Le village perdu de Camilla Stein, the blaireaux ouitch project

Il n’y a tellement rien qui va dans ce « thriller » que je ne sais même pas par où commencer. Encore une fois je me suis fait piéger par les sirènes de la nouveauté et de la quatrième de couverture. Ce n’est pas compliqué, moi, vous me dites village fantôme, atmosphère brumeuse et fait divers mystérieux je fonce direct. Je dois sans doute me résigner à encore me faire avoir dans mes lectures ultérieures, ainsi va la vie de lecteur.

Qu’est-ce qui m’a le plus déçu dans ce primo roman? Entre les personnages insipides à la caractérisation pataude et bourrée d’incohérences et la narration maladroite et percluse de lourdeur stylistique mon cœur balance. Non, soyons honnêtes, je crois que c’est cette narration à double temporalité qui remporte la palme. Pour une fois je ne peux pas dire que les chapitres se déroulant dans le passé ne servent qu’à faire du remplissage. En effet c’est grâce à eux, et à eux uniquement, que le grand mystère mystérieux du village perdu sera levé. Un mystère qui n’a rien de transcendant et qui demeure survolé, la résolution se révèle prévisible, à un point que l’on se demande comment le fait divers a pu rester insoluble durant tant d’années.

Et les chapitres se déroulant dans le présent me direz-vous ? Eux doivent être intéressants, ils doivent nous plonger dans une atmosphère angoissante ? Parcourir les rues désertes du village doit nous faire ressentir une aura particulière non ? Arpenter les maisons délaissées doit nous plonger dans une ambiance glauque et nous faire ressentir l’humidité de ces murs qui gardent un secret morbide que les personnages vont s’efforcer de résoudre ? Et bien non, à aucun moment je n’ai été plongé au cœur de ce village abandonné. La faute a un style rebutant sur lequel nous reviendrons. Mais aussi à des personnages qui passent leur temps à s’enfuir parce qu’ils ont vu une ombre ou entendu des voix. La palme revenant à cette chère Alice, qui apercevant une silhouette dans leur camionnette préfère s’enfuir à toutes jambes plutôt que de la confronter enfin, sachant que son amie a disparu. Des personnages complètement inutiles, tout juste bon à mourir après que l’on soit difficilement parvenue à se souvenir de leurs noms. Jamais ils n’enquêteront sur le mystère du village, à part pour réunir deux trois dessins, alors même qu’une piste solide est évoquée au début de l’intrigue. Jamais ils ne mobiliseront leurs ressources pour s’en sortir, ils passeront l’ensemble du récit à courir de bâtisse en bâtisse dans le vain espoir d’échapper aux ombres qui les traquent. Ça en devient désespérant de paresse narrative.

Qu’en est-il du style ? Alors plutôt que de faire un paragraphe dans lequel j’exposerais pourquoi la plume de Camilla Stein est à fuir absolument je vais plutôt vous donner un exemple concret de la lourdeur narrative de ce roman. J’ai choisi un court passage qui condense tous les défauts que je lui reproche, il ne contient aucune révélation. Il s’agit de la narratrice Alice qui réagit à une réplique d’un de ses compagnons de galère.

-et combien de temps es-tu partie ?

Il y a un truc qui me dérange : sa voix, sa posture, sa façon de baisser la tête, le menton collé à la poitrine. L’absence d’étonnement dans sa voix.

Alors avec toutes ces précisons si vous n’avez pas compris que le personnage qui a lancé la réplique cache quelque chose arrêtez la lecture et consacrez-vous à une autre passion. C’est lourd, pataud alors que c’est une observation qui se fait en une fraction de seconde. Inutile d’insister autant sur la gestuelle. Une simple remarque sur l’absence de sincérité dans la voix aurait suffi au lieu d’alourdir le récit ainsi. J’ai pris cet exemple parce qu’il cristallise les défauts du récit mais dîtes-vous bien que tout le roman est écrit ainsi.

Je ne vais pas passer plus de temps sur ce roman qui est raté sur tous les points et qui n’a même pas la décence de proposer une intrigue originale à défaut d’être bien écrit. Une lecture que je vous conseille de fuir au risque de vous dégoûter du polar nordique.

Résumé: 1959. Silvertjärn. La population de cette petite cité minière s’est mystérieusement évaporée. A l’époque on a seulement retrouvé le corps d’une femme lapidé et un nourrisson.
De nos jours, le mystère reste entier.
Alice Lindstedt, une documentariste dont la grand-mère est originaire du village, part avec une équipe explorer la cité fantomatique, en quête des secrets de cette tragédie.
Mais la piste de l’ancien pasteur du temple déterrera la mémoire d’un sombre passé…
Un passé qui hante encore le présent et semble avoir réveillé les ombres du village perdu.

  • Éditeur : Le Seuil (1 octobre 2020)
  • Langue : : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2021426521
  • ISBN-13 : 978-2021426526

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