L’arbre aux fées de R. Michael Radburn, un voyage enchanteur empreint d’une poésie mélancolique

Ce polar australien est à l’image du véhicule de fonction de ce brave ranger Taylor Bridges. Il met un peu de temps à démarrer mais une fois lancer la conduite est agréable, sans parler de l’intérieur confortable grâce à une mélancolie omniprésente.

Le début du récit est en effet un peu poussif comme si le moteur avait un peu de mal à démarrer. Il faut dire que l’auteur doit nous introduire un décor extraordinaire, l’île de Tasmanie, et plus précisément la ville de Glory crossing. Un décor crépusculaire, menacé de disparaître où la neige recouvre le paysage tel un linceul. Mais l’auteur doit aussi nous présenter son personnage principal, un père ravagé et hanté par la disparition de sa fille et pour qui cette nouvelle affectation est autant un refuge qu’un exil. Il faut donc un peu de temps pour se laisser imprégner par la mélancolie qui se dégage de ce démarrage un peu lent.

Le moteur s’allume enfin et la magie opère. En accompagnant le ranger durant ces virées à travers Glory crossing on découvre un décor protéiforme, entre paysages ruraux hivernaux, maisons abandonnées par ses habitants et cimetière à moitié englouti duquel certains cerceuils refont parfois surface. Une atmosphère particulière plane ainsi sur le récit, fait de mélancolie et de tristesse. Une atmosphère de fin de monde que la plume de l’auteur illumine d’une grâce féerique. Un style qui donne la sensation d’être dans un vieux véhicule qui a atteint son rythme de croisière et dont l’habitacle est un véritable cocon protecteur dans lequel on assiste en toute sécurité au drame qui se joue à l’extérieur.

La vitesse se fait subitement ressentir alors que l’enquête prend une tout autre ampleur. La galerie de personnages est atypique entre l’ermite des bois, le doux dingue incapable de jeter le moindre journal et l’inspecteur venu du continent dont le passe-temps est la spéculation d’antiquité, l’auteur nous offre de beaux portraits d’êtres fracassés par la vie et dont les souffrances font écho à celle de Taylor. Là encore la plume de l’auteur fait des merveilles, il parvient à rendre attachant ces personnages tout en conservant leur aura inquiétante qui les anime.

Une fois que le land rover de vingt ans d’âge a atteint son rythme de croisière, la frénésie propre à toute enquête criminelle ne nous quitte plus jusqu’au dernier acte. La résolution n’a rien de renversant, la poésie mélancolique qui imprègne l’ouvrage n’empêche pas de tirer ses propres hypothèses, mais a le mérite d’être solide et offre une ultime séquence empreinte d’une touche de fantastique incongru mais qui s’accorde plutôt bien à l’ambiance générale du récit.

Arrivé à destination on quitte le véhicule sereinement, confiant dans les fées qui seront sans nul doute se pencher à nouveau sur l’auteur afin qu’il nous conduise vers des contrées que sa plume poétique embellira à coup sûr.

Résumé: Taylor Bridges, un ranger australien, est hanté par la disparition de sa fille Claire, huit ans. Son couple a volé en éclats et pour cesser de ruminer son chagrin, il demande sa mutation en Tasmanie. Dès son arrivée dans la petite bourgade de Glorys Crossing, Drew, une fillette du même âge que Claire, disparaît également. Taylor y voit une coïncidence avec son propre malheur et mène une enquête au sein d’une population pour le moins hostile. Une initiative qui déplaît à O’Brien, le chef de la police locale. Taylor, convaincu que Drew est vivante, poursuit ses investigations et apprend que d’autres petites filles ont disparu avant elle. Avec l’aide de Grady, un inspecteur du continent envoyé sur place, Taylor découvre une île aux secrets bien gardés…

  • Poids de l’article : 280 g
  • Broché : 320 pages
  • ISBN-10 : 2021417808
  • ISBN-13 : 978-2021417807
  • Dimensions du produit : 14.7 x 2.2 x 22 cm
  • Éditeur : Le Seuil (12 septembre 2019)

Le jeune Wallander saison 1 sur netflix, un polar scandinave classique, trop classique

L’inspecteur Wallander est une figure bien connue du monde du polar, créé par Henning Mankell en 1991, ses enquêtes ont grandement contribué à la renommée du polar nordique.

Cette série a donc pour but de conter ses jeunes années et ses débuts dans la police suédoise. On aurait donc pu s’attendre à ce que la série nous ramène dans les troublantes années 80 ou début des 90 mais étrangement la série se passe de nos jours, on y retrouve les smartphones, des voitures modernes et le dark Web avec lequel notre jeune inspecteur se débrouille remarquablement bien pour un novice dans les enquêtes criminelles. Une fois ce détail passé, on fait connaissance avec ce fameux Kurt Wallander avant qu’il ne devienne la légende du polar tel qu’on le connaît. Il est volontaire, idéaliste et un brin naïf aussi, tout à fait le genre de personnage auquel le spectateur peut s’attacher facilement. La jolie frimousse de l’acteur qui l’interprète, Adam Pålsson, aide beaucoup.

La réalisation se situe dans les standards de ce genre de série, aucun coup de génie mais elle remplit le cahier des charges. Un certain travail a été réalisé sur la lumière et les couleurs donnant un aspect léché à ces six épisodes mais le côté noir et glauque qui a rendu célèbre la saga littéraire se retrouve un peu occulté. Le casting est convaincant dans l’ensemble et cette première saison est soutenue par un rythme solide.

Tout cela aurait pu conduire à une agréable série policière si son intrigue n’avait pas été si scolaire. Les habitués du code des polars pourront cocher toutes les cases de la gentille enquête bien cadrée. On suit wallander lors de son enquête dans les milieux interlopes, on le voit empiler des pistes qui semblent mener nulle part, on l’accompagne alors que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer jusqu’à la révélation finale qui n’en est pas une pour tous les afficionados des livres policiers. Le scénario est solide et l’enquête se suit sans déplaisir mais il manque un élément, un électrochoc à même de propulser l’ensemble vers des hauteurs qu’il semble nécessaire d’atteindre, pour chaque série, afin de se démarquer du reste de la concurrence, toujours plus foisonnante.

Malgré des acteurs convaincants, la série ne dépasse jamais son statut de gentille enquête policière sans originalité. Ce n’est pas son discours timide sur l’immigration et sa fin douce-amère qui vont la sauver face à la marée de programmes nouveaux qui sont disponibles tous les jours.

Depuis 2020 / 60min / Policier, Thriller
Titre original : Young Wallander
Nationalités Suède, Grande-Bretagne

Chaîne d’origine Netflix

Rien que l’acier de Richard Morgan, sang et fureur…et un peu de sexe aussi

J’ai tendance à ne pas trop attacher d’importance à quel genre ou sous-genre appartient l’ouvrage dont j’entame la lecture. Du moment que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, peu m’importe que ce soit de la high-fantasy, du steampunk ou du arcanepunk. Mais la dark fantasy est un sous-genre qui me parle énormément. Mon souhait serait de dénicher une saga qui reprendrait les thèmes de la saga Dark soul, à savoir la ruine d’une civilisation, la décrépitude inévitable, le crépuscule des dieux et tant d’autres encore que cette introduction qui commence à être un peu longue ne me laisse pas la place d’énumérer.

La saga « terre de héros » de Richard Morgan s’inscrit à merveille dans l’alcôve sombre et humide qui fait partie intégrante de la cathédrale baroque de la fantasy. Son récit est sombre, poisseux et extrêmement défaitiste sur la nature humaine. Sa description de cet univers médiéval crasseux et boueux captive immédiatement malgré le fait que cela exige de progresser sur plus de deux centes pages avant d’appréhender complètement cet empire de bassesse humaine et de violence. Les tenants et les aboutissants de ce monde à couteaux tirés sont progressivement dévoilés mais les éléments présents dans les premiers chapitres sont largement suffisants pour s’immerger dans cette terre qui compte bien peu de héros au final. Le choix des noms des villes, des régions ou des personnages, aux sonorités encore moins facilement prononçables qu’une collection ikea, démontrent à eux seuls la volonté de l’auteur d’aller vers un aspect plus rude, plus écorché.

Ce premier volume pose aisément les bases de cet univers et ses personnages. Les trois personnages principaux sont charismatiques et chacun se trouvent en rupture avec le milieu dans lequel ils se retrouvent obligés de se débattre. Egar ne se retrouvent plus dans les plaines verdâtres et les coutumes désuètes de son peuple. Archeth est une exilée immortelle, obligée de jouer le jeu de la cour de l’empereur et de supporter ses ordres et sa décadence. Et Ringil, le fougueux Ringil, en avoir fait un personnage aux mœurs qui vont à contre-courant de ce qui se fait habituellement dans ce genre de récit peut paraître un brin opportuniste mais se serait oublié qu’il s’agit d’un personnage complet et pas uniquement d’une étiquette juste bonne à faire parler. Ringil possède une densité qu’il ne doit pas uniquement à sa masse musculaire, ses traumatismes familiaux et ses souvenirs de la guerre ont fait de lui un être cynique, réfractaire à l’autorité, hanté par son passé et sous l’emprise d’une colère sourde. Les chapitres qui lui sont consacrés sont un véritable défouloir, pas uniquement pour ses scènes de sexe, tel un taureau que rien ne peut arrêter ses charges mettent à mal un royaume sclérosé et des mentalités étriqués. Évidemment ses trois personnages vont voir leurs destinés converger mais l’ambiance du récit ne se prête pas vraiment à des retrouvailles chaleureuses.

Le style de l’auteur exige d’être apprivoisé. Si les combats sont d’une clarté écarlate et d’un dynamisme en accord avec le caractère des héros, la profusion de virgules lors des descriptions donne un aspect fouillis qui perd le regard du lecteur et atténue la puissance des lieux que l’auteur nous fait visiter. Des lieux qui possèdent pourtant un charme certains pour quiconque s’extasie devant des ruines médiévales ou des marais glauques. Mais c’est déjà un souci que j’avais constaté dans son roman de science-fiction thin air. L’intrigue tarde à se mettre en place mais l’auteur parvient à maintenir l’attention du lecteur grâce à ses personnages torturés. On peut regretter une conclusion épique mais un peu rapide pour un premier tome.

Cette introduction à la terre des héros est comme une attaque brutale qui laisserait une armée désemparée, se demandant ce qu’il y est arrivée. Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle a subi un assaut frontal, sans subtilité ni originalité mais diablement efficace.

Résumé: Il y a dix ans, l’alliance des hommes et des Kiriaths a repoussé les terribles Écailleux. Qui se souvient maintenant des héros de cette guerre ?

Ringil vit en exil, rejeté par sa famille. Mais pour sa cousine Shérin, vendue comme esclave, il décroche son épée et retourne sur les lieux d’un passé qu’il avait tout fait pour oublier.

Dame Archeth, dernière représentante d’un peuple disparu, est la conseillère d’un empereur décadent qu’elle abhorre. Elle seule soupçonne qu’une terrible menace point aux frontières de l’empire.

Egar le Tueur de Dragons est un nomade des steppes, revenu de la guerre auréolé de triomphe. Une gloire aujourd’hui bien émoussée dans un monde qu’Egar ne reconnaît plus.

Ces trois-là ont tout perdu. Sauf peut-être la bataille qui les attend, héroïque et désespérée…

  • ISBN-10 : 2352943795
  • Broché : 456 pages
  • ISBN-13 : 978-2352943792
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.4 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (19 mars 2010)
  • Poids de l’article : 600 g
  • Langue : : Français

Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona, lorsque l’asphalte nous rappelle notre condition humaine

Résumé: Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.
Joseph Incardona mêle les genres avec habileté et réussit un roman profond et ambitieux. Son style puissant et son art très cinématographique de la narration font mouche.

Je traverse vos territoires, je vous permets de rejoindre la destination de vos rêves en une journée à peine, je permets à vos vacances ou vos escapades en amoureux de prendre forme et pourtant je ne suis qu’un no man’s Land ou vous ne faites que passer, bref éclairs de couleur chromée dans un paysage de bitume et de barrière de sécurité. Et pourtant dans ces lignes droites, symbole du mouvement et de la fuite, grouille un microcosme dont vous saisissez l’existence à travers vos pare-brise mais que vous préférez ignoré, pressez que vous êtes d’arriver à destination peut-être ou effrayer parce que la révélation de ce monde pourrait vous apprendre sur vous-même. Un homme pourtant, un écrivain, Joseph Incardona, a décidé de placer l’action de son roman au sein de mon petit monde dissimulé aux yeux de tous et d’en révéler la noirceur et peut-être aussi quelque chose sur les Hommes.

Je suis un territoire où rien ne se créer, pas d’écoles, pas d’entreprises innovantes, pas de salle de réunion, pas de concert, pas de cinéma. La liste de ce qui n’existe pas au sein de mon royaume, qui s’étale sur plus de 116 000 km, est longue alors il n’est guère étonnant que l’humanité s’en trouve réduite à sa plus juste expression, à ses instincts les plus primaires, manger, baiser, tuer. Pas de place pour le reste, lorsque l’on fait partie de l’espace compris entre un point A et un point B il ne peut y avoir de place pour les rêves vaporeux et les projets d’évasion. Les pensés se retrouvent abaissées au même niveau que les besoins, au ras du goudron.

Mes sujets se retrouvent réduits à la fonction qui leur a été dédié et se doivent d’accomplir leurs tâches sans espoir de devenir autre chose, sans même l’espoir de connaître une douce fin. Mes sujets sont des petits salariés, des gérants mesquins, des prostituées esseulées et vulnérables, des laissé-pour-compte qui ne s’y retrouvent plus dans votre royaume de faux-semblants, des assassins aussi, au moins un, sans doute plus. Et puis il y a Pierre.

Pierre et sa haine solitaire, Pierre et sa soif de vengeance qui vont le pousser à arpenter mon royaume qu’il n’aurait même pas daigné regarder auparavant mais ça c’était avant que sa fille ne disparaisse au sein de mon fief. Depuis Pierre n’est plus un homme c’est une arme. Mais une arme solitaire, qui cogite sur le sens de sa quête sanglante, qui remue des réflexions philosophiques que moi, le seigneur du bitume, en tant que témoin de vos disputes sur les bandes d’arrêt d’urgence, de vos accidents fulgurants et parfois mortels je connais depuis longtemps mais que j’ai décidé de taire pour maintenir l’illusion. Car si vous saviez, peut-être resteriez-vous chez vous plutôt que de fouler mon empire de goudron.

Pour rendre compte de cette nature humaine et de cette folie qui guette, l’auteur a fait le choix de phrases courtes qui ne sont même plus des phrases parfois. Ses écrits s’étiolent comme la pensée humaine face à l’approche de la mort, se résument à des concepts, des idées qui traversent l’air épais du mois d’août comme vos bolides traversent mon royaume.

Ou alors ces non-phrases sont-elles la métaphore d’un homme, Pierre, à bout de souffle face aux épreuves que lui impose la dure loi que je fais régner dans mon royaume, un souffle que chacun de mes sujets tente de récupérer sans jamais comprendre que, dans le no man’s land qui est le mien, le seul souffle que j’autorise est celui de la mort.

Je suis le début et la fin de votre civilisation. Je ne suis qu’une étape dans votre parcours et pourtant sans vous en rendre compte vous laissez sur mon territoire un peu de vous, des rires, des larmes, des enfants ou une sombre torpeur annonciatrice de votre allégeance future à mes lois séculaires. Car aucun de mes sujets n’a fait le choix de rester mais tous se savent condamnés à jouer leur rôle, comme vous le vôtre, jusqu’à ce que j’en estime en avoir fini avec eux. Et joseph Incardona a parfaitement compris ceci et me retranscrit très bien dans son roman.

”Pierre Castan espère une seule chose :

Que Bouddha se soit trompé.

Que Bouddha soit un bonhomme jovial, obèse et heureux, mais qu’il se soit trompé.

Que la réincarnation n’existe pas.

Surtout pas.

Surtout ne pas vivre encore et encore.

L’enfer, c’est l’éternité.

  • ISBN-13 : 978-2363390547
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions du produit : 14.5 x 2.3 x 22 cm
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2363390547
  • Éditeur : Finitude (16 avril 2015)

Community de Luna Joice, tous connectés, tous heureux

Le roman ayant remporté le prix Bernard Weber de cette troublante année 2020 est une nouvelle variation sur le meilleur des mondes vu, cette fois-ci, sous le prisme de la communication et des réseaux sociaux.

Il faut bien reconnaître que les moyens de communication sont les technologies qui ont connu une démocratisation fulgurante ces deux dernières décennies, alors que l’ingénierie génétique reste encore de l’ordre de l’imaginaire réservéàun élite financière. Les smartphones et leurs corollaires les applications de messagerie instantanées. Jamais on ne s’est autant écri, des millions de messages sont envoyés, des conversations qui s’étalent sur des heures voire des jours, des groupes de conversations sont créés autour d’un thème que les participants partagent en commun, mais pourtant jamais l’humanité n’a paru aussi divisée, séparé en groupes qui se hurlent sans s’écouter. Il n’est donc guère étonnant que la science-fiction s’empare de ce thème pour nous en dire un peu plus sur l’humanité et ses travers.

Sous le regard de notre héroïne Lyah, on découvre un monde utopique en apparence. L’auteur a fait le choix de nous décrire un personnage classique mais à la psychologie subtile et emphatique. Comme tous les personnages qui remettent en cause le monde dans lequel ils vivent, elle possède un esprit curieux, rêveur et se heurte rapidement aux parois vitrées de ce monde qui paraît vite limité. Son besoin d’évasion va la pousser en remettre en question les fondements de ce monde trop parfait.

Car certes le monde de Lyah est idyllique, la paix mondiale règne, la barrière des langues a été abolie, toutes les données qu’elles soient culturelles, scientifiques ou autres sont téléchargeables quasi instantanément mais comme pour tout ce que l’on obtient dans la vie il y a un prix à payer et c’est ce que Lyah va découvrir. On suit son évolution psychologique à mesure que son désenchantement sur son monde prend forme. Pour être vraiment convaincant il aurait fallu que la fin soit plus détaillée, moins expéditive. Le système des chercheurs aurait mérité d’être plus étayé, ses failles bien humaines encore plus mis en avant. L’épilogue notamment passe trop rapidement sur une conséquence des actions de Lyah qui, potentiellement, pourrait signifier le retour des conflits mais le but de l’auteur est de pousser la réflexion.

Le récit prend rapidement un tournant young adult loin d’être désagréable, la romance entre Lyah et Caleb est plaisante et touchante, surtout que la mentalité des citoyens de ce monde connecté l’empêche de prendre une place prépondérante dans le récit. Les interrogations de lyah trouveront facilement un écho dans l’esprit de tous les adolescents utilisateurs des réseaux sociaux et qui ont parfois l’impression d’étouffer dans notre monde qui offre tant de libertés virtuelles mais si peu souvent l’occasion de les mettre en pratique dans le monde réel.

Résumé: 3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.
Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?
Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit.
Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

  • Broché : 298 pages
  • ISBN-13 : 978-2755647365
  • ISBN-10 : 2755647361
  • Éditeur : Hugo Roman (3 septembre 2020)

Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas, Saint réseau social délivre nous du mal

Il y a des choses plus difficiles que d’écrire un roman policier humoristique mais elles sont peu nombreuses. Écouter un album de Jul en entier ou retenir les noms de toutes les stations de métro par exemple. Romain Puertolas manie cet art délicat de nous faire rire de manière intelligente tout en nous contant une histoire qui, sans être renversante, se révèle solide et efficace.

Tenir en haleine le lecteur sur plus de trois cents pages avec un propos humoristique n’est pas chose aisée. Il faut savoir équilibrer entre la narration, l’humour et les personnages. Dans cet été sans Facebook l’auteur a opté pour un humour frontal frôlant parfois avec l’absurde mais toujours amené finement et au service d’une histoire qui fait passer un agréable moment tel un bon gros dont dont on savourerait chaque bouchée. On y retrouve tous les ingrédients d’une comédie, une galerie de personnages alliant stupidité et effronterie, des gags de répétitions, des situations rocambolesques, des références culturelles intelligemment placées et du name-dropping littéraires ce qui n’est pas si courant. Un humour omniprésent dans les dialogues, où les personnages se font passer pour plus bêtes qu’ils ne le sont car derrière ces mines affables et ces répliques absurdes se dissimule une certaine malice.

Si l’on pourrait craindre que l’humour prenne le pas sur la narration il n’en ait heureusement rien, l’auteur sait où il veut mener le lecteur et son récit s’apparente parfois à un énorme jeu de piste parcouru par des écureuils radioactifs qui divertissent le regard du lecteur pour mieux l’empêcher de voir l’évidence. À grand coups de références littéraires l’auteur parvient à draper son été sans Facebook d’une profondeur insoupçonnée grâce à la présence du personnage Agatha Crispies.

Ce personnage principal est un véritable bol d’air frais. À contre-courant de tous les modèles que l’on a l’habitude de lire ou de voir. Bien en chair, pour ne pas dire obèse, toujours avec un donut à la main, ou plutôt dans la bouche, ce petit bout de femme qui semble avoir oublié toutes les bonnes manières et qui possède ses propres techniques d’enquêtes nous entraîne avec elle dans un périple qui ne connaîtra aucun temps mort tout en tentant de distiller autour d’elle sa passion pour les grands classiques.

S’il n’y a rien à relever en ce qui concerne la plume de l’auteur, fonctionnelle et au service du récit, il faut quand même souligner la volonté de l’auteur de nous faire comprendre avec malice, en conjuguant culture populaire et littéraire, que rien n’est jamais ce qu’il semble être. Une évidence que malheureusement, à l’heure des réseaux sociaux, des polémiques éclairs et des jugements à l’emporte-pièce, beaucoup ont encore tendance à oublier.

Résumé: Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. Puértolas signe un drôle de thriller loufoque, un poilar !

  • Broché : 380 pages
  • ISBN-13 : 978-2842639075
  • ISBN-10 : 2842639073
  • Dimensions du produit : 14.1 x 3 x 20.4 cm
  • Éditeur : Le Dilettante (29 avril 2017)

Les petites filles de Julie Ewa, restez en France il n’y a rien à voir

De bon retour sur les blogs et les réseaux sociaux, une quatrième de couverture qui promet un voyage dans un pays dont on entend souvent parler, surtout en ce moment, une enquête bien glauque sur fond de trafic d’enfants. Il n’en fallait pas plus pour que je me lance dans la lecture des petites filles de Julie Ewa .mal m’en a pris, j’aurais mieux fait de rater l’avion.

Commençons par le personnage principal, une jeune femme Lina, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle est célibataire mais par choix, elle a une blessure profonde qui remonte à son enfance et qui explique son caractère renfermé et solitaire, elle se méfie des hommes qui sont tous des pervers en goguette évidemment. En une trentaine de pages l’auteure a fait cocher toutes les cases de l’héroïne moderne à qui on ne la fait pas à son personnage mais en oubliant d’y ajouter un soupçon d’originalité, ce qui la rend proprement insupportable. Ah et son meilleur ami est gay forcément.

Ensuite le voyage. Les descriptions sont peu nombreuses et pas assez étayées, qu’est-ce donc que les roches karstique dont on parle deux fois dans l’ouvrage ? Il ne faudra pas attendre de réponse de la part de l’auteure. Le village, où se situe la majeure partie de l’action, est assez bien décrit cependant et rend une ambiance carte postale credible mais le reste du voyage est plat, tout comme la plume de l’auteure mais les envolées lyriques ce n’est pas non plus ce que l’on attend de ce genre d’ouvrage me direz-vous. Le récit aborde frontalement les divers problèmes liés à l’enfance en Chine, la loi sur l’enfant unique, les abandons, les avortements forcés, le travail des enfants et la place de la femme dans une société qui se développe plus vite que sa population ne peut l’assimilé. L’auteure nous offre un panorama sordide mais malheureusement réaliste de la situationdes filles au pays du soleil levant. Rien de transcendant dans le propos mais les faits permettent de remettre les pendules à l’heure dans nos esprits d’Occidentaux.

La double temporalité. Oui ça aussi il va falloir en parler. C’est un procédé éminemment dangereux car il peut casser le rythme du récit, diluer la tension et provoquer une redondance dans la narration. L’auteure s’en tire plutôt bien sur la question du rythme, aidé en cela par des chapitres très courts. Le récit se lit facilement et les deux intrigues contiennent suffisamment d’éléments pour ne pas se parasiter. Mais la présence d’éléments connue dès le début dans l’un des récits entraîne forcément des révélations dans le second qui tombent à plat, sans parler de celles que l’on avait vues venir de trop loin. Malgré de gros efforts l’auteure n’est pas parvenu à me surprendre une seule fois.

Reste le gros problème que représente le final, complètement raté. C’est quand même formidable d’introduire une héroïne sur plus de 300 pages, de nous expliquer comment elle est courageuse téméraire et qu’elle sait aussi distribuer quelques droites lorsque la situation l’impose pour l’écarter complètement lors du dernier acte. Elle n’est même pas spectatrice, non elle est juste absente, écartée d’un final inutilement glauque et cruel, alors que l’intrigue est exempt de gore jusque là. L’auteure a sans doute voulu se raccrocher à la tendance gore assez présente dans le polar féminin au début des années 2010 en enchaînant les scènes gores et cruelles mais oublie du coup de mettre en scène son héroïne et qu’un bon polar n’est pas forcément des passages glauques sans fondements.

Le voyage terminé, et après que l’auteure est enfoncée toutes les portes ouvertes du polar bien rythmés, bien glauque et bien bourrin mais sans rien apporter de neuf au genre il ne me tarde qu’une chose c’est que l’avion quitte le tarmac pour ne plus jamais pénétrer dans cet espace aérien bien triste.

Résumé: Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…

Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au coeur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.

  • Broché : 416 pages
  • ISBN-10 : 2226322728
  • ISBN-13 : 978-2226322722
  • Dimensions du produit : 14.8 x 3 x 22.5 cm
  • Éditeur : Albin Michel (4 janvier 2016)
  • Poids de l’article : 358 g
  • Langue : : Français

L’horizon qui nous manque de Pascal Dessaint, chroniques social tirant vers le brun

Une courte chronique pour un court roman 220 pages à peine, un roman vendu comme un roman noir mais qui se rapproche plus de la chronique social teintée de folie et de violence.

S’il faut ranger chaque roman dans la catégorie assez brumeuse de roman noir dès qu’un crime est commis ou que des policiers ou gendarmes interviennent dans l’intrigue cela me paraît un critère un peu facile. Ce récit, plaisant au demeurant, n’a que de fragile attache avec le roman noir.

L’auteur nous brosse le portrait de trois êtres échoués sur le rivage de la société moderne française. Pour diverses raisons, ces deux hommes et cette femme vont se créer un refuge où ils pourront échapper aux furies du monde moderne. Lucille sera le pivot autour duquel va s’articuler ce récit, trentenaire désabusée, trahie, en perte de repères. Ces chapitres seront l’occasion d’une contemplation mélancolique au milieu des dunes délaissées. Malgré l’inertie de l’intrigue durant ces passages, on prend plaisir à écouter la complainte de cette jeune femme paumée comme on réconforterait une amie autour d’un chocolat chaud.

Les deux autres personnages sont tout aussi finement décrits, Anatole, dont l’esprit fantasque n’est pas formaté pour vivre selon les codes de la société de consommation, endosse le rôle de vieil ermite bourru au cœur pas si dur, quoique ça dépend des saisons. Loïk est une boule de nerf constamment sur le fil du rasoir qui mène à la violence déchaînée, un guerrier qui n’a pas su trouver sa bataille et qui du coup se retourne vers tous ceux qu’il pense être ses ennemis.

L’aspect noir mis en avant par l’éditeur survient tard dans le récit et reste relativement subjectif, il manque peut-être un événement suffisamment puissant pour transcender le récit, souder véritablement le trio et transformer l’intrigue en roman noir proprement dit. En l’état l’auteur propose une élégante balade sur les rives de la Manche en compagnie d’un trio attachant mais dont les membres vivent leurs galères chacun de leurs côtés àpartàdeux ou trois événementsprès, teinté d’une poésie désenchantée et d’un humour à froid pour nous rappeler que la vie laisse peu de place aux esprits hors normes ou qui pensent à contre-courant.

 » quand je nous voyais, être sans vraiment l’être à nos petites affaires, je me disais que c’était aussi un drôle de hasard de nous retrouver ensemble sur terre, à cet endroit-là, pas à un autre, et pour espérer quoi ?

Peu à peu, je me suis aperçue – il s’agissait d’un sentiment irrationnel, comme une gêne prémonitoire – que nous vivions dans l’attente du pire.  »

Résumé: la jungle de Calais vient d’être démantelée et Lucille, qui avait plaqué son métier d’enseignante pour venir en aide aux migrants, se retrouve désemparée. Cherchant un « point de chute », elle arrive chez un vieux loup solitaire nommé Anatole. Ce dernier lui loue une caravane sur son terrain. Anatole est chasseur. Il passe des heures à bricoler des oiseaux en bois destinés à servir de leurre. Il n’attrape jamais grand chose, mais rêver lui suffit. Une étrange relation se noue entre la jeune femme et le chasseur solitaire. Leur modus vivendi est bientôt bouleversé par l’arrivée de Loïk. Un gars qui a fait de la prison. Un impulsif. Imprévisible.

  • Broché : 219 pages
  • ISBN-10 : 2743648449
  • ISBN-13 : 978-2743648442
  • Dimensions du produit : 15.5 x 2 x 22.5 cm
  • Éditeur : EDITIONS PAYOT & RIVAGES (18 septembre 2019)
  • Langue : : Français

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock, une sombre symphonie discordante

Il y a certains ouvrages, une fois achevés, qui vous laissent une arrière-pensée persistante dans la tête comme si vous n’étiez pas parvenu à saisir la mélodie du recit. Vous avez entendu les notes, apprécié la rythmique mais une fois l’outro terminée vous ne savez pas exactement ce que vous avez entendu. Un sentiment agaçant que m’a procuré le premier roman de Donald Ray Pollock.

Après avoir cherché d’où pouvait venir cette discordance que je ressentais dans ma lecture, j’ai fini par me demander si c’était parce que le livre lui-même ne sait pas ce qu’il est. Car ce roman sans concessions sur l’Amérique profonde emprunte certains codes du polar au sein d’un récit qui lui, va plutôt chercher du côté de Jack Kerouac pour l’errance et l’attrait de la route et de Charles Bukowski pour l’aspect sordide. Ses chapitres courts et ses personnages sombres et torturés rappellent les thrillers prenant la campagne américaine comme décor qui fleurissent sur les étals des librairies. Pourtant le style et la narration vont chercher plus loin, plus profond, comme si la plume de l’auteur était une pelle avec laquelle il exhumerait les pires travers de l’humanité.

Mais ce côté thriller où la mort rôde à chaque page l’empêche de prendre une dimension plus littéraire qui le rapprocherait de ces illustres prédécesseurs. La faute peut-être aussi à ses personnages antipathiques pour la plupart, dont l’existence chaotique nous est présentée sans développement, sans tout le parcours nécessaire pour s’attacher à ces âmes fracassées par le sort. C’est le cas de Sandy par exemple, d’abord mentionnée comme une jeune fille timide et introvertie on la découvre, dans le chapitre suivant, en Bonnie qui serait devenue une pin-up infernale et sanguinaire sans le nécessaire développement pour comprendre comment elle a pu en arriver là. Il en va de même pour le duo Roy et Théodore dont le rôle dans cette virée sanglante tient plus de la note en bas de page que d’un réel apport à l’intrigue. Seul le personnage d’Arvin éclaire de sa présence cette galerie de personnages qui se veut le portrait d’une certaine Amérique.

La mélodie que nous compose Donald Ray Pollock avec ce premier livre à de quoi séduire, une plume crépusculaire qui fouille les moindres recoins de l’âme de ses personnages, mais sa volonté de répéter certains codes du polar créer une dissonance qui m’a empêché d’apprécier pleinement sa sombre symphonie. L’adoption à venir par netflix avec un casting alléchant et Antonio Campos à la réalisation permettra peut-être de régler ce problème.

Résumé: De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s’entrechoquent : un rescapé de l’enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi… La prose somptueuse de ce premier roman de D. R. Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages. Un univers terrifiant que la critique n’hésite pas à comparer à ceux de Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac McCarthy.

  • Poche : 408 pages
  • ISBN-10 : 2253175889
  • ISBN-13 : 978-2253175889
  • Poids de l’article : 218 g
  • Dimensions du produit : 11.1 x 2.5 x 17.7 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (3 janvier 2014)
  • Langue : : Français

Cochrane vs cthulu de Gilberto Villarroel, la bataille secrète de fort boyard

Être lecteur s’est accepté de monter dans une embarcation sans forcément savoir où celle-ci va vous mener. Un voyage rempli de promesses mais qui risque de vous donner la nausée tout autant que vous émerveiller. L’auteur Gilberto Villarroel, d’origine chilienne, dont c’est le premier roman, nous entraîne vers des rivages à la fois connus mais les éclaires d’une aube nouvelle grâce à des apports inattendus.

Le rivage présenté par l’auteur au début du roman a de quoi faire taire tous les vieux loups de mers aigris persuadé que tout a déjà été écrit et réécrit, qu’il est vain de rechercher l’originalité dans les récits modernes. L’auteur convoque en effet des personnages historiques qui ont réellement existé, à savoir Lord Cochrane, surnommé le diable par l’armée napoléonienne et les frères Champollion mais aussi le fort boyard, le monument français qu’il vieillit de quelques années pour le besoin de son récit. Et tous ces éléments se retrouvent pour une réécriture de l’une des plus célèbres nouvelles de H.P. Lovecraft, ”l’appel de Cthulu”. Le vaisseau ainsi formé promet un sacré voyage de lecture.

Un voyage qui tient ses promesses, aidé en cela par une plume immersive. En quelques pages à peine on se retrouve sur fort boyard en compagnie de cette garnison de soldats livrés à eux-mêmes. Très vite le voyage s’obscurcit, le brouillard s’installe, l’atmosphère se fait pesante et glauque alors que la tempête gronde à l’horizon. Les deux personnages principaux, Lord Cochrane et le capitaine Eonet, occupent le pont principal. Leur relation composée de rivalité et de respect mutuel cimente le récit. Leur charisme et leur complicité ont tendance à étouffer les autres personnages, le sournois commissaire Durand par exemple, dont le sort est trop vite expédié, mais ont ne va pas se plaindre d’avoir deux excellents capitaines sur le même navire.

La seconde partie du voyage se révèle plus classique, l’action se fait plus présente le navire pénétre dans des eaux, certes troubles, mais bien connues des amateurs de fantastique. Cependant l’auteur n’a jamais prétendu nous embarquer dans un voyage dépaysant mais juste de nous faire découvrir une histoire bien connue sous un nouvel angle. Malgré la houle et les récifs sur lesquels le récit aurait pu s’échouer, le vaisseau conserve son équilibre d’un bout à l’autre grâce à ses deux personnages et son hommage appuyé à Lovecraft.

Les lecteurs attentifs remarqueront quelques accros sur la coque ici et là, quelques apostrophes oubliées et autres coquilles, rien de graves mais suffisamment nombreuses pour être remarqués. L’armateur, aux forges de Vulcain, est relativement récent et doit encore se perfectionner pour offrir un vaisseau parfait à leurs navigateurs.

Alors que le navire s’apprête à s’amarrer au port il ne tarde qu’une chose au voyageur conquis par ce trajet en eaux occultes, embarquer de nouveau et très vite avec Lord Cochrane pour de nouveaux rivages enchanteurs.

Résumé: Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité !
Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur. En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !
Gilberto Villarroel est né en 1964 à Santiago du Chili. Il est scénariste et producteur de télévision et de cinéma. Il a notamment écrit « La fiebre del loco », considéré comme un des plus grands films chiliens. Aujourd’hui, il réside à Paris, où il écrit, tome après tome, la série des aventures de Lord Cochrane.

  • Broché : 400 pages
  • ISBN-10 : 2373050706
  • ISBN-13 : 978-2373050707
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions du produit : 15.2 x 2.7 x 23.5 cm
  • Éditeur : Aux Forges de Vulcain (7 février 2020)
  • Langue : : Français