La chronique de Bridgerton | SERIE sur NETFLIX | Critique d’une série emprisonnée dans le vide !

Voici mon avis critique sur la série netflix « La chronique de Bridgerton » qui a conquis le cœur de bon nombre de spectateurs .

Dans la vie, les personnes les plus belles sont les plus intéressantes. Le message de la Chronique des Bridgerton est clair comme de l’eau de roche, il s’étale partout, dans les gros plans, dans les ralentis, dans les battements de cils de notre héroïne aux traits fins et au teint poudreux. Dans les abdos dessinés de notre héros renfrogné dont les émotions s’arrêtent à l’amplitude de ses mouvement de sourcils.

Dans la Chronique des Bridgerton, les gens laids sont méchants. Les gens gros sont adorables et complexés. Les jeunes beaux baisent entre eux et c’est excitant. Les hommes vivent pour leur honneur et les femmes vivent pour les hommes. Car c’est ainsi que les choses sont.

Lady Whistledown, c’est notre Gossip Girl à nous, un être mystérieux qui publie un journal de potins dont s’abreuvent tous les membres de l’aristocratie britannique, dans cette Angleterre pré-victorienne du début du 19e siècle. La reine Charlotte raffole de ses écrits, tout comme la famille Bridgerton, dont la fille aînée Daphne (Phoebe Dynevor) est au centre de cette première saison. Pas seulement de cette saison : Daphne est au centre de toutes les attentions, celle de la reine, celle du Prince, celle du Duc, celle de son frère, celle de sa mère, celle des autres prétendants, celle des passants.

Alors, comme il fallait bien inventer une histoire, Daphne et le Duc décident de faire semblant d’être amants, parce qu’ils se détestent, mais peut-être qu’ils ne se détestent pas tant que ça, et peut-être même qu’ils s’aiment, mais vraiment, si c’était le cas, on ne l’aura pas vu venir.

’est un peu comme si la série s’était emparée d’une adaptation cinématographique d’un Jane Austen, l’avait essorée pour en extraire toute trace d’humour et de subtilité pour n’en garder que les moues boudeuses et les effusions de sentiments mélodramatiques. Qu’il est dur, d’être une magnifique riche femme blanche dans l’aristocratie, que tout le monde cherche à épouser… Le pire, c’est que la Chronique des Bridgerton semble avoir conscience d’être prise dans un énorme paradoxe : faire son bif sur le dos d’une époque où la société s’organisait autour de l’oppression des femmes au profit des hommes, tout en essayant de faire rêver un public moderne avec une histoire d’amour interdite.

C’est ainsi qu’entre deux courbettes de jeunes femmes mariées de force aux plus offrants, on hérite de quelques saillies bien senties du quota féministe de la série, l’une des sœurs de Daphne qui jalouse la liberté des hommes et refuse d’apprendre à coudre car ce qu’elle aime, c’est lire. Presque autant qu’elle aime dire qu’elle aime lire.

Daphne est blanche, comme toute sa famille. La reine Charlotte ne l’est pas : elle est jouée par Golda Rosheuvel, une actrice noire, qui s’est récemment félicitée du choix « de génie » du créateur Chris Van Dusen de mettre « au sommet de la pyramide alimentaire » une femme non blanche. Julia Queen, l’autrice de la Chronique des Bridgerton, les livres dont la série est adaptée, a elle aussi défendu le « choix conscient » de ce casting, rappelant que des historiens débattaient depuis longtemps sur la possibilité que Charlotte ait été afrodescendante.

À la place, c’est une certaine nausée qui s’empare de nous à la vue des plans kitschissimes (que la personne qui a essayé d’imiter Game of Thrones dans le générique se dénonce) et de la répétition des mêmes mécanismes sexistes ; les femmes admirent les autres femmes pour leur beauté mais les détestent aussi pour leur physique. Seule la bande-originale nous permet de respirer, la production ayant eu la bonne idée de réarranger des tubes comme Bad Guy de Billie Eilish à la sauce clavecin pour donner du pep’s aux scènes de fêtes.

Il y a treize ans, Gossip Girl nous prouvait qu’il était possible de se fasciner pour la même histoire, cinquante fois d’affilée, de suivre les tribulations d’un casting aseptisé hors du temps et de l’espace. Il est triste de constater que la Chronique des Bridgerton ne lui arrive pas à la cheville.

On en vient donc à supporter les épisodes comme on re-binge watcherait une saison de Friends pour la quarantième fois ; pour passer le temps, se déconnecter du monde qui va mal, et ne plus penser à rien. Une plongée dans le vide à la hauteur de notre besoin de nous échapper de 2020.

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