Le 33ᵉ mariage de Donia Nour (5 avril 2018) de Hazem Ilmi

Egypte, 2048. Le pays est sous l’emprise du Nezam, dictature d’un genre nouveau, mariage infernal entre consommation et religion. Avide de liberté et incapable de s’adapter à cette étrange tyrannie, une jeune femme, Donia Nour, n’aspire qu’à une chose : quitter le pays.

Chronique :  Dans ce roman les gens devraient prie et consomme autant que possible. Ceux qui ne recueillent pas assez de « bonnes actions », par exemple par le zèle religieux, doivent craindre l’accès au ciel. Donia est impatiente de quitter l’Égypte, mais pour payer les remorqueurs, elle a besoin d’un kilogramme d’or. En retour, elle se livre à plusieurs reprises à ce qu’on appelle des plaisanteries : des mariages qui ne servent qu’à des fins sexuelles et qui sont annulés dans les 24 heures. Cependant, les clients ne veulent que des vierges et Donia les fait restaurer encore et encore. Le 33ème mariage est le dernier avant que Donia ait l’or ensemble, mais alors tout se passe terriblement mal…..
Egypte, 1952 : Le professeur et philosophe Ostaz Mukhtar, qui a une citation à comparaître pour blasphème le lendemain, est kidnappé par des étrangers. Presque 100 ans plus tard, ils le ramènent parce qu’il est censé aider un certain Donia Nour.

Ce livre est quelque chose d’assez inhabituel. Il rappelle le « 1984 » de George Orwell, car les habitants sont espionnés par leur propre gouvernement. Il existe un système central qui enregistre la fréquence des prières et ceux qui ne prient pas assez souvent sont convoqués. Les omniprésents gardiens électroniques de la morale sonnent l’alarme dès qu’une mèche de cheveux regarde sous un voile. La situation des femmes ne s’est pas améliorée de manière significative. « Le 33e mariage… » partage surtout le sujet de la dystopie : la théocratie islamique.

Cependant, Ilmi n’alimente pas nécessairement l’islamophobie, parce qu’il ne s’agit pas d’un État islamique voulant conquérir la domination du monde. La théocratie de l’Egypte dans ce livre est localisée, l’Occident continue d’exister et, comme il est déjà normal aujourd’hui, est dénigré et diabolisé. C’est plutôt de la propagande de la guerre froide. Il s’agit plutôt de critiquer ce pour quoi (toute) religion est instrumentalisée et comment elle sert à protéger et à promouvoir les intérêts des puissants et des riches. Le livre critique aussi l’interprétation et surtout le retard des écrits sacrés. A cette fin, Ilmi Ostaz a des discussions controversées dans lesquelles il cite des citations du Coran qui pourraient être interprétées exactement de la manière inverse si l’on leur était ouvert. Malheureusement, dans ses discours, il exagère un peu les provocations ou sont ceux-ci dans quelques endroits vraiment très de la variété de marteau de bois, de sorte que je peux bien imaginer les réactions féroces à ce livre dans les pays arabes.r

Ce livre peut causée de l’inconfort précisément à cause des débats actuels. Mais c’est exactement ce qui rend le livre si spécial : dans le monde occidental, nous avons longtemps été habitués à voir notre mode de vie critiqué et, jusqu’à présent, la majorité des dystopies connues est exclusivement occidentale. Pourquoi une dystopie ne soulignerait-elle pas aussi les dangers dans d’autres cultures, en particulier dans la situation politique mondiale actuelle ? La quête d’un Etat islamique est plus présente que jamais et utilise aujourd’hui précisément les méthodes dénoncées dans ce livre. Il est donc extrêmement important que la question de savoir à quoi pourrait ressembler un tel État à l’avenir soit également soulevée publiquement. Surtout si cela est fait par un Égyptien lui-même, qui connaît le mieux son lieu d’action et sa religion.

En plus de la critique sociale, l’auteur présente des idées intéressantes sur ce à quoi pourrait ressembler l’avenir de la consommation. Avec l’intrigue autour d’Ostaz et des aliens, il apporte un peu de légèreté et d’humour dans l’histoire.  Le livre n’est pas un divertissement superficiel, mais en plus de la critique sociale de l’intrigue et des expériences des personnages principaux, en partie du tabac dur. Néanmoins, il s’agit d’un livre très inhabituel et extraordinaire, qui devrait trouver de nombreux lecteurs.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 368 pages
  • Editeur : Denoël (5 avril 2018)
  • Collection : Denoël & d’ailleurs
  • Langue : Français

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