Dceased de Tom Taylor et Trevor Hairsine, lorsque super-héros et post-apo font bon ménage

Les grands éditeurs de comics que sont DC et marvel adorent construire un univers cohérent aux ramifications multiples. L’aspect négatif de ces immenses châteaux de cartes où se côtoient la science, l’espace, la magie et les dieux c’est que tout est un peu figé et progresse lentement à coups de crossovers* qui promettent de tout changer et de retcon* plus ou moins bien amenés. C’est la raison pour laquelle, de temps en temps, ces deux mastodontes de l’industrie du comics aiment bousculer leurs univers très codifiés à travers des mini-série qui laissent plus de marges de manœuvre aux scénaristes même si elles se situent en dehors de la continuité officielle et ne provoquent aucun changement majeur.

DÉVORER LES TOUS

Alors que Marvel a déjà franchi le pas il y a cela plusieurs années avec la série Marvel zombie, DC n’a lancé la publication de Dceased que l’année dernière. Les deux big two s’étant souvent influencé au cours des décennies, le reproche a encore été fait à DC ajoutant à cela que la mode des zombies est passé depuis un moment. Mais là où Marvel a voulu poursuivre le succès de sa série de héros putréfiés jusqu’à la perte d’inventivité DC a décidé dès le départ que Dceased serait une mini-série qui s’achevait au sixième numéro. De plus l’éditeur a eu l’excellente idée de confier la réalisation de cette mini-série à Tom Taylor qui chapeaute déjà la série Injustice qui, dans le thème de la déconstruction d’univers envoie du lourd. Le scénariste est un fin connaisseur de l’univers DC et nul doute qu’il a pris un grand plaisir à redistribuer les cartes pour nous conter sa fin d’un monde.

Cassez vous je ne suis pas câlin

COURT MAIS INTENSE

L’aspect mort-vivant n’est finalement pas tellement développé. Les victimes ne sont pas simplement des rôdeurs affamés mais des vecteurs d’une malédiction qui veut la mort de toute chose. On passera rapidement sur l’aspect incongru et irréaliste du mode de propagation. Le but est ailleurs, comment des héros, habitués à triompher de leurs adversaires à coups de poing, vont pouvoir lutter face à un ennemi insaisissable, qui se répand à la vitesse de la lumière et qui les obligent à se dresser face à leurs anciens alliés ? Tom Taylor réussit parfaitement le challenge de conter le dernier combat désespéré des plus grands héros de DC, il réussit en quelques deux cents pages à mettre en scène l’apocalypse de manière grandiose. Un souffle épique balaie les sept numéros de cette mini-série. Pourtant aussi maîtrisée que soit son scénario, certaines situations auraient mérité plus de développement. On sent parfois que l’auteur aurait voulu s’attarder sur des scènes comme la bataille des amazones ou la chute d’Atlantis mais il fallait que le récit tienne en sept numéros alors des choix ont dû être faits.

SANGLANTS CROQUIS

Trevor Hairsine assure la majeure partie de la partie graphique. Un artiste que j’ai tendance à trouver brouillon mais il faut reconnaître qu’il s’en sort plutôt bien lorsqu’on lui laisse le temps. Les infectés sont très détaillés, écorchés et sanguinolents, contrairement aux arrières plans mais c’est souvent le cas dans les comics américains. On trouve aussi les dessins de James Harren en complément pour le premier numéro ainsi que Darick Robertson et Laura Braga pour un épisode spécial. Le titre parvient à conserver une hégémonie artistique, malgré des styles très différents, puisque ces artistes talentueux ne sont là que pour illustrer des interludes.

Superman tient la tête d’affiche grâce à une écriture fine et touchante

Dceased a donc tout du divertissement honnête, sans réel propos de fond mais avec un sens de l’héroïsme et du sacrifice qui revient aux fondamentaux du rôle de super-héros. Le tout au service d’une intrigue tendue de la première à la dernière page. Une nouvelle déclinaison de l’univers DC qui ravira tous les amateurs de récit apocalyptique qu’ils soient passionnés par l’univers de DC ou pas.

Résumé:

Darkseid a de nombreuses fois tenté de conquérir la Terre et de réduire à néant les super-héros qui la défendent.

Mais aujourd’hui, il y est parvenu. Lors d’un combat contre la Ligue de Justice, le seigneur d’Apokolyps a déchaîné toute la puissance de l’équation d’anti-vie, faisant ainsi du monde un enfer habité d’individus contaminés et hystériques qui se dévorent les uns les autres. Et face au chaos planétaire de l’anti-vie, les héros sont aussi vulnérables que désemparés.

*un crossovers est la rencontre entre différents héros d’un même éditeur ou d’une autre maison d’édition autour d’une histoire commune souvent conté dans une mini série dédié

*le retcon est une pratique scénaristique qui consiste à insérer de nouveaux éléments dans le passé d’un personnage. Le terme est issue de la contraction de rétro continuité. Le meilleur exemple est la création du personnage d’Elektra dans le comics Daredevil par Franck Miller.

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