Filles de joie 14 Octobre 2020 en VOD /De Frédéric Fonteyne, Anne Paulicevich Avec Sara Forestier, Noémie Lvovsky, Annabelle Lengronne

Axelle, Dominique et Conso partagent un secret. Elles mènent une double vie. Elles se retrouvent tous les matins sur le parking de la cité pour prendre la route et aller travailler de l’autre côté de la frontière. Là, elles deviennent Athéna, Circé et Héra dans une maison close. Filles de joie, héroïnes du quotidien, chacune se bat pour sa famille, pour garder sa dignité. Mais quand la vie de l’une est en danger, elles s’unissent pour faire face à l’adversité.

VOD : https://www.cinenews.be/fr/films/filles-de-joie/

Chronique : Filles de Joie offre un prolongement au film Bande de Filles, son versant adulte en quelque sorte, faisant alors de la cité une terre sans avenir aucun, un lieu d’emblée marginalisé au sein de la géographie urbaine, caractérisé par son architecture en tours, un espace dans lequel les familles tentent de vivre en luttant contre la misère et la violence intestine qui les menacent. Même ancrage social, même destin croisé de plusieurs femmes ici adolescente, jeune mère de trois enfants en rupture avec son conjoint et mère cinquantenaire ; trois âges de la vie contraints de se tourner vers le plus vieux métier du monde pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille respective. Néanmoins, le film a l’intelligence de l’antiphrase que porte son titre : il représente des personnages qui simulent la joie – essentiellement la jouissance – tout en étant conscients de leur impossible fuite. Les « filles de joie » sont des actrices : perruques, déguisements érotiques, accessoires, tout cela contribue à dissocier le travail de la vie privée, distinction qu’apprend à ses dépens Conso, interprétée avec puissance par Annabelle Lengronne ; elles sont des spécialistes du désir masculin, capables d’anticiper les comportements, de répondre aux besoins, de satisfaire la demande.

Filles de joie : Photo Noémie Lvovsky, Sara Forestier

Aussi le trajet en voiture vers l’étranger – la Belgique, pays où la prostitution est encadrée par la loi – est-il ambivalent : à la fois aveu d’un échec, celui de ne pouvoir s’élever socialement, et conquête d’un semblant de liberté, puisqu’il traduit le passage d’une prison subie (la tour d’immeuble) à une prison choisie, une prison de luxe dans laquelle – seul avantage véritable, si tant est que l’on puisse parler d’avantage – elles deviennent maîtres à bord, elles gouvernent leurs clients. Le long métrage se plaît à déconstruire les mythes virils qu’érige l’homme pour assurer sa suprématie : les vingt centimètres réglementaires, l’orgasme féminin comme preuve de leur vaillance au combat… Il accorde une place importante aux échanges verbaux entre les « filles de joie », au partage de leur expérience et de leurs anecdotes. Ces femmes disposent d’un pouvoir essentiel, un pouvoir de désacralisation du masculin et de reconquête de leur liberté sexuelle. Elles travaillent l’illusion, adoptent des postures. Mais sont paradoxalement les seules à savoir distinguer l’artefact de la réalité, séparer la fiction et sa concrétisation dans la douleur (à l’opposé d’un personnage comme Yann). En parallèle à cette immersion dans un milieu socio-professionnel, le long métrage de Frédéric Fonteyne et Anne Paulicevich est également un grand film sur l’amitié qui résiste contre vents et marées, s’affirme tel un cocon protecteur constamment sur le point d’exploser – l’arme à feu, la drogue, l’accident – mais toujours là. Malgré ses lourdeurs initiales qui laissaient présager un drame social déjà vu et revu, Filles de Joie est une œuvre surprenante qui a le mérite de convertir la puissance de ses femmes en force de mise en scène : réalisation à mi-chemin entre le documentaire et la poésie, n’ayant pas peur des ralentis (légers), montage qui pense les ellipses, les retours en arrière comme l’assemblage des pièces d’un puzzle identitaire, nappes musicales envoûtantes et mélancoliques, trio d’actrices remarquables, dont il faut, pour finir, rappeler les noms : Sara Forestier, Noémie Lvovsky et Annabelle Lengronne.

Note : 9/10

Tomiris 14 octobre 2020 en VOD / De Akan Satayev Avec Almira Tursyn, Adil Akhmetov, Erkebulan Dairov

L’histoire de la légendaire Tomiris. Destinée à devenir grande reine de la steppe, cette guerrière redoutable va devoir affronter de nombreuses épreuves pour reconquérir son royaume. Après avoir survécu au massacre qui a décimé ses proches, elle tentera d’unir les tribus des Scythians et des Sakas pour gagner le combat et vaincre les envahisseurs.

VOD : https://www.filmotv.fr/film/tomiris/18947.html

Chronique : L’épopée hérodote à grande échelle de Satayev s’étend sur deux bonnes heures et demie pour sa durée, car elle vous plonge dans un flash-back à une époque où les tribus nomades Saka régnaient sur la steppe. Notre histoire se concentre sur le personnage principal de Tomiris, élevé depuis sa naissance dans les Massagètes, dirigé par le chef de tribu Spargap (Murat Bisenbin), élevé, aimé et formé à tous les aspects de la vie et de la survie des guerriers. Bien que la vie dans la steppe soit paisible, ce n’est qu’une question de temps avant que la paix ne soit bouleversée dans un moment de trahison, forçant les cohortes de Spargap à sauver Tomiris et à s’échapper en lieu sûr alors que les assassins khwarezmiens attaquent.

Parvenant à trouver une maison dans les bois, Tomiris (Almira Tursyn) est élevée dans la féminité avec des rêves de vengeance, mais l’ombre de la mort se cache toujours derrière. Seul survivant d’une attaque vicieuse, Tomiris, blessé au combat, à cheval, est mené dans le désert et récupéré par Sardana (Aizhan Lighg), le guerrier alpha de la tribu amazonienne, les Savromates. Sa nouvelle alliance lui apporte non seulement la guérison, mais une nouvelle fraternité, ainsi qu’une perspective romantique potentielle du fils adepte du chef Dahae, Argun (Adil Akhmetov). Au fil du temps, cependant, cela s’avère également un moment opportun qui accorde non seulement à Tomiris la vengeance dont elle a besoin, mais un formidable retour à son droit d’aînesse: le trône de son père.

Alors que les adaptations cinématographiques basées sur des icônes de l’histoire du monde antique demandent des tonnes de recherches, les épopées historiques ont généralement tendance à jouer un peu vaguement avec certains éléments dans un souci de libertés créatives, et donc la conversation concernant les itérations comparatives de l’histoire de Tomiris est tout à fait la bienvenue. si cela signifie que nous en apprenons plus sur la légende elle-même, et surtout si un autre réalisateur décide de prendre le relais pour sa propre version filmique. Quant à Tomiris de Satayev , il ne s’agit peut-être pas d’un récit homogène de l’histoire de l’ancienne reine guerrière, mais à plus de 150 minutes – cinquante-cinq minutes de moins que sa version originale telle que projetée au Kazakhstan à la fin de l’année dernière, le film n’est rien de court. de stimulant comme déclencheur de conversation.

À cet effet, Tomiris s’ajoute gracieusement au panthéon des films tentaculaires d’épée et de bouclier, accomplissant pour les épopées de guerre à front féminin ce que les auteurs, artistes et érudits d’antan ont fait pour Odysseus et Arthur Pendragon, et même Rani Lakshmi Bai, elle-même le sujet de deux films récents: The Warrior Queen Of Jhansi et Manikarnika: The Queen Of Jhansi . Pour couronner le tout, c’est l’actrice de casting Almira Tursyn sur une liste de quinze mille candidats, dans ce qui serait finalement son premier rôle dans le long métrage.

Le reste du film explore les dangers auxquels Tomiris et ses hommes sont confrontés lorsque le légendaire chef de guerre perse Cyrus le Grand (Ghassan Massoud) entre dans le millieu et se retrouve dans une bataille d’esprit lorsque Cyrus envoie ses émissaires parler avec Argun. Le film plonge également plus tôt dans le propre conflit intérieur de Tomiris, en essayant de déchiffrer ses cauchemars récurrents d’affronter une bête démoniaque ressemblant à un lion fait de fumée et de feu (risqué, d’auditer sa propre humanité tout en agissant conformément à ses pairs. comme, à toutes fins utiles, un bandit; Il ne fait aucun doute qu’avec la formation et les dons de Tomiris accumulés depuis l’enfance, ils seraient tous utilisés pour aider à piller et à piller les villages voisins, comme l’a fait son père. Au profit des scénaristes Aliya Nazarbayeva et Timur Zhaksylykov, que c’était un mode de vie à cette époque particulière de l’histoire du monde présente plusieurs moments de personnage opportuns au crédit de notre héroïne principale, ce qui est essentiel à l’intrigue du film afin de susciter la sympathie quand cela compte.

Comme tous les héros en exil confrontés à la tâche herculéenne de rassembler des soutiens pour un retour gargantuesque, Tomiris endure définitivement sa part de difficultés jusqu’à rencontrer Sardana. Le chef Savromat et ses cohortes reconnaissent l’homonyme de Tomiris – l’anneau du leadership tribal de son père – ainsi que vos talents physiques compétitifs et votre intelligence. En dehors de leurs propres avantages politiques, Sardana elle-même ne voit rien de moins que de camraderie dans son lien avec Tomiris, lui donnant un allié pour lequel elle se battrait sans équivoque en cas de besoin. La romance de Tomiris avec Argun est une infusion lente et régulière qui fournit une histoire d’amour décente remplie de tout le charme et la rumeur auxquels vous pouvez vous attendre entre deux tueurs professionnels tombant amoureux et le bouleversement inquiétant auquel ils sont confrontés au fil du temps.

La bataille climatique qui attend entre la reine nomade et Cyrus, qui aurait conquis jusqu’à la moitié du monde à ce stade, fait partie intégrante de Tomiris . Un stratagème audacieux de la part de Cyrus est le catalyseur qui enflamme la rivalité amère à un moment clé qui voit instantanément Tomiris de Tursyn aller à fond sur Leonitus dans une scène qui aurait indélébile Zack Snyder sourire d’admiration, alors qu’elle commence à fléchir ses muscles comme une adroite stratège de guerre.

Alors qu’une coupe prolongée de Tomiris peut un jour offrir au public en dehors du Kazakhstan le luxe de voir la pleine réalisation par Satayev de l’histoire de la reine guerrière nomade, la version actuelle offre une portion plus que lourde de spectacle biographique cinématographique. Du drame bouillonnant, de la romance et du sous-texte énigmatique au son tonitruant des sabots de cheval au galop au milieu des séquences de combat méticuleusement conçues par le coordinateur des cascades Zhaidarbek Kunguzhinov, en passant par la partition ambiante et la conception de la production, pour ce que ça vaut, Tomiris offre un jeu complet. opus d’action historique féministe qui mérite notre attention.

Note : 9/10

Ayka De Sergey Dvortsevoy Avec Samal Yeslyamova, Zhipargul Abdilaeva, David Alavverdyan

Ayka vient d’accoucher. Elle ne peut pas se permettre d’avoir un enfant. Elle n’a pas de travail, trop de dettes à rembourser, même pas une chambre à elle. Mais c’est compter sans la nature, qui reprendra ses droits.

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Critique : Ayka a vingt-cinq ans. Elle a quitté le Kirghizistan pour la Russie dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais elle accumule les déboires à Moscou. Logée par un marchand de sommeil dans un appartement communautaire surpeuplé, elle est exploitée par des employeurs qui profitent de son statut de sans papiers. Pour lancer un petit atelier de couture, elle s’est endettée et est maintenant harcelée par ses créanciers aux pratiques mafieuses. Quand elle tombe enceinte, elle n’a d’autre alternative que d’abandonner à la maternité son nouveau-né. Les faits qui précèdent sont progressivement portés à la connaissance du spectateur qui découvre Ayka à la maternité et la suit, caméra à l’épaule, à peine relevée de couches dans un Moscou battu par la neige. On découvre à travers ses yeux son travail harassant pour un patron qui refuse de la payer, la Kommunaulka sordide où elle habite, les appels incessants sur son téléphone portable (ah ! cette sonnerie stridente !) de chasseurs de dettes de plus en plus menaçants. L’histoire de cette Rosetta centre-asiatique se transforme en calvaire, sa résistance en martyre. La charge pourrait être trop lourde, le sujet étouffant. À force d’ajouter à la liste d’avanies qui s’abat sur la malheureuse, le scénario frise l’overdose. Et il n’échappe pas au simplisme : ainsi de cette insistance à montrer combien la société russe est plus douce aux animaux, tels ceux de ce cabinet vétérinaire où Ayka trouve un refuge éphémère, qu’aux humains. Mais loin de nous terrasser, « Ayka » nous subjugue. La raison en est dans l’actrice qui l’interprète. Samal Yeslyamova est kazakhe. Elle tournait déjà dans le précédent film de Sergey Dvortsevoy, « Tulpan » (2008). Elle a obtenu à Cannes la Palme de la meilleure actrice. Elle la mérite amplement. Engoncée dans une parka trop fine pour les frimas de l’hiver russe, les mains nues, glacées par le froid, elle titube dans les rues de Moscou, affaiblie d’abord par une hémorragie du post-partum et bientôt par un début de mastite. Elle encaisse sans faillir les coups du sort et y pare comme elle peut. La scène finale, qui laisse toutes les options ouvertes, est sublime. Elle rappelle la dernière page des « Raisins de la colère ». C’est dire…

Critique de Yves G.

The Lie – 6 octobre 2020 /De Veena SudAvec Peter Sarsgaard, Joey King, Mireille Enos

The Lie se centre sur le mystère entourant la mort de la jeune amie de Kayla. Ses parents ainsi que la famille de la défunte vont tenter de la percer à jour pour démêler le nœud de l’histoire : était-ce un accident ou un meurtre ?

Chronique : Jusqu’où iriez-vous pour protéger votre enfant si celui-ci avait pris une vie ? Telle est la grande interrogation qui anime ce remake US du film allemand « We Monsters » faisant désormais partie de l’anthologie « Welcome to Blumhouse » diffusée sur Amazon Prime Video. Écrit et réalisé par Veena Sud (la showrunneuse de « The Killing » US), « The Lie » nous introduit donc dans le quotidien de Kayla, adolescente visiblement encore perturbée par le divorce de ses parents Rebecca (Mireille Enos), brillante avocate, et Jay (Peter Sasgaard), un musicien un brin immature. Alors qu’il emmène en voiture Kayla et sa meilleure amie Brittany à un stage de danse, Jay perd de vue momentanément les deux jeunes filles lors d’une pause au bord de la route enneigée. Quand il retrouve enfin Kayla seule en haut d’un pont, elle lui confesse avoir fait chuter mortellement Brittany au fond de la rivière glacée. Le début d’un terrible engrenage pour cette famille qui décide de garder le secret sur l’acte de Kayla… Si l’on s’arrête sur le côté purement thriller de « The Lie », le film est hélas un véritable échec vu son incapacité à entretenir le peu d’aura de mystère qui entoure son point de départ. Même si elle reste solide globalement, la mise en scène de Veena Sud manque en effet cruellement de finesse à la fois dans la manière de nous rapporter les premières minutes pourtant décisives du film et dans certains subterfuges utilisés en guise de fausses pistes. Et, si l’on ajoute ensuite le comportement de Kayla atteignant des sommets aussi vertigineux qu’improbables de versatilité (triste/heureuse/sociopathe/dans le déni/traumatisé/… tout y passe), nul besoin d’être un fin limier pour comprendre ce qui se cache derrière cette sombre histoire. Alors, bien sûr, ce dernier point peut être mis sur le contrecoup de la tragédie vécue, on peut le comprendre aisément, sans compter que l’adolescence n’est pas la période de la vie où le caractère d’un individu est le plus constant, mais, cumulé au manque de subtilité de la réalisation lors de passages-clés, il est clair que « The Lie » ne mettra aucune chance de son côté pour nous faire tomber à la renverse de surprise durant ses derniers instants. Reste alors l’aspect plus dramatique de « The Lie » axé sur la spirale du mensonge dans laquelle les deux parents se retrouvent et les conséquences sur leur vie de famille. Sur cet élan plus intimiste, Veena Sud s’en sort mieux, bien aidé par le duo très convaincant Mireille Enos/Peter Sasgaard qui donne un vrai supplément d’âme au film dans le rôle de ce couple obligé de se ressouder envers et contre tous pour protéger leur progéniture. On pardonne même dans un premier temps leurs agissements très maladroits en ce sens (ils s’embourbent eux-mêmes dans leurs mensonges et les très mauvaises idées, les agissements de la mère pourtant avocate en sont presque kamikazes) tant l’instinct de préservation familiale sous la pression qui les anime sort grandi par le jeu des deux comédiens. Là encore, le choc du drame et la précipitation des événements peuvent aussi excuser leur improvisation devant cette situation inédite pour eux… mais le film va pousser le bouchon beaucoup trop loin sur la durée. De plus en plus dans l’impasse pour s’en sortir, les actes désespérés des parents prendront ainsi une tournure complètement irrationnelle -voire ridicule- dans la dernière partie, éludant hélas les qualités dramatiques du film entrevues jusque-là et que l’on aurait voulu saluer jusqu’à son terme. Vraiment dommage, car la conversation finale se recentrant justement sur cette notion d’unité familiale avec l’aide de ses interprètes était à l’inverse plutôt réussie. Thriller aussi peu habile que ses personnages dans l’adversité, « The Lie » tente de combler ses lacunes en se raccrochant avec une certaine justesse sur la dimension dramatique de son intrigue. Mais l’effort n’est hélas pas assez consistant sur l’ensemble du long-métrage pour être véritablement satisfaisant.

Black Box – 6 octobre 2020 /Avec Mamoudou Athie, Phylicia Rashad

Mamoudou Athie joue un père veuf atteint de trous de mémoire suite à un accident. Pour en guérir, il s’engage à suivre un traitement unique : grâce à un dispositif de réalité virtuelle, il est transporté dans son subconscient. Cette sorte d’hypnose 2.0 va l’obliger à combattre ses démons mais aussi à découvrir de lourds secrets.

Critique : Autre film de l’anthologie « Welcome to the Blumhouse » disponible sur Amazon Prime Video, « Black Box » fait plutôt figure de plaisante surprise (mais un poil trop classique) comparé au très oubliable « The Lie » sorti simultanément. Victime d’un accident de voiture ayant tué son épouse, Nolan tente péniblement de retrouver les souvenirs perdus de son existence avec l’aide de sa fille. Son amnésie lui posant de plus en plus de problèmes au quotidien, il décide de recourir à un traitement expérimental qui lui permet de revivre littéralement chacun de ses souvenirs perdus. Au fur et à mesure de la procédure, au milieu des visages effacés de ses fragments de mémoire, une mystérieuse silhouette semble toujours vouloir le prendre en chasse… Dans sa première partie, « Black Box » fait d’abord le choix judicieux de nous faire partager la perte totale de repères de son héros. Il habite une maison qui lui est étrangère, il regarde les photos de moments heureux qu’il semble visiblement avoir vécu, sa fille lui apprend à reproduire les gestes d’affection qu’il sait avoir partagé avec elle autrefois… Mais, malgré tous ses efforts, rien n’y fait, Nolan n’arrive pas à s’approprier les éléments de ce passé qu’on lui présente comme le sien et, pire encore, à retrouver les traits de personnalité qui le définissaient jusqu’alors en tant qu’individu. À ce jeu, on peut dire que l’empathie avec ce héros « perdu » dans sa propre vie est immédiate, Mamoudou Athie le campe avec conviction et les moments partagés entre son personnage et sa choupinette de fille prête à tout pour soutenir son père véhiculent la force d’un lien affectif amené à avoir une importance cruciale dans la suite des événements. Lorsque les premières séances ayant pour but de guérir Nolan grâce à l’hypnose et la fameuse Black Box démarrent, il faut bien avouer que les expériences retranscrites dans le film rappellent dangereusement celles de bon nombre de thrillers utilisant la recherche de souvenirs (et les visions étranges qu’elle engendre à l’écran) dans le but de mieux dissimuler un traumatisme ou une conspiration qui bouleversera tôt ou tard la quête de vérité de son héros. L’addition d’une imagerie proche d’un « Hypnose » 2.0 (réussie) afin de retranscrire justement l’état hypnotique de Nolan et de la présence d’un étrange assaillant contorsionniste cherchant à l’empêcher de recouvrer sa mémoire tend d’ailleurs assez vite à confirmer cette théorie (et cette crainte) mais « Black Box » va finalement prendre une bien meilleure direction scénaristique. Certes, il y aura bien quelques secrets à découvrir sur ce qui a conduit à la condition actuelle de Nolan mais ils seront surtout là pour accompagner le film vers la révélation de son concept SF délicieusement rétro, clin d’oeil évident à l’esprit de « La Quatrième Dimension » à la fois par le fait de ne jamais perdre de vue le facteur humain au cœur de manipulations qui le dépassent et par la manière d’aborder son apparente abstraction grâce à une mise en scène se reposant intelligemment sur ses acteurs et quelques simples artifices. L’idée n’est pas totalement originale pour autant mais « Black Box » va l’exploiter avec une réelle efficacité tout en faisant de la donnée familiale la composante essentielle de son propos entre deux camps qui s’opposent. On pourra reprocher au film de s’étirer un peu trop longtemps une fois ses véritables enjeux connus, il est vrai que notre intérêt s’amenuise dans une dernière partie qui ne fait guère de mystère quant à sa destination finale (et son épilogue très attendu), le format court d’un épisode de série anthologique aurait été sans doute plus raisonnable pour raconter une telle histoire. Cependant, même s’il n’a pas tous les atouts en main pour constituer une proposition susceptible de s’inscrire durablement dans les mémoires, « Black Box » a l’intelligence d’utiliser ceux à sa disposition pour offrir un divertissement très correct en son genre.

We Are Soldiers / 7 octobre 2020 Documentaire De Svitlana Smirnova

Trois volontaires ukrainiens, Dmytro Trompac, Anatolii Fateev, Oleksii Sokolovsky, blessés lors de la guerre avec les Russes et les séparatistes sont soignés à l’hôpital militaire de Kiev. Représentant trois générations, trois milieux sociaux, trois régions différentes, ils se rétablissent, s’ennuient, espèrent et préparent leur avenir.

Chronique : Chaque film a sa genèse. Celle de We Are Soldiers n’est pas banale. Svitlana Smirnova était actrice de théâtre. Elle s’est portée volontaire comme infirmière à l’hôpital de Kiev pour apporter des soins aux volontaires blessés sur le front. C’est à partir de cette expérience qu’elle a voulu revenir avec un caméraman et recueillir des témoignages de blessés amputés qui tentent de se reconstruire. Svitlana Smirnova voulait montrer trois civils qui s’étaient portés volontaires et qui représentaient trois générations différentes. « Le temps que mon directeur de la photographie soit disponible, l’une des personnes que je voulais filmer a fini par quitter l’hôpital, mais c’est à ce moment là que j’ai rencontré Oleksii. J’avais trouvé mon trio de personnages », se rappelle-t-elle. Le tournage de We Are Soldiers a duré un mois, tous les jours. Parfois, Matthieu-David Cournot, le directeur de la photographie, devait tourner sans Svitlana Smirnova parce que la cinéaste avait en parallèle beaucoup de contraintes administratives à gérer. « Nous avions très peu de matériel : un appareil photo et un micro cravate. Nous sommes retournés dans l’hôpital, un an plus tard, pour enregistrer des ambiances sonores, nous n’avions pas eu le temps lors du tournage », précise-t-elle.

D’entrée, l’émotion nous prend à la gorge et monte crescendo. Les images de Matthieu-David Cournot sont terribles, touchantes, magnifiques. Tout comme l’histoire personnelle et professionnelle de ces hommes. Quelques minutes suffisent. La seule expérience visuelle, sublime, parvient à nous captiver. Mais cette force d’attraction de la prouesse technique ne serait rien s’il n’y avait pas derrière chaque image une composition picturale. Une composition à laquelle participent le cadre dramatique, l’intrigue même… Cette alchimie est source d’un pouvoir irrésistible car elle n’est qu’un simple ustensile pour servir un propos remarquablement mené, qui intrigue tout de suite tant il sait jouer de la suggestion, qui prend au cœur tant il parvient à se focaliser sur l’humain, et qui trouble tant il semble mieux cerner la réalité au travers du dessin qu’au travers de l’image réelle. D’ailleurs »We Are Soldiers » pourrait finalement se résumer à ça : détourner l’image de la réalité pour mieux l’atteindre ; toucher par le rêve quand les images les plus concrètes ont été banalisées par nos esprits. Voilà bien la plus subtile des démarches, induite qui plus est par cette intrigue d’anciens soldats qui cherchent à se souvenir d’un passé dérangeant qu’ils ont préféré occulter. Détourner pour mieux regarder ; travestir pour mieux transmettre ; mélanger les codes pour mieux dérouter ; suggérer plutôt qu’ingérer. Cette démarche, c’est celle de l’artiste et nul doute que cette « We Are Soldiers » est une œuvre documentaire touchante . 3 volontaires principaux, Dmytro , Anatolii et Oleksii racontent leurs vies d’avant, les raisons de leur engagement et leur ressenti par rapport à leur situation. Les 3 parcours différents interrogent sur leur psyché avec différentes subjectivités. Ceci étant dit, tout est dit. Il ne vous reste plus qu’à franchir le pas et enfin vous risquer à la confrontation car cette oeuvre a de quoi faire tourner quelques têtes…C’est un film grand film (documentaire) dont on ne sort pas indemne. Aussi alarmant que plein d’espoir. Formidable, inoubliable et bouleversant.

Note : 9,5/10

« SACREES SORCIERES » SORT AU CINEMA DANS TOUTE LA FRANCE LE MERCREDI 18 NOVEMBRE

 (The Witches)

D’après le roman de Roald Dahl

Avec Anne Hathaway, Octavia Spencer & Stanley Tucci

SORT AU CINEMA DANS TOUTE LA FRANCE

LE MERCREDI 18 NOVEMBRE

UN MONDE MAGIQUE ET FANTASTIQUE POUR TOUTE LA FAMILLE

SUR GRAND ECRAN !

DECOUVREZ LA TOUTE PREMIERE BANDE ANNONCE DU NOUVEAU FILM DE

ROBERT ZEMECKIS, RELECTURE DIABOLIQUEMENT INSOLENTE DU GRAND CLASSIQUE DE

ROALD DAHL

 Robert Zemeckis, réalisateur oscarisé et conteur né à qui l’on doit FORREST GUMP, LE PÔLE EXPRESS et la trilogie RETOUR VERS LE FUTUR, insuffle sa générosité et un sens inédit de l’humour et du fantastique à « Sacrées sorcières » de Roald Dahl.

Il s’est associé à Alfonso Cuarón, Guillermo del Toro et Kenya Barris pour raconter cette aventure fantastique autour d’un petit garçon qui tombe sur une mystérieuse congrégation de sorcières et qui, avec l’aide de son adorable grand-mère, tente de les empêcher de transformer tous les enfants du monde en souris ! Le casting réunit d’immenses acteurs comme Anne Hathaway, Octavia Spencer, Stanley Tucci, sans oublier le débutant Jahzir Kadeem Bruno dans le rôle du jeune héros.

« SACRÉES SORCIÈRES est une formidable relecture du grand classique de Roald Dahl qui associe une mise en scène extraordinaire à une interprétation hors pair », assure Toby Emmerich, Président du Warner Bros. Pictures Group.

SYNOPSIS

Dans cette nouvelle adaptation du chef d’œuvre de Roald Dahl, Zemeckis raconte l’histoire à la fois drôle, grinçante et émouvante de Bruno, un jeune orphelin. En 1967, il vient vivre chez son adorable grand-mère (Octavia Spencer), dans la petite ville rurale de Demopolis, en Alabama. Tandis que le petit garçon et sa mamie croisent la route de sorcières aussi séduisantes que redoutables, la grand-mère entraîne notre héros en herbe dans une somptueuse station balnéaire. Malheureusement, ils débarquent au moment même où la Chef Sorcière (Anne Hathaway) réunit ses sbires venus du monde entier – incognito – pour mettre en œuvre ses sinistres desseins…

Le film réunit Anne Hathaway (LES MISÉRABLES, OCEAN’S 8) et Octavia Spencer (LA COULEUR DES SENTIMENTS, LA FORME DE L’EAU – THE SHAPE OF WATER), toutes deux oscarisées, Stanley Tucci (la saga HUNGER GAMES, LOVELY BONES), cité à l’Oscar.

Deux comédiens débutants, Jahzir Kadeem Bruno (ATLANTA) et Codie-Lei Eastick (HOMES & WATSON), partagent aussi l’affiche.

Adapté du livre de Roald Dahl, le scénario est signé Robert Zemeckis, Kenya Barris (BLACK-ISH, SHAFT) et Guillermo del Toro (LA FORME DE L’EAU – THE SHAPE OF WATER), cinéaste oscarisé. Zemeckis est producteur du film aux côtés de Jack Rapke, del Toro, Alfonso Cuarón et Luke Kelly. La production exécutive est assurée par Jacqueline Levine, Marianne Jenkins, Michael Siegel, Gideon Simeloff et Cate Adams.

Le réalisateur s’est entouré de ses fidèles collaborateurs comme le chef-opérateur cité à l’Oscar Don Burgess (FORREST GUMP), le chef-décorateur Gary Freeman, les chefs-monteurs Jeremiah O’Driscoll et Ryan Chan, la chef-costumière citée à l’Oscar Joanna Johnson (ALLIÉS, LINCOLN) et le compositeur cité à l’Oscar Alan Silvestri (LE PÔLE EXPRESS, FORREST GUMP).

A Propos du Livre Sacrées Sorcières

Roald Dahl, qui a vendu 300 millions de livres et qui vend un nouvel exemplaire toutes les 2,5 secondes, est un auteur dont le succès ne s’est jamais démenti. Traduit en une quarantaine de langues, « Sacrées sorcières » est l’un de ses ouvrages les plus populaires. Paru il y a plus de trente ans, il aborde des thèmes comme la bienveillance, le courage et l’espoir qui résonnent toujours autant chez les jeunes.

Le jeune Wallander saison 1 sur netflix, un polar scandinave classique, trop classique

L’inspecteur Wallander est une figure bien connue du monde du polar, créé par Henning Mankell en 1991, ses enquêtes ont grandement contribué à la renommée du polar nordique.

Cette série a donc pour but de conter ses jeunes années et ses débuts dans la police suédoise. On aurait donc pu s’attendre à ce que la série nous ramène dans les troublantes années 80 ou début des 90 mais étrangement la série se passe de nos jours, on y retrouve les smartphones, des voitures modernes et le dark Web avec lequel notre jeune inspecteur se débrouille remarquablement bien pour un novice dans les enquêtes criminelles. Une fois ce détail passé, on fait connaissance avec ce fameux Kurt Wallander avant qu’il ne devienne la légende du polar tel qu’on le connaît. Il est volontaire, idéaliste et un brin naïf aussi, tout à fait le genre de personnage auquel le spectateur peut s’attacher facilement. La jolie frimousse de l’acteur qui l’interprète, Adam Pålsson, aide beaucoup.

La réalisation se situe dans les standards de ce genre de série, aucun coup de génie mais elle remplit le cahier des charges. Un certain travail a été réalisé sur la lumière et les couleurs donnant un aspect léché à ces six épisodes mais le côté noir et glauque qui a rendu célèbre la saga littéraire se retrouve un peu occulté. Le casting est convaincant dans l’ensemble et cette première saison est soutenue par un rythme solide.

Tout cela aurait pu conduire à une agréable série policière si son intrigue n’avait pas été si scolaire. Les habitués du code des polars pourront cocher toutes les cases de la gentille enquête bien cadrée. On suit wallander lors de son enquête dans les milieux interlopes, on le voit empiler des pistes qui semblent mener nulle part, on l’accompagne alors que les pièces du puzzle commencent à s’imbriquer jusqu’à la révélation finale qui n’en est pas une pour tous les afficionados des livres policiers. Le scénario est solide et l’enquête se suit sans déplaisir mais il manque un élément, un électrochoc à même de propulser l’ensemble vers des hauteurs qu’il semble nécessaire d’atteindre, pour chaque série, afin de se démarquer du reste de la concurrence, toujours plus foisonnante.

Malgré des acteurs convaincants, la série ne dépasse jamais son statut de gentille enquête policière sans originalité. Ce n’est pas son discours timide sur l’immigration et sa fin douce-amère qui vont la sauver face à la marée de programmes nouveaux qui sont disponibles tous les jours.

Depuis 2020 / 60min / Policier, Thriller
Titre original : Young Wallander
Nationalités Suède, Grande-Bretagne

Chaîne d’origine Netflix

CRITIQUE : DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE (THE SOCIAL DILEMMA) SUR NETFLIX

Voici la critique du nouveau documentaire original de Netflix « DERRIERE NOS ECRANS DE FUMEE » (THE SOCIAL DILEMMA) qui porte un discours important sur les dérives provoquées par certains mécanismes des plateformes numériques et l’utilisation à outrance de leurs outils.

Ce documentaire de Jeff Orlowski illustre le grand propos du programme : les outils d’internet vont causer notre perte.

Le fait que les médias sociaux puissent créer une dépendance et donner la chair de poule n’est pas une révélation pour quiconque utilise Facebook, Twitter, Instagram et autres. Mais dans le documentaire  » Derrière nos écrans de fumée  » de Jeff Orlowski, des transfuges consciencieux de ces entreprises expliquent que la pernicieuse présence des plateformes de réseaux sociaux est un trait, pas un bogue.

Ils affirment que la manipulation du comportement humain à des fins de profit est codée dans ces entreprises avec une précision machiavélique : Le défilement infini et les notifications push maintiennent les utilisateurs constamment engagés ; les recommandations personnalisées utilisent les données non seulement pour prévoir mais aussi pour influencer nos actions, faisant des utilisateurs des proies faciles pour les publicitaires et les propagandistes.

Dans des interviews au montage rapide, Orlowski s’entretient avec des hommes et (quelques) femmes qui ont contribué à la construction des médias sociaux et qui craignent aujourd’hui les effets de leurs créations sur la santé mentale des utilisateurs et les fondements de la démocratie

La plupart de ces faits sont familiers, mais  » Derrière nos écrans de fumée  » va plus loin en intercalant les interviews avec des scènes fictives d’une famille de banlieue souffrant des conséquences d’une dépendance aux médias sociaux. Il y a des dîners silencieux, une fille pubère qui a des problèmes d’image de soi et un fils adolescent qui est radicalisé par les recommandations de YouTube qui promeuvent une vague idéologie.

Ce récit fictif illustre les limites de l’accent parfois hyperbolique mis par le documentaire sur le support au détriment du message. Par exemple, les interlocuteurs du film mettent l’augmentation des maladies mentales sur le compte de l’utilisation des médias sociaux, mais ne reconnaissent pas des facteurs tels que l’augmentation de l’insécurité économique. La polarisation, les émeutes et les protestations sont présentées comme des symptômes particuliers de l’ère des médias sociaux sans contexte historique.

Malgré leurs critiques véhémentes, les personnes interrogées dans  » Derrière nos écrans de fumée  » ne sont pas toutes des prophètes de malheur ; beaucoup suggèrent qu’avec les bons changements, nous pouvons sauver le bien des médias sociaux sans le mal. Mais les solutions personnelles et politiques qu’ils présentent dans le film confondent deux cibles de critique distinctes : la technologie qui provoque des comportements destructeurs et la culture du capitalisme sauvage qui la produit.

Néanmoins,  » Derrière nos écrans de fumée  » est remarquablement efficace pour tirer la sonnette d’alarme sur l’incursion de la technologie d’exploration et de manipulation des données dans notre vie sociale et au-delà. Le film d’Orlowski n’est pas lui-même épargné par le phénomène qu’il examine. Le film est diffusé en streaming sur Netflix, où il deviendra un autre nœud de l’algorithme basé sur les données du service.

 Il met en garde contre les dérives de ces algorithmes qui cherchent, avec chaque jour un peu plus d’efficacité, à nous maintenir « engagés » sur Facebook, YouTube, Instagram ou Twitter. Polarisation des débats, bulles de filtres qui nous mettent uniquement en relation avec des gens qui pensent comme nous, addiction, prime à la désinformation, dépression, le documentaire balaye largement les problèmes causés, plus ou moins directement, par « l’algorithmisation » croissante de nos vies.

A l’appui de leur démonstration, les réalisateurs ont convoqué un nombre impressionnant de militants, d’experts de haut vol et de « repentis » de la Silicon Valley, emmenés par Tristan Harris, ancien ingénieur chez YouTube et qui préside aujourd’hui le Center for Humane Technology. Devant la caméra se succèdent ainsi Renée DiResta, spécialiste mondialement reconnue de la désinformation ; Shoshana Zuboff, théoricienne du « capitalisme de surveillance » ; ou encore Jaron Lanier, dont le look de gourou new-age fascine presque autant que ses réflexions sur l’impact des nouvelles technologies.

Comment expliquer concrètement le fonctionnement de ces algorithmes, quand du propre aveu des « repentis » qui s’expriment, seule une poignée de personnes, chez Google ou Facebook, comprennent réellement ces logiciels ? Pour y parvenir, le documentaire a recours à un petit artifice, en prenant pour exemple une famille fictive dont on mesure, entre deux entretiens, le rapport difficile à la technologie : celle-ci conduit le fils à s’isoler, tandis que la fille développe une mauvaise image d’elle-même. Face à eux, trois acteurs jouent le rôle des algorithmes, qui ont pour but de les maintenir accrochés à leur téléphone et leur vendre des publicités ciblées.

Ce dispositif, un peu kitsch mais finalement très efficace, permet de visualiser les grands principes qui régissent les réseaux sociaux, et les conséquences désastreuses qu’ils peuvent avoir – sur la radicalisation du débat politique ou des événements précis comme le génocide des Rohingyas en Birmanie. La démonstration est convaincante, mais souffre parfois de quelques raccourcis et exagérations. Un graphique montrant l’évolution de la puissance de calcul sur un siècle est ainsi présenté comme la preuve de la défaite de nos cerveaux face à la machine, quand le documentaire montre bien que ce sont les paramètres choisis à la conception, plus que l’efficacité des machines, qui sont au cœur du problème.

Anticipons tout de suite les critiques : une grande partie de ce que montre The Social Dilemma est vrai. Rien de nouveau, mais le constat est réaliste. Les réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et Instagram et plateformes comme Gmail ont été créés et améliorés pour maximiser le temps que les internautes y passent. On parle des petites bulles de notifications omniprésentes inventées pour générer un sentiment de manque et d’envie. On parle de la manière dont une plateforme sait exactement quel contenu vous lisez sur votre mobile, à quelle vitesse vous scrollez, combien de secondes votre attention sera retenue par une vidéo. Vous vous êtes laissé happer par une vidéo d’un paresseux à trois pattes qu’un capybara aide à traverser la route ? Votre fil d’actualité Facebook va se remplir de vidéos d’animaux du même acabit.

ces anciens de la tech qui se construisent une morale après avoir enchaîné les jobs dans les PinterestYouTubeTwitterGoogleFacebookInstagram, et se présentent depuis quelques années comme les lanceurs d’alerte prétendument légitimes d’un système qu’ils ont largement contribué à bâtir. Il y a aussi la politique, évidemment, les fausses informations qui engendrent les fausses informations, les manœuvres de déstabilisations géopolitiques qui n’ont même pas eu besoin de piratage pour arriver à leurs fins, juste de détourner des outils qui sont déjà présents. « Nous n’avions pas anticipé tout ça lorsque nous avons créé Twitter il y a 12 ans », entend-on le CEO Jack Dorsey balbutier.

Derrière nos écrans de fumée s’achève malgré tout sur un optimisme prudent. Il n’y a pas de « bad guys » dans la Silicon Valley : nous avons le pouvoir de dire non aux manipulations en nous déconnectant ou en votant avec nos clics. Il n’est pas trop tard, mais un changement n’est possible que si ces entreprises cessent d’être pilotées en fonction de leur cours de Bourse.

Source : Damien Leloup « Le monde » & Marie Turcan  « numerama ».

The Mandalorian saison 2 : une bande-annonce haletante et une première affiche dévoilées par Disney+

Retour dans une galaxie très très lointaine cet automne avec le lancement mondial de la saison 2 de « The Mandalorian » sur Disney+. La plateforme vient de dévoiler la première affiche et une bande-annonce des plus réjouissantes.

L’attente semble interminable pour les fans de la série… Et pourtant les choses se précisent. Après l’annonce d’une date, et la confirmation d’un lancement en simultané en France et aux Etats-Unis, Disney+ dévoile l’affiche de la saison 2 de The Mandalorian mettant en scène les deux protagonistes, ainsi qu’une bande-annonce levant le voile sur les toutes premières images des épisodes à venir.