Empire des chimères d’Antoine Chainas, quand le style et l’intrigue se parasite mutuellement

Résumé: 1983. La disparition d’une fillette dans un petit village. L’implantation dans la région d’un parc à thèmes inspiré d’un jeu de rôles sombre et addictif, au succès phénoménal. L’immersion de trois adolescents dans cet Empire des chimères qui semble brouiller dans leurs esprits la frontière entre fiction et «vraie vie». Tragédie locale, bouleversement global et mondes alternatifs, Empire des chimères nous entraîne dans un labyrinthe vertigineux dont les ramifications finissent par se rejoindre au cœur de tous les possibles.

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Chronique : Cet empire des chimères est un exemple parfait qu’une plume raffinée et élégante ne suffit pas toujours à produire un ouvrage de qualité.

Car du style il y en a dans ce pavé de plus de 600 pages. L’auteur, Antoine Chainas, possède une plume contemplative teintée de mélancolie. Sous sa plume le village de Lensil, où se situe la majorité de l’action, prend vie. À travers sa description d’un petit village embaumé dans une douce langueur, il parvient à doter son ouvrage d’une réelle atmosphère. Le bruissement des feuilles dans les arbres, la lente course des saisons, la caresse des astres solaires et lunaires. Tous ces éléments contribuent à l’atmosphère champêtre du début de l’ouvrage. L’auteur intègre avec subtilité une obscurité, une noirceur qui se fait de plus envahissante. Malheureusement plus on avance dans l’intrigue, moins cette atmosphère se fait prégnante au profit d’une intrigue nébuleuse qui ne tient pas toutes ses promesses.

À l’image des moisissures qui rongent lentement les habitations de Lensil, certaines parties de l’intrigue m’ont fait l’effet de parasite venu entaché et alourdir une intrigue qui n’en avait nul besoin. Je pense notamment à toute l’intrigue secondaire concernant les dirigeants américains de la société Lawney. Non seulement les intrigues parallèles de ces différents personnages ne tiennent pas la comparaison avec les autres qui sont développées dans l’ouvrage mais en outre les personnages se révèlent moins intéressants. Non pas qu’ils ne soient pas suffisamment décrit et leur psychologie pas assez solides, au contraire, mais leurs personnages ne s’intègre jamais véritablement à l’empire conté par l’auteur. Comme si l’ambiance campagnarde décrite dans les premières pages rejetait ces personnages et leur intrigue de col blanc. Pourtant, d’habitude, ce sont les passages consacrés à ces personnages immoraux que je préfère mais en l’occurrence ceux-ci ne parviennent pas à retenir mon attention.

De manière générale, l’auteur s’avère plus doué pour instaurer une ambiance que pour incarner ses personnages. Le garde-champêtre est celui qui dispose de l’écriture la plus complète mais cependant il restera à l’écart des éléments de l’intrigue les plus cryptiques, l’auteur refuse de faire de lui un héros qui ferait la lumière sur les ténèbres qui entourent le village. Les autres personnages sont à l’avenant, pauvres témoins impuissants d’une intrigue qui les dépassent. Une mention particulière pour Denis Davodeau, petit homme mesquin enserré dans sa médiocrité et sa jalousie, ressassant inlassablement les mêmes griefs du passé. Une preuve supplémentaire que chaque homme plante lui-même les clous dans son cercueil.

L’intrigue constitue le principal atout et le défaut majeur en même temps. Le prologue nous laisse présager un mystère centenaire, une malédiction fatale qui traverse l’histoire humaine mais au final, le squelette sur lequel se bâtit l’intrigue se révèle bien fragile. L’auteur ne parvient jamais à donner une réelle épaisseur à son récit. Les éléments sur lesquels il repose ne prennent pas suffisamment d’ampleur pour se révéler passionnant, l’enquête sur la disparition de la fillette est plate et sans saveur tandis que la mythologie mise en place autour du jeu de rôles est loin de suffire pour rendre la lecture intense. Les différents arcs scénaristiques ne s’imbriquent jamais entre eux, ce qui donnent l’impression que les personnages ne sont jamais véritablement impliqués. Si on ajoute à ça les lenteurs qui jalonnent le récit on se retrouve avec un ouvrage ambitieux mais bancal et qui ne délivrent pas suffisamment de réponses pour être suffisamment captivant.

Nul ne pourra nier que l’auteur possède une plume, un style qui confère à son ouvrage une identité propre, une atmosphère fait d’une sombre mélancolie. Mais qui ne suffit malheureusement pas à faire de cet empire des chimères un polar inoubliable.

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  • Broché : 672 pages
  • Editeur : Gallimard (6 septembre 2018)
  • Collection : Série noire
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2072777208

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