Le lecteur de cadavres de Antonio Garrido, Candide au pays du soleil levant

Un auteur espagnol qui s’intéresse à la Chine antique ? Voilà qui avait de quoi susciter mon intérêt, je me plongeais rapidement dans la lecture de ce pavé de plus de 700 pages. Froide fût la douche que je reçus lorsque j’eus compris que l’auteur et moi n’étions pas du tout sur la même longueur d’onde.

Le sous-titre que j’ai donné à ma chronique donnera un indice quant à la direction que j’ai choisie de prendre. Voltaire et son personnage de Candide auront traumatisé assez de collégiens pour laisser une empreinte indélébile dans les esprits des lecteurs. Cette oeuvre figure-t-elle au chevet de l’auteur italien ? Difficile de croire le contraire lorsqu’on le voit à quel point son personnage est coulé dans le moule du célèbre récit publié au XVIII siècle.

Le personnage principal, le jeune Ci Song, et la manière dont celui-ci est développé constituent le principal problème. Le début de l’intrigue nous le présente comme un jeune paysan mais on apprend rapidement qu’il a étudié pendant quatre ans à l’université de la capitale Lin’an. Il a donc pu se frotter aux us et coutumes de la société chinoise de l’époque, il a même pu seconder un juge dans ses enquêtes criminelles. C’est donc un jeune homme de vingt-deux ans que nous introduit le récit, certes encore innocent à propos des choses de la vie mais pas non plus le campagnard reculé que l’on pourrait croire au premier abord. Pourtant ce pauvre Ci fait preuve d’une extrême naïveté et ce tout au long du récit. Une fois, deux fois passe encore, surtout sous le coup de l’émotion, mais à la troisième puis la quatrième fois où on le voit se faire berner par des antagonistes qui ont maintes fois fais preuve de leur duplicité la formule ne fonctionne plus.

Et ce trait de caractère constant se révèle être incohérent avec le don qui fait de lui un ancêtre de Sherlock Holmes, les déductions qu’il livre lors de ses investigations sont toujours bien amenées et surprenantes. Il s’agit des meilleurs passages du récit. De plus il sait faire preuve d’une grande malignité lorsqu’il s’agit de s’extirper de situations périlleuses avant de se remettre dans le pétrin cent pages plus loin. Comment expliquer qu’un personnage aussi instruit et intuitif lors de ses enquêtes soit complètement aveugle à la malveillance humaine à peine dissimulée ? Cette linéarité dans la construction du personnage lui ôte son authenticité, malgré l’aspect historique de l’œuvre et empêche de s’attacher à lui.

La plume de l’auteur est fluide, l’immersion dans le récit est immédiate et, si le récit n’échappe pas à quelques longueurs, il n’est jamais inintéressant. La représentation de la chine antique paraît fidèle même si je regrette le manque de subtilité des personnages. Les antagonistes que croise Ci durant son périple possèdent des traits grossiers alliant la cupidité, la cruauté et le mépris qui finit par décrédibiliser encore un peu plus le récit. Un peu de subtilité dans cet empire du soleil levant n’aurait pas fait de mal. Ce portrait grossier de la société chinoise de l’époque plus l’écriture de ce pauvre Ci font que le roman tient plus du conte que du polar historique et m’a personnellement empêché d’apprécier le récit dans son ensemble.

En somme les lecteurs qui attendent d’un récit qui les transportent ailleurs, à la découverte d’un monde disparu seront ravis. Ceux qui ,comme moi, attendent d’un récit qu’il fasse évoluer ses personnages à coups d’épreuves initiatiques, d’échecs fondateurs et de prise de conscience salvatrice seront déçus.

Résumé : Ci Song est un jeune garçon d’origine modeste qui vit dans la Chine du XIIIe siècle. Après la mort de ses parents, l’incendie de leur maison et l’arrestation de son frère, il quitte son village avec sa petite sœur malade. C’est à Lin’an, capitale de l’empire, qu’il devient fossoyeur des « champs de la mort » avant d’accéder à la prestigieuse Académie Ming. Son talent pour expliquer les causes d’un décès le rend célèbre. Lorsque l’écho de ses exploits parvient aux oreilles de l’empereur, celui-ci le convoque pour enquêter sur une série d’assassinats. S’il réussit, il entrera au sein du Conseil des Châtiments ; s’il échoue, c’est la mort. C’est ainsi que Cí Song, le lecteur de cadavres, devient le premier médecin légiste de tous les temps. Un roman, inspiré par la vie d’un personnage réel, captivant et richement documenté où, dans la Chine exotique de l’époque médiévale, la haine côtoie l’ambition, comme l’amour, la mort.

  • Editeur : Le Livre de Poche (3 juin 2015)
  • Collection : Policiers
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2253184195

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