Lëd de Caryl Férey, larmes de glace pour pays meurtri

La neige se tâchera de sang

Caryl Férey est un peu le maître dans un genre qu’ils sont peu nombreux à pratiquer, l’ethno-thriller, un sous-genre qui consiste à situer son intrigue dans un pays étranger afin d’en brosser un sombre portrait. Lëd son dernier roman n’échappe pas à la réputation d’inlassable portraitiste vagabond que s’est construit son auteur.

Et des portraits ce n’est décidément pas ce qui manque dans ce polar sibérien. Des portraits d’hommes et de femmes qui vivent au jour le jour sous un ciel de glace pollué qui les tuent à petit feu. Norilsk, la ville qui sera le théâtre des événements tragiques conté par l’auteur, est en effet réputé pour être la ville la plus polluée de Sibérie, si ce n’est de la Russie en général. En cause une activité minière et industrielle intense dont les effluves encrassent les poumons de ses habitants. Le constat dressé par l’auteur au début du roman fait froid dans le dos, l’espérance de vie est en dessous des standards russes, déjà pas très reluisant, l’alcoolisme fait des ravages et l’écologie est bien évidemment le cadet des soucis des industriels qui ne pensent qu’au profit.

Une terre d’enchantement donc dans lequel survivent tant bien que mal des personnages attachants, le cœur alourdi par leurs conditions de vie mais un sourire toujours collé aux lèvres, le sourire des compagnons de galères qui se savent condamnés à endurer les mêmes souffrances. Chacun d’eux sera l’occasion pour l’auteur de se focaliser sur un aspect de la société russe et ses travers. Que ce soit Ada, ou plutôt Dasha comme elle tient à ce qu’on l’appelle, et sa quête de ses origines ou le martyr Shakir, dont les souvenirs de vétéran des campagnes d’Afghanistan marquent au fer rouge ou encore le couple maudit Gleb et Nikita, obligé de se cacher pour vivre leur amour dans l’un des pays les plus homophobes au monde. Chacun de ces personnages est le reflet d’une Russie malade de ces contradictions où l’individu compte moins que la fierté d’une nation, où le travail acharné des ouvriers ne sert qu’à enrichir quelques oligarques repus de roubles.

Il est toutefois regrettable que ces portraits à forte teneur en empathie ne soient pas au service d’une enquête plus rythmée. Ce cher Boris, le flic trop intègre pour son propre bien, tente, tant bien que mal, de démêler les fils de drame qui frappe Norilsk mais son enquête fait pâle figure face au réalisme tragique des personnages secondaires qui peuplent l’ouvrage. L’accent a été mis sur ces personnages qui donnent vie au récit au détriment d’une intrigue générale un brin simpliste qui traîne en longueur avant de se résoudre lors d’un final sanglant qui ne m’a convaincu qu’à moitié.

Il n’en reste pas moins que ce polar vous plongera dans une ambiance de désespoir glacé mais soutenu par une plume d’une beauté fataliste sans concessions et des fulgurances poétiques qui permettent au récit d’obtenir une réelle densité à défaut d’une intrigue réellement captivante.

”Pour vivre ici, il fallait y être né. Ou être fou”

Résumé: Norilsk est la ville de Sibérie la plus au nord et la plus polluée au monde. Dans cet univers dantesque où les aurores boréales se succèdent, les températures peuvent descendre sous les 60°C.
Au lendemain d’un ouragan arctique, le cadavre d’un éleveur de rennes émerge des décombres d’un toit d’immeuble, arraché par les éléments. Boris, flic flegmatique banni d’Irkoutsk, est chargé de l’affaire.
Dans cette prison à ciel ouvert, il découvre une jeunesse qui s’épuise à la mine, s’invente des échappatoires, s’évade et aime au mépris du danger. Parce qu’à Norilsk, où la corruption est partout, chacun se surveille.
Et la menace rôde tandis que Boris s’entête…

  • ASIN : B08NDT3LQW
  • Éditeur : Les Arènes (14 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 523 pages
  • ISBN-13 : 979-1037502780
  • Poids de l’article : 640 g

Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g

Mystique de Brian K. Vaughan, portrait d’une mutante en guerre

Bleu fatal

La maison des idées, c’est ainsi que Marvel s’est elle-même baptisé au cours des florissantes années 60 qui l’ont vu prendre le pas sur son éternel concurrent DC comics. Une formule volontairement provocatrice et qui a tendance à se retourner contre son créateur, Marvel est en effet accusé de souvent recycler sans vergogne ses propres concepts dans des projets où l’aspect mercantile surpasse parfois l’aspect créatif.

Reste que cette grande machine à gaz multimédia qu’est devenu l’éditeur sait parfois touché au but en laissant un auteur apposé sa patte créative sur un comics afin de publier une œuvre qui, sans être transcendante, se révèle être maîtrisé au niveau de l’écriture. C’est le cas ici avec ce recueil de la série Mystique proposé par Panini. Ce volume réunit les 13 premiers numéros de la série scénarisé par Brian K. Vaughan, un auteur de talent qui a signé deux comics indépendants qui font office de classique immediat Y: le dernier homme et Saga.

Cette série, centré sur un personnage secondaire de la franchise X-men, aurait-elle vu le jour sans la série de films qui a propulsé les X-men au rang de champions du box-office au début des années 2000 ? Seuls les grands décideurs de Marvel ont la réponse. Le fait est qu’avoir placé Vaughan à la création de cette série est l’une des meilleures idées qu’ont pu avoir les éditeurs du pôle X-men. Il n’y avait en effet que lui pour humaniser celle qui détenait alors le titre de meilleures menaces féminines de l’univers des X-men.

Headshot

Mystique est en effet un personnage marquant de la franchise X-men. Une terroriste mutante prête à tout pour garantir la survie de son espèce. Une femme complexe, loin d’être une simple machine à tuer, du moins lorsqu’elle est écrite avec subtilité. Une mère possessive mais aimante, un aspect que Vaughan n’a sans doute pas pu évoquer en toute liberté dans cette série qui lui est consacrée. Mystique est sans doute, avec Magnéto, l’un des antagonistes des X-men les plus approfondis tant aux niveaux psychologiques que graphiques.

Les pouvoirs métamorphes de cette terreur bleutée se prêtent tout à fait à des récits d’espionnage, un genre qui était à la mode au début des années 2000 avec le succès de la série Alias. Vaughan se prête au jeu gentiment et parvient à mettre en place une intrigue captivante même si le tout reste très calibré, sans réelle surprise au niveau du scénario et d’une légèreté bon enfant. Là où l’auteur fait des merveilles c’est dans la caractérisation d’une mutante qui se retrouve dos au mur. Vaughan va en effet s’amuser à confronter cette militante pro-active de la cause mutante à ses propres convictions et contradictions tout en dressant le portrait d’une femme plus fragile que l’on pourrait le croire. Mystique se retrouve à faire alliance avec des humains sympathisants de la cause mutante dans la première histoire tandis que la seconde intrigue la mettra face à une mutante qui agit comme son miroir déformé. Cette réflexion aurait pu être poussée encore plus loin mais le série se veut avant tout un divertissement agréable.

Des couleurs pastels pour le premier arc

La série permet également à l’auteur de s’amuser avec les pouvoirs d’une espionne aux mille visages. Nul ne maîtrise mieux l’art de la tromperie et du faux-semblant que celle qui se bat pour la cause mutante depuis des décennies et cette série sera l’occasion pour elle de le prouver. Ainsi Mystique séduit, embrouille, intimide et illusione ses adversaires tout en réservant une place de choix au combos flingues et coups de pied. Mention spéciale lorsqu’elle parvient à faire croire à son ennemie qu’elle est vaincue avant de retourner la situation à son avantage. Certaines digressions autour de son pouvoir m’ont laissé plus circonspect, il serait bon que les auteurs n’oublient pas les limites du pouvoir de la métamorphe. Mais ces écarts restent suffisamment rares pour ne pas être un défaut majeurs.

Michael Ryan au crayons, un style plus affirmé

La partie graphique est assuré par pas moins de trois dessinateurs. Le premier Jorge Lucas souffre d’une colorisation hasardeuse alors même que son style se dégrade au fil des six épisodes, le dernier qu’il réalise ne tient pas la comparaison avec les premières pages du premier épisode où le trait de crayon de Lucas se rapproche de celui de Michael Turner, un autre grand nom des comics. Une comparaison élogieuse que j’aurais voulu poursuivre tout au long de la lecture de ce premier arc sans que cela ne soit malheureusement possible. Michael Ryan prend en charge l’intrigue suivante armé d’un style plus mâture où l’on commence à voir des jeux d’ombres et de lumières avec plus de dynamisme durant les scènes d’action, sans doute la partie graphique la plus réussie à mon goût. Enfin Manuel Garcia signe les épisodes onze et douze avec là aussi une gestion réussie de l’ombre et de la lumière et un trait épais qui colle bien à l’ambiance plus urbaine de l’histoire.

Ce recueil est donc l’occasion de lire le portrait tout en finesse d’un personnage complexe qui s’humanise page après page sous la plume d’un auteur qui n’a pas son pareil pour rendre attachant les personnages qu’il écrit. Si ces épisodes ne révolutionnent en rien les récits d’espionnage ils ont le mérite d’être entraînants avec quelques dialogues bien sentis. Le tout soutenu par des dessins qui maintiennent une certaine homogénéité malgré le trio d’illustrateurs. Une bien belle idée de la part de Marvel d’avoir mis en avant ce personnage dans sa propre série.

Un duo original qui fonctionne très bien

Résumé: Ennemie des X-Men depuis toujours, Raven Darkholme, alias Mystique, utilise ses pouvoirs de métamorphe à des fins terroristes. Mais traquée par tous les gouvernements du monde, elle est sauvée par le Professeur Xavier qui lui propose de travailler pour lui comme agent secret. Elle est aidée par un minuscule mutant et Forge, une ancienne flamme, dans des missions de plus en plus dangereuses. Mais peut-on vraiment faire confiance à Mystique ? Par ailleurs, Mystique peut-elle faire confiance à Xavier ?

  • Éditeur : Panini (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Relié : 312 pages
  • ISBN-10 : 2809494355
  • ISBN-13 : 978-2809494358
  • Poids de l’article : 1.28 kg

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon, chronique d’un abandon

Avec cet article nous allons inaugurer une nouvelle catégorie d’articles sur le site. Celle des abandons. C’est une catégorie que j’aurais préféré ne jamais avoir à créer mais la vie de lecteur est ainsi faite que parfois la rencontre tant désirée entre un récit et son lecteur ne se fait pas. Et comme j’ai passé deux jours à lire ce livre je tiens quand même à faire partager mon ressenti.

Aux forges de Vulcain est une maison d’édition spécialisée dans les récits de science-fiction et de fantastique relativement jeune et qui m’attire par ces choix de récits exigeants mais divertissants, sans parler du fait que leurs couvertures transpirent la classe. Ce premier roman de Rivers Solomon promettait une réflexion sur la lutte des classes sur fond de voyage interstellaire.

Or parvenu à la moitié du récit force est de constater que l’insurrection promise tarde à démarrer. L’intrigue stagne énormément sur les déboires de l’héroïne face aux autorités, les conditions de vie déplorables et des flashbacks beaucoup trop longs. La thématique de l’identité sexuelle est à peine survolée et ne constitue même pas un thème de fond dans le récit.

Mais ce qui m’a vraiment fait abandonner l’ouvrage c’est l’héroïne. L’auteur a vraiment cru qu’en écrivant son personnage principal de cette manière cela allait fonctionnait ? Elle est prétentieuse, se prétend intelligente mais ses réponses impulsives la place plus d’une fois dans des situations critiques et elle compte alors sur l’aide des autres pour s’en sortir. Ses interactions avec les autres, que ce soit avec ses compagnons de galères ou son allié Théo le chirurgien, sont empreint d’une tension constante qui se révèle usante. On a l’impression que cette brave Aster est constamment en colère, ce qui peut se comprendre étant donné le monde dans lequel elle évolue mais moi ce genre de personnage a tendance à me lasser.

Résultat, alors qu’il me restait une centaine de pages à lire, j’ai lâché le livre en me rendant compte que la suite des mésaventures d’Aster ne m’intéresse absolument pas.

Résumé: Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (6 septembre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 391 pages
  • ISBN-10 : 2373050560
  • ISBN-13 : 978-2373050561
  • Poids de l’article : 500 g

La chasseuse de troll de Stepan Spjut, promenons-nous dans les bois tant que le troll n’y est pas…

Le troll se cache dans n’importe quelle buisson

Bonjour chers lecteurs humains, je me nomme Hymgrid et je suis un troll de Suède puisque c’est ainsi que les terres d’où je viens se nomment aujourd’hui. Je suis un très ancien troll qui prend plaisir à ce que l’on lui raconte les histoires des humains. Et justement l’humain qui tient ce blog a tenue à me raconter une histoire où mon peuple aujourd’hui disparu tient un rôle prépondérant. Cela fait des siècles que j’écoute et lit les humains raconter des histoires sur les trolls, fausse la plupart du temps, mais plaisante aussi il faut bien l’admettre. Ces derniers jours j’ai écouté l’histoire d’une soit-disant chasseuse de troll, je dois vous avouer que son récit a su piquer ma curiosité.

Pour vous, humains, dont les existences sont aussi brève qu’un éclair d’orage transperçant la nuit, le rythme de ce roman fantastique risque de vous décontenancer. Songez qu’à la page deux cent l’histoire, résumé par l’éditeur sur ce que vous appelez les quatrièmes de couverture, n’a toujours pas commencé. Après un prologue d’une longueur inhabituelle, on fait connaissance avec les personnages. Enfin surtout avec leurs faits et gestes. Je me souviens d’un court chapitre, trois pages d’après le serviable humain qui m’a conté l’histoire, presque un intermède, où l’héroïne effectue une manœuvre avec sa voiture. Un chapitre pour ça. Le rythme n’est donc pas haletant mais pas repoussant pour autant, il s’agit juste d’un rythme auquel vous n’êtes plus habitué.

Deux cents pages pour apprendre à connaître les protagonistes de ce récit au rythme lancinant. Ou plutôt à tenter de les connaître, car en plus d’apprivoiser le rythme particulier de l’ouvrage il faudra vous familiariser avec une plume qui garde ses distances, comme si l’on observait l’action du récit de loin. En soie rien de honteux mais lorsque l’on s’attaque au folklore suédois on s’attend à une certaine poésie dans la prose, une poésie sombre et mélancolique qui rendrait hommage aux légendes éternelles qui mettent en scène mon peuple. Or la plume est très technique, très pointilleuse, aucun geste, même le plus minime n’échappera au regard acéré du lecteur, pour tant est que celui-ci ne décroche pas en cours de route. L’auteur ne se sépare jamais de ce style très détaillé et touffu et ce même durant les phases d’exploration d’une villa abandonnée ou en forêt. Il en résulte une certaine froideur qui n’est pas uniquement due à l’ atmosphère glaciale dans laquelle se déroule cette traque au monstre.

Petit humain, raconte moi une histoire

Une fois que l’ont a intégré le fait que l’on n’est pas en train de lire le dernier page-turner à la mode dont vous autres humains êtes friand vous réussirez peut être à vous plonger dans ce récit crépusculaire où la grande Histoire se heurte à la petite, invoque l’esprit de l’illustrateur suédois John Bauer et dont le rythme s’emballe quelque peu une fois passer ce temps d’exposition.

La traque de cette brave Susso, une traque hors-norme, puisqu’elle se fait accompagnée de son petit amie journaliste et de sa mère, est la partie de l’ouvrage la plus plaisante à lire. Je me suis amusé à imaginer cette jeune fille déterminée et volontaire remonter la trace de mon peuple dans l’espoir de percer nos secrets. Les chapitres consacrés à Seved m’ont un peu moins convaincu, sans doute dû à l’aura de mystère qui entoure ce jeune homme, prisonnier et complice malgré lui, qui ne se dévoile que trop partiellement pour être satisfaisant même pour un vieux troll comme moi qui a roulé sa bosse.

Mon âme vénérable, qui a vu passer tant d’hiver, se réjouit de voir qu’aujourd’hui encore la légende de mon peuple perdure à travers des récits fantastiques. Un récit qui ne se laissera pas dompter par n’importe qui, un récit dont le rythme lancinant vous laissera de marbre ou bien vous enchantera. Une véritable aventure dans laquelle il faut se lancer en somme. À vos risques et périls

Le troll en sa solitude

Résumé: Personne n’a jamais su ce qui est arrivé au petit Magnus Brodin, disparu dans la forêt du Färnebofjärden en 1978 à l’âge de quatre ans. On prêta peu d’attention aux témoignages hystériques de sa mère qui affirmait qu’un géant était sorti des bois et lui avait volé son fils. Vingt-cinq ans plus tard, une autre disparition et des témoignages très étranges vont mettre une jeune cryptozoologue en Laponie sur la piste de créatures indomptables qui se cachent habilement du regard de l’homme depuis la nuit des temps. Des êtres qui semblent avoir une prédilection particulière pour les petits enfants. Et un avantage imparable pour agir en toute impunité : personne ne croit en leur existence…

  • Éditeur : Actes Sud Editions (13 mars 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 632 pages
  • ISBN-10 : 233011415X
  • ISBN-13 : 978-2330114152
  • Poids de l’article : 820 g
  • Dimensions : 14.6 x 4.4 x 24 cm

Coups de vieux de Dominique Forma, coups de com’

Les ancêtres retournent en enfance

Toujours à la recherche de lecture originale ce roman de Dominique Forma me paraissait correspondre tout à fait à ce que je cherchais. J’imaginais déjà une enquête épicé par le caractères outrancier des deux meilleurs ennemis roublard et fort en gueule. Las, encore une fois mes attentes de lecture se sont heurtés à la dure réalité.

Car les deux personnages mis en avant par la quatrième de couverture ne tiennent au final que des rôles secondaires dans ce roman qui est plus noir que policier. On a affaire à une intrigue chorale, où chaque personnage tente de tirer la couverture à lui avec des passages qui lui sont consacré en narration à la première personne. Difficile de déterminer quel personnage occupe le premier plan, peut-être aucun même s’il faut reconnaître que l’auteur développe nos chers ancêtres que sont Clovis et André un petit plus que les autres. Il leur tisse un passé tumultueux où les convictions politiques solides comme la roche se confrontent à l’érosion du temps. Leur franc-parler et leur obstination à se débattre dans un monde qu’ils ne comprennent plus est touchante, surtout en ce qui concerne Clovis, dont le regard acéré sur la société contemporaine aurait mérité plus de pages.

Les autres personnages qui en terme de présence dans l’intrigue égale celle de Clovis et André ne sont pas tous aussi attachants. Les Dallier père et fils sont proprement insupportables de veulerie et d’exubérance vaine. La libertine Alexe, dont la quatrième de couverture nous promettait qu’elle serait la collaboratrice de notre duo infatigable, possède au final un développement aussi épais que du papier à cigarettes. L’homme de main Rouchdi prend une place de nemesis implacable peu convaincant avant d’être éjecté manu militari. Seule la brave Anaïs Lylle brille de par son tempérament et sa rage de réussite. Finalement c’est peut-être elle le véritable personnage du livre au vu du final et surtout des flashbacks qui lui sont consacrés.

Une fois parvenu à la conclusion que, non, je ne suivrai pas deux activistes politiques sur le retour dans les milieux interlopes du Cap d’Agde, je me suis dit que cela n’était point grave une enquête policière reste une enquête. Qu’importe le flacon pourvu que l’on est l’ivresse et autres phrase toutes faites. Malheureusement là aussi l’auteur a su déjouer mes attentes. C’est bien simple il n’y a pas d’enquête. Les clés de l’intrigue sont délivré par les coupables eux-mêmes lors des dialogues. Les chapitres sont prétextes à un jeu du chat et de la souris entre la famille Dallier et ses ennemis sans que jamais on sente monter une certaine tension tandis que nos deux compères, qui sont censés élucider un crime, font la chasse au dealer. En fait d’enquête il faudra se contenter d’une conversation nocturne espionnée dans un parking et d’un règlement de comptes au milieu d’un lac.

Si encore le style de l’auteur permettait d’être emporté par le récit en faisant fi des défauts de la narration mais même pas. L’auteur a été scénariste et cela se ressent énormément à la lecture. Les dialogues ont une place prépondérante et leurs multitudes empêchent que certains d’entre eux se détachent de l’ensemble par des répliques piquantes. Le découpage est très cinématographique, ou feuilletonesque et si l’auteur parvient à accorder une voix à chacun de ses personnages il échoue à nous emporter dans les dunes du Cap d’Agde ou dans la ville de Béziers et encore moins au château de Garens. Une plume très graphique en somme mais superficielle dans sa manière de conter l’intrigue et le décor magnifique dans laquelle elle se déroule.

Des attentes de lecture déçues, un roman policier qui n’en ait pas un et enfin une plume qui ne correspond pas à ce que j’attends, le tout forme un ensemble inconsistant malgré les efforts de caractérisation des deux personnages qui auraient dû être principaux. Un ouvrage prometteur mais qui se révèle décevant.

Résumé: Ils ont passé l’âge… Si ce n’est de faire justice eux-mêmes. Clovis le facho et André le gaucho. Deux frères ennemis à la longue histoire de coups tordus.
Le soir tombe sur Le Cap d’Agde. André, la soixantaine, s’aventure dans les dunes des échangistes. Bientôt, il aperçoit l’objet de ses fantasmes : une belle femme nue allongée sur le sable. Il s’approche. Son désir s’éteint aussitôt : la belle est morte, assassinée.
Craignant de devenir le suspect n° 1, André appelle Clovis à la rescousse. Avec l’aide d’Alexe, une libertine craquante, le duo improbable Algérie française et Gauche prolétarienne débute une sulfureuse enquête parsemée de sang, de sexe et de sales magouilles…

  • Éditeur : Robert Laffont (22 août 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 2221203232
  • ISBN-13 : 978-2221203231
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 23 cm

Les loups à leur porte de Jérémy Fel, un long cauchemar

Encore une quatrième de couverture mensongère ? Projet trop ambitieux ? Le fait que ce premier roman de Jérémy Fel est loin de tenir toutes ses promesses et nous allons voir pourquoi.

Cela commençait plutôt bien, l’auteur instaure dès les premières pages une ambiance glauque d’où suinte une angoisse sourde. Un premier chapitre qui fait office de prologue et pose l’ambiance de ce roman noir sans concessions. Avec sa plume franche et directe, l’auteur ne nous épargne rien sur les événements de son récit. Le sort frappe aussi bien les innocents que les coupables. Si d’aventure l’envie vous prend de vous lancer dans cette lecture soyez prévenu que certains chapitres sont insoutenables en matière d’ambiance sordide et de détails glauques, notamment celui consacré à l’infortuné Benjamin. Pour ceux que ce genre de récit n’effraie pas la lecture risque de vous rebuter mais pour d’autres raisons.

En effet l’éditeur nous un promis un puzzle narratif où les personnages se croisent et partagent un secret. Hors s’il y a bien de vague rapport entre les différents protagonistes ils sont parfois si ténus qu’il est difficile de saisir leur importance dans le récit. Leur arc narratif ne s’imbrique que rarement les uns aux autres à part pour quelques-uns d’entre eux, comme Walter et Mary Beth dont l’arc narratif bâtit sur la vengeance se font échos. Du grand puzzle narratif promis il ne reste qu’un récit à la narration assez linéaire où l’on suit des personnages des deux côtés de l’océan Atlantique en attendant vainement que leurs histoires se rejoignent. Ce manque de consistance dans la narration entraîne un effet pervers qui rend difficile la lecture de l’ouvrage au fur et à mesure que l’on avance dans le récit.

En effet la plupart des chapitres commençant par la présentation d’un personnage, j’ai eu l’impression de lire une nouvelle différente plutôt qu’un ouvrage cohérent. Mis à part ceux qui mettent en scène le triangle infernal Walter/ Mary Beth et Scott, chaque chapitre nous présente un nouveau personnage, pas forcément toujours très intéressant. Il faut donc se familiariser avec ce personnage, son entourage et son histoire sans que jamais une trame globale les reliant tous les uns aux autres n’apparaisse. Un processus qui se révèle lassant à la longue.

Enfin une dernière chose m’a quelque peu lassé lors de ma lecture. C’est l’accumulation de scène de cauchemar. Ce pauvre Damien en fait au moins trois dans le chapitre qui lui est consacré, pour autant que je m’en souvienne, et ne comptez pas sur moi pour aller vérifier. Ces scènes apparaissent plus comme un tic narratif destiné à remplir les pages du livre que comme un réel apport à une ambiance qui n’en avait de toute façon pas besoin.

En refermant l’ultime page de ce roman, j’ai eu peur d’être passé à côté du propos de l’auteur, d’avoir loupé la signification de son récit et puis je me suis rappelé que certains auteurs apprécient de complexifier leurs œuvres inutilement. C’est dommage d’autant plus que la plume de l’auteur n’est pas désagréable à suivre et l’atmosphère qui se dégage de son récit suffirait à écrire un ouvrage convaincant sans verser dans le trop plein intellectuel.

Résumé: Une maison qui brûle à l’horizon ; un homme, Duane, qui se met en danger pour venir en aide à un petit garçon qu’il connaît à peine ; une femme, Mary Beth, serveuse dans un« diner» perdu en plein milieu de l’Indiana, forcée de faire à nouveau face à un passé qu’elle avait tenté de fuir ; et un couple, Paul et Martha, pourtant sans histoires, qui laisseront un soir de tempête, entrer chez eux un mal bien plus dévastateur. Qu’est-ce ce qui unit tous ces personnages ? Quel secret inavoué les lie ? Jérémy Fel nous livre ici un grand puzzle feuilletonesque à l’atmosphère énigmatique et troublante entre «Twin Peaks», Stephen King et Joyce Carol Oates. Un premier roman magistral qui mène, de rebondissement en rebondissement, à explorer le mal sous toutes ses facettes.

  • Éditeur : Rivages (5 octobre 2016)
  • Langue : : Français
  • Broché : 410 pages
  • ISBN-10 : 2743637897
  • ISBN-13 : 978-2743637897
  • Poids de l’article : 200 g
  • Dimensions : 11.1 x 2 x 16.9 cm

L’autre côté saison 1 sur netflix, comment tourner en rond le long des miradors

Oh un univers dystopique ça ça me plaît. Il n’a pas fallu plus que ces deux mots pour que je me plonge dans cette série espagnole dont l’intégralité de la saison 1 est disponible sur netflix. Pourtant la série à très vite su me désenchanter tant cette saison se perd dans des tics scénaristiques répétitifs et un discours social navrant.

La répétition est en effet un concept maîtrisé sur le bout des doigts par les scénaristes de la série. Dès l’épisode 5 on sent poindre un schéma qui va crescendo à mesure que l’on approche de la fin des 13 épisodes de 50 minutes en moyenne. Emilia et sa famille se heurtent au secret du gouvernement, ils essayent de contrecarrer leurs plans, ils échouent, ils parviennent à fuir les forces de l’odre grâce à des facilités scénaristiques qui prêtent à sourire avant de se retrouver en famille et de se faire un gros câlin parce que, quand même, ils l’ont échappé belle, le tout pendant que l’insupportable Begoña, l’idiote utile du gouvernement, les espionne.

C’est pas la joie en Espagne en 2045

La série aurait-elle éviter ce surplace narratif si elle avait été plus courte? Sans doute car 13 épisodes c’est long, trop long pour ne pas remarquer les failles d’un scénario qui, une fois passait le deuxième épisode n’a plus rien à raconter. L’univers dystopique de cette Madrid en lambeaux n’est pas suffisamment étayé pour être intéressant. Les crises énergétiques auxquelles l’Espagne a dû faire face ? Elles seront à peine évoquées. Le terrible virus qui a entraîné la société dans ce cauchemar répressif ? On s’en servira de ressort scénaristique sans jamais le développer plus que ça. La série préfère se concentrer sur un grand mystère mystérieux que n’importe qui percera dès le deuxième épisode et sur une lutte des classes aux discours qui rasent les pâquerettes.

Laissez venir à moi les titis nenfants

Le manichéisme de la série est un autre point gênant du récit. Comprenez par là que vous n’aurez aucun mal à déterminer qui est le méchant dans l’histoire, je vous aide ils sont habillés comme des nazis. Les policiers sont donc des molosses cruels assoiffés de sang et de violences tandis que les membres du gouvernement ne pensent qu’à sauver leurs peaux. En face la population se débat dans la crasse et la misère au milieu des délateurs, des checkpoints et des descentes de police. Un tableau anxiogène qui se voudrait un miroir de notre société actuelle mais sans nuances alors que la réalité n’est faite que de ça, de nuances de gris qui composent un monde complexe qui mérite mieux que le discours affligeant que dégoisent les pseudos révolutionnaires de cette dystopie peu convaincante.

OK on s’excuse pour le groupe Las Ketchup ça vous va ?

Arrivée au terme de cette première saison la série rejoint le cimetière déjà bien rempli des séries au potentiel indéniable mais qui ne parviennent pas à concrétiser leur promesse. Une série qui pêche par un scénario redondant et un discours complètement creux.

Synopsis: En 2045, l’Espagne, comme le reste du monde occidental, a été poussée vers un régime dictatorial à cause du manque de ressources naturelles. La vie à la campagne est impossible, et en ville, une barrière divise les plus puissants des autres.

Depuis 2020 / 50min / Drame, Science fiction
Titre original : La Valla

Nationalité Espagne

La police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puértolas, quand l’auteur troll ses lecteurs

Lors de ma lecture j’avais comme idée de sous-titrée la chronique un joli conte campagnard puis j’ai achevé ma lecture et j’ai dû revoir mes plans.

Le récit prend une forme délaissée depuis fort longtemps par la littérature, policière ou pas, et qu’il est bon de retrouver tout au long de l’ouvrage. C’est en effet sous forme de récit épistolaire que l’auteur a choisi de nous narrer cette enquête sur le meurtre du pauvre Joël. Une narration extrêmement plaisante, légère, renforcée par une plume piquante qui distille ça et là quelques doses d’humour. Romain Puértolas est avant tout un conteur ne vous attendez pas à retrouver de grands effets de style dans sa manière de raconter ses histoires. Il instaure un ton volontairement naïf proche du conte édulcoré inoffensif que l’on raconte aux enfants sauf que dans ce conte il y a un corps démembré, un meurtrier en liberté et une enquête à mener.

Sous ses airs de récit léger l’auteur en profite pour égratigner un peu le capitalisme à travers le personnage du maire prêt à tout pour sauvegarder son entreprise de confitures. Une critique qui reste en surface mais qui a le mérite d’accorder un côté piquant à une intrigue somme toute très linéaire. L’empilement de clichés sur la campagne m’a quelque peu lassé, c’est un ressort scénaristique essentiel mais un trop appuyé pour ne pas devenir irritant. Le titre laisse espérer une plongée dans une flore bucolique des plus charmantes mais se limite au final à une fleur rare et un champ d’herbes rouge unique au monde, c’est un peu maigre et reflète le manque d’ambition de l’ouvrage qui n’a d’autre vocation que d’offrir un agréable moment de lecture ainsi qu’un twist final agaçant.

Un final fumeux qui se laisse deviner dans les ultimes pages avant la grande révélation. Un final qui se repose trop sur ses fameux clichés sur la campagne et la différence entre la ville et la province reculée pour être convaincant. Un final un peu maigre surtout lorsqu’on le compare à celui, bien plus convaincant d’un autre ouvrage de l’auteur, précédemment chroniqué sur le blog, à savoir tout un été sans Facebook.

Cette police des fleurs m’a fait penser à un magnifique paquet, la plume légère mais maîtriser de l’auteur étant l’emballage et la narration épistolaire le nœud entourant l’ensemble. Malheureusement une fois l’emballage déchiré et le paquet ouvert l’intérieur s’est relevé pauvre en contenue et en intérêt.

Résumé: Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

  • Éditeur : Albin Michel (2 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 352 pages
  • ISBN-10 : 2226442995
  • ISBN-13 : 978-2226442994
  • Poids de l’article : 420 g
  • Dimensions : 20.5 x 2.7 x 14 cm

Quinquennat de Marc Dugain, et au milieu coule une névrose

Marc Dugain poursuit dans ce second volet son exploration du milieu politique français dans une intrigue toujours aussi tortueuse. Son talent d’écrivain lui permet de mêler portrait psychologique raffiné, dialogues piquant et savoureux et complots politiques lourd et amer. Un mets de choix que ce quinquennat que nous allons détailler point par point.

La force de Marc Dugain est de nous relater la vie politique de notre pays de manière extrêmement réaliste tout en gardant une certaine distance avec la situation sidérante qu’il décrit pages après pages. L’auteur se garde de tout cynisme et parvient à conserver une certaine hauteur par rapport à son intrigue. Les faits qu’ils relatent amènent à perdre le peu d’espoir qu’il pourrait nous rester en la politique française mais sa plume aérienne agit comme un baume qui apaise lors de la lecture. Des mots salvateurs sur les plaies béantes qu’il dénonce.

L’auteur évite le piège du manichéisme en prenant le temps de dresser le portrait d’hommes et de femmes atteint de névroses qui les vrillent jusqu’à la moelle. Là où le premier tome insistait sur la soif de pouvoir qui les animait, ce second opus place les névroses non diagnostiquées au centre des portraits de ces monstres d’egos. Le lecteur a la chance d’assister à quelque chose qui arrive rarement dans la vie réelle, la mise à nu de ces hommes politiques. Les masques tombent et le néant abyssal qui constitue leurs essences est révélé. Incapable d’aimer, traumatisés par des angoisses ancrées dans leurs subconscient, effrayés par les ténèbres enfouis à la surface de leurs âmes ils ne se rendent même pas compte du mal qu’ils font autour d’eux, à leurs proches mais aussi au peuple français. On aurait presque envie de les plaindre. Si Launay apparaît quelque peu conscient de sa froideur il n’en tire cependant aucune leçon et se révèle un prédateur redoutable. Tandis qu’en face Lubiak, prisonnier d’un stéréotype d’enfant gâté qui ne sait quoi faire de ses jouets, paraît bien incapable de résister longtemps aux mâchoires féroces du président malgré sa fougue et son sens des affaires.

Les dialogues sont l’occasion pour l’auteur d’égayer un récit qui pourrait paraître assez froid. Émaillés de pirouettes, de double sens, ces dialogues servent autant à dissimuler la vérité qu’à la dire. On ne se parle pas dans quinquennat, on s’invective, on s’agresse, on se menace, on s’explique sans jamais se comprendre. Durant ces dialogues c’est le jeu des faux-semblants, une comédie humaine sans la noblesse des actes, qui s’effectue sous les yeux du lecteur qui n’en ait plus à une infamie près. Durant la lecture les dialogues sont le sel qui va agrémenter ce plat déjà savoureux.

Mais quinquennat c’est aussi une guerre politique, une guerre d’ego. L’auteur a tissé une intrigue labyrinthique au ramifications innombrables. La simplicité avec laquelle il relate les malversations de ces puissants si puissants qu’ils ne voient même plus le monde réel permet de ne jamais perdre pied dans un monde qui reste inconnue de la plupart d’entre nous. Malheureusement ce second volume souffre d’un surplace narratif qui n’aide pas à s’accaparer pleinement ses intrigues d’alcôves alors que dans le même temps certains personnages sont victimes de redondances dans lesquelles stagnent leurs intrigues personnelles. Quinquennat se révèle être un tome de transition à la temporalité assez trouble mais à la narration tellement fluide que l’on ne se rend compte de rien.

Les qualités que l’on retrouvait déjà dans le premier opus se confirment dans ce second volume malgré un statut de tome transitoire. L’assiette de haute gastronomie proposait par Marc Dugain se révèle suffisamment goûteuse et épicée pour passer outre ce léger défaut. En espérant que le troisième et dernier volume saura apporter une conclusion satisfaisante à cette trilogie sur un mal ordinaire.

Résumé: Favori à l’élection présidentielle, Launay a scellé pendant la campagne un pacte avec son plus farouche adversaire, Lubiak, issu du même parti que lui. Mais Launay rêve de s’inscrire dans la postérité. Il change la donne en soumettant au référendum une nouvelle constitution. Une lutte à mort débute entre les deux hommes. Les alliances de circonstance se renversent, et les rivalités entre services de renseignement s’intensifient. Marc Dugain poursuit son investigation des arcanes du pouvoir et nous livre une réflexion sur les grands de ce monde, là où les raisons de la lutte n’importent plus et où l’élimination de l’autre devient un objectif en soi. Le deuxième tome très attendu de la Trilogie de L’emprise, qui peut se lire indépendamment du premier.

  • ASIN : 2070468836
  • Éditeur : Folio (17 mars 2016)
  • Langue : : Français
  • Poche : 352 pages
  • ISBN-10 : 9782070468836
  • ISBN-13 : 978-2070468836
  • Poids de l’article : 200 g
  • Dimensions : 11.2 x 1.5 x 18 cm