Batman v Superman : anecdotes, révélations… Zack Snyder commente le film DC en direct

Pour fêter ses 4 ans, Zack Snyder a commenté la version longue de « Batman v Superman » en direct sur les réseaux sociaux. L’occasion pour lui de partager quelques anecdotes et faire des petites révélations sur son projet global.

Confinement oblige, les cinéphiles sont aujourd’hui en manque de nouveauté, malgré quelques sorties VOD. Mais ils peuvent compter sur les équipes de films et séries pour voler à leur secours : alors que Matt Smith et Bill Nighy ont live-tweeté ensemble un épisode de la saison 5 de Doctor Who (« Vincent et le Docteur », où il est question de Van Gogh), Zack Snyder s’est prêté à l’exercice du commentaire audio en direct avec la version longue de Batman v Superman, pour fêter les quatre ans de sa sortie dans les salles mondiales. Une séance dont sont ressorties plusieurs anecdotes et informations sur ses intentions, pour le long métrage comme l’arc narratif de cinq films qui était initialement envisagé.

L’OMBRE DU 11-SEPTEMBRE
Warner Bros. Pictures

Ce n’était pas forcément évident dans L’Armée des morts, mais Zack Snyder est un cinéaste de l’image qui n’a pas son pareil pour iconiser un personnage ou un moment, et aime jouer sur les symboles. L’effondrement de la Tour Wayne, dans la scène d’ouverture de Batman v Superman qui nous offre un contrechamp sur le combat final apocalyptique entre l’Homme d’Acier (Henry Cavill) et Zod (Michael Shannon) dans Man of Steel, renvoie par exemple au 11-Septembre de façon consciente, de la même manière que Steven Spielberg dans La Guerre des mondes. Ce afin de générer un « traumatisme psychique » chez le public comme Bruce Wayne, qui vit là une seconde perte majeure après celle de ses parents, revisitée dans le prologue.

Comme beaucoup le pressentaient déjà au moment de la sortie, cette scène est également une réponse aux critiques émises envers le climax de Man of Steel et ses scènes de destruction massives à priori inconséquentes : « Je n’aime pas l’idée qu’il n’y ait pas de conséquence, que ces personnages puissent venir se taper dessus dans notre monde sans créer ni résoudre de gigantesques problèmes », se défend le cinéaste, façon pour lui, également, de renvoyer vers l’un des axes majeurs de son approche du genre super-héroïque , où il compare ses figures aux dieux grecs de l’Antiquité, dont les actions ont pesé sur le sort de l’Humanité, en bien comme en mal. Il s’accorde en cela avec l’essai « Un panthéon moderne » de Vincent Brunel, mais va plus loin.

HÉROS DIVIN

Dès Man of Steel, déjà, le parallèle entre Superman et Jésus, deux sauveurs descendus sur Terre, était plus qu’évident. Et Zack Snyder poursuit dans cette voie avec L’Aube de la Justice, ne serait-ce que dans la scène d’incendie se déroulant pendant le Jour des Morts au Mexique, où le sauvetage d’un enfant par le natif de Krypton conduit les personnes présentes à se prosterner devant lui. Il s’agit là du début d’une longue séquence entrecoupée d’extraits d’un débat où il est notamment question de « figure messianique », et où l’on voit le héros tracter un bateau pris dans les glaces ou porter les restes d’une fusée ayant eu des ratés, tel Atlas avec le monde : « Plus il sauve de vies, plus il accomplit de miracles, et plus des connotations religieuses sont projetées en lui », explique le réalisateur qui cherche à faire appel à l’imaginaire collectif.

« Les frontières peuvent paraître floues pour les humains normaux. Ce type qui flotte dans le ciel, comment ne pas croire en lui pour résoudre tous les problèmes du monde ? Mais ce n’est pas ce qu’il cherche. C’est juste un gamin du Kansas qui essaye de faire le Bien. » Zack Snyder précise, au passage, ne pas être uniquement focalisé sur l’imagerie chrétienne. Mais ces diverses sources d’inspirations traduisent sa sensibilité aux travaux menés par le professeur en mythologie Joseph Campbell, pour qui chaque religion serait l’expression différente d’une même vérité.

L’aspect divin de Superman n’est pas la seule notion à être auscultée par le récit, puisqu’il est aussi question de sa morale et de la perception de cette dernière lorsque des questions de guerre et de politique entrent en ligne de compte, comme dans « The Dark Knight Returns » de Frank Miller, l’une des sources d’inspiration du long métrage, où l’Homme d’Acier s’est mis au service du gouvernement américain : « Tout repose sur le fait que Superman doive faire face à ces zones d’ombres avec sa moralité propre. » Un cheminement qui l’amène notamment à témoigner devant le Congrès… et tomber dans le piège tendu par Lex Luthor, ce que beaucoup on critiqué et pris pour une naïveté étonnante : « Ça n’est pas qu’il est naïf, mais le journaliste en lui est convaincu que la vérité sera transcendante. Et c’est ce que j’aime chez Superman, cet optimisme envers l’Humanité que nous-mêmes n’avons pas », se défend Snyder.

SOLITUDE SANS FORTERESSE

Toujours au sujet de Superman, Zack Snyder explique également que sa première apparition, en Afrique, devait faire l’objet d’une plus longue scène d’action qui est finalement devenue « une entrée foudroyante », plus brève et efficace. Y aurait-il eu plus de place pour Jimmy Olsen (Michael Cassidy), tué au cours de cette séquence ? A priori non, car le réalisateur justifie cette mort en expliquant qu’il n’y avait pas de place pour lui dans la mythologie qu’ils étaient en train de bâtir, mais affirme que celle-ci était irréversible et devait avoir un impact dans le récit au long cours sur lequel il travallait : « Celui qui meurt, meurt pour une bonne raison. En espérant qu’il nous apprenne quelque chose en partant. » Une façon, pour le cinéaste, de signifier que chaque film devait paver la voie pour le suivant, et que le sacrifice de Jimmy aurait dû avoir de plus grandes conséquences, que nous ne verrons jamais.

Pas plus que la Forteresse de Solitude, représentée comme un palais de glace et de cristal dans le Superman de Richard Donner, qui est ici devenue un concept plus qu’un lieu dans lequel le héros peut se retirer. C’est notamment le sens de la scène entre Clark et son père adoptif Jonathan Kent (Kevin Costner) au sommet de la montagne enneigée : une manière « organique » de représenter cette introspection à l’issue de laquelle il comprend que « tenter de faire le Bien peut avoir des conséquences tragiques, mais que la leçon à retenir est qu’il faut essayer car c’est la bonne chose à faire. » Une scène qui trouve un écho dans celle où Bruce Wayne, dans les ruines du manoir de sa famille, réalise ce qu’il est advenu de son héritage, lié au commerce et à l’industrie.

BATMAN SANS VOIX

Concernant Bruce Wayne, Zack Snyder a notamment expliqué avoir refusé que Ben Affleck change sa voix lorsqu’il est en Batman, pour éviter la comparaison avec les autres acteurs s’étant prêté à l’exercice, et que c’est pour cette raison qu’il a opté pour une version rendue plus grave à l’aide de modulations numériques. Il est aussi dit que si l’Homme Chauve-Souris a choisi, parmi toutes les armes à sa disposition, de fabriquer une lance pour aller combattre Superman, c’est en référence à celle qui a blessé le flanc du Christ sur la croix (autre référence religieuse), et une « manifestation du fait qu’il doit physiquement [le] tuer. »

Mais l’un des passages les plus intéressants du commentaire concerne l’une des séquences les plus impressionnantes et parmi celles qui soulèvent encore quelques questions aujourd’hui : celle ci-dessus appelée « Knightmare », cauchemar de Bruce Wayne dans un futur post-apocalyptique où le grand méchant Darkseid (censé apparaître dans les suites de Justice League) a pris le contrôle de Superman et de la Terre. Selon Zack Snyder, il s’agit là d’une conséquence de la scène au cours de laquelle Flash (Ezra Miller) apparaît sous les yeux du milliardaire grâce au tapis roulant cosmique qui lui a permis de remonter le temps sans imaginer qu’il allait y ouvrir des brèches.

Prise telle quelle, cette scène paraît dénuée de sens, et c’est notamment pour cette raison qu’elle suscite, elle aussi, encore des interrogations (sans parler de ceux qui n’avaient pas reconnu l’homme le plus rapide du monde, qui faisait là ses débuts sur grand écran). Son origine devait en réalité intervenir plus tard, dans un autre film, avec un passage au cours duquel Bruce Wayne et Cyborg (Ray Fisher) auraient débattu du moment où renvoyer Flash afin d’être sûr d’éviter la mort de Lois Lane (Amy Adams). Prévu à la fin de Justice League, ce décès aurait permis à Darkseid de posséder Superman, et ainsi donner naissance à la version « Knightmare » du monde. Laquelle devait être au cœur de la seconde suite du film sorti en 2017, si l’on en croit les plans de Zack Snyder dévoilés par Kevin Smith.

DE LA SUITE DANS LES IDÉES

Une trilogie que nous ne verrons à priori jamais, même si Zack Snyder n’a pas manqué de rappeler ses plans pour un arc narratif étendu sur cinq longs métrages et initié avec Man of Steel. Apparu sous les traits du Général Swanwick dans ce dernier, Harry Lennix aurait dû revenir dans Justice League, et il aurait été révélé que son personnage n’était autre que J’onn J’onzz, extra-terrestre plus connu sous le nom de Martian Manhunter (actuellement incarné par David Harewood dans la série Supergirl). Révélée par des extraits de story-boards il y a quelques temps, cette information est revenue sur la table car le réalisateur a laissé entendre que l’acteur savait, dès sa première apparition, qu’il devait jouer un alien déguisé en humain.

Est-ce pour répondre ceux qui ont reproché à l’ex-DC Extended Universe de naviguer à vue ? Pour générer davantage de regrets chez les fans ? Ou tout simplement faire en sorte que ceux-ci aident une suite à voir le jour, sous une forme ou sous une autre, en ajoutant avec un sourire ironique qu’il serait intéressant de voir ce que les personnages sont devenus ensuite ? Le mystère reste, pour le moment, entier, mais le réalisateur n’exclut pas non plus de voir un jour une vraie adaptation de « The Dark Knight Returns » : « Ce film n’annule pas [la possibilité] de faire The Dark Knight Returns car [il s’agit], pour moi, du plus grand comic book jamais écrit (…) Cela peut être amusant. Quelqu’un devrait le faire. Je pense que ce serait génial, et que cela reste à faire. »

DE SUPERMAN A WONDER WOMAN

En attendant de voir ce qu’il va advenir de Batman et Superman sur grand écran, leur rencontre a eu une influence sur les débuts de Wonder Woman au cinéma. La présence de l’Amazone incarnée par Gal Gadot avait été révélée bien avant la sortie de L’Aube de la Justice, mais c’est grâce à ce film qu’il a été décidé que ses premiers pas en solo se dérouleraient pendant la Première Guerre Mondiale, avec la photo que trouve Bruce Wayne. A l’époque où le cliché a été conçu, les scénaristes du film de Patty Jenkins songeaient à la Guerre de Crimée (1853 – 1856) et la Guerre Civile Américaine (1861 – 1865), avant de se rabattre sur le conflit qui s’est étendu de 1914 à 1918.

 

Peu importe l’époque retenue, Wonder Woman serait quand même restée la plus expérimentée (et la seule à avoir déjà combattu des monstres) des trois héros qui font face à Doomsday dans le climax du film. Et c’est pour bien marquer cela que Zack Snyder a tenu a mettre l’Amazone au premier plan de l’image représentant la Trinité de DC Comics, dévoilée dans l’une des bandes-annonces de L’Aube de la Justice. Une longue séquence qui s’achève par la mort de Superman dont le cri, et la façon dont il résonne, est bien ce qui a activé les « Mother Boxes » que l’on retrouve au coeur de Justice League, et fait comprendre à Steppenwolf (Ciaran Hinds) qu’il pouvait se risquer sur Terre sans risquer de tomber nez-à-nez avec le natif de Krypton.

Durant ce commentaire, Zack Snyder a également rappelé la nature cyclique de son récit, qui débute et se termine par une mort : celle des parents de Bruce Wayne, synonyme de désespoir pour ce dernier, puis celle de Superman, qui va paradoxalement faire naître de l’espoir en même temps qu’un groupe de super-héros, désireux de protéger la Terre suite au sacrifice de l’Homme d’Acier. Un parallèle que l’on peut, ou non, trouver trop appuyé, au même titre que les liens entre Bruce, Clark et Lex Luthor (Jesse Eisenberg) et leurs pères respectifs. Ou la célèbre scène dite de « Martha ».

L’EFFET MARTHA

Il s’agit là aussi de l’une des scènes les plus souvent évoquées parmi celles du film. Mais rarement de façon positive : alors qu’il a pris le dessus sur Superman et s’apprête à le tuer, Batman réalise que la mère adoptive de ce dernier s’appelle Martha. Comme la sienne, tuée sous ses yeux alors qu’il était enfant. Pour beaucoup, c’est parce qu’il a pris conscience de ce point commun que l’Homme Chauve-Souris baisse les armes, et il faut reconnaître la maladresse de l’échange. C’est sans doute pour cette raison que Zack Snyder a tenu à re-préciser son idée directrice : suite à cette révélation, Bruce renoue avec sa propre humanité en même temps qu’avec celle de Superman, alors qu’il sombrait dans le côté obscur et devenait de plus en plus proche des méchants qu’il traque à Gotham City.

Il n’épargne donc pas son adversaire pour une simple histoire de prénoms, mais parce que cette similitude lui permet de reconnaître Superman comme quelqu’un qui a une mère, donc un humain (qui a des origines extra-terrestres, certes). Cela n’enlève évidemment rien à ce que l’on peut penser de l’exécution de cette idée, mais a au moins le mérite de clarifier les intentions d’un réalisateur qui n’aura pas pu aller au bout de son projet global : des critiques mitigées sur L’Aube de la Justice (grandement réévalué depuis), une volonté des dirigeans de la Warner de se calquer sur le modèle plus léger de Marvel et Disney, des soucis de production et un drame personnel auront en effet eu raison de lui et, pour le moment, de son avenir dans l’univers DC sur grand écran, si bien que la version de Justice League sortie sur grand écran fin 2017 est davantage dûe à Joss Whedon, qui a signé les reshoots du film, qu’à lui-même.

Nul doute que le réalisateur risque de susciter davantage de regrets chez les fans avec ce commentaire disponible en intégralité sur YouTube. Surtout qu’il n’a pas répondu à LA question qui agite les réseaux sociaux depuis plus de deux ans, au point d’être une source d’espoir pour certains : la mystérieuse Snyder Cut de Justice League, version longue montée par ses soins avant d’être quasi-intégralement modifiée, existe-t-elle vraiment ? Est-elle terminée et montrable ? Alors que les acteurs sont montés au créneau il y a quelques mois et que les déclarations de divers membres de l’équipe technique viennent parfois se contredire, le mystère reste entier. A moins que le cinéaste n’attende les 5 ans de Batman v Superman, en 2021, pour faire une révélation.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s