Interview : Anthony Combrexelle Auteur de «Ordo»

Anthony « Yno » Combrexelle est auteur de nouvelles, game designer et scénariste, graphiste et illustrateur. Il conçoit, écrit et illustre de nombreux jeux de rôle (Patient 13, Rushmore, Outer Space, Americana, Notre Tombeau, Adventure Party : Les Terres Perdues) sous le pseudonyme de Yno depuis plus de quinze ans. « Presque minuit » (2018), son premier roman, est lauréat du Prix 404 Factory.

Lien de l’article de Ordo : https://culturevsnews.com/2020/09/10/ordo-10-septembre-2020-de-anthony-combrexelle/

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INTERVIEW

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis graphiste le jour et auteur la nuit. J’ai commencé à écrire mes premiers scénarios et jeux de rôle de manière autodidacte. Me débrouillant en illustration, étudiant le graphisme et écrivant, je me suis mis à concevoir mes jeux et mes univers dès l’adolescence. J’ai écrit mon premier roman, Presque Minuit, et je l’ai soumis à de nombreuses maisons d’édition, en vain. Il est resté dormir dans un tiroir durant de nombreuses années. À la faveur du concours de 404 éditions, le « Grand Prix » de 404 Factory, j’ai fait participer le roman et il a été retenu par le jury et publié. Au Crépuscule, puis Ordo, ont alors suivi.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Plus que l’envie d’écrire, c’est l’envie de raconter et de partager des histoires qui m’a toujours séduit. Et ça depuis tout petit. Ça ne prenait pas forcément une forme littéraire, ça pouvait se faire via de l’illustration ou l’invention de jeux mais ça a toujours été le cas. De même, Ordo est mon quatrième roman publié (mon troisième aux éditions 404) mais j’ai conçu plusieurs dizaines de jeux de rôle et de scénarios durant presque deux décennies. Le jeu de rôle est un excellent medium pour apprendre à structurer des intrigues et concevoir des mondes, et d’un point de vue créatif, il est très riche, demande des illustrations, d’avoir des textes évocateurs utilisables en jeu, d’inventer des règles et des systèmes de jeu.

L’envie d’écrire des romans, je l’ai toujours eu mais je ne me suis pas senti capable avant très longtemps et c’est à l’approche de la trentaine, après avoir écrit de nombreux scénarios de jeux de rôle, que je me suis lancé pour trouver un nouveau terrain de jeu amusant. Ce premier roman écrit, c’était donc Presque Minuit.

Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Quand j’avais 10-14 ans, je lisais essentiellement du fantastique, entre Lovecraft et Stephen King. Vers mes 16-18, j’ai basculé vers les écrits de Clive Barker et Neil Gaiman et je peux dire qu’ils restent mes principales influences encore aujourd’hui.

Quel est votre rythme de travail ?

Je prends des notes dès que je peux, dès que j’ai une idée, sur mon téléphone ou en brouillon de mail. Et dès que j’ai le temps pour, j’injecte ces notes dans les fichiers qui correspondent à l’idée. Parfois sur ma pause déjeuner, plus souvent une fois rentré chez moi. Et je travaille durant la soirée. Et ce, le plus souvent possible (tous les jours ou presque) même si c’est pour 10 ou 20 minutes, et ce autant que possible afin d’être le plus efficace : se remettre dans le bain d’une histoire ou d’un projet me prend du temps… sauf si j’ai la tête dans le projet au quotidien.

Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture ? Le final explosif est très cinématographique comment vous vous est il venue ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard ?

Je fais partie de la secte des « architectes » : je sais tout dans les moindres détails avant de rédiger et je suis assez radical dans ma construction, dans ma structure. C’est quelque chose que je valorise beaucoup : j’apprécie les « belles mécaniques » dans les histoires que je lis, et je tente d’offrir la même chose quand j’écris. Je ne rédige donc jamais « au propre » avant que toutes les pièces de mon puzzle s’enchâssent parfaitement, du moins à mon goût. Je pars donc souvent de scènes fortes que je visualise et je tente de les relier pour en faire une bonne histoire. Ça me permet d’avoir un final et des conclusions spectaculaires qui semblent logiques parce qu’amenées par le récit jusque-là.

D’où vous venez cette vision futuriste sur cette magie omniprésente ? et cette envie d’écrire dessus ?

J’adore la magie dans le quotidien, l’irruption enthousiasmante et colorée d’une surprise dans la vie de tous les jours. Dans mes récits, pour que ce soit intéressant « dramatiquement », c’est généralement de mauvaises surprises pour les personnages. Mais, de manière générale, j’adore tenter de coller à notre réalité, ou du moins à une certaine forme et vision de notre réalité, et faire des pas de côté, pour jouer à « et si on disait que… » et inventer la suite.

On sent une certaine empathie envers ces cinq jeunes héros dont vous dresser le portrait dans votre livre, en quelques lignes ces personnages prennent vie, vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

Je crois qu’on s’inspire tous de notre vécu, de qui on côtoie, de qui on voit dans les œuvres et de nos expériences personnelles. Évidemment que je ne suis pas magicien (bon, si c’était le cas, je ne vous le dirais pas). Par contre, je sais ce que c’est de vouloir réussir quelque chose, de rater parfois, de ne pas être compris, de ne pas se sentir les épaules pour prétendre à, et tout ça, c’est finalement assez simple de les injecter dans des personnages pour les rendre crédibles, intéressants. D’ailleurs, comme avec Ordo, je souhaitai proposer un roman fun, très enlevé et énergique, divertissant au possible, avec beaucoup de personnages ayant du style, du charme, ajouter quelques éléments plus humains, liés aux désirs de chacun, des faiblesses, permettait de les rendre plus réels, de jouer justement sur cette frontière entre réalité et magie.

Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman ?

Mes éditrices m’ont aidé à trier l’ensemble des mes idées et mon éditrice en chef, Ludivine Irolla, m’a questionné régulièrement, à ma demande ou à la sienne, afin qu’on soit sur la même longueur d’onde sur ce que j’allais proposer, sur la façon dont je voyais l’univers et le roman et sur les fameux « petits détails » qui font tout l’intérêt de cette histoire.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Long, non. Difficile, oui. Le roman a été écrit dans des conditions assez particulières : on m’a demandé si j’avais un roman à proposer pour une publication. J’en avais deux… mais ils ne correspondaient pas à la ligne éditoriale de l’éditeur et j’ai donc dû écrire ce roman en moins de cinq mois. C’était une opportunité folle et je l’ai saisie mais ça a rendu mes journées particulièrement chaotiques et mes nuits éprouvantes. Je suis très content d’Ordo mais je n’étais pas mécontent d’en avoir terminé pour me reposer.

  1. Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Le roman venant de sortir il y a quelques jours à peine, c’est encore trop frais pour avoir des anecdotes notables, mais je suis ravi que les retours soient si enthousiastes. Je redécouvre le roman à travers leurs retours.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

J’aime énormément de choses. Je lis énormément… de comics, de mangas, de jeux de rôle. Je joue beaucoup à toutes sortes de jeu, et mon principal plaisir en dehors de l’écriture de romans, c’est la conception de jeux de rôle où je peux tout créer et publier par moi-même. C’est très satisfaisant créativement d’être en capacité de le faire.

Quels sont vos projets ?

Ça fait partie de mes questions actuelles, au moment où je réponds à cette question (rires). J’aimerai pouvoir écrire un nouveau roman dans l’univers de Presque Minuit et Au Crépuscule, j’aimerai aussi pouvoir écrire une suite à Ordo. J’ai des dizaines et dizaines de pages de notes pour ces deux projets. Mais ça dépendra avant tout des retours du public. J’aimerai écrire un thriller fantastique ainsi que de la fantasy, quelque chose de plus médiéval, sombre et épique. J’aimerai pouvoir aussi écrire une trilogie afin d’avoir la place pour des intrigues plus amples, qui puissent rebondir sur la durée. De manière générale, j’ai à peu près 80 projets plus ou moins développés (de romans, de jeux de rôle, de jeux de société) qui dorment dans mon disque dur, attendant l’envie, le temps ou la demande d’un éditeur pour les développer.

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Mes coups de cœur des derniers mois sont souvent différents de l’année précédente. Si je devais donner quelques titres qui m’ont beaucoup marqué à leur époque, du moins quand je les ai lus, à mon échelle, ce serait « Imagica » de Clive Barker et « Neverwhere » de Neil Gaiman en fantastique/urban fantasy. « Annihilation » de Jeff Vandermeer en… fantastique à la frontière de la SF, « La Horde du Contrevent » de Alain Damasio en fantasy à la frontière avec la SF, « Une Assemblée de Chacals » de S. Craig Zahler en western bien énervé et « Les Monarchies Divines » de Paul Kearney, « Légende » de David Gemmell, « Servir Froid » de Joe Abercrombie, « Chien du Heaume » de Justine Niogret en médiéval fantastique, plus ou moins épique, plus moins sombre, plus ou moins âpre.

Au vu de la track liste de la fin du livre utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Je n’écris jamais ou rarement sans musique. J’écoute de tout, voire n’importe quoi, même si pour concevoir mes intrigues, j’aime me plonger dans les playlists qui vont accentuer mon ressentir, intensifier mon imaginaire, renforcer l’ambiance que je souhaite. C’est la même chose lorsque je rédige mon plan détaillé : avoir de la musique dans les oreilles me coupe du monde réel et accroit le ressenti que j’ai pour les personnages et les situations et, il me semble, me permet d’être plus intense dans mon écriture.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

J’ai un site www.misterfrankenstein.com où je publie tous les éléments en rapport avec mes écrits, un Instagram où je partage mes nombreuses lectures et bêtises du quotidien www.instagram.com/anthony_combrexelle/ , un compte Twitter où je relais davantage de choses qui me tiennent à cœur ou me semblent importantes twitter.com/yno et une page Facebook dédiée à toutes mes activités créatives www.facebook.com/AnthonyYnoCombrexelle

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