La Liberté au pied des oliviers de Rosa VENTRELLA| 11 juin 2020

Italie, années 1940. Dans le sud du pays, âpre et rural, grandissent deux soeurs que tout oppose : Teresa, délicate et silencieuse et Angelina, sa soeur cadette, impertinente et curieuse.
Pour échapper à la pauvreté et subvenir aux besoins de sa famille, leur mère, dont la beauté fascine tant qu’elle en devient une malédiction, cède à un terrible compromis et tombe sous la coupe du baron Personè. Tout le village se met alors à bruisser de la nouvelle…

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Chronique : Il est vraiment difficile de donner un avis sur ce livre car je me trouve très tiraillé entre ce que je ressens, c’est-à-dire une profonde tristesse et mélancolie et ce que je pense de ce livre, qui est terriblement beau et immensément tragique.
La protagoniste, tout comme le narrateur, est Teresa, la sœur de la famille, douce, silencieuse et timide, contrairement à Angelina qui est tout le contraire. Rien de ce qui la concerne ne ressort, alors qu’Angelina ne fait qu’apparaître et dérange tout le monde. Elle n’exprime guère d’opinion et peut-être même en forme, alors que sa sieur en a toujours une de plus que les autres et ne l’exprime presque jamais, d’abord le désir de s’éloigner de toute cette merde.
Ce livre est leur histoire.
Malalegna est le terme dialectal qui désigne le bavardage des habitants du village, souvent calomnieux et commérages.
Mais ce livre est aussi l’histoire d’une famille, d’une des nombreuses familles du sud qui se retrouvent à vivre dans la misère et la pauvreté dans un petit village de quelques âmes, Copertino, en lutte contre le seigneur du village et ses voyous qui contrôlent toutes les terres de la région et donc la seule richesse disponible. Et les luttes qui ont vu la naissance de petits groupes de syndicats issus des factions communistes, se sont heurtées à des représailles violentes et sanglantes, où le droit et la justice faisaient souvent totalement défaut.
Mais c’est aussi l’histoire d’une époque, d’une période historique où la guerre a bouleversé la vie des familles, éloignant les hommes de leur foyer et laissant les femmes seules, sans protection et sans nourriture. Et quand ils ont eu la chance de revenir, ils ont souvent trouvé une désolation pire que celle qu’ils avaient laissée derrière eux, ayant perdu beaucoup de leurs biens à cause des abus des escouades fascistes qui collectaient des contributions pour la guerre.
Ou bien ils ne retrouvaient plus les proches qu’ils avaient laissés derrière eux et dont la vie avait été écourtée lorsqu’ils étaient loin d’eux, et parfois même des bombardements qui n’étaient pas toujours signalés à temps.
Je suis peut-être mauvais mais je n’ai pas pu ressentir d’empathie, ni pour cette mère Catherine qui ne réagit en aucune façon à ce qui lui arrive et qui choisit la voie la plus facile, ni pour le cœur brisé de Giacomo que je n’ai pas du tout aimé, avec son caractère trop impulsif et qui s’enflamme facilement et qui se montre totalement ingrat.
Le Baron Personè qui est mauvais est connu, mais en réalité il n’accomplit pas tant de mauvaises actions au cours de l’histoire, alors que je me suis trouvé plusieurs fois à me demander combien plus n’étaient pas les dames du village qui répandent la malignité et prennent parti sur ceux avec une rapidité et une facilité désarmantes.
J’ai ressenti une telle compassion pour ces deux filles qu’elles se sont retrouvées, malgré elles, confrontées à une réalité impitoyable et infâme, devant faire face à la pauvreté et à la faim, à la guerre et à la violence des puissants et des bandits, mais aussi à la réalité étroite et étouffante d’un petit pays qui vole les rêves et freine les attentes, avec les bavardages et les calomnies auxquels ceux qui disent ne pas écouter sont toujours et en tout cas à répondre, chacun réagissant selon son propre caractère, ressentant des émotions plus intenses mais plus destructrices dans un cas et plus silencieuses mais avec moins de conséquences dans l’autre.
La grand-mère est le personnage le plus intéressant avec le makara, mais l’explication du changement final semble un peu tirée pour expliquer les conséquences d’un fort choc.
Mais j’ai ressenti plus que quiconque tant de pitié et de tristesse pour un père qui, esclave des conventions de l’époque et de ses propres rancunes familiales, ne peut rester indifférent aux choix de sa fille mais qui au contraire, en s’y opposant de toutes ses forces, a pour seul résultat de l’éloigner de sa famille et de lui-même. Ce père qui, avec le recul, regrette sa position et souhaite seulement que le temps revienne pour lui rendre le temps perdu et lui donner une autre chance d’être meilleur.

Note : 9,5/10

 

  • Broché : 288 pages
  • Editeur : Les escales éditions (4 juin 2020)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2365694985

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