Nightwish – Human. :||: Nature. : premières impressions

Cinq ans, presque jour pour jour. Voilà le temps qu’il aura fallu à Nightwish pour revenir sur le devant de la scène avec un nouvel album. Cinq ans mis à profit pour promouvoir Endless Forms Most Beautiful, célébrer vingt ans de carrière, se concentrer sur d’autres projets et, surtout, de l’aveu même de Tuomas Holopainen (dont l’interview ne devrait pas se faire attendre trop longtemps), retrouver l’inspiration nécessaire à ce neuvième opus.

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Cinq ans, c’est long (*choisit d’ignorer les haussements de sourcils indignés des fans de Tool*), mais à l’échelle de l’humanité, et plus encore de la planète, c’est à peine un battement de cœur. Human. :||: Nature. reprend donc l’histoire exactement là où Endless Forms Most Beautiful s’était arrêté et la poursuit de façon encore plus emphatique, plus saisissante, plus théâtrale – plus TOUT. Petit tour d’horizon d’une œuvre qui devrait immanquablement marquer l’histoire du metal symphonique.

01. Music (7’23)

Dans ce qui est presque une continuation directe de « The Greatest Show On Earth », titre final de Endless Forms Most Beautiful, « Music » s’ouvre sur des sons de nature et des bruits d’animaux. Les percussions et le chant tribaux, associés aux cornemuses et flûtes de Troy Donockley, renforcent immédiatement l’impression de continuité avec le précédent album. Le premier couplet est d’ailleurs très doux, presque acoustique, avant le retour du Nightwish grandiloquent que l’on connaît. Marco Hietala et Troy sont très présents sur le refrain, par ailleurs extrêmement accrocheur, mais la ligne de chant du couplet, véritable morceau de bravoure qui donnera du grain à moudre aux coachs vocaux de YouTube pendant des années, appartient résolument à Floor Jansen.

02. Noise (5’40)

Les titres de ces deux premières chansons suggèrent un lien direct, de même que le mixage/mastering de l’album, qui ne laisse littéralement pas une seconde de pause entre la fin de « Music » et le début de ce premier single. Pas étonnant, d’ailleurs, que « Noise » ait été le premier titre révélé, car il s’agit de la chanson la plus calibrée Nightwish de tout l’album, dans la mélodie comme dans l’utilisation de l’orchestre. Le clip et les paroles (« Now you’re a star/Vain avatar ») sont là pour critiquer, comme nous l’explique Tuomas dans une interview à venir, l’addiction de l’être humain aux smartphones et aux réseaux sociaux. La voix déformée, presque robotisée, de Floor avant le dernier refrain renforce la critique de la technologie et nous fait vraiment regretter de ne pas avoir les paroles sous les yeux pendant la session d’écoute.

03. Shoemaker (5’18)

Le monde entier semble avoir découvert récemment ce que la communauté metal dans son ensemble et Tuomas en particulier savent depuis longtemps : Floor est peut-être l’une des meilleures chanteuses du monde, tous genres confondus, et le compositeur en profite. Sur ce titre, la ligne de chant montre à nouveau à quel point Floor fait ce qu’elle veut de sa voix, même si Troy est mis en avant sur le pré-refrain (ce qui laissera au moins à la frontwoman le temps de souffler dans un contexte live). Et comme si cela ne suffisait pas, il s’agit également du seul titre de l’album à comporter la voix de tête de Floor… pendant environ trente secondes. On prend ce qu’on peut.

04. Harvest (5’13)

Si « Noise » était un premier single évident, on n’aurait pas parié sur « Harvest » pour le second, dans la mesure où Troy est ici la star incontestée de la chanson. Les harmonies de Floor et Marco font des merveilles en chœurs sur le refrain, mais la voix du multi-instrumentaliste anglais est clairement la mieux adaptée à l’aspect très folk de ce titre (qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler l’atmosphère de « Alpenglow »). Après les percussions et la guitare acoustique de la première partie de la chanson, les guitares électriques signent le retour d’une ambiance celtique presque indissociable de Nightwish depuis Dark Passion Play. Tuomas dispose d’une masse incroyable de talents dans ce groupe et sait décidément les exploiter.

05. Pan (5’18)

Changement total d’ambiance, avec un passage presque brutal du soleil à l’obscurité, de l’été à un froid inquiétant. Là où « Harvest » évoque littéralement l’attachement à la terre, « Pan » est beaucoup plus éthéré et magique, et fait la part belle à un chœur mineur angoissant, parfaitement adapté à une cérémonie d’invocation du grand dieu cornu. C’est aussi le retour de Floor au chant lead et des guitares saturées que l’on avait un peu perdues de vue depuis « Noise ».

6. How’s The Heart (5’02)

Seule chanson du premier disque à compter plus d’un mot dans son titre, « How’s The Heart », qui s’ouvre sur des battements de cœur, est peut-être aussi le titre le moins « prise de risque » de l’album. Très accrocheur et classique, beaucoup plus accessible dans la mélodie comme dans la structure que celles qui la précèdent, cette chanson avait un vrai potentiel de deuxième single avant que Nightwish ne décide de bousculer les codes et de proposer « Harvest » à la place. Là encore, les harmonies sont assurées par les trois chanteurs du groupe plutôt que par le chœur, ce qui apporte une vraie nouveauté dans la discographie du groupe.

7. Procession (5’31)

Difficile de trouver un détail marquant sur lequel se concentrer pour commenter cette « Procession »… Dans un album qui contenait jusqu’à présent de petites pépites de composition, ce titre tombe un peu à plat et ne suscite pas vraiment le même enthousiasme que le reste de la galette. Très doux sur la majeure partie, il fait clairement office de ballade du disque.

8. Tribal (3’56)

Inutile d’aller chercher plus loin que le titre, qui annonce la couleur et l’ambiance de cette chanson en toutes lettres ! Avec son couplet à l’ambiance orientale, « Tribal » est un cadeau fait à Emppu Vuorinen (guitare) et Kai Hahto (batterie). Les guitares ultra-agressives, les grosses distorsions et les vocaux à la limite de l’animalité en font le titre le plus heavy de l’album. La basse n’est pas en reste et la section rythmique s’en donne vraiment à cœur joie. Pour ceux qui auraient pu en douter, oui, Nightwish, c’est toujours du metal. Ouf.

9. Endlessness (7’11)

Si vous avez tenu le compte, après la chanson de Kai et Emmpu, la chanson de Troy et les lignes de chant féminin à décourager même les cover bands les plus enthousiastes, il ne manquait plus sur Human. :||: Nature. que la chanson de Marco. Pour faire honneur à celui qui reste la voix masculine « historique » de Nightwish, « Endlessness » ne fait baisser la jauge à heavy que d’un point ou deux et permet de conclure le premier disque sur une très bonne note, avec la présence de Floor au chant lead sur le pont.

Disque 2 – All The Works Of Nature Which Adorn The Earth

Notre intention, à la première écoute de l’album, était de traiter ce deuxième disque comme le premier, c’est-à-dire en prenant les pistes les unes après les autres pour en faire un rapide résumé et souligner leurs principales caractéristiques. Après mûre réflexion, cela n’aurait en fait aucun sens. Car, même si « All The Works Of Nature Which Adorn The Earth » est divisée en huit parties pour le confort de l’auditeur (traduisez : pour pouvoir passer à son passage préféré sans avoir à retenir un timecode), il s’agit bien d’une composition unique qui doit être abordée comme un tout.

Incroyablement graphique et évocatrice, « All The Works Of Nature Which Adorn The Earth » n’est autre qu’une visite guidée musicale de notre planète. Totalement dépourvue d’instruments amplifiés et interprétée principalement par The London Session Orchestra et The Metro Voices Choir, cette symphonie en huit tableaux dépeint tour à tour les océans (« The Blue »), les jungles et forêts (« The Green »), la beauté des paysages enneigés (« Quiet As The Snow ») et des aurores boréales (« Aurorae »), ou encore la rudesse des landes balayées par les vents (« Moors »). Glissandos liquides à la harpe et rythme hypnotique des percussions pour évoquer la mer et les vagues, cornemuses plaintives pour l’ambiance Hauts de Hurlevent, pizzicatos de harpe de haute volée figurant les lumières du Nord… Tout est fait pour faire naître des images dans la tête de l’auditeur et donner un aperçu de ce que la Terre a de plus beau en seulement une demi-heure.

Malgré ses vingt-six minutes et ses cinq parties distinctes, « The Greatest Show on Earth », conclusion épique de Endless Forms Most Beautiful, restait une chanson. « All The Works Of Nature Which Adorn The Earth », elle, est à ranger dans la catégorie des poèmes symphoniques, au même titre que L’Apprenti Sorcier de Dukas, La Danse Macabre de Saint-Saëns ou Finlandia de Sibelius. Ici, pas de parole. Aucune distorsion, aucune amplification. Disons-le clairement, Wagner a fait plus metal avec Siegfried, et à ce titre, il y a fort à parier que seuls les fans absolus du groupe et les amateurs de musique classique adhéreront à ce deuxième disque. Mais le pari orchestral de Tuomas est gagné et prouve qu’il est encore possible, en 2020, de renouveler un genre où tout semble avoir déjà été fait.

Conclusion :

À peine Endless Forms Most Beautiful sorti, les fans comme ceux qui se plaisent à accuser Tuomas et ses comparses de folie des grandeurs se demandaient déjà comment il serait possible de surpasser un album aussi grandiloquent. Le défi n’a pas eu l’air d’effrayer le plus célèbre des groupes finlandais, qui l’a relevé en conservant le même concept (notre planète reste, après tout, une source inépuisable d’inspiration), en exploitant le talent considérable des trois chanteurs dont il dispose et en balançant tous les codes du metal traditionnel aux orties avec un disque n° 2 qui fera forcément hausser plus d’un sourcil. Avec Human. :||: Nature., Nightwish s’affranchit du simple concept-album et propose une œuvre d’art dotée d’un véritable fil directeur, qui trouvera sa place sur les étagères des metalleux comme des amateurs de musique classique.

Non, le metal symphonique n’est pas mort. Nightwish évolue simplement à des années-lumière de la concurrence.

Chronique de Tiphaine Lombardelli

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