Représailles de Florian Eglin | 20 mars 2020

Une route corse la nuit, non loin du désert des Agriates. Telle une bête en maraude, un SUV prend en chasse une famille suisse. Leurs deux petites filles endormies à l’arrière, Tom et Adèle hésitent : continuer cette course-poursuite insensée, au risque de finir dans le décor, ou s’arrêter et faire face à ceux qui les traquent ? Cette décision marquera le point de départ d’une inexorable descente aux enfers au cours de laquelle il faudra affronter bien des monstres. Ou les apprivoiser…

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Chronique : On sait que l’on a lu un grand roman lorsque, une fois refermé celui-ci vous hante encore pour les images qu’il a imprimée dans votre imaginaire ou bien pour les réflexions qu’il soulève. Et bien avec Représailles c’est les deux, signe que l’on tient un roman excellent.

Ce livre traite de la violence. Il en fait son thème central et brode autour une tragédie moderne qui le laissera pas indemne l’île de beauté. Il n’est donc pas à mettre entre toutes les mains.

La violence donc. Une violence larvée tout d’abord dans le premier acte de ce roman noir sans concessions. Les mots choisis par l’auteur ne laissent pas de place au doute, on va avoir droit à une explosion de violence mais pas par où on l’attendrait. Tom le personnage principal nous est présenté dans les toutes premières pages comme un père de famille aimant, un mari attentionné, un romancier suisse. Un homme équilibré et responsable à tout point de vue. Pourtant il recèle en lui une part d’ombre qui ne demande qu’à ressurgir. Alors que la violence de ses adversaires et une violence extériorisée, exprimé de vive voix, la sienne est plus sourde mais aussi infiniment plus dangereuse. Tom a su canaliser cette source de violence qui sommeille en lui pour en faire une muse créatrice qui lui a permis de se construire en tant qu’homme. À l’inverse la violence de ses trois mastodontes qui se dressent face à lui est une violence stérile qui porte en elle les germes de leurs propres destructions.

Voilà pour le premier acte. Une fois le premier déferlement de violence passé, dans un habile paragraphe fait d’une seule phrase qui éclipse l’affrontement en lui-même pour se concentrer sur le ressenti de Tom, le deuxième acte se concentre sur les réactions en chaînes. C’est la partie du roman qui va le plus se teinter de la couleur polar alors que de nouveaux protagonistes entrent en scène. Aussi intéressants soient-ils, et quels que soit le côté de la barrière de la loi derrière laquelle ils se situent, les réactions de Tom et Adèle sont plus intéressantes à lire. Bien que s’aimant et étant une famille unit le couple se retrouve incapable de gérer le traumatisme laissé par leur nuit en enfer. Malgré les citations littéraires de Tom gravé dans sa chair, qui sont autant un hommage aux livres qui l’ont marqué qu’une ancre qui l’empêche de sombrer, malgré sa force insoupçonnée qui lui a permis de sauver sa famille d’un sort atroce, Tom ne peut empêcher sa vie de partir en fumé, survivant brisé par une nuit fatidique.

Le troisième acte est celui de la résolution, celui où la boucle doit se boucler coûte que coûte. La violence suit les personnages tel un feu de brousse implacable. Créant des étincelles qui se posent sur tous les protagonistes, les embrasants tel des buissons rendus cassants par la sécheresse, les consumants sans leur laisser le temps de respirer ou bien les impregrants d’une braise de violence qui ne s’éteindra plus jamais.

Comme je l’ai dit en introduction une fois refermé ce livre vous interroge sur la violence mais aussi sur la manière dont elle se transmet de génération en génération faisant apparaître crûment l’échec de Tom à protéger réellement ses deux enfants.

Un roman qui ne vous laissera pas indifférent, si vous avez le courage de l’ouvrir.

Note : 9/10

 

  • Broché : 400 pages
  • Editeur : La baconnière; Édition : 1 (20 mars 2020)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2889600211

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