Lettre à l’année 2020

Chère année 2020

Non inutile de te mettre sur la défensive, je ne vais pas m’en prendre à toi, j’ai cédé à la tentation, j’avoue, comme beaucoup de monde, bon sang même netflix a produit un documentaire dont tu es le principal sujet intitulé Mort à 2020, de te traiter d’année merdique, tout en sachant au plus profond de moi que tu n’y aies pour rien. Rassures-toi je ne suis pas venu vers toi aujourd’hui dans ce but, alors desserre-moi ces poings et mouche toi un peu, ce n’est pas parce que tu as été désigné bouc émissaire que tu ne dois pas être présentable.

Car oui vois-tu 2020 tu n’es rien d’autre qu’un bouc émissaire. Une pauvre bête que l’humanité tout entière à décider de charger de tous ses malheurs et de ses peurs. La peur parlons-en justement, certains vont te certifier que tu es l’année de la bêtise, que durant ton règne de douze mois on va vu fleurir théories du complot, vidéos conspirationnistes et des millions de tweets aux propos fumeux, oubliant par-là même que cette course au complot s’est intensifiée ces dernières années avec l’explosion des réseaux sociaux et la défiance grandissante envers les institutions. Alors non la bêtise, qui n’est qu’un symptôme, n’est pas selon moi ce qui caractérise le mieux ton règne, 2020. Non c’est la peur.

Une peur qui a toujours fait partie de l’essence de l’humanité, une peur qui guide nos avancées technologiques et que l’on a soif de tarir. On se regroupe en société parce qu’une meute est plus puissante qu’un individu isolé, on construit des remparts parce que l’on a peur des envahisseurs, on cherche l’âme sœur parce que l’on a peur de finir seul. La peur de l’avenir imprègne nos sociétés névrosées. Chacun d’entre nous porte en lui ses propres craintes que ce soit la solitude, la précarité, la vieillesse, le réchauffement climatique, la déliquescence des infrastructures ou encore la peur la plus instinctive, la plus reptilienne, la peur de l’autre. Les deux dernières décennies ont vu émerger une culture de la terreur qui a débuté avec le 11 septembre et qui culmine avec cette crise sanitaire face à laquelle on s’est retrouvé désemparée. Alors l’humanité s’est réfugié là où elle pouvait et face à la désintégration de son mode de vie elle s’est retrouvé face à ses peurs les plus primitives.

D’où cette flambé de haine, de méfiance et de théories toute plus fumeuses les unes que les autres qui ont enflammés la toile. La voie des scientifiques, des experts qui nous avaient avertis en publiant des essais sur la menace virale que personne n’a lus, ont été assourdis par les hurlements de la meute de citoyens effrayés par l’effondrement de leurs quotidiens autrefois bien réglés. Et je sais que tu t’en étonnes 2020 mais tu as fais connaissance avec l’humanité il y a douze mois à peine, ne le prends pas mal mais j’ai un peu plus d’expérience. Cette réaction de repli sur soi est compréhensible, stérile et contre-productive sur le long terme, mais compréhensible. Encore une fois c’est la peur qui guide les réactions de tous ces pauvres occidentaux qui tweetent sur les antennes 5g tout en dévalisant le rayon féculent de leur supermarché.

2020 ma pauvre année, cela va peut-être te surprendre, toi dont l’espérance de vie t’incite à une certaine humilité mais il faut nous comprendre. Nous pauvres occidentaux qui nous pensions si puissants, si modernes, si invulnérables. En l’espace de quelques mois on s’est rendu compte que notre mode de vie nous rendait vulnérable à un virus microscopique et que nos gouvernements, censé nous protéger de ces menaces, n’avaient absolument pas anticipés cette crise. Alors forcément on a un peu paniqué et on s’est mis à délirer sur des laboratoires clandestins et des gouvernements génocidaires. Parce que dans notre ignorance confortable on est incapables de se rendre compte que notre mode de vie basé sur la surconsommation se répand de plus en plus à travers le monde. Tout le monde veut des grandes surfaces où tu trouves de tout, tout le temps et ce quelque soit ta position géographique. Oui 2020, toi qui survoles l’ensemble du globe, tu vois bien que pour en arriver là on s’accapare de plus en plus de surface agricole et que l’on saccage les habitats naturels de la faune et de la flore, dont certains sont porteurs de germes potentiellement transmissibles à l’homme. Mais nous, coincés derrière nos écrans branchés sur BFMTV ou sur netflix on ne le voie pas tout ça. Alors fatalement arrivé en fin d’année c’est toi qui te retrouves dans le rôle du grand méchant loup qui nous a pourri la vie.

Parvenus à ce triste constat tu vas sans doute me demander comment je parviens encore à me lever le matin. L’espoir ma chère amie, l’espoir qu’au final ton règne soit l’année zéro d’un changement significatif. Ne me traite pas de naïf s’il te plaît, j’ai bien conscience que ce changement sera progressif et mettra des années, si ce n’est des décennies à se mettre en place et qu’en attendant les jours qui s’annoncent sont bien sombres. Les mêmes qui hurlaient à la fin du monde se congratulent aujourd’hui de l’arrivée en fanfare de ta petite sœur, 2021 oubliant un peu vite qu’une crise se fiche des rythmes calendaires.

Mais si changements il doit y avoir, me diras-tu alors que ton règne s’achève et que l’humanité trépigne d’impatience de retrouver sa société d’avant, comment puis-je être persuadé qu’il sera bénéfique pour l’ensemble de l’humanité? Je vais te répondre simplement. Il n’en sera rien, parce que dans tout changement il y a des aspects négatifs et d’autres positifs et qu’il est impossible de contenter tout le monde. Tu trouves ça cynique ? Peut-être mais demande à tes grandes sœurs que tu t’apprêtes à rejoindre aux cimetières des années oubliées, elles te diront la même chose.

J’entends encore ta voix qui me souffle une dernière question. Si ce changement tant espéré ne survient que dans une dizaine d’années comment vivre entre-temps ? Et bien là encore ma chère amie je te répondrai du haut de ma courte expérience en tant qu’être humain. Vois-tu on a beau se révolter, s’entretuer, s’empoisonner et se haïr on est aussi très résilient. Et je sais que chacun de mes contemporains de ce siècle agité, mais quel siècle ne l’a pas été ?, trouveront en eux la force de poursuivre l’aventure de l’espèce humaine, chacun avec ses propres armes et sa manière de faire. Qu’ils descendent dans la rue crier leurs dégoûts ou qu’ils s’évadent dans des univers imaginaires. Qu’ils s’enferment dans des mensonges rassurants ou qu’ils combattent la manipulation. Qu’ils rejettent les bouleversements à venir ou qu’ils les acceptent. Chacun d’entre nous écrira le futur de l’humanité, et il sera tel qu’il sera, c’est-à-dire imparfait et perclus de contradictions, conçus à partir de larmes, de rires et de cris mais il sera.

Voilà chère année 2020 c’est tout ce que j’avais à te dire, cela a été un peu long, désolé, mais tu es bien placé pour savoir que cela prend du temps d’écrire ce que l’on a sur le cœur, toi qui as été spectatrice pendant douze longs mois du capharnaüm mondial qu’a été cette crise. Il ne me reste plus qu’à te dire adieu, je n’irai pas jusqu’à te remercier pour l’épreuve que tu as représentée pour le monde mais il fallait bien que la bulle dans laquelle nous vivions explose un jour et c’est tombé sur toi. Alors sèche tes larmes et dis-toi que peut-être, un jour on parlera de toi comme de la première année où l’humanité est devenue mâture.

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