Chanson douce (3 mai 2018) de Leïla Slimani

«Louise ? Quelle chance vous avez d’être tombés sur elle. Elle a été comme une seconde mère pour mes garçons. Ça a été un vrai crève-cœur quand nous avons dû nous en séparer. Pour tout vous dire, à l’époque, j’ai même songé à faire un troisième enfant pour pouvoir la garder.» Lorsque Myriam décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d’un cabinet d’avocats, le couple se met à la recherche d’une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise et sont conquis par son aisance avec Mila et Adam, et par le soin bientôt indispensable qu’elle apporte à leur foyer, laissant progressivement s’installer le piège de la dépendance mutuelle.

Chronique : Chaque être humain porte en lui un grain de folie.
Chacun est fréquemment ou occasionnellement traversé par des idées folles, d’horrible pensées.
Quel concours de circonstances, quelle sorte d’événement vont pousser un être humain à franchir les barrières et commettre des actes inhumains ?
Voilà la question qui traverse ce livre.
Et cette question, Leïla Slimani nous la jette à la figure d’une façon violente, crue, perverse… et magistrale.
Le ton est donné dès le début, elle n’y va pas par quatre chemins : « Le bébé est mort. »
Suit une description ultra réaliste des crimes et de la scène de crime. En quelques lignes, le lecteur sait tout : la nounou a tué les deux enfants dont elle avait la charge, et ce, d’une façon terriblement violente, comme dans un accès de rage.
C’est terrible, ça vous prend aux tripes, ça vous donne presque physiquement la nausée.
Le premier chapitre est une horreur. En quelques phrases simples et efficaces, Leïla Slimani nous plonge dans l’abomination la plus totale. Mieux que ne le feraient n’importe quelles images. Quand le poids des mots dépasse le choc des photos…
Mais alors : puisque l’on sait tout dès le début, qu’y a-t-il à lire après ? Qu’y a-t-il d’intéressant à découvrir, puisqu’ apparemment il n’y a plus de suspense ?
C’est là qu’intervient la construction ingénieuse. Après l’horreur exposée, l’auteur nous plonge dans la normalité la plus banale.
Un retour en arrière dans lequel on apprend à connaître le couple formé par Paul et Myriam, leurs deux enfants et leur vie de famille relativement classique.
Le travail des parents, l’embauche de la nounou, la recherche d’un équilibre entre vie familiale et professionnelle : on est tellement immergé dans ce quotidien que l’on a soi-même connu ou que connaissent tant d’amis, de voisins, qu’on en oublie la fin de l’histoire.
Au passage, Leïla Slimani nous livre quelques réflexions très justes sur la maternité, sur la place que prennent les enfants  sur les doutes et les interrogations que le fait de devenir parent fait naître : faut-il ou non reprendre son travail, est-ce rentable financièrement, doit-on culpabiliser ?
Tant de questions banales, courantes, traitées sans aucune mièvrerie mais avec une grande justesse.
Et cette banalité détourne l’attention du lecteur… c’est très habile.
Quand la fin revient, on n’en est que plus abasourdi, plus choqué.
Leïla Slimani a écrit là un roman phénoménal. Un texte dévastateur.

Note : 10/10

 

  • Broché: 256 pages
  • Editeur : Folio (3 mai 2018)
  • Collection : Folio

41z-gis4HlL._SX302_BO1,204,203,200_.jpg

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s