La Couleur du trois de Leni ZUMAS| 16 janvier 2020

Quinn, la trentaine passée, est célibataire, sans enfants, et sur le point de perdre son emploi. Comme si sa précarité financière n’était pas suffisamment angoissante, elle doit faire face au retour en ville de Cam, son premier petit ami, dont elle s’est séparée dans des circonstances qu’elle préférerait oublier. Cette réapparition fait remonter à la surface le traumatisme de ses années adolescentes ̶ la mort violente de sa sœur cadette ̶ , qu’elle croyait pourtant avoir enfoui au plus profond d’elle-même par des tactiques toutes personnelles…

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Chronique : Au sens classique du terme, La Couleur du trois  est déchirant dans la mesure où il s’agit de l’histoire d’une vie hantée par un traumatisme d’adolescent, de rêves brutalement raccourcis – une histoire qui implique une trahison, un trouble alimentaire et une balle perdue. Mais « déchirant » est aussi la façon la plus appropriée de décrire le premier roman de Leni Zumas, car elle veut vous déchirer les tripes, aussi littéralement qu’on peut déchirer les tripes. Parfois sanglant et tout à fait étonnant, La Couleur du trois est un livre qui traite de la relation tendue entre la psyché et la chair.

Jadis une star montante du rock punk avec la promesse d’un gros contrat de disque, Quinn est au milieu de la trentaine, brisée et languissante dans l’obscurité. Sa vie est définie par deux tragédies : la catastrophe au bord de la route qui a détruit son amitié la plus profonde et sa carrière, et la mort violente de sa jeune sœur 20 ans plus tôt. Intacte physiquement mais profondément traumatisée, elle ne peut plus écouter de musique, et elle marque ses journées par des changements dans une librairie en faillite, des pauses cigarette et des dîners obligatoires avec ses parents et son frère. Des descriptions crues de sa perception de la nourriture percent ces scènes de dîners forcés et joyeux. Quinn, qui a découvert le corps de sa sœur alors que les crêpes de leur mère fumaient sur le fourneau, voit du sang dans chaque repas.

Comme sa soeur disparue, Quinn a aussi une synesthésie : la nourriture et la musique non seulement marquent ses différents traumatismes mais l’envoient dans une surcharge sensorielle intense. C’est une torture pour Quinn, mais cela donne aux Zumas l’occasion de faire des descriptions extrêmement inventives. « Mes mélodies étaient bleues ou argentées ou contusionnées », se souvient-elle de ses performances dirigées par la couleur. « Comme du tissu qui coule, elles saignaient derrière mes yeux. » D’autres sont plus subtiles, comme lorsque Quinn se souvient avec émotion de l’aptitude de sa soeur à sentir « sur un livre la réaction de la dernière personne à le lire ».

Tout au long de l’histoire, les Zumas mélangent le langage comme Quinn mélange les sens, et l’effet est sublime. Quinn observe « des filles d’épinette avec des coupes de calamité » et décrit deux autres personnages « qui bavardent comme des dents amoureuses ». Elle se classe comme « la plus jeune » parmi ses frères et soeurs, et se souvient d’avoir joué devant une foule « élevée en banlieue mais sauvage pour attraper un fléau de rues ».

L’énergie de ces phrases donne une étincelle vitale à l’histoire de Quinn, qui tisse des liens étourdissants entre le passé et le présent. Il y a là aussi une sorte d’espoir tordu parmi la douleur et la perte.

Note : 9/10

 

  • Broché : 352 pages
  • Editeur : Presses de la Cité (16 janvier 2020)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2258165806

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