’on ne les oublie jamais. Parce qu’il est stocké en nous – pour la vie.
« Le dernier verre  » est un livre entièrement au sens de Kafka. Celui qui mord et pique. Vous ne pouvez pas le lire et ensuite prendre le prochain verre complètement inconsciemment. Quiconque le prend en main devrait le savoir.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 226 pages
  • Editeur : Editions Autrement (8 novembre 2017)
  • Langue : Français

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