Review : 31197 Andy Warhol’s Marilyn Monroe – LEGO Art

Depuis l’ annonce de la série LEGO® Art , l’un des problèmes les plus fréquemment soulevés dans un certain nombre de groupes de discussion LEGO a été le prix de chaque mosaïque.

Donc: un bref récapitulatif: il y a 4 sets  » dans la série, et chaque ensemble a la possibilité de construire plusieurs images différentes: Le 31197 Andy Warhol’s Marilyn Monroe et 31198 The Beatles font 4 versions, tandis qu’Iron Man et Sith en ont 3 images différentes et une super image – nécessitant 3 des ensembles pour construire. Ils sont construits sur des plaques de 16 × 16 sur des briques (un nouvel élément) – et colorés avec des plaques ou des tuiles rondes 1 × 1. Les mosaïques finies un cadre élégant, et sont livrées avec un code QR, pour vous donner une «bande-son à écouter pendant que vous construisez. Ces ensembles s’adressent directement aux adultes, qui ne sont probablement pas des acheteurs LEGO réguliers.

À 119 euros chacun, le prix semble plus élevé que ce que je veux payer. Surtout si je veux compléter le ‘set’ et construire les quatre Warhol Marilyn’s (ou les Beatles; ou 6 exemplaires pour construire l’ensemble des mosaïques Iron Man ou Sith).voir sur les murs.

Commençons par regarder ce que nous obtenons…

Make Mine Marilyn

Parmi toutes les mosaïques à regarder, j’ai choisi Marilyn Monroe d’Andy Warhol. Avec 3341 pièces, il peut ne pas avoir le nombre de pièces le plus bas, mais le simple blocage des couleurs permet facilement le comptage manuel des pièces, et donc le calcul des pièces incluses.

La mosaïque Marilyn n’utilise que 7 couleurs dans sa palette. L’image utilise des blocs de couleurs définis. L’idée de distinguer les couleurs tramées à l’œuvre dans l’une des autres mosaïques LEGO Art proposées, franchement, nous a fait pleurer. Sérieusement, j’ai suffisamment de difficultés à distinguer les différentes nuances de bleu et de gris lors d’une bonne journée. Faire sauter une photo de presse, avec 10 couleurs, et compter des milliers de points à la main ne me montrerait pas une bonne journée!

Estimation de l’inventaire

L’estimation de l’inventaire de ces ensembles comporte trois aspects:

  • les tuiles
  • la feuille de support
  • le cadre

En regardant l’image sur la boîte, plusieurs blocs de couleurs primaires sont utilisés. Certains restent fixes tout au long des 4 variations de l’image (noir et gris pierre foncé). D’autres parcourent les différentes régions du visage.

Comptez les points…

Je me suis assis avec un stylo et du papier pour compter les points sur l’image. J’aurais dû être en mesure de rendre compte de 48 × 48 pixels = 2304.

Bloc de couleurÉléments
Noir572
Gris pierre foncé127
Contexte / eye-liner468
Visage590
Cheveux492
Ombre légère46
TOTAL2295
devrait être: 48 x 48 = 2304Différence: 9 = 0,1%

En comptant mon total, j’avais à peu près raison: peut-être quelques pixels en dessous. J’ai trouvé que le gris pierre moyen était facilement confondu avec d’autres couleurs sur ma page.

En regardant la collection de 4 versions qui peuvent être produites, nous voyons un total de 7 couleurs dans l’ensemble. – Les éléments gris pierre noir et foncé inclus sont faciles à calculer.

Le plus grand bloc de couleur – le visage – nécessite environ 590 carreaux et peut être fabriqué dans l’une des quatre couleurs principales: jaune, azur moyen, violet clair et violet foncé. Par conséquent, il y aura au moins 590 de chacune de ces tuiles dans la boîte.

Le violet rougeâtre brillant n’est utilisé que dans une seule version de l’image, pour représenter les régions «  légèrement ombrées  »: la bouche et sous les cheveux de Marilyn sur le côté inférieur droit de l’image. Il y a relativement peu de carreaux de cette couleur requis, en fonction des combinaisons de couleurs utilisées dans la collection.

SO: Voici mon inventaire TILE projeté pour cet ensemble.

CouleurNombre
Noir572
Gris pierre foncé127
Violet rougeâtre foncé46
Azur moyen590
Violet clair590
Violet foncé590
Jaune590
TOTAL tuiles à points:= 3105
Une reconstruction seulement… source: New Elementary.

La plaque de base

Non, ce ne sont pas les seuls éléments présents dans l’ensemble: il y a 9 des nouvelles «plaques illustrées». Ceux-ci ont été décrits comme des éléments 16x16x1 1/3: comme une plaque avec des briques techniques autour du fond et un support au milieu. Vraisemblablement, c’est l’option la plus solide pour le montage mural du modèle. Il existe également, selon New Elementary, deux éléments techniques qui peuvent être utilisés pour accrocher l’œuvre finie.

Pour attacher solidement ces plaques ensemble, j’imagine 2-3 broches techniques par côté, plus une rangée de plaques en dessous, pour que le cadre soit attaché à 24-36. Disons un rond 40 broches.

Comptons cela comme onze plus quarante = cinquante et un éléments.

Le cadre (et autres éléments)

Il semblerait qu’il y ait un carreau et 1/3 d’une épaisseur de brique au-dessus des carreaux de mosaïque.

Nous avons jusqu’à présent comptabilisé 3156 éléments, sur les 3341. Y aurait-il environ 200 éléments composant le cadre minimaliste? Je m’attends à ce qu’il y ait une couche de plaques, liant le cadre aux «plaques à image». Sur les photos de presse, l’ensemble de la mosaïque semble un peu en retrait par rapport au cadre. En tant que tel, je m’attendrais à ce que le cadre comprenne une couche de base de plaques (le liant aux plaques d’image); deux couches de briques (50 montants de longueur par côté) et une couche de 25 tuiles (avec 2 × 2 plaques en «L» dans les coins). Il devient rapidement possible que 4 couches d’éléments produisant le cadre carré de 50 goujons approchent 75-150 élus

Donc: 3105 tuiles + 9 plaques + 2 éléments de suspension + 40 broches + 100 briques dans le cadre = 3256. Pas tout à fait 3341, mais à peu près 90 parties. Ce n’est pas vraiment important pour cet exercice, dont je semble m’être détourné.

Alors pourrais-tu faire ça d’une autre manière? Autres techniques de mosaïque.

L’une des choses que je trouve attrayantes à propos de l’utilisation des «points» – les tuiles rondes – est qu’ils n’ont pas de «bon chemin». Aucun logo pour vous assurer de l’aligner correctement. Facile. Mais ce n’est pas nécessairement la manière établie de construire une mosaïque.

La majorité des mosaïques «faites maison» sont susceptibles d’être réalisées avec des plaques 1 × 1 (parfois des carreaux), sur une plaque de base 48 × 48. La plaque de base est relativement peu coûteuse, comparée aux «plaques illustrées», cependant, elle est limitée dans les couleurs disponibles: bleu et gris pierre moyen récemment produits. Mais pas noir.

Une plaque de base peut être utilisée seule, peut-être en combinaison avec les éléments carrés, mais d’autres «  éléments de mosaïque  » peuvent inclure les carreaux ronds 1 × 1 (points), les plaques rondes (montants), le quart de cercle ou la pente de fromage. Avec la mosaïque Marilyn, toutes les couleurs sont actuellement disponibles, dans tous les différents éléments que vous pourriez utiliser, à l’exception des «points».

En résumé

En fin de compte, les mosaïques sont chères, quelle que soit la façon dont vous choisissez de les fabriquer. Il existe d’autres moyens de les construire à l’aide de solutions personnalisées, mais les économies varient en fonction du type d’éléments utilisés. Dans l’ensemble, les ensembles semblent offrir un bon rapport qualité-prix, lorsqu’ils seront disponibles en août.

Une chose que je pense importante à prendre en compte est la raison d’être du groupe LEGO derrière ces ensembles. Une partie de la stratégie des 18 ans et plus consiste à diversifier les gammes de produits qui conviennent aux consommateurs adultes, en particulier à ceux qui n’achètent peut-être pas régulièrement des LEGO pour eux-mêmes. Au salon du jouet allemand de cette année, il a été annoncé qu’un ensemble LEGO sur 10 était acheté pour un adulte. Plus récemment, il est devenu évident que 20% des revenus proviennent de produits achetés pour adultes. Je pense que ces ensembles visent à séduire les gens qui recherchent une activité récréative, mais qui n’ont pas nécessairement l’habitude de s’acheter des LEGO. Ce ne sont pas nécessairement des AFOL établis.

Il y a une période dans la vie de nombreuses personnes où ils n’achètent pas de LEGO: entre l’achat de LEGO pour vous-même en tant qu’enfant et lorsque vous commencez à l’acheter pour vos propres enfants. Souvent avec 10-20 ans entre les deux. Ce n’est évidemment pas l’histoire de tout le monde, mais cela s’applique probablement à beaucoup. Parfois, vous avez besoin d’une autorisation pour acheter un objet que vous considérez comme « un jouet pour enfant »

Si vous êtes un fan de LEGO et que vous souhaitez créer vos propres mosaïques, il y a de fortes chances que vous sachiez déjà par où commencer à vous procurer les éléments. Et vous savez combien cela peut coûter cher. Mais vous connaissez également les astuces pour obtenir des éléments LEGO à de meilleurs prix, ainsi que la patience qui pourrait être nécessaire. Si vous ne voulez pas de ces ensembles, ce n’est probablement pas grave: ils ne sont probablement pas faits pour vous.

Cependant, si vous cherchez à compléter le diptyque à 4 images, vous pourriez faire des économies importantes en achetant simplement les éléments supplémentaires requis, plutôt qu’un quatrième ensemble. (Achetez-en 3, obtenez 50% de réduction sur le numéro 4).

Bien sûr, si vous voulez simplement «  coller une affiche au mur  », plutôt que d’accrocher une impression encadrée, vous pouvez réaliser des économies importantes, acheter des poteaux de maçonnerie et les attacher à un ensemble de plaques 16 × 16. – à environ 108 $, c’est une économie de 45% sur le produit haut de gamme. Et c’est peut-être tout ce que vous recherchez.

J’aimerais savoir ce que vous pensez de cette analyse: je ne m’attends pas à ce qu’elle change beaucoup d’avis. Pour ma part, je pense probablement que j’aimerais faire l’expérience de l’un de ces ensembles, avec l’expérience complète, y compris la bande originale. Mais je n’aurai pas besoin d’en acheter quatre, c’est vraiment un exercice de réflexion. J’ai probablement d’autres projets en tête pour les prochains mois.

Jusqu’à la prochaine fois,

Joue bien.

Le Janissaire – 28 août 2020 de Olivier Bérenval

Khataï est une planète perdue au bout de l’univers. Elle appartient a la Communauté, l’empire galactique réunissant l’humanité qui a essaimé dans les étoiles. Lorsqu’il y est envoyé pour enquêter sur l’assassinat d’un haut dignitaire, le Janus aire Kimsè ne doute pas un instant qu’il résoudra l’affaire. Surentraînés, les janissaires forment l’élite des investigateurs de la Communauté, redoutés pour leur efficacité proche de l’inhumanité.

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Chronique : Un livre pas simple de son premier abord. Je l’avoue au bout de 50 pages j’ai abandonner une première fois mais…j’y suis retourner et ce roman proche de« Altered Carbon », celui-ci est un grand mélange de détective noir et de cyberpunk dans un monde dystopique. L’élément cyberpunk gibsonien satisfaisant du récit provient de la froideur de notre héros face à toutes les factions corrompues auxquelles il doit faire face. Olivier Bérenval construit une enquête policière pleine de rebondissements où chaque personnage avance masqué, soit parce que ses intentions ne sont pas claires, soit parce que la chair qu’il ou elle porte ne lui correspond pas. Et pour une fois, le côté cyberpunk étant tellement éloigné de ce qu’offrent les possibilités informatiques actuelles, La grande qualité de ce livre, outre son histoire, est que les personnages ont l’air vrai et profond, tout comme le contexte, les situations et les dialogues. Un tel degré de réalisme n’est pas courant dans ce genre où les personnages sont le plus souvent superficiels et simplement au service de l’intrigue. Ici, l’essence même de son personnage principal et son expérience de l’existence pousse le lecteur à la réflexion et suscite son empathie. C’est selon moi la preuve que Olivier Bérenval est un grand écrivain qui sait distraire et faire réfléchir ses lecteurs.

Note : 9/10

Rien que l’acier de Richard Morgan, sang et fureur…et un peu de sexe aussi

J’ai tendance à ne pas trop attacher d’importance à quel genre ou sous-genre appartient l’ouvrage dont j’entame la lecture. Du moment que l’auteur parvient à m’embarquer dans son récit, peu m’importe que ce soit de la high-fantasy, du steampunk ou du arcanepunk. Mais la dark fantasy est un sous-genre qui me parle énormément. Mon souhait serait de dénicher une saga qui reprendrait les thèmes de la saga Dark soul, à savoir la ruine d’une civilisation, la décrépitude inévitable, le crépuscule des dieux et tant d’autres encore que cette introduction qui commence à être un peu longue ne me laisse pas la place d’énumérer.

La saga « terre de héros » de Richard Morgan s’inscrit à merveille dans l’alcôve sombre et humide qui fait partie intégrante de la cathédrale baroque de la fantasy. Son récit est sombre, poisseux et extrêmement défaitiste sur la nature humaine. Sa description de cet univers médiéval crasseux et boueux captive immédiatement malgré le fait que cela exige de progresser sur plus de deux centes pages avant d’appréhender complètement cet empire de bassesse humaine et de violence. Les tenants et les aboutissants de ce monde à couteaux tirés sont progressivement dévoilés mais les éléments présents dans les premiers chapitres sont largement suffisants pour s’immerger dans cette terre qui compte bien peu de héros au final. Le choix des noms des villes, des régions ou des personnages, aux sonorités encore moins facilement prononçables qu’une collection ikea, démontrent à eux seuls la volonté de l’auteur d’aller vers un aspect plus rude, plus écorché.

Ce premier volume pose aisément les bases de cet univers et ses personnages. Les trois personnages principaux sont charismatiques et chacun se trouvent en rupture avec le milieu dans lequel ils se retrouvent obligés de se débattre. Egar ne se retrouvent plus dans les plaines verdâtres et les coutumes désuètes de son peuple. Archeth est une exilée immortelle, obligée de jouer le jeu de la cour de l’empereur et de supporter ses ordres et sa décadence. Et Ringil, le fougueux Ringil, en avoir fait un personnage aux mœurs qui vont à contre-courant de ce qui se fait habituellement dans ce genre de récit peut paraître un brin opportuniste mais se serait oublié qu’il s’agit d’un personnage complet et pas uniquement d’une étiquette juste bonne à faire parler. Ringil possède une densité qu’il ne doit pas uniquement à sa masse musculaire, ses traumatismes familiaux et ses souvenirs de la guerre ont fait de lui un être cynique, réfractaire à l’autorité, hanté par son passé et sous l’emprise d’une colère sourde. Les chapitres qui lui sont consacrés sont un véritable défouloir, pas uniquement pour ses scènes de sexe, tel un taureau que rien ne peut arrêter ses charges mettent à mal un royaume sclérosé et des mentalités étriqués. Évidemment ses trois personnages vont voir leurs destinés converger mais l’ambiance du récit ne se prête pas vraiment à des retrouvailles chaleureuses.

Le style de l’auteur exige d’être apprivoisé. Si les combats sont d’une clarté écarlate et d’un dynamisme en accord avec le caractère des héros, la profusion de virgules lors des descriptions donne un aspect fouillis qui perd le regard du lecteur et atténue la puissance des lieux que l’auteur nous fait visiter. Des lieux qui possèdent pourtant un charme certains pour quiconque s’extasie devant des ruines médiévales ou des marais glauques. Mais c’est déjà un souci que j’avais constaté dans son roman de science-fiction thin air. L’intrigue tarde à se mettre en place mais l’auteur parvient à maintenir l’attention du lecteur grâce à ses personnages torturés. On peut regretter une conclusion épique mais un peu rapide pour un premier tome.

Cette introduction à la terre des héros est comme une attaque brutale qui laisserait une armée désemparée, se demandant ce qu’il y est arrivée. Avant qu’elle ne se rende compte qu’elle a subi un assaut frontal, sans subtilité ni originalité mais diablement efficace.

Résumé: Il y a dix ans, l’alliance des hommes et des Kiriaths a repoussé les terribles Écailleux. Qui se souvient maintenant des héros de cette guerre ?

Ringil vit en exil, rejeté par sa famille. Mais pour sa cousine Shérin, vendue comme esclave, il décroche son épée et retourne sur les lieux d’un passé qu’il avait tout fait pour oublier.

Dame Archeth, dernière représentante d’un peuple disparu, est la conseillère d’un empereur décadent qu’elle abhorre. Elle seule soupçonne qu’une terrible menace point aux frontières de l’empire.

Egar le Tueur de Dragons est un nomade des steppes, revenu de la guerre auréolé de triomphe. Une gloire aujourd’hui bien émoussée dans un monde qu’Egar ne reconnaît plus.

Ces trois-là ont tout perdu. Sauf peut-être la bataille qui les attend, héroïque et désespérée…

  • ISBN-10 : 2352943795
  • Broché : 456 pages
  • ISBN-13 : 978-2352943792
  • Dimensions du produit : 15.3 x 3.4 x 23.8 cm
  • Éditeur : Bragelonne (19 mars 2010)
  • Poids de l’article : 600 g
  • Langue : : Français

Derrière les panneaux il y a des hommes de Joseph Incardona, lorsque l’asphalte nous rappelle notre condition humaine

Résumé: Pierre a tout abandonné, il vit dans sa voiture, sur l’autoroute. Là où sa vie a basculé il y a six mois.
Il observe, il surveille, il est patient.
Parmi tous ceux qu’il croise, serveurs de snack, routiers, prostituées, cantonniers, tout ce peuple qui s’agite dans un monde clos, quelqu’un sait, forcément.
Week-end du 15 août, caniculaire, les vacanciers se pressent, s’agacent, se disputent. Sous l’asphalte, lisse et rassurant, la terre est chaude, comme les désirs des hommes.
Soudain ça recommence, les sirènes, les uniformes.
L’urgence.
Pierre n’a jamais été aussi proche de celui qu’il cherche.
Joseph Incardona mêle les genres avec habileté et réussit un roman profond et ambitieux. Son style puissant et son art très cinématographique de la narration font mouche.

Je traverse vos territoires, je vous permets de rejoindre la destination de vos rêves en une journée à peine, je permets à vos vacances ou vos escapades en amoureux de prendre forme et pourtant je ne suis qu’un no man’s Land ou vous ne faites que passer, bref éclairs de couleur chromée dans un paysage de bitume et de barrière de sécurité. Et pourtant dans ces lignes droites, symbole du mouvement et de la fuite, grouille un microcosme dont vous saisissez l’existence à travers vos pare-brise mais que vous préférez ignoré, pressez que vous êtes d’arriver à destination peut-être ou effrayer parce que la révélation de ce monde pourrait vous apprendre sur vous-même. Un homme pourtant, un écrivain, Joseph Incardona, a décidé de placer l’action de son roman au sein de mon petit monde dissimulé aux yeux de tous et d’en révéler la noirceur et peut-être aussi quelque chose sur les Hommes.

Je suis un territoire où rien ne se créer, pas d’écoles, pas d’entreprises innovantes, pas de salle de réunion, pas de concert, pas de cinéma. La liste de ce qui n’existe pas au sein de mon royaume, qui s’étale sur plus de 116 000 km, est longue alors il n’est guère étonnant que l’humanité s’en trouve réduite à sa plus juste expression, à ses instincts les plus primaires, manger, baiser, tuer. Pas de place pour le reste, lorsque l’on fait partie de l’espace compris entre un point A et un point B il ne peut y avoir de place pour les rêves vaporeux et les projets d’évasion. Les pensés se retrouvent abaissées au même niveau que les besoins, au ras du goudron.

Mes sujets se retrouvent réduits à la fonction qui leur a été dédié et se doivent d’accomplir leurs tâches sans espoir de devenir autre chose, sans même l’espoir de connaître une douce fin. Mes sujets sont des petits salariés, des gérants mesquins, des prostituées esseulées et vulnérables, des laissé-pour-compte qui ne s’y retrouvent plus dans votre royaume de faux-semblants, des assassins aussi, au moins un, sans doute plus. Et puis il y a Pierre.

Pierre et sa haine solitaire, Pierre et sa soif de vengeance qui vont le pousser à arpenter mon royaume qu’il n’aurait même pas daigné regarder auparavant mais ça c’était avant que sa fille ne disparaisse au sein de mon fief. Depuis Pierre n’est plus un homme c’est une arme. Mais une arme solitaire, qui cogite sur le sens de sa quête sanglante, qui remue des réflexions philosophiques que moi, le seigneur du bitume, en tant que témoin de vos disputes sur les bandes d’arrêt d’urgence, de vos accidents fulgurants et parfois mortels je connais depuis longtemps mais que j’ai décidé de taire pour maintenir l’illusion. Car si vous saviez, peut-être resteriez-vous chez vous plutôt que de fouler mon empire de goudron.

Pour rendre compte de cette nature humaine et de cette folie qui guette, l’auteur a fait le choix de phrases courtes qui ne sont même plus des phrases parfois. Ses écrits s’étiolent comme la pensée humaine face à l’approche de la mort, se résument à des concepts, des idées qui traversent l’air épais du mois d’août comme vos bolides traversent mon royaume.

Ou alors ces non-phrases sont-elles la métaphore d’un homme, Pierre, à bout de souffle face aux épreuves que lui impose la dure loi que je fais régner dans mon royaume, un souffle que chacun de mes sujets tente de récupérer sans jamais comprendre que, dans le no man’s land qui est le mien, le seul souffle que j’autorise est celui de la mort.

Je suis le début et la fin de votre civilisation. Je ne suis qu’une étape dans votre parcours et pourtant sans vous en rendre compte vous laissez sur mon territoire un peu de vous, des rires, des larmes, des enfants ou une sombre torpeur annonciatrice de votre allégeance future à mes lois séculaires. Car aucun de mes sujets n’a fait le choix de rester mais tous se savent condamnés à jouer leur rôle, comme vous le vôtre, jusqu’à ce que j’en estime en avoir fini avec eux. Et joseph Incardona a parfaitement compris ceci et me retranscrit très bien dans son roman.

”Pierre Castan espère une seule chose :

Que Bouddha se soit trompé.

Que Bouddha soit un bonhomme jovial, obèse et heureux, mais qu’il se soit trompé.

Que la réincarnation n’existe pas.

Surtout pas.

Surtout ne pas vivre encore et encore.

L’enfer, c’est l’éternité.

  • ISBN-13 : 978-2363390547
  • Poids de l’article : 400 g
  • Dimensions du produit : 14.5 x 2.3 x 22 cm
  • Broché : 288 pages
  • ISBN-10 : 2363390547
  • Éditeur : Finitude (16 avril 2015)

Interview : Anthony Combrexelle Auteur de «Ordo»

Anthony « Yno » Combrexelle est auteur de nouvelles, game designer et scénariste, graphiste et illustrateur. Il conçoit, écrit et illustre de nombreux jeux de rôle (Patient 13, Rushmore, Outer Space, Americana, Notre Tombeau, Adventure Party : Les Terres Perdues) sous le pseudonyme de Yno depuis plus de quinze ans. « Presque minuit » (2018), son premier roman, est lauréat du Prix 404 Factory.

Lien de l’article de Ordo : https://culturevsnews.com/2020/09/10/ordo-10-septembre-2020-de-anthony-combrexelle/

Achat du livre : https://amzn.to/2RfrOkQ

INTERVIEW

Pouvez-vous me décrire en quelques mots votre parcours ?

Je suis graphiste le jour et auteur la nuit. J’ai commencé à écrire mes premiers scénarios et jeux de rôle de manière autodidacte. Me débrouillant en illustration, étudiant le graphisme et écrivant, je me suis mis à concevoir mes jeux et mes univers dès l’adolescence. J’ai écrit mon premier roman, Presque Minuit, et je l’ai soumis à de nombreuses maisons d’édition, en vain. Il est resté dormir dans un tiroir durant de nombreuses années. À la faveur du concours de 404 éditions, le « Grand Prix » de 404 Factory, j’ai fait participer le roman et il a été retenu par le jury et publié. Au Crépuscule, puis Ordo, ont alors suivi.

Comment vous est venu l’envie d’écrire ? A quelle période ?

Plus que l’envie d’écrire, c’est l’envie de raconter et de partager des histoires qui m’a toujours séduit. Et ça depuis tout petit. Ça ne prenait pas forcément une forme littéraire, ça pouvait se faire via de l’illustration ou l’invention de jeux mais ça a toujours été le cas. De même, Ordo est mon quatrième roman publié (mon troisième aux éditions 404) mais j’ai conçu plusieurs dizaines de jeux de rôle et de scénarios durant presque deux décennies. Le jeu de rôle est un excellent medium pour apprendre à structurer des intrigues et concevoir des mondes, et d’un point de vue créatif, il est très riche, demande des illustrations, d’avoir des textes évocateurs utilisables en jeu, d’inventer des règles et des systèmes de jeu.

L’envie d’écrire des romans, je l’ai toujours eu mais je ne me suis pas senti capable avant très longtemps et c’est à l’approche de la trentaine, après avoir écrit de nombreux scénarios de jeux de rôle, que je me suis lancé pour trouver un nouveau terrain de jeu amusant. Ce premier roman écrit, c’était donc Presque Minuit.

Quelles étaient vos lectures de votre enfance ?

Quand j’avais 10-14 ans, je lisais essentiellement du fantastique, entre Lovecraft et Stephen King. Vers mes 16-18, j’ai basculé vers les écrits de Clive Barker et Neil Gaiman et je peux dire qu’ils restent mes principales influences encore aujourd’hui.

Quel est votre rythme de travail ?

Je prends des notes dès que je peux, dès que j’ai une idée, sur mon téléphone ou en brouillon de mail. Et dès que j’ai le temps pour, j’injecte ces notes dans les fichiers qui correspondent à l’idée. Parfois sur ma pause déjeuner, plus souvent une fois rentré chez moi. Et je travaille durant la soirée. Et ce, le plus souvent possible (tous les jours ou presque) même si c’est pour 10 ou 20 minutes, et ce autant que possible afin d’être le plus efficace : se remettre dans le bain d’une histoire ou d’un projet me prend du temps… sauf si j’ai la tête dans le projet au quotidien.

Connaissez-vous déjà la fin du livre au départ ou laissez-vous évoluer vos personnages au fil de l’écriture ? Le final explosif est très cinématographique comment vous vous est il venue ? était-ce une envie dès le début de l’écriture ou est cette venue plus tard ?

Je fais partie de la secte des « architectes » : je sais tout dans les moindres détails avant de rédiger et je suis assez radical dans ma construction, dans ma structure. C’est quelque chose que je valorise beaucoup : j’apprécie les « belles mécaniques » dans les histoires que je lis, et je tente d’offrir la même chose quand j’écris. Je ne rédige donc jamais « au propre » avant que toutes les pièces de mon puzzle s’enchâssent parfaitement, du moins à mon goût. Je pars donc souvent de scènes fortes que je visualise et je tente de les relier pour en faire une bonne histoire. Ça me permet d’avoir un final et des conclusions spectaculaires qui semblent logiques parce qu’amenées par le récit jusque-là.

D’où vous venez cette vision futuriste sur cette magie omniprésente ? et cette envie d’écrire dessus ?

J’adore la magie dans le quotidien, l’irruption enthousiasmante et colorée d’une surprise dans la vie de tous les jours. Dans mes récits, pour que ce soit intéressant « dramatiquement », c’est généralement de mauvaises surprises pour les personnages. Mais, de manière générale, j’adore tenter de coller à notre réalité, ou du moins à une certaine forme et vision de notre réalité, et faire des pas de côté, pour jouer à « et si on disait que… » et inventer la suite.

On sent une certaine empathie envers ces cinq jeunes héros dont vous dresser le portrait dans votre livre, en quelques lignes ces personnages prennent vie, vous êtes-vous inspirés de vos rencontres ?

Je crois qu’on s’inspire tous de notre vécu, de qui on côtoie, de qui on voit dans les œuvres et de nos expériences personnelles. Évidemment que je ne suis pas magicien (bon, si c’était le cas, je ne vous le dirais pas). Par contre, je sais ce que c’est de vouloir réussir quelque chose, de rater parfois, de ne pas être compris, de ne pas se sentir les épaules pour prétendre à, et tout ça, c’est finalement assez simple de les injecter dans des personnages pour les rendre crédibles, intéressants. D’ailleurs, comme avec Ordo, je souhaitai proposer un roman fun, très enlevé et énergique, divertissant au possible, avec beaucoup de personnages ayant du style, du charme, ajouter quelques éléments plus humains, liés aux désirs de chacun, des faiblesses, permettait de les rendre plus réels, de jouer justement sur cette frontière entre réalité et magie.

Avez-vous eu de l’aide dans l’écriture de ce roman ?

Mes éditrices m’ont aidé à trier l’ensemble des mes idées et mon éditrice en chef, Ludivine Irolla, m’a questionné régulièrement, à ma demande ou à la sienne, afin qu’on soit sur la même longueur d’onde sur ce que j’allais proposer, sur la façon dont je voyais l’univers et le roman et sur les fameux « petits détails » qui font tout l’intérêt de cette histoire.

Le parcours a t-il été long et difficile entre l’écriture de votre livre et sa parution ?

Long, non. Difficile, oui. Le roman a été écrit dans des conditions assez particulières : on m’a demandé si j’avais un roman à proposer pour une publication. J’en avais deux… mais ils ne correspondaient pas à la ligne éditoriale de l’éditeur et j’ai donc dû écrire ce roman en moins de cinq mois. C’était une opportunité folle et je l’ai saisie mais ça a rendu mes journées particulièrement chaotiques et mes nuits éprouvantes. Je suis très content d’Ordo mais je n’étais pas mécontent d’en avoir terminé pour me reposer.

  1. Avez-vous reçu des remarques surprenantes, marquantes de la part de lecteurs ?

Le roman venant de sortir il y a quelques jours à peine, c’est encore trop frais pour avoir des anecdotes notables, mais je suis ravi que les retours soient si enthousiastes. Je redécouvre le roman à travers leurs retours.

Avez vous d’autres passions en dehors de l’écriture (Musique, peinture, cinéma…) A part votre métier, votre carrière d’écrivain, avez-vous une autre facette cachée ?

J’aime énormément de choses. Je lis énormément… de comics, de mangas, de jeux de rôle. Je joue beaucoup à toutes sortes de jeu, et mon principal plaisir en dehors de l’écriture de romans, c’est la conception de jeux de rôle où je peux tout créer et publier par moi-même. C’est très satisfaisant créativement d’être en capacité de le faire.

Quels sont vos projets ?

Ça fait partie de mes questions actuelles, au moment où je réponds à cette question (rires). J’aimerai pouvoir écrire un nouveau roman dans l’univers de Presque Minuit et Au Crépuscule, j’aimerai aussi pouvoir écrire une suite à Ordo. J’ai des dizaines et dizaines de pages de notes pour ces deux projets. Mais ça dépendra avant tout des retours du public. J’aimerai écrire un thriller fantastique ainsi que de la fantasy, quelque chose de plus médiéval, sombre et épique. J’aimerai pouvoir aussi écrire une trilogie afin d’avoir la place pour des intrigues plus amples, qui puissent rebondir sur la durée. De manière générale, j’ai à peu près 80 projets plus ou moins développés (de romans, de jeux de rôle, de jeux de société) qui dorment dans mon disque dur, attendant l’envie, le temps ou la demande d’un éditeur pour les développer.

Quels sont vos coups de cœur littéraires ?

Mes coups de cœur des derniers mois sont souvent différents de l’année précédente. Si je devais donner quelques titres qui m’ont beaucoup marqué à leur époque, du moins quand je les ai lus, à mon échelle, ce serait « Imagica » de Clive Barker et « Neverwhere » de Neil Gaiman en fantastique/urban fantasy. « Annihilation » de Jeff Vandermeer en… fantastique à la frontière de la SF, « La Horde du Contrevent » de Alain Damasio en fantasy à la frontière avec la SF, « Une Assemblée de Chacals » de S. Craig Zahler en western bien énervé et « Les Monarchies Divines » de Paul Kearney, « Légende » de David Gemmell, « Servir Froid » de Joe Abercrombie, « Chien du Heaume » de Justine Niogret en médiéval fantastique, plus ou moins épique, plus moins sombre, plus ou moins âpre.

Au vu de la track liste de la fin du livre utilisez vous une bande son pour écrire? A moins que le silence suffise ?

Je n’écris jamais ou rarement sans musique. J’écoute de tout, voire n’importe quoi, même si pour concevoir mes intrigues, j’aime me plonger dans les playlists qui vont accentuer mon ressentir, intensifier mon imaginaire, renforcer l’ambiance que je souhaite. C’est la même chose lorsque je rédige mon plan détaillé : avoir de la musique dans les oreilles me coupe du monde réel et accroit le ressenti que j’ai pour les personnages et les situations et, il me semble, me permet d’être plus intense dans mon écriture.

Avez-vous un site internet, blog, réseaux sociaux où vos lecteurs peuvent vous laisser des messages ?

J’ai un site www.misterfrankenstein.com où je publie tous les éléments en rapport avec mes écrits, un Instagram où je partage mes nombreuses lectures et bêtises du quotidien www.instagram.com/anthony_combrexelle/ , un compte Twitter où je relais davantage de choses qui me tiennent à cœur ou me semblent importantes twitter.com/yno et une page Facebook dédiée à toutes mes activités créatives www.facebook.com/AnthonyYnoCombrexelle

Community de Luna Joice, tous connectés, tous heureux

Le roman ayant remporté le prix Bernard Weber de cette troublante année 2020 est une nouvelle variation sur le meilleur des mondes vu, cette fois-ci, sous le prisme de la communication et des réseaux sociaux.

Il faut bien reconnaître que les moyens de communication sont les technologies qui ont connu une démocratisation fulgurante ces deux dernières décennies, alors que l’ingénierie génétique reste encore de l’ordre de l’imaginaire réservéàun élite financière. Les smartphones et leurs corollaires les applications de messagerie instantanées. Jamais on ne s’est autant écri, des millions de messages sont envoyés, des conversations qui s’étalent sur des heures voire des jours, des groupes de conversations sont créés autour d’un thème que les participants partagent en commun, mais pourtant jamais l’humanité n’a paru aussi divisée, séparé en groupes qui se hurlent sans s’écouter. Il n’est donc guère étonnant que la science-fiction s’empare de ce thème pour nous en dire un peu plus sur l’humanité et ses travers.

Sous le regard de notre héroïne Lyah, on découvre un monde utopique en apparence. L’auteur a fait le choix de nous décrire un personnage classique mais à la psychologie subtile et emphatique. Comme tous les personnages qui remettent en cause le monde dans lequel ils vivent, elle possède un esprit curieux, rêveur et se heurte rapidement aux parois vitrées de ce monde qui paraît vite limité. Son besoin d’évasion va la pousser en remettre en question les fondements de ce monde trop parfait.

Car certes le monde de Lyah est idyllique, la paix mondiale règne, la barrière des langues a été abolie, toutes les données qu’elles soient culturelles, scientifiques ou autres sont téléchargeables quasi instantanément mais comme pour tout ce que l’on obtient dans la vie il y a un prix à payer et c’est ce que Lyah va découvrir. On suit son évolution psychologique à mesure que son désenchantement sur son monde prend forme. Pour être vraiment convaincant il aurait fallu que la fin soit plus détaillée, moins expéditive. Le système des chercheurs aurait mérité d’être plus étayé, ses failles bien humaines encore plus mis en avant. L’épilogue notamment passe trop rapidement sur une conséquence des actions de Lyah qui, potentiellement, pourrait signifier le retour des conflits mais le but de l’auteur est de pousser la réflexion.

Le récit prend rapidement un tournant young adult loin d’être désagréable, la romance entre Lyah et Caleb est plaisante et touchante, surtout que la mentalité des citoyens de ce monde connecté l’empêche de prendre une place prépondérante dans le récit. Les interrogations de lyah trouveront facilement un écho dans l’esprit de tous les adolescents utilisateurs des réseaux sociaux et qui ont parfois l’impression d’étouffer dans notre monde qui offre tant de libertés virtuelles mais si peu souvent l’occasion de les mettre en pratique dans le monde réel.

Résumé: 3006. La Terre a été pacifiée grâce à Community, une technologie révolutionnaire qui permet à l’homme de communiquer par télépathie. L’égoïsme mis de côté au profit de la collectivité, conflits et inégalités appartiennent désormais au passé.
Passionnée par les étoiles, Lyah est une jeune femme dotée d’une profonde soif de connaissances, qui la pousse à se poser beaucoup de questions sur le monde qui l’entoure. Bien plus que tous ceux qu’elle connaît… Pourquoi les humains ont-ils désormais interdiction de se toucher ? Pourquoi ne peut-elle pas choisir elle-même sa future Assignation ? Et pourquoi certaines bases de données lui sont-elles inaccessibles ?
Tandis qu’elle exhume secret après secret sur la société aseptisée dans laquelle elle vit, une interrogation grandit dans son esprit.
Pour Community, à quoi l’humanité a-t-elle renoncé ?

  • Broché : 298 pages
  • ISBN-13 : 978-2755647365
  • ISBN-10 : 2755647361
  • Éditeur : Hugo Roman (3 septembre 2020)

Tout un été sans Facebook de Romain Puertolas, Saint réseau social délivre nous du mal

Il y a des choses plus difficiles que d’écrire un roman policier humoristique mais elles sont peu nombreuses. Écouter un album de Jul en entier ou retenir les noms de toutes les stations de métro par exemple. Romain Puertolas manie cet art délicat de nous faire rire de manière intelligente tout en nous contant une histoire qui, sans être renversante, se révèle solide et efficace.

Tenir en haleine le lecteur sur plus de trois cents pages avec un propos humoristique n’est pas chose aisée. Il faut savoir équilibrer entre la narration, l’humour et les personnages. Dans cet été sans Facebook l’auteur a opté pour un humour frontal frôlant parfois avec l’absurde mais toujours amené finement et au service d’une histoire qui fait passer un agréable moment tel un bon gros dont dont on savourerait chaque bouchée. On y retrouve tous les ingrédients d’une comédie, une galerie de personnages alliant stupidité et effronterie, des gags de répétitions, des situations rocambolesques, des références culturelles intelligemment placées et du name-dropping littéraires ce qui n’est pas si courant. Un humour omniprésent dans les dialogues, où les personnages se font passer pour plus bêtes qu’ils ne le sont car derrière ces mines affables et ces répliques absurdes se dissimule une certaine malice.

Si l’on pourrait craindre que l’humour prenne le pas sur la narration il n’en ait heureusement rien, l’auteur sait où il veut mener le lecteur et son récit s’apparente parfois à un énorme jeu de piste parcouru par des écureuils radioactifs qui divertissent le regard du lecteur pour mieux l’empêcher de voir l’évidence. À grand coups de références littéraires l’auteur parvient à draper son été sans Facebook d’une profondeur insoupçonnée grâce à la présence du personnage Agatha Crispies.

Ce personnage principal est un véritable bol d’air frais. À contre-courant de tous les modèles que l’on a l’habitude de lire ou de voir. Bien en chair, pour ne pas dire obèse, toujours avec un donut à la main, ou plutôt dans la bouche, ce petit bout de femme qui semble avoir oublié toutes les bonnes manières et qui possède ses propres techniques d’enquêtes nous entraîne avec elle dans un périple qui ne connaîtra aucun temps mort tout en tentant de distiller autour d’elle sa passion pour les grands classiques.

S’il n’y a rien à relever en ce qui concerne la plume de l’auteur, fonctionnelle et au service du récit, il faut quand même souligner la volonté de l’auteur de nous faire comprendre avec malice, en conjuguant culture populaire et littéraire, que rien n’est jamais ce qu’il semble être. Une évidence que malheureusement, à l’heure des réseaux sociaux, des polémiques éclairs et des jugements à l’emporte-pièce, beaucoup ont encore tendance à oublier.

Résumé: Mutée disciplinairement à New York, Colorado, un petit village du fin fond de l’Amérique, raciste, sans couverture mobile et où il ne se passe jamais rien, la lieutenant de police de couleur noire, à forte corpulence, Agatha Crispies a trouvé un échappatoire à son désœuvrement dans l’animation d’un club de lecture au sein du commissariat. Mais alors qu’elle désespérait de pouvoir un jour enquêter à nouveau sur un meurtre autre que celui d’un écureuil, une série d’effroyables assassinats et disparitions viennent (enfin) troubler la tranquillité des lieux, mettant à l’épreuve ses connaissances littéraires. Puértolas signe un drôle de thriller loufoque, un poilar !

  • Broché : 380 pages
  • ISBN-13 : 978-2842639075
  • ISBN-10 : 2842639073
  • Dimensions du produit : 14.1 x 3 x 20.4 cm
  • Éditeur : Le Dilettante (29 avril 2017)

GIMS – Documentaire Netflix | Critique & ANALYSE

Netflix dévoile un documentaire introspectif sur Gims, l’artiste le plus diffusé en radio en France. Si son succès brille autant que ses vestes, le rappeur a trimé pour en arriver là. Qu’apprend-on sur lui ? Ma critique en vidéo.

De prime abord, ce n’est pas le genre de contenu qui attire notre attention. Une heure trente de Gims : merci, mais non merci ! Faiseur de hits, on lui doit « Bella », « J’me tire », « Sapés comme jamais », « Tout donner » ou encore « Reste » (« Mais tu iras où, où, où si jamais je m’en vais »), en duo avec Sting. Rien qu’à l’évocation de ces titres, leurs mélodies efficaces et multidiffusées en radio résonnent déjà dans le ciboulot (à ceux qui prétendent le contraire : on ne vous croit pas !). Pourtant, vous auriez bien tort de ne pas saisir l’occasion d’en apprendre davantage sur ce mystérieux personnage, avec qui on ne peut échanger les yeux dans les yeux.

Par le biais d’images d’archives, de vidéos personnelles en famille et, surtout, de témoignages forts face caméra (de lui, de son manager, de ses proches et collaborateurs…), « GIMS », réalisé par le journaliste Florent Bodin, dresse le portrait méconnu du premier rappeur à avoir rempli le Stade de France, en 2019. C’est en coulisses, au cours des mois qui ont précédé ce show phénoménal, qu’on retrouve l’homme, la « bête de scène » qui n’en rate jamais une pour exhiber son fastueux quotidien sur les réseaux sociaux

Après le concert de PNL, « les Etoiles vagabondes » de Nekfeu, voici un troisième projet de Netflix destiné aux fans de rap français. « Gims », un documentaire d’une heure trente à l’image léchée, proche des clips, suit le rappeur

Les premières images font craindre le pire : un exercice d’autopromotion de l’artiste qui revendique sans vergogne sa place dominante. La séquence, au ralenti, le filme de dos, entrecoupée d’images de fans en délire et de sa carrière, des vues aériennes de Kinshasa où il est né. « Je serai le premier Africain et premier rappeur, chanteur urbain à avoir fait le stade. Il y avait une chance sur combien ? Il y avait une chance sur combien ? », lâche-t-il de sa voix grave avec des battements de cœur en fond sonore. Pour la sobriété, on repassera.

L’auto-congratulation de Gims (qui, ironie du sort, ne veut plus que l’on l’appelle « Maître ») est le fil conducteur de ce film. Tous ses proches, son épouse Demdem, son frère Dadju ou ses amis comme H Magnum, Orelsan et Omar Sy rappellent à quel point, ses disques s’arrachent (plus de 5 millions depuis le début de sa carrière), à quel point il est un génie de la musique, lui qui est l’artiste le plus diffusé à la radio en France. Un boss à la tête d’un empire exposé dans ces moindres détails dans ce film, à grands coups d’effets grandiloquents.

Les fans étaient impatients de découvrir une nouvelle facette de leur artiste préféré, celle qui n’est pas montrée à l’écran. Les équipes de production l’ont suivi deux ans avant la symbolique date qui allait marquer un tournant dans sa vie : le 28 septembre 2019. Ce jour-là, Gims devenait le premier artiste urbain à donner un concert au mythique Stade de France (Saint-Denis). Si toutes les étapes de sa préparation avant le show ont été montrées à l’écran, le documentaire Netflix s’intéresse également au côté sombre de sa vie, celui que les fans ne connaissent pas, ou très peu. On se rappelle de ses débuts dans la Sexion d’assaut, mais avant ça, celui qui se faisait appeler Maitre Gims jusqu’en 2019, a dû trimer et se battre de toutes ses forces pour se faire un nom.

« La musique ou rien », c’est un peu l’adage qu’a dû adopter Gims depuis son enfance. Fils d’un musicien congolais très populaire au pays, Gandhi Djuna – de son vrai nom – est arrivé en France à l’âge de 2 ans. Il a grandi dans un foyer d’accueil pour enfants, aux côtés de deux de ses frères, avant de passer le reste de son enfance dans des squats délabrés à Paris, sans argent ni nourriture. Si Gims savait qu’un talent sommeillait en lui, il n’a pas eu d’autre choix que de l’exploiter pour espérer s’en sortir. C’est alors qu’il a commencé à kicker avec Barack Adama, Lefa et les autres, assis sur les bancs de parcs parisiens, pour oublier son quotidien. « Le soir, quand je disais aux autres que je rentrais, en vérité je ne rentrais nulle part. Je n’avais pas de chez moi, alors j’allais me balader en me demandant bien où j’allais dormir ce soir », explique-t-il, forcément ému par ces douloureux souvenirs.

Le documentaire Netflix nous offre une réelle introspection sur sa vie. Pour l’une des premières fois, Gims se confie face caméra, même s’il peine toujours à retirer ses lunettes pour montrer ses yeux. Si cela peut vous rassurer, plusieurs plans de profil nous permettent de les observer enfin ! Pour la petite anecdote, il raconte au sein du commentaire comment lui est venue l’idée de toujours porter des lunettes noires afin de créer son personnage. La vie de Gims en ferait rêver plus d’un : quotidien de strass et de paillettes, voyages en jet privé, luxe à gogo… Mais pourtant, on sent qu’il reste très terre à terre, conscient de la chance qu’il s’est créée. En 2005, tout aurait d’ailleurs pu basculer pour lui. Un an après s’être converti à l’Islam (2004), Gims raconte avoir intégré une secte islamiste, qu’il a par la suite quitté.

« Quand je suis rentré dans cette religion, j’étais à la portée de n’importe quel gourou, j’étais un cœur pur et quelqu’un de mal intentionné peut te prendre sous son aile et faire de toi une arme. Il y avait des personnes qui finissaient mortes, suicidées en Irak. Des gens qui étaient à côté de moi. Et cela m’a fait flipper, je ne sais pas où j’aurais pu terminer », confie-t-il. Une nouvelle facette de son histoire que l’artiste révèle au monde entier. La vie de Gims est racontée durant 1h30 dans le documentaire Netflix, tantôt selon ses témoignages, tantôt à travers les yeux de ses proches. Coulisses de ses shows, enregistrements en studio, moments familiaux, retour au Congo, adoration des fans… tout est montré. Les séquences sur sa vie d’aujourd’hui tranchent avec celles de son histoire, le tout monté de façon dynamique et percutante. À la fin du documentaire, on a l’impression de le connaître. S’il a dû trimer pour en arriver jusqu’ici, avoir fait le Stade de France n’est pas une fin en soi mais seulement le début de quelque chose de grand : Gims ne compte pas s’arrêter en si bon chemin, la preuve il a récemment dévoilé Dernier Métro, en collaboration avec Kendji Girac.

Vraiment, « Gims » est une jolie découverte. Profonde, sincère, inspirante. Rien n’y est occulté, pas même sa conversion à l’islam ni comment il a failli se retrouver en Irak. Et puis, le film n’est pas si musical qu’il en a l’air (vous ne devriez pas bloquer sur l’un des tubes de Gims pendant trois jours).

Les petites filles de Julie Ewa, restez en France il n’y a rien à voir

De bon retour sur les blogs et les réseaux sociaux, une quatrième de couverture qui promet un voyage dans un pays dont on entend souvent parler, surtout en ce moment, une enquête bien glauque sur fond de trafic d’enfants. Il n’en fallait pas plus pour que je me lance dans la lecture des petites filles de Julie Ewa .mal m’en a pris, j’aurais mieux fait de rater l’avion.

Commençons par le personnage principal, une jeune femme Lina, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle est célibataire mais par choix, elle a une blessure profonde qui remonte à son enfance et qui explique son caractère renfermé et solitaire, elle se méfie des hommes qui sont tous des pervers en goguette évidemment. En une trentaine de pages l’auteure a fait cocher toutes les cases de l’héroïne moderne à qui on ne la fait pas à son personnage mais en oubliant d’y ajouter un soupçon d’originalité, ce qui la rend proprement insupportable. Ah et son meilleur ami est gay forcément.

Ensuite le voyage. Les descriptions sont peu nombreuses et pas assez étayées, qu’est-ce donc que les roches karstique dont on parle deux fois dans l’ouvrage ? Il ne faudra pas attendre de réponse de la part de l’auteure. Le village, où se situe la majeure partie de l’action, est assez bien décrit cependant et rend une ambiance carte postale credible mais le reste du voyage est plat, tout comme la plume de l’auteure mais les envolées lyriques ce n’est pas non plus ce que l’on attend de ce genre d’ouvrage me direz-vous. Le récit aborde frontalement les divers problèmes liés à l’enfance en Chine, la loi sur l’enfant unique, les abandons, les avortements forcés, le travail des enfants et la place de la femme dans une société qui se développe plus vite que sa population ne peut l’assimilé. L’auteure nous offre un panorama sordide mais malheureusement réaliste de la situationdes filles au pays du soleil levant. Rien de transcendant dans le propos mais les faits permettent de remettre les pendules à l’heure dans nos esprits d’Occidentaux.

La double temporalité. Oui ça aussi il va falloir en parler. C’est un procédé éminemment dangereux car il peut casser le rythme du récit, diluer la tension et provoquer une redondance dans la narration. L’auteure s’en tire plutôt bien sur la question du rythme, aidé en cela par des chapitres très courts. Le récit se lit facilement et les deux intrigues contiennent suffisamment d’éléments pour ne pas se parasiter. Mais la présence d’éléments connue dès le début dans l’un des récits entraîne forcément des révélations dans le second qui tombent à plat, sans parler de celles que l’on avait vues venir de trop loin. Malgré de gros efforts l’auteure n’est pas parvenu à me surprendre une seule fois.

Reste le gros problème que représente le final, complètement raté. C’est quand même formidable d’introduire une héroïne sur plus de 300 pages, de nous expliquer comment elle est courageuse téméraire et qu’elle sait aussi distribuer quelques droites lorsque la situation l’impose pour l’écarter complètement lors du dernier acte. Elle n’est même pas spectatrice, non elle est juste absente, écartée d’un final inutilement glauque et cruel, alors que l’intrigue est exempt de gore jusque là. L’auteure a sans doute voulu se raccrocher à la tendance gore assez présente dans le polar féminin au début des années 2010 en enchaînant les scènes gores et cruelles mais oublie du coup de mettre en scène son héroïne et qu’un bon polar n’est pas forcément des passages glauques sans fondements.

Le voyage terminé, et après que l’auteure est enfoncée toutes les portes ouvertes du polar bien rythmés, bien glauque et bien bourrin mais sans rien apporter de neuf au genre il ne me tarde qu’une chose c’est que l’avion quitte le tarmac pour ne plus jamais pénétrer dans cet espace aérien bien triste.

Résumé: Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…

Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au coeur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.

  • Broché : 416 pages
  • ISBN-10 : 2226322728
  • ISBN-13 : 978-2226322722
  • Dimensions du produit : 14.8 x 3 x 22.5 cm
  • Éditeur : Albin Michel (4 janvier 2016)
  • Poids de l’article : 358 g
  • Langue : : Français

CRITIQUE : DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE (THE SOCIAL DILEMMA) SUR NETFLIX

Voici la critique du nouveau documentaire original de Netflix « DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE » (THE SOCIAL DILEMMA) qui porte un discours important sur les dérives provoquées par certains mécanismes des plateformes numériques et l’utilisation à outrance de leurs outils.

Ce documentaire de Jeff Orlowski illustre le grand propos du programme : les outils d’internet vont causer notre perte.

Le fait que les médias sociaux puissent créer une dépendance et donner la chair de poule n’est pas une révélation pour quiconque utilise Facebook, Twitter, Instagram et autres. Mais dans le documentaire  » Derrière nos écrans de fumée  » de Jeff Orlowski, des transfuges consciencieux de ces entreprises expliquent que la pernicieuse présence des plateformes de réseaux sociaux est un trait, pas un bogue.

Ils affirment que la manipulation du comportement humain à des fins de profit est codée dans ces entreprises avec une précision machiavélique : Le défilement infini et les notifications push maintiennent les utilisateurs constamment engagés ; les recommandations personnalisées utilisent les données non seulement pour prévoir mais aussi pour influencer nos actions, faisant des utilisateurs des proies faciles pour les publicitaires et les propagandistes.

Dans des interviews au montage rapide, Orlowski s’entretient avec des hommes et (quelques) femmes qui ont contribué à la construction des médias sociaux et qui craignent aujourd’hui les effets de leurs créations sur la santé mentale des utilisateurs et les fondements de la démocratie

La plupart de ces faits sont familiers, mais  » Derrière nos écrans de fumée  » va plus loin en intercalant les interviews avec des scènes fictives d’une famille de banlieue souffrant des conséquences d’une dépendance aux médias sociaux. Il y a des dîners silencieux, une fille pubère qui a des problèmes d’image de soi et un fils adolescent qui est radicalisé par les recommandations de YouTube qui promeuvent une vague idéologie.

Ce récit fictif illustre les limites de l’accent parfois hyperbolique mis par le documentaire sur le support au détriment du message. Par exemple, les interlocuteurs du film mettent l’augmentation des maladies mentales sur le compte de l’utilisation des médias sociaux, mais ne reconnaissent pas des facteurs tels que l’augmentation de l’insécurité économique. La polarisation, les émeutes et les protestations sont présentées comme des symptômes particuliers de l’ère des médias sociaux sans contexte historique.

Malgré leurs critiques véhémentes, les personnes interrogées dans  » Derrière nos écrans de fumée  » ne sont pas toutes des prophètes de malheur ; beaucoup suggèrent qu’avec les bons changements, nous pouvons sauver le bien des médias sociaux sans le mal. Mais les solutions personnelles et politiques qu’ils présentent dans le film confondent deux cibles de critique distinctes : la technologie qui provoque des comportements destructeurs et la culture du capitalisme sauvage qui la produit.

Néanmoins,  » Derrière nos écrans de fumée  » est remarquablement efficace pour tirer la sonnette d’alarme sur l’incursion de la technologie d’exploration et de manipulation des données dans notre vie sociale et au-delà. Le film d’Orlowski n’est pas lui-même épargné par le phénomène qu’il examine. Le film est diffusé en streaming sur Netflix, où il deviendra un autre nœud de l’algorithme basé sur les données du service.

 Il met en garde contre les dérives de ces algorithmes qui cherchent, avec chaque jour un peu plus d’efficacité, à nous maintenir « engagés » sur Facebook, YouTube, Instagram ou Twitter. Polarisation des débats, bulles de filtres qui nous mettent uniquement en relation avec des gens qui pensent comme nous, addiction, prime à la désinformation, dépression, le documentaire balaye largement les problèmes causés, plus ou moins directement, par « l’algorithmisation » croissante de nos vies.

A l’appui de leur démonstration, les réalisateurs ont convoqué un nombre impressionnant de militants, d’experts de haut vol et de « repentis » de la Silicon Valley, emmenés par Tristan Harris, ancien ingénieur chez YouTube et qui préside aujourd’hui le Center for Humane Technology. Devant la caméra se succèdent ainsi Renée DiResta, spécialiste mondialement reconnue de la désinformation ; Shoshana Zuboff, théoricienne du « capitalisme de surveillance » ; ou encore Jaron Lanier, dont le look de gourou new-age fascine presque autant que ses réflexions sur l’impact des nouvelles technologies.

Comment expliquer concrètement le fonctionnement de ces algorithmes, quand du propre aveu des « repentis » qui s’expriment, seule une poignée de personnes, chez Google ou Facebook, comprennent réellement ces logiciels ? Pour y parvenir, le documentaire a recours à un petit artifice, en prenant pour exemple une famille fictive dont on mesure, entre deux entretiens, le rapport difficile à la technologie : celle-ci conduit le fils à s’isoler, tandis que la fille développe une mauvaise image d’elle-même. Face à eux, trois acteurs jouent le rôle des algorithmes, qui ont pour but de les maintenir accrochés à leur téléphone et leur vendre des publicités ciblées.

Ce dispositif, un peu kitsch mais finalement très efficace, permet de visualiser les grands principes qui régissent les réseaux sociaux, et les conséquences désastreuses qu’ils peuvent avoir – sur la radicalisation du débat politique ou des événements précis comme le génocide des Rohingyas en Birmanie. La démonstration est convaincante, mais souffre parfois de quelques raccourcis et exagérations. Un graphique montrant l’évolution de la puissance de calcul sur un siècle est ainsi présenté comme la preuve de la défaite de nos cerveaux face à la machine, quand le documentaire montre bien que ce sont les paramètres choisis à la conception, plus que l’efficacité des machines, qui sont au cœur du problème.

Anticipons tout de suite les critiques : une grande partie de ce que montre The Social Dilemma est vrai. Rien de nouveau, mais le constat est réaliste. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Instagram et plateformes comme Gmail ont été créés et améliorés pour maximiser le temps que les internautes y passent. On parle des petites bulles de notifications omniprésentes inventées pour générer un sentiment de manque et d’envie. On parle de la manière dont une plateforme sait exactement quel contenu vous lisez sur votre mobile, à quelle vitesse vous scrollez, combien de secondes votre attention sera retenue par une vidéo. Vous vous êtes laissé happer par une vidéo d’un paresseux à trois pattes qu’un capybara aide à traverser la route ? Votre fil d’actualité Facebook va se remplir de vidéos d’animaux du même acabit.

ces anciens de la tech qui se construisent une morale après avoir enchaîné les jobs dans les PinterestYouTubeTwitterGoogleFacebookInstagram, et se présentent depuis quelques années comme les lanceurs d’alerte prétendument légitimes d’un système qu’ils ont largement contribué à bâtir. Il y a aussi la politique, évidemment, les fausses informations qui engendrent les fausses informations, les manœuvres de déstabilisations géopolitiques qui n’ont même pas eu besoin de piratage pour arriver à leurs fins, juste de détourner des outils qui sont déjà présents. « Nous n’avions pas anticipé tout ça lorsque nous avons créé Twitter il y a 12 ans », entend-on le CEO Jack Dorsey balbutier.

Derrière nos écrans de fumée s’achève malgré tout sur un optimisme prudent. Il n’y a pas de « bad guys » dans la Silicon Valley : nous avons le pouvoir de dire non aux manipulations en nous déconnectant ou en votant avec nos clics. Il n’est pas trop tard, mais un changement n’est possible que si ces entreprises cessent d’être pilotées en fonction de leur cours de Bourse.

Source : Damien Leloup « Le monde » & Marie Turcan  « numerama ».