Sur le ciel effondré de Colin Niel, un cauchemar pourtant bien réel

Voilà encore un ouvrage que les offices de tourisme ne vont pas porter dans leurs cœurs. Colin Niel nous décrit ici la réalité guyanaise dans toute sa complexité, sans le vernis de carte postale que l’on aurait envie d’apposer sur cette destination touristique aux paysages aussi enchanteurs qu’angoissants.

En 500 pages l’auteur nous brosse le portrait d’une Guyane complexe où le mélange ethnique n’a conduit qu’à un communautarisme qui fait le lit de la délinquance. Malgré le nombre conséquent de personnages tous ont une présence qui marque le lecteur. L’auteur parvient à les enrober d’un passé, d’une histoire personnelle, d’une personnalité souvent pleine de doutes et de regrets. Le tout en quelques mots, le temps d’un chapitre avant que le regard de l’auteur ne se porte sur d’autres rives. Son récit se drape souvent d’un aspect social afin de nous décrire la réalité d’un territoire que l’on oublie facilement. La misère, le désœuvrement, l’alcoolisme, la prostitution, la clandestinité et les trafics en tous genres rythment la vie des habitants de Guyane quelque soit l’ethnie à laquelle ils appartiennent. Amérindiens, haïtiens, noirs marrons, guyanais, antillais sans oublier les métros, tout ce petit monde se regarde en chien de faïence ou s’ignore poliment pendant que l’État français détourne le regard sur la crise sociale qui frappe ce territoire d’outre-mer.

Car l’homme, dans son ignorance crasse, ne pardonne jamais.

L’auteur n’oublie pas de secouer l’arbre de la bonne conscience en abordant le sujet économique et politique, au combien épineux, de l’orpaillage. Là encore l’ouvrage s’atèle à nous montrer toute la complexité d’enjeux économiques qui attisent bien des convoitises. Il aurait été bon que l’auteur insiste un peu plus sur la chute d’un des personnages pivot de son récit, assisté à son interrogatoire aurait permis de voir se fendiller ce vernis de respectabilité qu’il a mis tant d’années à construire. Rien n’est jamais simple lorsque la cupidité de l’homme le pousse à désirer ce qu’il ne peut posséder que temporairement car au final ce que l’homme extrait de la terre reviendra à la terre.

Car la terre, dans son jugement inéluctable, ne pardonne jamais.

Il serait sage de ne pas oublier le chamanisme qui imprègne l’ouvrage, les esprits qui hantent les humains pour leur rappeler qu’ils ne sont pas les seuls à arpenter ce monde, jolok et autres démons prêts à se saisir de notre âme et la déchirer comme d’une feuille de bananier. Les derniers chapitres sont écrits comme un véritable cauchemar mystique où les acteurs humains sont condamnés à jouer leur rôle dans cette tragédie sans nom alors que les esprits assistent, silencieux, au déchaînement de la furie humaine qui mène à la pire des conclusions.

Car les Dieux, dans leur infinie sagesse, savent qu’ils ne faut jamais pardonner.

”Le ciel soudain immense au-dessus de lui, les nuages énormes et chahutés, l’argent tout ce qu’ils pouvaient, la pluie inondant tout. Juste un peu plus de lumières que sous les cimes, les contours dévoilés. La roche sous les pieds nous du guide, le contact piquant du granit brut. Les reliefs bosselés du Talwaken, dévoré par la nuit autant que par l’orage. Et quelques centaines de mètres plus bas, les cimes noires de l’Amazonie. Comme si l’insulter était une île. Comme si ce qui les entourait de toutes parts, c’était les vagues déchaînées d’un océan. Deux indiens et quatre blancs, naufragés sur ce caillou géant qui ne miroitait plus.

Résumé: En raison de sa conduite héroïque lors d’un attentat en métropole, l’adjudante Angélique Blakaman a obtenu un poste à Maripasoula, dans le Haut-Maroni, là où elle a grandi, côtoyant le peuple des Wayanas. Alors qu’un jeune garçon disparaît, elle mène l’enquête
avec le capitaine Anato dans ce territoire amérindien que se disputent âprement orpailleurs et évangélistes.

  • Broché : 512 pages
  • ISBN-10 : 281261658X
  • ISBN-13 : 978-2812616587
  • Dimensions du produit : 14 x 4.3 x 20.5 cm
  • Éditeur : Editions du Rouergue (3 octobre 2018)

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