Judas and The Black Messiah : que vaut ce film brûlant sur un épisode méconnu de l’histoire des Black Panthers

Privé de sortie en salles, Judas and The Black Messiah sort en exclusivité sur Canal+. Nommé cinq fois aux Oscars, le film a déjà valu à Daniel Kaluuya le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle.

Judas and The Black Messiah réunit un très joli casting, à commencer par les deux acteurs principaux. Dans le rôle du Judas : Lakeith Stanfield (Atlanta, À couteaux tirés) interprète William O’Neal, un petit malfrat qui se fait passer par un agent du FBI pour voler des voitures. Chopé par la police, il est enrôlé par le FBI pour devenir un informateur au sein du mouvement des Black Panthers.

Dans le rôle du Black Messiah : Daniel Kaluuya (Get Out) se glisse dans la peau de Fred Hampton, président de la section de l’Illinois du Black Panther Party. Ce militant, connu pour son charisme et son talent oratoire, a été assassiné dans son sommeil par le FBI, dirigé alors par J. Edgar Hoover.

Autour d’eux, on retrouve des acteurs non moins talentueux comme Dominique Fishback dans le rôle de Deborah, la compagne de Fred Hampton ; et Jesse Plemons dans celui de l’agent du FBI qui recrute Bill O’Neal. Ça vaut le coup d’œil ?

Ne serait-ce que pour son sujet et le fait que ce soit un « oscar contender », Judas and The Black Messiah mérite évidemment qu’on s’y attarde. La mise en scène de Shaka King s’inspire de différents genres, de Scorsese à la Blaxploitation, et donne au film une vraie patte. Plastiquement beau et ambitieux, ce long métrage de deux heures va aussi chercher timidement du côté de Spike Lee et son Malcolm X.

Mais ce sont avant tout les performances de Lakeith Stanfield et Daniel Kaluuya qui imprègnent la rétine. Dans la peau de Bill O’Neal, Stanfield n’est pas un traitre ordinaire. Présenté comme un lâche, il donne de plus en plus d’ampleur à son personnage – apolitique au départ – lorsque celui-ci commence à se laisser galvaniser par les discours d’Hampton, l’homme à abattre aux yeux du FBI. Et lorsque la culpabilité commence à le ronger de l’intérieur.

Quant à Daniel Kaluuya, il ne fait que confirmer son talent en mettant l’accent sur la puissance de son jeu. Même si les deux acteurs sont un peu trop âgés pour interpréter O’Neal et Hampton – qui avaient respectivement 20 et 21 ans au moment des faits – ils ont la densité et la finesse nécessaires pour nous faire accepter ce petit pas de côté.

Figure un peu oubliée des Black Panthers, Fred Hampton s’impose pourtant comme un leader naturel. Admirateur de Che Guevara, défenseur du socialisme contre le capitalisme et unificateur des luttes quand il réussit à rallier d’autres minorités opprimées – y compris blanches – on comprend vite qu’il représentait tout ce que J. Edgar Hoover, joué par un Martin Sheen méconnaissable, méprisait.

Toujours d’après la représentation qu’en fait Shaka King, c’est un homme qui vit en harmonie avec ses principes. Il vient à déplorer que le mouvement n’existe essentiellement qu’autour de sa personne. Mais le personnage a aussi ses limites – prônant la lutte armée et incitant à la haine envers la police – que le film montre subrepticement, trop pressé d’en faire un martyre.

Dans la nuit de dimanche à lundi, Judas and The Black Messiah se mesure à deux films de taille qui traitent eux aussi de politique et de racisme : Les Sept de Chicago d’Aaron Sorkin et Billie Holiday, une affaire d’Etat de Lee Daniels.

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