Entre fauves de Colin Niel, vorace nature humaine

Dans le premier ouvrage de Colin Niel que javais eut la chance de lire, Sur le ciel effondré, l’auteur renforçait son intrigue de portraits de personnages touchant à la psychologie étudiée, des descriptions de paysages partagés entre réalisme sordide et onirisme sauvage ainsi qu’une plume maîtrisée et envoûtante. Il me tardait de voir si l’auteur allait parvenir à me captiver à nouveau avec son nouvel ouvrage, Entre fauves, sans surprise la réponse est oui.

L’intrigue est cette fois plus simpliste, cela s’explique par la volonté de l’auteur de dresser des portraits saisissants plutôt que d’empiler les retournements de situation. L’ouvrage propose en effet une trinité de personnages dont les attentes, les rêves et les aspirations ne vont cesser de se heurter à la complexité d’un monde impitoyable. Martin, le garde chasse misanthrope ne rêve que d’un monde débarrassé de l’influence humaine qu’il juge néfaste pour la faune et la flore. Son extrémisme est nourri de son expérience et par les réseaux sociaux. Les chapitres qui lui sont consacrés le voient basculer dans une impasse haineuse et mesquine qui finira par lui coûter cher. Martin c’est le petit garçon aux rêves souillés par la vie et qui ne parvient pas à voir au-delà de son petit monde verdoyant. Kondjima, a contrario de Martin a douloureusement conscience d’être un grain de sable dans un monde de plus en plus vaste, il ne rêve que d’une chose, s’extirper de sa condition de paysan misérable et prouver au reste de sa tribu, et au monde, qu’il est digne de ses ancêtres chasseur mais il se heurte aux difficultés matérielles et sociales inhérentes à son milieu. Kondjima c’est le petit garçon aux ambitions égoïstes qui regrette amèrement sa condition actuelle. Et enfin il y a Apolline, fière, sauvage, un anachronisme qui rejette la technologie, qui n’aspire à rien d’autre que de se prouver à elle-même qu’elle est bien ce qu’elle prétend, une chasseuse. Son rêve, un défi, est le plus pur des trois, en cela qu’il n’engage qu’elle-même et ne menace rien d’autre que sa propre sécurité et un vieux lion solitaire dont le gouvernement Namibien a autorisé la chasse. Pourtant les deux autres personnages ne cesseront de vouloir lui nuire tant ils ne peuvent supporter l’image d’eux-mêmes qu’elle leur renvoie.

Sans l’envoûtement que provoque rapidement la plume de Colin Niel le récit aurait sans doute été plus fade. Or non seulement l’auteur parvient à décrire des personnages captivants tant par leurs faiblesses que leurs forces mais il parvient également à nous faire voyager des montagnes enneigées du Béarn à la savane desséchée de Namibie. L’auteur retranscrit à merveille l’atmosphère montagneuse ainsi que la mentalité occidentale hyper connectée mais déconnectée des vérités internationales qui ne cherchent pas plus loin que sa petite haine virtuelle. Sans que l’on ressente les effets indésirables d’une transition abrupte l’auteur nous transporte en Namibie, avec ses paysages arides mais où les mentalités sont similaires. La double temporalité permet de faire lentement monter la tension jusqu’au drame final qui rappelle que les innocents sont bien souvent les seuls à subir les conséquences de rêves égoïstes.

Une fois parvenu à la conclusion du récit j’en ai d’abord voulu à l’auteur de ne pas avoir mis en scène un échange à cœur ouvert entre les deux antagonistes principaux. Puis j’ai finalement compris qu’entre ses deux êtres si semblables et pourtant si différents, nulle discussion n’était possible. Martin a oublié le sens même du mot dialogue, il ne lui reste que l’obsession d’anéantir cette femme dont il ne supporte ni l’existence ni le symbole qu’elle représente. Quant à Apolline, seule compte ses deux instincts entremêlés, celui de la survie et celui de la chasse. Leur confrontation donne lieu au passage le plus intense du récit mais aussi le plus ironiquement cruel.

Même si les convictions de l’auteur transparaissent au travers des pages de son récit viscéral il a le mérite de rappeler que toutes les formes de chasse ne se valent pas et que, aussi simpliste et caricaturaux nos chers réseaux sociaux voudraient les réduire tous les sujets sont en vérités complexes, internationaux et exigent réflexion avant condamnation. L’auteur a choisi le thème de la chasse pour construire son récit mais ce que je retiendrais vraiment c’est le traitement des ambitions humaines, qui peuvent se révéler un moteur puissant, la lutte qu’elles nous poussent à entreprendre pour les assouvirs et les conséquences imprévus qu’elles entraînent.

Nuit sombre et sacrée de Michael Connelly, une rencontre en demi-teinte

La nuit est sombre et pleine de terreur

Michael Connelly n’aura pas attendu longtemps avant de mettre en place le face à face entre ses deux héros, l’indébounable Harry Bosch d’un côté et la jeune et farouche Renée Ballard de l’autre. Une rencontre qui promettait un récit intense sous les cieux californiens mais l’auteur va aller à l’encontre des attentes de ces lecteurs.

Le principal problème du récit vient de son intrigue principale dont le squelette semble un peu maigre pour que l’ensemble de l’ouvrage repose dessus. Cette enquête sur une ancienne affaire de 2009 sur une mineure fugueuse perd vite en intérêt. L’enquête se résume à éplucher d’anciennes fiche d’interpellations jusqu’à tomber sur un profil suspect. On a connu Connelly plus inspiré. L’enquête autour de cette pauvre Daisy ne prend jamais d’ampleur, ne gagne jamais en intensité et se résolve d’une manière trop aisée pour être mémorable.

Comme l’enquête principale se révèle un plat trop frugal pour être consistant, l’auteur s’est senti obligé de broder autour de ses personnages fétiches. S’il est toujours intéressant d’enrichir sa connaissance sur les us et coutumes de la police de Los Angeles, on apprend ainsi que la hiérarchie de la police demande à ses agents de tenir à jour un registre afin de noter les liens entre les forces de l’ordre et les membres des gangs. Pour un spectateur extérieur c’est toujours intéressant de voir comment une société s’adapte à la criminalité. Mais il faut reconnaître que cela fait peu à se mettre sous la dent.

Je n’ai pas pu m’enlever de la tête que l’auteur cherchait à inclure à son récit, de manière poussive, toutes les anecdotes qu’il a dû recueillir auprès de vrais représentants de la loi qui effectuent leur service la nuit. Les chapitres consacrés à Ballard sont l’occasion de livrer un échantillon de tout ce que la nuit californienne peut livrer de plus sordides, ou drôle. Malheureusement ces anecdotes, sympathiques au demeurant, ne suffisent pas pour bâtir un récit qui va rassasié le lecteur avide d’enquêtes palpitantes.

Quant au duo Ballard-Bosch, oui je place Renée en premier la galanterie est une vertu à laquelle je crois, il fonctionne plutôt bien mais il manque d’étincelle. Tout se met en place trop facilement entre ses deux chasseurs solitaires, il manque des points d’achoppement, une petite bataille d’ego pour épicer un récit un peu trop linéaire. De plus j’ai du mal à comprendre la quasi disparation de l’entourage de Ballard, comme d’habitude l’auteur privilegie le personnage de Bosch. Du coup on a surtout l’impression de lire une énième enquête de l’enquêteur éternel que d’une réelle enquête en duo. Enfin la faute morale de Bosch lors de la conclusion me paraît en complète contradiction avec le portrait brossé par l’auteur depuis plusieurs volumes, Bosch apparaît comme un inspecteur chevronné et rigoureux, le voir succombé à l’appel de la vengeance sommaire me paraît hors de propos.

Cette nuit sombre était l’occasion où jamais de mettre en place le passage de flambeau entre le vieux briscard qui refuse de céder sa place et la jeune recrue pleine d’entrain mais on se retrouve finalement avec une aventure assez plate et sans rythme. J’espère fortement que l’auteur saura dynamiser son duo lors de sa prochaine virée dans la ville des anges.

Résumé: En revenant au commissariat d’Hollywood après une mission de son quart de nuit, l’inspectrice Renée Ballard tombe sur un inconnu en train de fouiller dans les meubles à dossiers. L’homme, elle l’apprend, est un certain Harry Bosch, un ancien des Homicides du LAPD qui a repris du service au commissariat de San Fernando, où il travaille sur une affaire qui le ronge depuis des années. D’abord sceptique, Ballard le chasse puis, intriguée, ouvre le dossier qu’il feuilletait… et décide de l’aider.
La mort de Daisy Clayton, une fugueuse de quinze ans kidnappée, assassinée, puis jetée dans une benne à ordures, a, c’est vrai, de quoi susciter toute son empathie et sa colère. Retrouver l’individu qui a perpétré ce crime abominable devient vite la mission commune de deux inspecteurs aux caractères bien trempés et qui, peu commodes, ne s’en laissent pas conter par les ruses de l’un et de l’autre pour parvenir à leurs fins.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (11 mars 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702166318
  • ISBN-13 : 978-2702166314
  • Poids de l’article : 460 g
  • Dimensions : 13.6 x 3.1 x 21.5 cm

Manhattan sunset de Roy Braverman, Walk on the wild side

Manhattan forever

Ce livre me fait penser à un bolide lancé à pleine vitesse dans les rues de New-York avec à son bord une sacré bande d’énergumènes qui possèdent tous leurs caractères bien trempés. Le conducteur prendrait des virages serrés qui obligerait le lecteur à se maintenir fermement à sa ceinture mais étonnamment la folle course-poursuite entamé dès la montée dans le véhicule se verrait assagie par de pure moment de contemplation. C’est la promesse de ce polar au rythme effréné.

Ce nouveau polar de Roy Braverman parvient à aligner une galerie de personnages drôles, attachants et qui débitent les punchlines encore plus vite que les rappeurs de la côte Ouest. Les dialogues en forme de match de ping-pong sont l’une des forces du récit. Entrecoupé d’apartés gentiment ironique de l’auteur et parfois chargés de sous-entendus grivois ou social. Les échanges de se bureau de ce pauvre capitaine que personne ne respecte, et surtout pas ses hommes, donnent l’impression d’assister à une représentation de théâtre de boulevard. Les personnages ont une caractéristique commune, ils sont fort en gueule, ne se laisse pas marcher sur les pieds mais l’écriture de l’auteur les maintient souvent dans une forme de caricature qui n’a rien de bien méchante mais qui manque un peu d’originalité. Donnelli et son équipier fantôme occupent le premier plan évidemment. Leur tandem fonctionne bien même si j’aurais bien aimé que l’auteur insiste un peu plus sur la dégradation psychologique de son personnage. En l’occurrence leur duo fait office de ressort humoristique mais éclipse le mal-être de Donnelli. Mankato, la nouvelle coéquipière de Donnelli, qui ne s’en laisse pas compter par son équipier bourru tire son épingle du jeu parmi la foule de personnages introduit par l’auteur.

L’intrigue quant à elle souffre d’un aspect brouillon et fouillis. L’auteur est parvenu à maintenir une certaine unité de narration, notamment grâce au dynamisme de sa narration, mais il aurait gagné à recentrer son intrigue à un niveau plus local. New-York est une ville cosmopolite certes mais là entre la mafia lituanienne, le FBI, le MI6 et les barbouzes Russes on gagne en complexité ce que l’on perd en charme new-yorkais et c’est dommage. L’intrigue secondaire se révèle de nature efficace mais beaucoup trop classique pour être mémorable.

Enfin je ne peux terminer cette chronique sans évoquer l’instant de grâce du récit. Au milieu de ce déchaînement de violence, de ces enquêtes glauques dans des décharges automobiles, de ces règlements de comptes entre mafieux, de ces exécutions aveuglées par la haine, l’auteur offre un pur moment de poésie urbaine. Un moment de respiration et de sérénité au milieu d’une narration qui ne s’arrête jamais vraiment. Une pause bienfaitrice qui nous immerge dans une New-York féerique et onirique et qui donne à voir ce dont la plume de l’auteur est capable lorsqu’elle prend le temps de conter, et rien que pour ça, malgré les défauts de l’ouvrage, je ne regrette pas ma lecture.

Résumé: Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.
En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.
Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.
Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 363 pages
  • ISBN-10 : 275568609X
  • ISBN-13 : 978-2755686098
  • Poids de l’article : 435 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 20.9 cm

Une falaise au bout du monde de Carl Nixon, le roman qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas

Drame du bout du monde

Ce roman, le troisième de Carl Nixon mais le premier que je lis de cet auteur, a su me ravir dans son univers à la lisière du roman noir et du nature writing. Une intrigue qui n’est pas ce qu’elle semble être et une plume bien ajustée font de ce roman une bien bonne surprise.

Évacuons d’emblée un élément qui me semble important pour bien apprécier l’ouvrage, non ce roman n’est pas un polar dont l’action se situerait en Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture on est plus dans un récit de nature writing, sous-genre de la littérature très prisé en Amérique, traversé par deux trois composants de l’intrigue plus sombre. Une fois que l’on a assimilé le fait que l’on ne va pas lire un polar classique, le voyage peut commencer. En ce qui concerne le lieu de l’action, on est bien en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, ce qui nous donne à voir une Nouvelle-Zélande plus proche de l’Amérique de la Rust belt, plus rustique et champêtre. Au niveau dépaysement l’auteur tiens ses promesses.

Rapidement une double temporalité se met en place dans le récit et une évidence s’impose très vite au lecteur, l’auteur a décidé de raconter une histoire tout à fait différente que celle à laquelle on s’attendait. Le récit se déroulant en 2010 prend une place de plus en plus secondaire au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture tout comme le personnage de cette brave Suzanne, dont la caractérisation souffre d’être délaissé au profit de Katherine. L’auteur se focalise en effet sur les années qui suivent le drame initial. Si cela a pour effet d’épaissir des personnages que l’on ne s’attendait pas à voir autant développer cela se fait au détriment de Suzanne, un personnage résilient, volontaire et élégant, drapé dans sa douleur, qui se retrouve reléguée au second plan.

Mais une fois ce choix surprenant de l’auteur accepté on se retrouve en train de lire un récit d’une tristesse insondable. L’ensemble du récit baigne dans une espèce de mélancolie résignée, avec quelques touches d’onirisme, surtout lorsque l’on connaît le dénouement tragique de ce drame qui n’offre aucune réponse, aucune fin heureuse. Le personnage de Katherine porte le récit sur ses épaules, enfant courage qui fera preuve d’une capacité d’adaptation incroyable et d’une résilience désarmante. Plusieurs moments clés du récit sont un déchirement lors de la lecture, je pense notamment au sort du petit Tommy ou celui de Bess, mais l’auteur a l’intelligence de nous narrer ses passages avec une pudeur incroyable, sans forcer sur le pathos, il parvient à emplir notre cœur de lecteur d’une tristesse infinie. Pour finir je reviens sur le traitement du personnage de Tommy en apportant un bémol, je trouve assez invraisemblable le sort que lui réserve l’auteur au tout début du récit. Une petite anicroche qui m’a poursuivi tout au long de ma lecture, rien de grave mais je ne pouvais terminer ma chronique sans soulever ce détail.

Un livre qui vous prend par la main pour vous emmener vers des chemins balisés mais qui bifurque rapidement pour nous entraîner vers un récit poignant, sans concessions. Un roman que je qualifierais de noir faute d’un meilleur terme mais qui reste à la croisée des genres.

Résumé: 1978. Une pluie incessante, quelque part sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande. Des enfants endormis à l’arrière d’une voiture. Le drame semble inévitable. A peine arrivée sur le continent, la famille Chamberlain, fraîchement débarquée d’Angleterre, disparaît dans la nuit.

2010. Suzanne reçoit un appel du bout du monde. Les ossements de l’un de ses neveux ont été retrouvés. Etrange : il aurait vécu plusieurs années après sa disparition. Mais où? Comment ? Et qu’en est-il de ses proches ? Un roman sombre et puissant.

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 328 pages
  • ISBN-10 : 2815939363
  • ISBN-13 : 978-2815939362
  • Poids de l’article : 390 g

Vita Nostra de Marina et Serge Diatchenko, c’est à n’y rien comprendre

Lost in education

Vita nostra est un ouvrage qui m’est parvenue auréolé d’une réputation de lecture déstabilisante et largement relayé sur les blogs et les réseaux sociaux, ce livre promettait une lecture loin des carcans habituels de la littérature jeunesse. L’ouvrage tient-il toutes ses promesses ? Pas complètement et nous allons voir pourquoi.

L’ouvrage promet d’emmener le lecteur aventureux loin des chemins balisés de la littérature fantastique qui cible les adolescents. Une sorte de Harry Potter à rebrousse poil. La quatrième de couverture ne ment pas, les questions sans réponses ne cesseront d’agiter l’esprit du lecteur et les horizons de lectures n’en sont que plus troublés. Sauf que très vite une inquiétude s’empara de moi une fois dépassé la centième page et l’intrigue plus ou moins posée. Une inquiétude qui ne fit que se confirmer au fil des pages, le récit avait beau être fort original dans sa manière de raconter son intrigue, il n’en restait pas moins que le tout manquait de profondeur.

Le récit n’a en fait d’original que la manière absconse de contextualiser son univers. L’institut des technologies spéciales et l’enseignement que l’on y prodigue sont mystérieux et incompréhensible uniquement parce que le duo d’auteurs laissent planer un voile de doute dessus. Un voile qui finit vite par paraître artificiel tant le mystère insoluble de cet institut est censé être la clé de voûte du récit. J’ai surtout eu l’impression que les auteurs chercher à tout prix à broder autour d’un mystère très mystérieux mais vite redondant. Du mystère, des questions sans réponses, oui mais à condition qu’il y ait des enjeux qui se mettent en place aussi derrière. Hors là toute l’intrigue tourne autour de cet enseignement incompréhensible et des tourments qu’il provoque sur les élèves. Niveau enjeux dramatiques on a déjà vu plus haletants.

En ce qui concerne les personnages, la brave Sacha occupe quasiment tout l’espace. Quelques camarades de chambré et un ou deux prétendants tentent bien d’exister au travers des mésaventures de cette pauvre Sacha sans jamais acquérir l’épaisseur nécessaire pour faire d’eux des personnages mémorables. À tel point que les auteurs nous feront assister trois fois à l’appel des élèves en début de cours pour bien que l’on se souvienne qu’ils sont toujours là. C’est pas du tout rébarbatif. S’identifier à Sacha est en revanche assez aisée car, tout comme le lecteur, elle est complètement paumée. Elle n’est pas antipathique comme personnage c’est juste qu’elle passe la moitié du récit à être une boule de nerfs au bord des larmes et le dernier tiers à faire montre de ses capacités qu’elle contrôle à peine.

Et c’est en cela que le livre m’a vraiment déçu, entre autres car la plume à quatre mains m’a aussi posé problème mais on y reviendra, l’originalité tant vantée par l’ouvrage ne se vérifie pas dans sa construction du personnage principal. Son cheminement en tant que jeune élève livré à un monde inconnu est le même que celui des centaines d’autres personnages du même acabit. D’abord désemparée face à ce que l’on exige d’elle, elle parvient finalement à se surpasser et à répondre aux attentes de son entourage. C’est un développement de personnage de littérature jeunesse vu et revu, sauf que là on n’a en plein brouillard quant à la finalité de tout ce grand mystère. Sacha aurait pu être un personnage vraiment original mais en l’état elle n’est qu’un ersatz de plus d’Harry Potter et consort.

Ce genre de récit nécessite une plume ravissante et poétique afin d’offrir un enchantement au lecteur qui agira tel un contrepoids d’une narration volontairement obscure. Or si la plume n’a rien de honteuse, elle n’est pas pour autant parvenue à m’emporter. La faute à un style parfois sec, purement factuel, puis soudainement onirique mais brouillon et qui manque de direction. Le défaut d’écrire en duo sans doute. Je ne peux pas définitivement enterrer l’ouvrage sans évoquer un aspect positif de ma lecture, alors je dirais que malgré son récit inutilement abscons et qui tire en longueur il se lit vite grâce à ses chapitres courts.

Vita nostra me fait penser à ce beau brun ténébreux qui ne cesse de vous intriguer mais qui, une fois aborder et amadouer, se révèle creux et quelque peu vain. Une lecture loin d’être fastidieuse, le livre ne me tombait pas des mains, mais qui se révèle lassante tant elle n’a pas grand chose à dire.

Résumé: Vita nostra brevis est, brevi finietur…

« Notre vie est brève, elle finira bientôt… »

C’est dans le bourg paumé de Torpa que Sacha entonnera l’hymne des étudiants, à l’« Institut des technologies spéciales ». Pour y apprendre quoi ? Allez savoir. Dans quel but et en vue de quelle carrière ? Mystère encore. Il faut dire que son inscription ne relève pas exactement d’un choix : on la lui a imposée… Comment s’étonner dès lors de l’apparente absurdité de l’enseignement, de l’arbitraire despotisme des professeurs et de l’inquiétante bizarrerie des étudiants ?

A-t-on affaire, avec Vita nostra, à un roman d’initiation à la magie ? Oui et non.
On évoque irrésistiblement la saga d’Harry Potter et plus encore Les Magiciens de Lev Grossman.
Mêmes jeunes esprits en formation, même apprentissage semé d’obstacles. Mais c’est sur une autre terre et dans une autre culture, slaves celles-là, que reposent les fondations d’un livre qui nous rappellera que le Verbe se veut à l’origine du monde.

  • ASIN : B07Q8Q7BHY
  • Éditeur : L’ Atalante Editions (24 octobre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 525 pages
  • ISBN-13 : 979-1036000195
  • Poids de l’article : 640 g
  • Dimensions : 15 x 4 x 20 cm

La chose de John W. Campbell, parfois la taille ça compte

Une chronique assez courte aujourd’hui pour un ouvrage assez court, 119 pages d’un récit acéré mais pas complètement convaincant. Il s’agit de ma première incursion dans la collection une heure lumière des éditions le Bélial’. Une collection qui met en avant des nouvelles ou des novellas signées par les plus grands auteurs de la science-fiction. Ici il s’agit du célèbre récit ayant été adapté par John Carpenter en 1982.

Les images de ce chef-d’œuvre du fantastique restent imprégnées en tête et représentent une première difficulté lors de la lecture. Difficile de séparer l’adaptation du récit original. Les scènes du film ne cessaient de parasiter ma lecture et m’empêchaient de me plonger sereinement dans la lecture.

La seconde difficulté tient au format du récit en lui-même, à peine plus de 100 pages pour raconter la lutte d’un groupe de chercheurs, piégés dans le grand désert de glace, contre une créature redoutable venue d’ailleurs c’est un peu court. Les personnages sont à peine esquissés et la tension n’a pas le temps de s’installer que déjà le récit s’emballe. La narration s’en retrouve hachée, avec parfois des ellipses brutales et des réactions abruptes des personnages. Je sais qu’il faut remettre l’œuvre dans son contexte, que les conditions de publications n’étaient pas les mêmes et que l’auteur a maintes fois remanié son texte qui était plus long à l’origine mais il n’en reste pas moins qu’il m’ait apparu difficile d’apprécier le récit en l’état.

J’ai quand même trouvé des éléments plaisants, toutes les explications et théories scientifiques pour tenter de saisir la nature de la chose et sa biologie infernale sont particulièrement délicieuses à suivre et le combat final dans le repaire du monstre est une leçon de maîtrise sur quelques pages à peine. Quelques pages qui donnent à voir le récit auquel on aurait pu avoir accès si l’auteur n’en avait pas décidé autrement.

Un chef-d’œuvre de la science-fiction et du fantastique, un récit qui marquera peut-être plus ceux qui n’ont pas vu la brillante adaptation de Carpenter, leur imagination vierge de toute image de la terreur arctique se laissera peut-être plus facilement emporter par cette nouvelle pas assez consistante à mon goût.

Résumé: En Antarctique, quelque part. Enfoui sous la glace, aux abords d’un artefact aux allures de vaisseau spatial, des scientifiques découvrent un corps congelé gisant là, sans doute, depuis des millions d’années. Un corps résolument inhumain. Résolument autre. Le choix est alors fait de ramener la stupéfiante découverte à la station pour étude. Doucement, la gangue de glace autour de la créature commence à fondre, libérant peu à peu cette totale étrangeté à l’aspect terrifiant. Et les questions de traverser l’équipe de chercheurs : qu’est-ce que cette chose ? Comment est-elle arrivée là ? Et après tout, est-elle seulement morte ? N’ont-ils pas mis au jour la plus épouvantable des abominations, une horreur proprement cosmique ? Récit haletant paru en 1938, proposé ici dans une nouvelle traduction, La Chose est un immense classique de la science-fiction mondiale. Porté à l’écran à trois reprises, ce court roman pose les bases du récit de SF horrifique.

  • Éditeur : BELIAL (5 novembre 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 130 pages
  • ISBN-10 : 2843449707
  • ISBN-13 : 978-2843449703
  • Poids de l’article : 130 g
  • Dimensions : 12.1 x 1 x 17.7 cm

Sang chaud de Kim Un-su, conte du banditisme ordinaire

Des histoires de mafieux qui rêvent d’un ciel plus bleu où ils seraient les seuls maîtres du jeu, baignants dans l’argent facile et la luxure, on en a eu un sacré paquet ces dernières années. Au cinéma évidemment avec le légendaire Scarface avec Al Pacino, mais chaque médium a su raconter ses histoires de luttes de pouvoir sanguinaires qui nous fascinent d’autant plus que c’est un monde qui nous est étranger. Aujourd’hui c’est au tour de la Corée du Sud de nous faire partager le parcours d’un voyou de jours meilleurs.

Un voyou, nommé Huisu, qui n’est pas la vitrine de vente idéale pour cette vie de mafieu particulière. Jugez plutôt, à l’aube de la quarantaine son seul logement est une chambre d’hôtel meublé de manière spartiate, il n’a pas de compagne, pas d’enfants, avale des litres d’alcool et accumule les dettes de jeux comme s’il cherchait le meilleur moyen de finir en nourriture pour les oiseaux de l’île de la châtaigne, l’endroit où son clan se débarrasse des gêneurs. Les premières chapitres du roman nous plongent dans la psyché d’un homme sombre et dépressif mais qui se révèle attachant de par son cynisme, sa lucidité sur le milieu dans lequel il évolue et son romantisme désespéré.

Et encore heureux me direz-vous car Huisu est de toutes les pages, de tous les chapitres. Il nous accompagne durant toute cette découverte de la mafia sud-coréenne. Son histoire d’amour maudite avec l’ancienne prostituée Insuk est touchante. Un mélange de fierté et d’amour-propre les empêchent tous deux de profiter de leurs sentiments réciproque. La description tout en pudeur de leur relation est une grande force de l’ouvrage.

Tel un guide touristique quelque peu désabusé, Huisu nous fait découvrir un milieu criminel où règne une apparence de sérénité, où les caïds sont de vénérables vieillards qui avalent leur bouillon de poule quotidien et pratiquent le golf mais ne vous y tromper pas derrière le paravent d’honorabilités derrière lequel il se cache, les luttes de pouvoir s’intensifient et la tempête gronde. L’auteur a réussi son portrait de cette mafia ronrronante, qui préfère la contrebande de piments aux trafics de drogue. Les cent premières pages permettent de faire connaissance avec un milieu exotique, les règles ne changent pas tellement et toute la question est d’engranger le maximum de wons, la monnaie locale, mais l’auteur enrobe cela dans une ambiance côtonneuse dans laquelle survient parfois quelques passages plus glauques afin de nous rappeler dans quel genre d’histoire on se situe.

Cette première partie qui nous plante plutôt bien le décor de manière certes langoureuse mais charmante est suivi par une deuxième partie que j’ai trouvée moins convaincante. L’auteur a du mal à amener les enjeux de son intrigue ce qui fait que cette lutte de pouvoir pour le quartier de Guam paraît brouillonne, la profusion d’intrigants qui souhaitent leur part du gâteau entraîne une certaine confusion, on n’a parfois du mal à savoir qui fait quoi, qui trahit qui. Une chose de certaine finis la fausse camaraderie et l’ambiance cordiale de la première partie, place aux règlements de comptes, aux exécutions à la machette et aux festins sanglants. Cette seconde partie, au rythme plus soutenu, souffre de la comparaison avec une première partie, plus calme, mais qui parvenait à introduire ses protagonistes de manière plus solide. On peut dire que j’ai préféré l’annonce de l’ouragan à l’ouragan lui-même.

Sang chaud a le défaut de ces qualités. Il offre une plongée délicieuse dans la mafia sud-coréenne doublé d’un portrait convaincant d’un mafieux en mal de reconnaissance mais il ne parvient pas à transformer son récit du banditisme ordinaire en chroniques guerrières et sanglantes convaincantes. La faute sans doute à un rythme bancal, trop étiré dans sa première partie et trop resserré dans la seconde. Un ouvrage tout de même plaisant à lire et qui a le mérite de vous faire voyager dans un pays lointain.

Résumé: Huisu, homme de main pour la mafia de Busan, atteint la quarantaine avec pas mal de questions. Jusque-là, il n’a vécu que pour les coups tordus, la prison, les exécutions, tout ça pour se retrouver dans une chambre minable, seul, avec pour horizon des nuits passées à dilapider son argent au casino. Il est temps de premdre certaines résolutions.

Avec un solide couteau de cuisine dans son poing serré.

  • Éditeur : Matin calme (9 janvier 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 469 pages
  • ISBN-10 : 2491290006
  • ISBN-13 : 978-2491290009
  • Poids de l’article : 580 g
  • Dimensions : 15.7 x 3.4 x 22.6 cm

En attendant le jour de Michael Connelly, profitez d’une dernière séance avec Renée Ballard

California nightmare

S’il y a bien un auteur ponctuel dans l’industrie de l’édition c’est bien Michael Connelly, cela fait maintenant plus de vingt ans qu’il livre tous les ans une enquête policière toujours dans les rues glauques de Los Angeles ou sa proche banlieue. Bien évidemment, avec un rythme aussi soutenu, difficile de ne produire que de bon polars captivants. Les derniers Connelly avaient tendance à sombrer dans une logorrhée procédural pas toujours pertinente et entretenaient une ambiance un peu lisse, loin de l’ambiance un peu crasseuse des premiers volumes.

La création d’un nouveau personnage était donc le coup de fouet nécessaire pour relancer la machine. J’avoue avoir eu un peu peur au début que l’auteur ne parvienne pas à rendre ce personnage d’inspectrice nocturne aussi charismatique que son fameux Harry Bosch mais mes craintes ont rapidement étaient balayées. Renée Ballard est un personnage solide, et ce malgré son patronyme un peu lourdaud pour nos oreilles françaises. Connelly fait d’elle un pendant féminin de Bosch, tout comme lui elle considère son métier de flic comme un sacerdoce qu’il faut effectuer h24, tout comme son illustré prédécesseur elle est en butte avec sa hiérarchie, mais là où Bosch refusait les compromis et exprimé son aversion pour la bureaucratie, Ballard, elle, est victime d’une injustice qui la met au ban de son unité alors même qu’elle a fait du respect des procédures sa devise. Malgré l’injustice criante dont elle est victime, Ballard serre les poings et garde la tête haute, elle trouve une évasion dans le surf, ce qui permet à Connelly de dépeindre une Los Angeles que l’on a peu vue dans ses précédents ouvrages, en somme une héroïne moderne, attachante et dotée d’une force de caractère classique mais qui fait toujours autant du bien à lire. Si je veux chipoter un peu je dirais que je trouve sa motivation première pour s’enrôler dans la police un peu légère mais rien de grave.

Au niveau de l’intrigue Connelly nous offre un bon cru. L’intrigue est rapidement captivante et nous replonge dans les rues d’une ville toujours aussi meurtrière. Les décors sont légèrement plus glauques que les derniers dans lesquels enquêtait Bosch. Un hôtel miteux, des entrepôts abritant des tournages de films pornographiques à tendance sado-masochiste et surtout la fameuse maison à l’envers qui offre un moment de bravoure haletant à notre héroïne. Cette virée nocturne avec l’inspectrice Ballard se fait quasiment en apnée. Évidemment avec des événements qui s’enchaînent aussi vite certains détails passent à la trappe ou paraissent un peu invraisemblables. Certaines intrigues secondaires se concluent de manière abrupte et il manque un paragraphe ou deux pour étoffer l’antagoniste principal et expliquer comment il en est arrivé là mais cela fait trop longtemps que je n’ai lu un Connelly aussi nerveux pour bouder mon plaisir. J’en parviens même à lui pardonner le fait qu’il use encore une fois de son vieux gimmick scénaristique que tous ses lecteurs connaissent par cœur et qui ne surprend plus personne hormis les nouveaux venus.

En attendant le jour est un excellent cru de Michael Connelly. Un point d’entrée idéal pour tous ceux qui voudrait faire connaissance avec sa vision de Los Angeles et des forces de l’ordre. Une héroïne qui fait honneur à ses aînés tout en étant un personnage à part entière. Inutile de vous dire que le prochain volume de ses aventures, qui va la faire rencontrer un certain enquêteur à la retraite, ne va pas tarder à tomber entre mes mains.

Résumé: Reléguée au quart de nuit du commissariat d’Hollywood, l’inspectrice Renée Ballard se lance dans des enquêtes qu’elle n’a pas le droit de mener à leur terme. Le règlement l’oblige en effet à les confier aux inspecteurs de jour dès la fin de son service. Mais, une nuit, elle tombe sur deux affaires qu’elle refuse d’abandonner: le tabassage d’un prostitué laissé pour mort dans un parking, et le meurtre d’une jeune femme lors d’une fusillade dans un night-club. En violation de toutes les règles et contre les désirs mêmes de son coéquipier, elle décide de travailler les deux dossiers de jour tout en honorant ses quarts de nuit. L’épuisement la gagne, ses démons la rattrapent et la hiérarchie s’acharne, mais Renée Ballard n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (13 mars 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702156932
  • ISBN-13 : 978-2702156933
  • Poids de l’article : 422 g
  • Dimensions : 13.5 x 3 x 21.5 cm

Aucune terre n’est promise de Lavie Tidhar, Errance maligne et quête de sens

Et au milieu pousse un désert

Tout est question d’équilibre. Cela pourrait être la devise de cet ouvrage qui allie un aspect hermétique mais cependant accessible grâce à une intrigue captivante, une narration atypique, une plume onirique et un tableau saisissant et actuel de notre monde.

L’ouvrage exige de la part du lecteur de se laisser embarquer dans un univers qui ne livrera pas tous ses secrets. Une volonté de la part de l’auteur de ne pas s’appesantir sur des explications pseudo-scientifiques qui pourraient se révéler fastidieuse et de rester focaliser sur sa narration. Une narration polyphonique, où les trois narrateurs principaux se croisent et s’interpellent, se tutoie sans que l’on sache s’ils s’adressent à eux-mêmes ou au lecteur. Deux choix de narration audacieux mais que l’auteur a su contrebalancer en se concentrant sur l’intrigue, qui se révèle trépidante, et le ressenti des personnages plutôt que sur les descriptions ou l’aspect scientifique de son univers.

Chercher à tout saisir de ce récit de science-fiction serait illusoire. Partez du principe que certaines choses sont réalisables dans les pages de ce livre, l’auteur nous entraîne dans un monde où tout est différent mais où, malheureusement, tout est pareil. Une fois ce postulat acquit la lecture en sera plus aisé. Cet hermétisme aurait pu, aurait dû, me rebuter, habitué que je suis à ce qu’un auteur me délivre les clefs de son univers dès les premières pages. Pourtant la plume de l’auteur a su me cueillir. Une plume légère, onirique, teinté d’un spleen irrémédiable sur la nature humaine. Une plume maligne qui parvient à maintenir l’intérêt pour la quête du personnage principal tout en imprégnant le récit d’une revendication humaniste toujours aussi nécessaire. Une plume qui ne décrit que très peu, mais fait ressentir les alternoiments des personnages. De courts paragraphes mettent l’accent sur les aberrations auxquels se confrontent les personnages, tandis que d’autres, plus introspectif, font entendre le hurlement intérieur de personnages en errance constante.

La narration resserrée et le fait que l’auteur pose rapidement les enjeux de son récit atténue cette sensation d’être baladé de monde en monde, de narrateurs en narrateurs. L’atmosphère sociale délétère et l’humanisme désespéré qui transpirent des pages de l’ouvrage ancrent le récit dans une réalité qui évoquera à tous un sujet de société brûlant. Libre à chacun de faire son avis à la lecture, celui de l’auteur est limpide mais appelle au dialogue et le propos n’est pas manichéen. Mais c’est là le seul reproche que je pourrais faire à l’auteur. On referme le livre avec un sentiment d’inachevé, l’auteur ne va pas jusqu’au bout de son propos et il en résulte fatalement une impression d’inachevé. La fin manque d’audace et paraît un peu sage lorsqu’on la compare au pirouettes narratives au début de l’ouvrage.

Un récit de science-fiction qui a le mérite de mettre en avant une anecdote historique véridique en plus d’allier une intrigue prenante et une certaine exigence narrative. Il est juste regrettable que l’auteur n’ait pas étayé son propos un peu plus afin de consolider son ouvrage déjà solide.

”Vous, les humains, lâche-t-il, non sans affection. Vous inventez de si merveilleux mensonges, vous fabulez le monde, et chaque phrase que vous prononcez est un rêve. Vous tenez tellement à être le livre du monde, les mots qui racontent son histoire. Pourtant ,au plus profond de votre cœur, vous savez n’être qu’éphémères.” tirade du sphinx (oui il y a aussi un sphinx dans ce récit)

Résumé: Berlin. Lior Tirosh, écrivain de seconde zone, embarque pour la Palestina, fuyant une existence minée d’échecs. Il espère retrouver à Ararat City la chaleur du foyer, mais rien ne se passe comme prévu : la ville est ceinturée par un mur immense, et sa nièce, Déborah, a disparu dans les camps de réfugiés africains. Traqué, soupçonné de meurtre, offert en pâture à un promoteur véreux, Lior est entraîné malgré lui dans les dédales d’une histoire qu’il contribue pourtant à écrire. Lavie Tidhar questionne nos identités, et le prix qui leur est attaché. Aucune terre n’est promise est un roman d’une incroyable lucidité sur les enjeux d’Israël, microcosme du monde. Il n’en cède pourtant rien à la poésie, seule utopie capable encore d’incarner la paix.

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson, quand les experts coupent les cheveux en quatre…

Sous le soleil de minuit

Encore un polar scandinave ? Et bien oui que voulez-vous, parfois le hasard vous enchaîne à un genre. Ce mois de janvier aura été marqué par le froid et les températures négatives aussi bien dans mes lectures que dans la réalité. Pourtant cet ouvrage possède un postulat plus original que le tout-venant de la littérature policière. Cela suffit-il à faire de lui une lecture recommandable ?

Je ne vais pas faire grand cas de mon avis je n’ai pas aimé ce polar et ce pour deux raisons spécifiques que je vais détailler plus bas. Parlons d’abord des aspects les plus réussis, l’auteur est parvenu à instaurer une narration dynamique malgré son intrigue linéaire et casanière. La majorité de l’intrigue se déroule en effet dans les locaux de l’institut médico-légal de l’hôpital universitaire de Karolinska en Suède. On comprend très vite que l’on est face à un polar scandinave atypique, l’auteur suit son propre rythme en se moquant éperdument des codes usuels du polar scandinave. Un constat qui se révèle également dans la plume, légère et empreinte d’un humour teinté d’ironie et de poésie. Une plume revigorante qui illumine les rares passages narratifs mais qui s’éteint complètement durant les longues phases d’échanges théoriques entre nos différents experts.

Tout l’intérêt du roman réside dans la question de savoir si oui ou non il y a eu meurtre ou pas. Les chapitres suivent le processus médico-légal qui entoure ce genre de cas, d’où le côté très linéaire, et l’on assiste aux réunions entre les membres de l’institut ou aux discussions entre Antal, le légiste en chef et Pierre, son élève. On a donc droit à des pages et des pages de dialogues scientifiques pointus où chacun des personnages confronte son point de vue. Des passages rébarbatifs qui se poursuivent jusqu’à la conclusion et que l’auteur ne parvient jamais à rendre attractif. Le tout assèche la narration, n’instaure aucune ambiance originale et enrobe le tout d’une aura de rapport officiel inintéressant.

Mais le point noir du roman réside surtout dans l’écriture des personnages. Si l’auteur parvient à donner un ton distinctif à la majorité des personnages secondaires, comme la brave Magdalena cheffe de service et féru de la couleur jaune, et s’en tire plutôt bien avec son portrait de celui que l’on pourrait considérer comme un personnage principal, à savoir le méticuleux Antal, il échoue par contre avec le second personnage principal, le fameux Pierre. Impossible de savoir quel été le but de l’auteur en dépeignant un personnage aussi antipathique dans les pages de son ouvrage mais si l’effet rechercher est de déclencher un sentiment de haine irrépressible c’est réussi. Tout est fait pour que l’on ressente une profonde aversion pour cet expatrié français qui condense tous les défauts que l’on reproche à mes concitoyens en temps normal, ce qui rend difficile la lecture de ce polar qui accorde déjà beaucoup d’importance à des considérations scientifiques qui finissent par lasser tant elles sont redondantes.

Original ce polar suédois l’est sans nul doute, mais sa propension à détailler tout le processus scientifique sans y instiller ni l’humour ni la poésie que l’on retrouve lors des passages narratifs épars le condamne à être réservé aux afficionados des techniques médico-légales.

Résumé: au presbytère de la petite ville suédoise de Sigtuna. Elle était malade de son cœur. La porte était fermée à clef. Un dossier apparemment simple. Le jeune interne Pierre Desprez va réaliser une autopsie de routine, supervisé par le médecin légiste Antal Bő. Pourtant, l’enquête va se transformer en un casse-tête au fur et à mesure de l’avancée des investigations. Il n’en faudra pas moins que l’intervention d’une pomologue à la retraite, d’un vieux professeur de médecine environnementale et de la femme de ménage du vicaire pour révéler une vérité insoupçonnée !

Détails sur le produit

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (21 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 336 pages
  • ISBN-10 : 2815939266
  • ISBN-13 : 978-2815939263
  • Poids de l’article : 380 g