L’ange gardien de Jérôme Leroy

Résumé : On veut tuer Berthet. C’est une assez mauvaise idée. » Agent de l’Unité, une police parallèle devenue au fil du temps un véritable état dans l’État, Berthet est désormais une cible. Il sait trop de choses, depuis trop longtemps. Berthet ne veut pas mourir, il doit raconter son histoire à Martin Joubert, poète et auteur de polars. Il doit aussi continuer à veiller sur Kardiatou Diop, jeune, belle, noire et ministre.

Chronique : L’ange gardien, derrière ce titre quelque peu banal se cache un palpitant thriller politique dans lequel on retrouve encore une fois le terrifiant bloc patriotique qui sert d’arrière-plan politique à l’auteur.

Dans le but de se démarquer du tout-venant de la production policière assez conséquente l’auteur à opté pour une narration morcelée entre trois narrateurs différents apportant ainsi une trilogie de couleurs au récit comme les trois couleurs du drapeau national français.

La première partie du récit nous invite à suivre Berthet, incarnation occulte du monde de l’espionnage français, alors qu’il parcourt les rues de Lisbonne. Entre souvenirs de missions et réflexions sur la politique française et les services de renseignements, Berthet nous plonge dans un monde où la vie d’un homme ou d’une femme ne vaut rien au nom de la raison d’État. Une entrée en matière glacante. Mais Berthet est aussi un homme éperdu d’amour pour une étoile montante de la politique française, Kardiatou Diop, véritable fil rouge du roman, qui va l’entraîner dans son baroud d’honneur.

La deuxième partie met en scène un certain Martin Joubert, ancien prof, écrivain méconnu, vrai alcoolique dépressif. Le ton du livre change radicalement, de mémoire sanglante d’ancien barbouze on bascule dans la comédie dramatique où on ne peut s’ aimer sans se faire souffrir et où l’on meurt avec des morceaux de baguette chinoise dans le nez. L’auteur parvient à maintenir son récit en dehors des limites de l’absurde surtout que la réalité sordide dans laquelle évoluent les protagonistes les rattrape très vite.

Ces deux premières parties malgré leurs ton radicalement différents partagent un toc d’ écriture. Il s’agit de la répétition de deux phrases en ce qui concerne la première partie et de la répétition du nom de Martin Joubert à quasiment chaque phrase pour la deuxième. Cela donne un rythme acéré à l’œuvre rappelant le stataco d’une mitraillette, même si cela fonctionne surtout dans la première partie.

Enfin la troisième et dernière partie se veut plus poétique, plus romantique, avec là aussi la répétition d’une certaine phrase qui rythme le récit. On assiste à un nouveau changement de point de vue. Le nouveau narrateur nous servira de témoin impuissant de la tragédie finale dans laquelle chacun des protagonistes n’aura au final joué qu’un rôle parcellaire. Les véritables instigateurs restant caché dans l’ombre.

Trois récits. Trois voix distinctes. Trois styles uniques qui jouent chacun un morceau d’une partition qui se révèle tantôt sombre, tantôt mélancolique et tantôt féroce tout en restant harmonieuse. Un grand polar à savourer.

Note : 8/10

Editeur
Editions gallimard
Date de parution
février 2016
Collection
Folio policier

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