Séquences mortelles de Michael Connelly, n’entendez-vous pas résonner l’alarme ?

Je n’attendais pas grand chose du retour de Jake McEvoy dans un nouveau récit. Il s’agit sans doute du personnage de Michael Connelly le moins développé, il apparaît durant deux récits seulement, le poète et l’épouvantail. Deux très bons polars mais qui sont éclipsé par la profusion de récits mettant en scène le fameux inspecteur Harry Bosch. Pourtant cette nouvelle enquête tissée par l’orfèvre du noir se révèle être une excellente lecture policière.

On notera tout d’abord le choix judicieux de l’auteur de se concentrer sur une seule enquête. On suit le journaliste Jake McEvoy pas à pas dans ses investigations. Contrairement au précédent ouvrage où l’on voyait l’inspecteur Harry Bosch et sa comparse Renée Ballard se disperser sur pas moins de trois enquêtes, ici on se focalise sur une seule intrigue. Ce qui améliore grandement l’immersion du lecteur. Pour qui aime suivre l’enquête au plus près, suivre les raisonnements du protagoniste principal, assister à ses tentatives pour confronter les suspects et être le témoin du cheminement de l’enquête à travers l’apparition de pistes prometteuses, il n’y a guère mieux que ce récit signé par le maître du polar californien. On débute avec un crime sexuel maquillé en accident domestique avant que, page après page, le scénario alarmiste ne s’empresse de soulever des sujets de société inquiétants.

L’auteur a en effet décidé de prendre à bras le corps, si vous me permettez l’expression, le problème du traitement des données privées en abordant le thème méconnu des test ADN, qui ont l’air très populaire aux États-Unis. Sa plume factuelle et distancée ne porte aucun jugement mais le déroulement de l’enquête est suffisamment explicite pour que le lecteur en tire ses propres conclusions. Les découvertes sidérantes du journaliste s’enchaînent chapitres après chapitres, transformant ainsi le récit en rapport alarmant sur notre société actuelle. Difficile de faire la part entre la fiction et la réalité concernant le scandale soulevé par le récit mais nul doute que la fiction doit malheureusement s’approcher de la réalité.

De nombreux autres thèmes sont abordés par l’auteur et nombre d’entre eux s’articulent autour des droits des femmes et de leur place dans la société. C’est un polar directement influencé par le mouvement metoo. On évoque le cyber-harcèlement, la misogynie, les agressions sexuelles, mais aussi les fameux incels, ces groupes d’hommes haineux qui rejettent leurs échecs sur les femmes. Ces sujets sont survolés évidemment, on reste avant tout dans un polar il faut arrêter le meurtrier c’est la finalité du récit. Cependant on ne peut que saluer l’entreprise de l’auteur de vouloir focaliser son intrigue sur les problèmes de notre société, que ce soit la protection des données ou les agressions sexuelles tout en mettant en scène un personnage épris de justice mais justement maladroit dans ses relations avec les femmes.

La caractérisation du personnage est très juste. Jake est un journaliste acharné, consciencieux et déterminé mais son ego le pousse à vouloir tirer la couverture à lui quitte à se mettre à dos sa collègue et il ne parvient pas à construire une entente durable avec sa compagne. Michael Connelly a une la bonne idée de narrer son histoire par le point de vue d’un cinquantenaire qui est loin d’être un chevalier blanc mais qui ne laissera jamais la vérité être ensevelis sous les mensonges.

Au niveau des regrets je pourrais noter que le lièvre débusqué par notre journaliste intrépide est rapidement éclipsé lors du dénouement par une chasse à l’homme peu concluante. Un dénouement qui a le mérite, à la fois, de tirer en longueur, une péripétie aurait pu selon moi, être écarté du récit mais également d’être extrêmement bref en ce qui concerne la caractérisation de l’antagoniste principal. Mais tous les lecteurs de Michael Connelly le savent, la psychologie des tueurs en série n’a jamais été son fort alors il a préféré éluder plutôt que de dresser un portrait raté de psychopathe. À chacun d’apprécier la pirouette scénaristique ou pas.

Séquences mortelles se révèlent donc être un excellent polar qui met en lumière un sujet de société troublant et insiste sur les attaques dont sont encore victimes les femmes. Michael Connelly n’est jamais aussi bon que lorsqu’il s’attaque à un sujet de société à travers une enquête unique.

Résumé: L’illustre Jack McEvoy, maintenant journaliste au Fair Warning, un site Web de défense des consommateurs, a eu raison de bien des assassins. Jusqu’au jour où il est accusé de meurtre par deux inspecteurs du LAPD. Et leurs arguments ont du poids : il aurait tué une certaine Tina Portrero avec laquelle il a effectivement passé une nuit, et qu’il aurait harcelée en ligne. Malgré les interdictions de la police et de son propre patron, il enquête et découvre que d’autres femmes sont mortes de la même et parfaitement horrible façon : le cou brisé.
Le tueur, il le comprend aussi, choisit ses victimes à l’aide de leurs propres données génétiques. Trouver la séquence ADN qui le conduira à sa prochaine proie devient la priorité de Jack.
Mais déjà, le monstre est de nouveau prêt à frapper.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (10 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 486 pages
  • ISBN-10 : 2702182712
  • ISBN-13 : 978-2702182710
  • Poids de l’article : 450 g
  • Dimensions : 13.6 x 2.9 x 21.5 cm

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