L’enfant aux cailloux de Sophie Loubière, derrière les portes closes

Les thrillers domestiques ont cela d’exaspérant qu’ils n’ont, bien souvent, aucun sens du rythme et se contentent de bercer les lecteurs tout au long de leurs intrigues mollassonnes. Sophie Loubière a parfaitement compris ceci en composant la triste ritournelle de l’enfant aux cailloux en adoptant un tempo rapide et une narration malicieuse.

Dans nombre de thrillers domestiques qui se piquent de psychologie on s’interroge sur l’état de santé mental de l’héroïne, c’est souvent une femme, allez savoir pourquoi, pendant un bon tiers du roman avant le coup de théâtre final qui remet tout en perspective. Point de tergiversations dans celui-ci, on comprend très vite que quelque chose ne tourne pas rond dans la tête de cette brave Mme Préau.

Un personnage qui apparaît immédiatement sympathique malgré son caractère bougon et paranoïaque. Son dérèglement mental apparaît d’abord par petites touches qui sont autant de dissonances disgracieuses dans le quotidien de cette ancienne institutrice à la retraite. Maligne l’auteure a alterné les tranches de vie centrées sur ce membre du troisième âge souffrant de solitude et de paranoïa afin d’éviter que son récit dérape sur la pente de l’ennui.

Ainsi pour nous immerger dans l’esprit chaotique de son personnage principal, l’auteure s’est amusé à alterner des chapitres courts où Mme Préau échange avec un nombre limité de personnages, son fils, son aide ménagère, son docteur, et d’autres où elle nous présente ses notes personnelles ou ses lettres adressées au édiles de la république ou à des proches. Cette diversité dans la narration permet de dresser un portrait psychologique complet du personnage principal tout en maintenant l’attention du lecteur, qui ne peut s’empêcher de se demander jusqu’où va la mener sa folie.

Le dernier tiers du roman permet de mettre en lumière un autre personnage. Plutôt en retrait jusqu’à présent, il gagne en épaisseur et en humanité. Il aura surtout la chance de pouvoir comprendre Mme Préau dans toute sa complexité, et ainsi faire la paix avec ses démons, ce qui arrive rarement dans la vraie vie.

Une conclusion douce amère mais profondément empathique pour un thriller domestique qui sort du lot grâce à sa narration malicieuse, son personnage principal formidable de complexité et son intrigue parfaitement maîtrisée. Un livre qui met en avant un problème social mais ce n’est pas forcément celui auquel vous penserez en lisant le résumé.

Résumé: Elsa Préau est une retraitée bien ordinaire. De ces vieilles dames trop seules et qui s’ennuient tellement – surtout le dimanche – qu’elles finissent par observer ce qui se passe chez leurs voisins. Elsa, justement, connaît tout des habitudes de la famille qui vient de s’installer à côté de chez elle. Et très vite, elle est persuadée que quelque chose ne va pas. Les deux enfants ont beau être en parfaite santé, un autre petit garçon apparaît de temps en temps – triste, maigre, visiblement maltraité. Un enfant qui semble l’appeler à l’aide. Un enfant qui lui en rappelle un autre… Armée de son courage et de ses certitudes, Elsa n’a plus qu’une obsession : aider ce petit garçon qui n’apparaît ni dans le registre de l’école, ni dans le livret de famille des voisins. Mais que peut-elle contre les services sociaux et la police qui lui affirment que cet enfant n’existe pas ? Et qui est vraiment Elsa Préau ? Une dame âgée qui n’a plus toute sa tête ? Une grand-mère souffrant de solitude comme le croit son fils ? Ou une femme lucide qui saura croire à ce qu’elle voit ?

  • Poids de l’article : 200 g
  • Poche : 352 pages
  • ISBN-13 : 978-2266246309
  • ISBN-10 : 2266246305
  • Dimensions du produit : 10.9 x 1.6 x 17.8 cm
  • Éditeur : Pocket (13 mars 2014)
  • Langue : : Français

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