Le Cœur perdu des automates (13 septembre 2018) de Daniel H. WILSON

Moscou, 1709. Un automate reprend vie dans un atelier, aux côtés d’une poupée à la mécanique tout aussi précise et complexe que la sienne, sa soeur. Doués de parole et d’une âme, ils ont pourtant tout oublié de leur passé. Et de la guerre qui déchire leurs semblables.

Chronique : Tissant le passé et le présent, cette histoire fonctionne en fait sur deux niveaux, alternant entre la perspective d’un jeune anthropologue de l’Oregon moderne et celle d’un avatar mécanique ressuscité par un machiniste russe au début des années 1700. Le livre s’ouvre sur une scène mettant en vedette la jeune June Stefanov, écoutant le genou de son grand-père bien-aimé qui lui raconte l’histoire de sa rencontre avec un soldat mécanique pendant la Seconde Guerre mondiale. À sa mort, quelques années plus tard, il lui laisse un souvenir de cet affrontement, une relique que June porte près de son cœur alors même qu’elle atteint l’âge adulte et devient une experte en technologies anciennes. Son dernier projet de recherche est axé sur la découverte étonnante d’une poupée d’écriture mécanique vieille de trois cents ans, dont June a hâte de déverrouiller les secrets avant que la machine extraordinaire ne tombe entre de mauvaises mains.

Entre-temps, entre les chapitres de juin, un récit encore plus mystérieux se déroule. Peter Alexeyvich se souvient de sa vie commençant à la cour de Pierre le Grand, qui lui a donné son nom, réveillé par le fidèle mécanicien du tsar, Giacomo Favorini. Mais en fait, ses origines remontent peut-être à des temps encore plus anciens. Avec sa « sœur » Elena Petrova, une horlogère qu’il rencontre dans le laboratoire de Favorini, les deux êtres mécaniques passent les cent prochaines années à fuir leurs ennemis et à essayer de s’intégrer dans la société, tout en se débattant avec des questions existentielles lancinantes et en cherchant à en savoir plus sur eux-mêmes.

Contrairement à Robopocalypse  ce livre s’intéresse moins aux technologies futuristes et plus à l’histoire et la magie. Cependant, il est clair que son amour pour l’écriture sur les machines intelligentes est toujours aussi fort que jamais. Wilson fait également revivre le passé avec une grande précision, permettant à ses lecteurs de tout découvrir, de la Russie du début du XVIIIe siècle à la période victorienne de Londres. J’ai été surpris de me retrouver en train de favoriser les chapitres qui nous ont transportés dans l’histoire, à la suite du pénible voyage de Pierre pour échapper à l’agitation politique qui a suivi la mort de son tsar en 1725. Son caractère a vu tant de choses au cours des siècles, avec ses chapitres contenant toujours quelque chose de fascinant et de nouveau. Cependant, cela ne veut pas dire que les chapitres de June étaient inintéressants ou pas aussi amusants à lire, puisque l’autre moitié de l’histoire est racontée de son point de vue. C’est là qu’intervient le talent d’écriture de Wilson pour l’action. Alors que June tente d’élucider les mystères qui se cachent derrière la poupée d’écriture, elle tombe involontairement dans un monde de danger et de tromperie.  Toujours piégé dans un corps synthétique ressemblant à celui d’une fillette de 12 ans, le personnage d’Elena rappelait beaucoup Claudia de « Interview with the Vampire », de même que la protection féroce de Peter à son égard me rappelle très fortement Louis. Exilés à plus d’un titre, les deux êtres humains au mouvement d’horlogerie sont forcés de cacher leur vraie nature partout où ils vont, et Peter doit aussi faire face aux conséquences des choix d’Elena, de plus en plus frustrée par les limitations qui lui sont imposées en raison de l’apparence extérieure de son âge et de son sexe. De même, dans le présent, June doit surmonter sa terreur et sa confusion pour faire face à la menace qui la poursuit, et son alliance éventuelle avec Pierre est le moteur de l’évolution de son caractère. C’était vraiment agréable de découvrir plus à ce livre que de l’action bon marché et des sensations fortes, et sous la surface se cache un fil qui explore des questions plus profondes comme la recherche d’un but et ce que cela signifie d’être humain.

Si vous avez aimé les livres de Daniel H. Wilson dans le passé, je pense qu’il y a fort à parier que vous apprécierez celui-là aussi. A première vue, deux histoires en une, mais les deux récits sont si intelligemment tissés ensemble que ce que nous avons ici à la fin est une saga digne d’une superproduction hollywoodienne, pleine d’action, d’intrigues et de moments sincères

Note : 9/10

 

  • Broché: 416 pages
  • Editeur : Fleuve éditions (13 septembre 2018)
  • Collection : OUTRE FLEUVE

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