Nous avions un rêve de Jake Lamar, Un cauchemar aux relents terrifiants de réalité

Alors même que l’Amérique est toujours aussi divisée sur la question de la race et que le communautarisme est poussé à son paroxysme. Les éditions rivages publient en format poche un ouvrage paru en 1996 mais au propos terriblement actuel.

Là où un autre auteur nous aurait d’abord introduit son univers puis les personnages qu’il veut mettre en avant au risque d’une mise en place laborieuse et rébarbative, Jake Lamar dresse d’abord le portrait de ses personnages, des portraits finement esquissés, à tel point que vous aurez l’impression que les personnages se tiennent en face de vous. Vous en viendrez à douter que le récit se déroule dans un futur dystopique tant le discours et la mentalité des personnages paraît actuelle.

Et pourtant toute l’horreur de cette Amérique au bord de l’implosion va surgir au cours du récit. Par petites touches amenées de manière subtile, l’auteur va nous faire prendre conscience qu’il y a quelque chose de pourri dans la première démocratie du monde. Les chapitres en forme de confessions ne font que dissimuler la portée humaniste et pessimiste du récit.

Pour peu que l’on s’intéresse à la question de la race on parcourt les différents portraits de ces personnages avec passion. Doté chacun d’un vécu, d’un passé parfois dramatique et le cœur alourdi par un ego qui les empêche de voir au-delà de leur conditions, l’auteur parvient néanmoins à rendre intéressant et consistant chaque personnage, même le plus mesquin d’entre eux.

Bien plus qu’un énième récit dystopique ou une fresque sociale poignante, l’œuvre de Jake Lamar est une étude de mœurs sur la société américaine. Un cri d’alarme pessimiste mais nécessaire. Un appel a la fraternité dont la date de parution nous fait craindre qu’il soit resté un cri dans le vacarme ambiant.

Résumé : Et si l’Amérique élisait un vice-président noir ? Des années avant Barack Obama et Donald Trump, Jake Lamar imagine une situation pa rfaitement effrayante mais tout à fait plausible. Dans une Amérique dystopique, la guerre contre le crime et la drogue a conduit le pouvoir à ouvrir des camps de rééducation pour les toxicos et à multiplier les condamnations à mort, qui font l’objet d’un show tél évisé. L’instigateur de cette croisade de la vertu, l’Attorney général Melvin Hutchinson, est en passe de devenir le premier vice-président noir de l’histoire américaine. Mais Hutchinson est un homme complexe qui cache un lourd secret…

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (15 septembre 2021) Langue‎Français. Poche‎496 pages ISBN-10‎2743653760 ISBN-13‎978-2743653767

Viper’s dream de Jake Lamar, trente ans d’histoire sanglante.

Dans les volutes de fumée et les vapeurs d’alcool…

L’histoire du jeune Clyde Morton ne se murmure qu’à l’heure la plus sombre de la nuit. Alors même que les clients les plus fidèles ont quitté la salle et qu’il ne reste que les égarés aux yeux troubles, que la fumée des cigarettes s’évapore et que les verres sont depuis longtemps asséchés de leur providence liquoreuse.

C’est une histoire qui s’est écrite cent fois.
Une histoire de rêves brisés, d’opportunités dorées qui pavent le chemin vers l’enfer. C’est aussi l’histoire d’un brasier passionné qui ne sait s’éteindre.

Les confessions qu’il a laissées derrière lui laissent entrevoir une époque révolue, un pan d’histoire condensée en 200 pages à peine, une porte ouverte vers un passé où tout était plus simple et plus compliqué. Son regard reconstruit les briques des immeubles détruits d’Harlem, ses mots portent en eux toute la ferveur et la rage d’une population grisée par les notes de saxophone et par la poussière d’ange. C’est tout un pan d’histoire qui renaît.

Trois décennies s’écoulent sous les yeux des chanceux qui entendront l’histoire de Clyde. Trente ans hantés par les fantômes d’anciens alliés aux rictus exsangues, de génies musicaux aux regards extatiques, de silhouettes féminines à la voix suave.
Une histoire d’Harlem, une histoire de drogue et de musique. Une histoire sur la nature humaine en quelque sorte.

Résumé : Des années 30 à la fin des années 50, Clyde « Viper » Morton règne sur Harlem au rythme du jazz et dans la fumée des joints de marijuana. Mais dure sera la chute.. Clyde Morton croit en son destin : il sera un grand trompettiste de jazz. Mais lorsqu’il quitte son Alabama natal pour auditionner dans un club de Harlem, on lui fait comprendre qu’il vaut mieux oublier son rêve. L’oublier dans les fumées de la marijuana… qui lui ouvre des horizons. La « viper », comme elle est surnommée à Harlem, se répand à toute vitesse et Clyde sera son messager. Il est bientôt un caïd craint et respecté, un personnage. Jusqu’au jour où arrive la poudre blanche qui tue. Et qui oblige à tuer.

Éditeur‎EDITIONS PAYOT & RIVAGES (15 septembre 2021). Langue‎Français Broché‎240 pages ISBN-10‎2743653663

L’île des âmes de Piergiorgio Pulixi, quand le charme n’opère qu’à moitié

Quand le charme ne fonctionne qu’à moitié.

Je n’avais pas d’attente particulière en débutant la lecture de ce polar italien. Aussi je fût le premier surpris lorsque que je me rendis compte que j’étais tombé sous le charme. Le charme de cette plume qui nous transporte en Sardaigne dans une ambiance mystique digne de Dolores Redondo. Un charme qui va nous faire découvrir une région, ses paysages, son histoire, ses habitants. Cette première partie introductive s’est découlé sous mes yeux de lecteurs hypnotisés par la plume de l’auteur. Je trouvais que pour une fois un thriller était doté d’un véritable style.

Mais ce charme s’évapore lors de la seconde partie. L’auteur délaisse la plume au profit de dialogues classiques mais sans éclat. Les événements s’enchaînent sans que l’on puisse s’impliquer réellement dans chacun d’entre eux. L’enquête manque de consistance et ne prend jamais l’ampleur que l’on soupçonne pourtant derrière les non dits et les pistes effleurées. L’intrigue secondaire sur la famille Ladu souffre d’un développement trop sommaire et erratique.

L’écriture des personnages a fini de rompre le charme. Cette pauvre Mara est victime d’une écriture bipolaire qui la décrit tantôt comme une forte tête sarcastique mais sympathique et tantôt comme une harpie agressive et antipathique. Ce qui fait que l’on ne sait jamais si le duo qu’elle forme avec Eva est complice ou à couteaux tirés.

Malgré la dissipation progressive du charme il faut reconnaître que cette île des âmes est un thriller honnête qui n’a pas su tenir toutes ses promesses mais qui offre son lot de divertissement et de dépaysement.

Résumé : Depuis plusieurs décennies, la Sardaigne est le théâtre de meurtres rituels sauvages. Enveloppés de silence, les corps de jeunes filles retrouvés sur les sites ancestraux de l’île n’ont jamais été réclamés. Lorsque les inspectrices Mara Rais et Eva Croce se trouvent mutées au département des « crimes non élucidés » de la police de Cagliari, l’ombre des disparues s’immisce dans leur quotidien. Bientôt, la découverte d’une nouvelle victime les place au centre d’une enquête qui a tout d’une malédiction. De fausses pistes en révélations, Eva et Mara sont confrontées aux pires atrocités, tandis que dans les montagnes de Barbagia, une étrange famille de paysans semble détenir la clé de l’énigme. La première enquête de Mara Rais et Eva Croce nous plonge dans les somptueux décors de la Sardaigne, au coeur de ténèbres venues du fond des âges.

Éditeur ‎GALLMEISTER (1 avril 2021)
Langue ‎Français
Broché ‎544 pages
ISBN-10 ‎2351782496
ISBN-13 ‎978-2351782491

L’arbre à bouteilles de Joe R. Lansdale, les monstres se cachent sous le soleil du Texas

Cette première enquête de l’inénarrable duo d’Hap et Léonard réunit déjà tous les ingrédients qui feront des récits de Lansdale de véritables petites pépites acidulées et piquantes.

Sa plume imagée, que d’aucuns qualifieront à tort de grossière, est la plus adaptée pour rendre compte du tableau misérable et poussiéreux qu’offre sa représentation d’un Amérique rurale sclérosé par le racisme et la pauvreté. Ses dialogues percutants sont autant de parties de punching-ball qui retranscrivent à merveille le caractère bourru de ses habitants.

Les deux trublions principaux forment déjà un duo implacable, bien rodé. Les rôles sont déjà distribués entre les deux compères qui s’échangent des répliques comme l’on respire. Les voir agir comme deux boules de démolition que rien n’arrête est toujours aussi jouissif. Ces deux-là se fichent de la bienséance et gare à ceux qui se dresseront sur leur chemin.

Comme souvent avec l’auteur l’enquête manque d’une véritable envergure et se révèle prévisible. Peu importe car toute la saveur du récit se trouve dans la garniture qui le compose et non dans la pâte.

Une lecture idéale pour se rappeler du visage d’une Amérique fracassée par les coups de poing assénés par les crises sociales et raciale qui gangrène la première démocratie mondiale.

Résumé : Hériter de cent mille dollars et d’une petite bicoque dans un quartier délabré n’est pas si mal et l’oncle Chester a fait un beau cadeau à son neveu Leonard… Même s’il faut tout nettoyer, que le plancher est pourri et que les voisins sont ce que l’on pourrait craindre de pire. Même si retaper une maison pour la vendre et abattre des murs, c’est prendre le risque de découvrir des squelettes cachés…

Éditeur‎Folio (25 novembre 2004) Langue‎FrançaisBroché‎ 368 pages ISBN-10‎2070300595ISBN-13‎978-2070300594 Poids de l’article‎200 g Dimensions‎11 x 1.5 x 18 cm

Kafka sur le rivage de Haruki Murakami, une fable onirique et loufoque

Prudence à toi lecteur qui s’apprête à pénétrer les territoires mystérieux de Murakami. Dépose ton esprit cartésien, tes attentes de lectures formatées et tes repères de lecteur occidental. Tu t’apprêtes à embarquer dans une épopée hors-normes où règne l’absurde et l’introspection.

D’une plume fluide l’auteur tisse l’odyssée miroir de deux êtres dissemblables dans leur approche de la vie. Au jeune fugueur Kafka, accablé par une prophétie paternelle qu’il réfute de tout son être, la mélancolie, la solitude, la rationalité et l’introspection. À l’excentrique Nakata, l’insouciance, l’innocence, l’humour et l’absurde.

Il serait dommage de s’arrêter aux scènes purement loufoque de l’ouvrage tant il recèle d’hommage à toutes les formes d’art, à commencer par le mythe d’Œdipe qui renvoie à la mythologie grecque. Mais l’art pictural occupe une place importante, l’auteur cite également le réalisateur François Truffaut. L’art qui occupe une place primordiale dans le récit, il façonne le destin de Kafka et agit comme autant de repères culturels et cimente un parcours fait d’interrogations sans réponses et de théories alambiquées.

Un récit si dense dans son propos et truffés de références qu’il en est presque insultant d’essayer d’en parler dans un espace aussi réduit. Un livre qui pousse à la réflexion en pleine lecture et qui hante encore une fois achevé. Un livre rare. Un livre que j’aurais aimé étudié au lycée.

Résumé : Un adolescent, Kafka Tamura, quitte la maison familiale de Tokyo pour échapper à une malédiction œdipienne proférée par son père. De l’autre côté de l’archipel, Nakata, un vieil homme amnésique, décide lui aussi de prendre la route. Leurs deux destinées s’entremêlent pour devenir le miroir l’une de l’autre, tandis que, sur leur chemin, la réalité bruisse d’un murmure envoûtant.

Éditeur‎10 X 18 (25 août 2011) Langue‎Français Poche‎648 pagesISBN-10‎2264056169ISBN-13‎978-2264056160 Poids de l’article‎399 g Dimensions‎11 x 4 x 17.8 cm

Bangkok déluge de Pitchaya Sudbanthad, le flot tumultueux du destin

Un ville, un peuple et le cours inexorable du destin.

Ce primo-roman thaïlandais disponible chez @editionsrivages n’est rien d’autre qu’une invitation à une traversée à travers le temps, avec Bangkok, la ville aux milles visages, en arrière plan. Une lecture dépaysante qui, pour peu que l’on sache larguer les amarres, nous emporte sur des flots d’une écriture doté d’une force tranquille qui saura apaisé les pauvres lecteurs occidentaux que nous sommes, habitués à lire des récits beaucoup plus balisés en termes de narration.

Ici pas de personnage central mais une galerie d’habitants de Bangkok avec qui on va faire connaissance tout au long du récit. Tous auront un rapport complexe avec leurs pays tel Sammy, l’expatrié qui cherche désespérément à se réconcilier avec son enfance et son pays ou encore Nee, l’étudiante qui subit la répression militaire des années 70. On aura aussi l’occasion de voir le combat quotidien de sa soeur Nok pour maintenir ouvert son restaurant thaï au Japon alors même que l’histoire de son pays la rattrape bien malgré elle.

Comme dans tout récit choral qui entrecroise les destins, l’auteur n’échappe pas à l’écueil du développement inégal des personnages. La partie consacré à la junte militaire est tellement intéressante que le reste du récit en pâtit quelque peu. C’est le cas notamment du médecin américain Stevens dont l’épopée est conté de manière trop disparate pour que l’on puisse vraiment se prendre d’affection pour lui. L’auteur est mieux parvenu à mener sa barque qui regroupe les personnages Thaïlandais affrontant le tumulte de la vie que celle de ces personnages éclairs qui auraient mérité tout autant d’attention.

La dernière partie représente un défi supplémentaire puisqu’elle se déroule dans le futur alors que les eaux furieuses ont submergés la ville. En plus de nouveaux personnages, il faut également s’habituer à de nouvelles technologies dans un décor qui a changé à jamais. Une partie du récit qui met en valeur la résilience des citoyens de cette nouvelle Venise.

En plus de cet équipage hétéroclite, l’auteur à tenu à intégré des chapitres courts qui mettent la faune en vedette afin de montrer qu’une ville n’es pas uniquement constituée de bipèdes inconscients des ravagés qu’ils provoquent. Un excellente idée qui permet au texte de respirer et de prendre une hauteur inattendue.

Pitchaya Sudbanthad aura donc su me guider tranquillement tout au long de son récit grâce à sa plume calme, à la puissance narratrice maîtrisée. Une lecture qui m’a fait sortir de ma zone de confort pour mon plus grand plaisir. Une lecture qui fait rimer dépaysement et enchantement.

Résumé: Roman-monde pour une ville-monstre, «Bangkok Déluge »regarde Bangkok changer à travers le destin kaléidoscopique d’une dizaine de personnages plus attachants les uns que les autres. Du XIXe siècle des grandes découvertes à l’avenir des tempêtes climatiques qui guettent, autour d’une même maison hantée qui lui donne son axe, la ville se fait tour à tour piège et refuge, se réinventant en permanence sous les assauts de la modernité comme du ciel. Tentaculaire et limpide, porté par un souffle et une force motrice rares, le premier roman de Pitchaya Sundbanthad est un voyage, une expérience d’immersion totale.

  • Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS PAYOT & RIVAGES (25 août 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 432 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 274365368X
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2743653682
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 450 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 2.9 x 20.5 cm

Mysterious skin de Scott Heim, enfance martyr, enfance volée

Il y a des ouvrages comme ça qui vous happe dès la première page et qui, au fil du récit, se faufile un chemin jusqu’à votre cœur et vous laisse pantois, l’âme éblouie par tant de beauté mélancolique et le visage en larmes. Mysterious skin est de ces ouvrages.

J’ai eu l’occasion de lire ce livre une première fois il y a une dizaine d’années et sa lecture m’a laissé un souvenir impérissable. Aujourd’hui une relecture attentive a confirmé le monument d’émotions brutes que représente ce roman. Un chef-d’œuvre intemporel qui m’a encore bouleversé lors de cette seconde lecture.

Le récit de l’Américain Scott Heim est un chemin de vie parallèle, un double parcour de vie fracassé. L’auteur nous invite à suivre Brian et Neil, deux jeunes garçons prisonniers de la société conformiste de l’Amérique rural du Kansas dans les années 80 jusqu’au début des années 90. Dix ans, dix ans que nous allons passer au cœur de deux vies éteintes par une étreinte démoniaque. Une décennie pour rallumer la flamme et oser braver les ténèbres qui se sont penchées sur leur destin.

Le récit nous offre une narration en miroir où l’on suit les deux personnages principaux alternativement. Le portrait de ces deux êtres marqués par un évènement traumatisant est d’une finesse psychologique rarement égalée. Brian est le gamin mal dans sa peau, introverti, coincé entre un père exigeant et une mère surprotectrice. Un enfant au cri silencieux que personne ne saura entendre. Lors de ma première lecture je me souviens avoir ressenti une certaine lassitude lors de la lecture des chapitres consacrés à Brian, il faut reconnaître que, de prime abord, ce personnage paraît un peu fade face à Neil le flamboyant. Pourtant au fil du récit son parcours va prendre une ampleur insoupçonnée et Brian sera faire preuve de courage pour trouver les réponses aux questions qui le hantent. Accompagner ce personnage durant cette décennie sera, pour le lecteur, comme assisté à la longue sortie de chrysalide d’un papillon qui aurait enterré ses émotions pour mieux les retrouver une fois sa mue terminée.

En face l’auteur met en scène Neil, un personnage magnétique, immédiatement charismatique. Un enfant qui a grandi trop vite et qui ne cesse de se débattre pour échapper au carcans imposés par la société conformiste américaine. Un phénix qui illumine son entourage de sa prestance, de son sens de la provocation, qui consume le cœur de ses proches sans même sans rendre compte, qui se persuade qu’il contrôle sa vie alors qu’il n’en ait rien comme l’auteur va nous le montrer au cours du chemin de vie qui est le sien. Je me souviens que je trouvais ce personnage fascinant lors de ma première lecture, aujourd’hui je comprends que l’auteur a voulu montrer comment un traumatisme peut marquer une vie et influencer les choix d’une personne. Là où Brian apparaît comme une chenille qui doit entamé sa mue, Neil serait plus un éphémère qui brûle sa vie de tous côtés dans un tunnel de drogues, de sexe et de prostitution. Jusqu’au point de non-retour.

« Il portait un T-shirt de dragster, un blouson en vrai cuir avec des fermetures éclair semblables à des rangés de dents, et des bottes assorties. Des animaux ont été tués pour fabriquer ces vêtements, ais-je pensé. Il serait avec un couteau à cran d’arrêt dans une main, et moi dans l’autre. » Wendy Peterson décrivant sa rencontre avec celui qui finira par devenir son meilleur ami.

Pour développer ces deux personnages, aussi chargés en émotions l’un que l’autre, l’auteur a opté pour une plume différente selon qui l’on va suivre. Ainsi les chapitres consacrés à Brian font montre d’une plume contemplative, où l’introspection prend une part importante alors qu’une mélancolie diffuse imprègne toute l’atmosphère. C’est une plume plus ronde alors que les chapitres consacrés à Neil sont écrits dans un style plus acéré, plus mordants. Il faut noter que le parcours de Neil, en véritable acteur principal de sa propre tragédie, nous sont souvent contés par la vision de personnages secondaires tout aussi délicieux et attachants. Leurs points de vue sur le parcours de Neil témoignent de l’impuissance que l’on ressent parfois envers un proche qui refuse notre aide. Des chapitres poignants parcourus par des fulgurances poétiques qui illustrent la détresse psychologique des personnages.

Un récit d’une grande finesse et il n’en fallait pas moins étant donné les sujets délicats qu’il aborde. Les thèmes de la pédophilie, la sexualité précoce et la prostitution sont abordés de manière frontale mais jamais gratuite. Une finesse que l’on retrouve lors d’un final que certains jugeront abrupt mais ce serait oublié que l’auteur ne nous a jamais promis une fin heureuse, juste le chemin qui mène à celle-ci.

Résumé: Récit bouleversant de deux quêtes douloureuses, de deux destins meurtris que rien ne semble pouvoir apaiser, Mysterious skin explore, sans complaisance, sensationnalisme ni faux-semblants, la question de la pédophilie, la complexité de l’éveil sexuel et le passage à l’âge adulte. Tracé d’une plume sobre, empreint de poésie et de délicatesse, un magnifique portrait de l’enfance, dans la violence de relations troubles et traumatisantes.

  • Éditeur ‏ : ‎ Au Diable Vauvert (6 octobre 2005)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 407 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2846260907
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2846260909
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 422 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 13.1 x 2.7 x 19.8 cm

L’île interdite de James Rollins, Gare aux piqûres

On ne va pas y aller par quatre chemins pour parler de cette lecture, c’était fun, c’était divertissant, c’était tout à fait le genre de lecture de  décompression dont on a besoin lorsque l’on s’apprête à partir en vacances.

N’attendez rien du style ni de la psychologie des personnages. On lit un James Rollins avant tout pour l’action et ses intrigues pseudo scientifiques improbables mais captivantes. On en profite au passage pour glaner quelques éléments de culture générale. Dans ce volume des aventures de la force Sigma l’auteur évoque la route de l’ambre, les mines de sel de Wieliczka, un endroit qu’il m’a donné envie de visiter mais aussi les mystères entourant James Smithson et le Smithsonian.

La formule Rollins consiste à appliquer à la lettre la formule du Blockbuster hollywoodien. L’action frénétique y est juste entrecoupée de passages explicatifs, les méchants sont très méchants, voire même stupide par moments, comme le vénérable Takashi qui fait preuve de beaucoup de légèreté dans la communication de son plan diabolique, comme quoi la sagesse ne vient pas forcément avec l’âge. Les gentils sont altruistes, volontaire mais il ne faut pas trop les chercher non plus et l’intrigue est une profusion d’incohérences qui finissent par être gênantes, surtout vers le dénouement mais encore une fois la vraisemblance n’est pas ce que l’on recherche avec ce genre de lecture.

Si l’on est capable d’accepter ces défauts inhérents à ce genre de roman d’aventures on passe plutôt un bon moment. Il manque peut-être juste une pointe d’humour qui permettrait à l’intrigue de prendre un peu de recul sur cette crise mais le comic relief c’est tout un art que ne maîtrisent pas forcément les blockbuster.

Résumé: Au large des côtes du Brésil, une équipe de scientifiques découvre une île où toute vie a été éradiquée par une espèce inconnue et extrêmement dangereuse. Avant d’avoir pu rapporter leur découverte, ils sont tous éliminés par une force mystérieuse. Seul un expert des créatures venimeuses en réchappe. Mais face à une espèce qui s’adapte à son environnement au risque de devenir de plus en plus incontrôlable, le commandant Gray Pierce et son équipe vont devoir affronter leurs plus grandes peurs pour éviter que le monde que nous connaissons soit entièrement détruit.

  • Éditeur ‏ : ‎ Fleuve éditions (8 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 480 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2265143952
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2265143951
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 560 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15.6 x 3.1 x 22.6 cm

Mes vies à l’envers de Maxime Fontaine, une aventure sans dessus-dessous

Voilà un récit jeunesse qui a compris le sens du mot aventure.

Cela fait presque deux semaines que j’ai fini le roman de Maxime Fontaine mais la photo me posait un gros souci. En effet difficile de prendre une belle photo lorsqu’on a lu l’ouvrage sur une liseuse en noir et blanc. Mon escapade dans le pays béarnais était l’occasion rêvée pour rendre hommage à ce savoureux roman d’aventures fantastique.

Si parmis vous se trouvent des parents qui veulent initier leur adolescents fâchés avec la lecture ce roman me paraît idéal. Ils pourront y suivre les déboires de ce pauvre Yohann dans un voyage inattendu qui va l’amener des tranchés de la Première Guerre mondiale jusqu’au Japon féodal en passant par la ville de Lisbonne du 18ème siècle. L’aventure commence immédiatement, le rythme est effréné et, chose de plus plus en rare, on a un personnage d’adolescents bien écrit, au caractère sensé et plein de ressources.

Et de la ressource il en aura bien besoin pour faire face au danger qui l’attend. L’attrait du récit repose sur ce jeune personnage positif et altruiste. Le rythme est parfaitement dosé entre action et passage plus posé, mention spéciale à la période où Yohann suit l’entraînement du charismatique Edmundo, le médecin royal exilé, bretteur à ses heures perdues.

L’ouvrage s’inscrit bien sûr dans le cadre du récit initiatique. S’il apparaît tout d’abord naturellement désemparé, Yohann va petit à petit développé ses capacités, son regard va s’affûter et son esprit s’ouvrir à toutes les époques qu’il va traverser. En tant que lecteur voir grandir et mûrir ce jeune homme sous nos yeux est un plaisir de lecture immense. L’attachement entre Yohann et le lecteur est une condition indispensable pour apprécier la lecture.

Un excellente lecture pour tous les jeunes qui cherchent à se réconcilier avec la lecture. Le seul passage qui m’ait fait tiquer c’est lorsque le grand ennemi de l’intrigue se dévoile, la phase explicative m’à paru trop longue et vient briser un rythme soutenu jusqu’alors mais il s’agit d’un défaut somme toute mineur et subjectif, d’autres pourront être soulagés avoir enfin toutes les réponses être dévoilées.

Résumé : Rentrant chez lui, Yohann Massart, jeune lycéen, se fait assassiner par trois personnes masquées. Parmi elles, il reconnaît sa petite amie. Mais au lieu de mourir, son esprit remonte le temps, pour atterrir dans le corps d’un simple soldat de la Première Guerre mondiale. Complètement déboussolé, Yohann déserte son bataillon pour traverser la France d’Est en Ouest, et rejoindre son village natal. La tête emplie de questions, il souhaite comprendre le pourquoi de ce voyage à l’aube du xxe siècle. Mais sur son chemin se dresse un nouveau trio d’assassins qui n’ont qu’un but : le faire disparaître.

  • Éditeur ‏ : ‎ Gulf stream éditeur (3 mai 2018)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 352 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2354886128
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2354886127
  • Âge de lecture ‏ : ‎ 13 – 18 années
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 500 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 2.3 x 22 cm

The Boys Chère Becky de Garth Ennis et Russ Braun, sortez les mouchoirs…

Il est temps de parler du comics le plus intelligent et romantique que je n’ai jamais lu…

Là normalement tous ceux qui ont un jour lu un épisode de la série The Boys de Garth Ennis devraient hausser les sourcils. Les qualificatifs que je viens d’employer pour parler de cette série de comics ne sont pas ceux qui reviennent le plus souvent lorsqu’on l’évoque. Les lecteurs ont plutôt tendance à utiliser les mots trash, irrévérencieux, violent ou sanglant. Mais ce serait s’arrêter à la surface de ce que ce récit offre en niveau de lecture. La critique d’Ennis sur le complexe militaro-industriel est pertinente tandis qu’avec les personnages d’Hughie et Annie il écrit l’histoire d’amour la plus touchante que j’ai eu l’occasion de lire.

Ce comics est un chef-d’œuvre, sans concessions l’une des œuvres marquantes des comics. Aussi lorsque j’ai vu que l’auteur remettait le couvert pour un épilogue à ce chef-d’œuvre, intitulé Chère Becky, je n’ai pas hésité.

Croyez-moi c’est l’une des images les moins trash

Ma première déconvenue apparue lorsque je me rendis compte que le co-créateur de la série, Darick Robertson, ne signait que les couvertures. L’artiste qui le remplace, Russ Braun, possède un trait plein similaire au sien mais plus dépouillé dans les expressions et avec un soupçon de grâce en moins qui me fait regretter Robertson.

Ces deux là sont toujours aussi choupinou…

L’objectif de cette histoire est de mettre en avant le personnage de Becky, la compagne défunte du terrifiant Butcher, tout en offrant un happy end au couple Hughie-Annie. Le tout saupoudré d’une critique acerbe de notre société excrément polarisé et d’une enquête de la fine équipe comme au bon vieux temps. Cet enrobage est malheureusement ce qui constitue le défaut du récit, l’enquête des Boys se révèle peu passionnante et redondante. Elle ne décolle jamais vraiment et représente le point faible du récit. Le discours d’Ennis sur notre société est comme le sel que l’on ajoute sur la plaie béante d’un ennemi, ça fait plaisir mais ce n’est pas indispensable alors qu’auparavant il parvenait à l’intégrer au récit.

Quelle plaisir de retrouver l’équipe au complet malgré tout

Il reste donc le récit miroir de deux couples qui s’aiment. Les confidences posthume de Butcher résonnent dans l’esprit d’Hughie et remettent en question sa vision des choses tout en mettant en avant son traumatisme. Les années qu’il a passé en compagnie de Butcher et sa bande l’on marqué au-delà de ce qu’il était capable d’imaginer et ont encore des répercussions sur sa relation de couple. Les dialogues qui mettent en scène ce duo sont une vraie réussite, Ennis aime ces personnages et cela se ressent à l’écriture. La complicité entre Hughie et Annie est drôle et émouvante lorsque l’on sait à quel point ses deux personnages reviennent de loin tandis que les passages qui mettent en scène Butcher et Becky permettent de se rendre compte de la perte qu’il a subi.

Butcher époque romantique

Cet épilogue aurait pu être une excellente lecture s’il avait été resserré sur 5 ou 6 épisodes au lieu de 8. Il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’un histore généreuse en écriture et qui offre un joli récit sur la résilience.

Impossible de conclure sans évoquer le meilleur personnage secondaire, j’ai nommé Bobbi 1,90 pour 100 kilos de bonne humeur !

Résumé: Douze ans après la fin de The Boys, Hughie retourne en Écosse, où il compte enfin épouser Annie en compagnie de ses amis et de sa famille. C’est sans compter l’apparition d’un étrange document, qui menace de réveiller le passé de Hughie et de gâcher sa vie. En effet, Hughie ignorait une histoire à propos de ses anciens équipiers, aujourd’hui il va la découvrir, que ça lui plaise ou non. 

  • Éditeur ‏ : ‎ Panini; Illustrated édition (14 avril 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 160 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2809495874
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2809495874
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 590 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 17.1 x 1.3 x 26 cm