Vod : VS. De Ed Lilly Avec Ruth Sheen, Fola Evans-Akingbola, Joivan Wade

Naturellement doué pour les mots, un adolescent baladé de famille d’accueil en famille d’accueil révèle tout son talent dans le milieu du Battle Rap. Mais quand il débarque chez sa mère après 10 ans de services sociaux, il est confronté au pire de tous les adversaires : son passé.
Chronique : Il y avait toujours le risque qu’un film se déroulant dans le monde de la bataille de rap au Royaume-Uni ne parvienne pas à trouver le bon rythme et à jouer comme une parodie de Supa Hot Fire , avec des spectateurs exagérant sauvagement leur teinte ou leur approbation. Heureusement, les débuts du cinéaste local Ed Lilly frappent au-dessus de toute maladresse avec un rite de passage énergique qui se déroule à Southend-on-Sea qui ne parle pas à son public cible. L’implication des combattants réels Gemin1 et Shuffle T, la supervision musicale de Rob da Bank et le casting des rappeurs Shotty Horroh et Paigey Cakey (qui a écrit ses propres paroles pour le rôle) garantissent que les attaques verbales vicieuses ne sont pas édulcorées. Contre. peut définir son décrochage comme le British 8 Mile , avec son protagoniste acharné transmuant sa rage en paroles, mais il suit sa propre voie et est rafraîchissant et progressif en matière de genre et de sexualité.Southend battle rappers in Vs.

Le jeune casting diversifié est dirigé par Connor Swindells en tant que gamin nourricier Adam, qui est obligé de faire face à son abandon lorsqu’il se retrouve face à face avec sa mère biologique. Une réinstallation là où il a grandi enflamme sa curiosité et une rencontre fortuite avec l’organisateur de la scène de bataille de rap locale, Makayla (Fola Evans-Akingbola), le conduit à trouver une nouvelle tribu. Elle le prend sous son aile, et le nouveau venu Evans-Akingbola impressionne dans un rôle qui ne la relègue pas à une fille rêveuse de lutin maniaque, mais offre de l’agence et un arc émotionnel émouvant.

C’est une vitrine de nouveaux talents britanniques, qui incluent les MVP Jovian Wade et Ellie James, chacun ayant amplement le temps de briller sous les néons séduisants des arcades de jeu. La DOP Annika Summerson fait des merveilles en bord de mer, capturant l’excitation des lumières vives d’une nouvelle ville où tout est possible et survolant son appareil photo au-dessus des attractions de la mer et de la jetée. Des prises de vue vigoureuses dans des espaces intimes transmettent de manière convaincante la passion d’une pièce remplie d’adolescents exprimant leurs émotions confuses, et Lilly gère les tourments et les états hormonaux excitables de ses personnages de manière passionnante et viscérale.

Connor Swindells as Adam

 

Le film bascule entre la bonne humeur – alors qu’Adam trouve ses pieds et forme de nouveaux liens – et le drame émotionnellement engageant. Il s’éloigne du misérabilisme et opte pour un dynamisme plein d’espoir. Swindells se transforme en une performance qui regorge d’intensité – ses explosions de violence affectent, et son virage confiant rappelle le travail de Jack O’Connell dans Starred Up alors qu’il se bat pour accepter une relation difficile avec sa mère. Il rend la douleur d’Adam extrêmement comparable, mais le film a également l’intelligence de renverser la perspective. Dans son appréciation de la difficulté de la maternité, le film change de vitesse, développant la colère d’Adam en une lettre d’amour compréhensive pour les mères célibataires.

Plutôt que de suivre un rythme hollywoodien standard, Vs. utilise son cadre britannique à son avantage – il s’engage avec l’angoisse et la sous-culture des adolescents d’une manière similaire à Skins. Bien sûr, les fêtes ne sont peut-être pas aussi folles, mais le film se sent vécu et les personnages évoluent. Ils passent leur temps à célébrer et à traîner dans un entrepôt et à s’asseoir dans leur chambre à boire de l’alcool et à écrire des paroles. Le dénouement peut lier le tout ensemble un peu trop soigneusement, comme pourrait le faire un film de danse édifiant, mais tout le reste semble valide.

VOD :Warning : Do Not Play De Kim Jin-won Avec Seo Ye-Ji, Jin Seon-Kyu, Kim Bo-ra

Une réalisatrice de film d’horreur en devenir est à la recherche du sujet de son premier film. Quand un de ses amis lui apprend l’existence supposée d’un film tourné par un fantôme, elle est immédiatement fascinée. Plongée dans ses recherches, elle écrit un scénario qui la met en scène sur les traces de cet étrange film. Au fil de son enquête, les phénomènes étranges autour d’elle se multiplient…

Chronique  : Le film sud-coréen «Warning: Do Not Play» est un petit film d’horreur mystérieux alternativement effrayant et amusant pour ses principaux publics cibles. Tout en étant aussi sinistre et inquiétant que nécessaire, le film jette souvent des moments amusants à savourer, et nous acceptons cela avec plaisir en appréciant ses nombreuses scènes effrayantes.

Au début, le film observe la situation très difficile de son héroïne. Alors qu’elle était autrefois considérée comme une nouvelle cinéaste prometteuse grâce à son premier travail, Mi-jeong (Seo Ye-Ji) a du mal à écrire le scénario d’un film d’horreur à produire, et maintenant on lui dit qu’elle doit terminer, puis soumettre le scénario dans les deux semaines.

Et puis elle entend parler d’une légende urbaine intéressante de l’un de ses juniors. Il y a plusieurs années, il y avait un film étudiant qui avait vraiment effrayé le public et, selon ce récit, le gars qui a fait ce film en question a affirmé que le film était réalisé par un fantôme. Devenue assez curieuse à propos de ce film mystérieux, Mi-jeong se rend dans un collège où cette étudiante aurait étudié, mais elle n’a aucune idée du film car elle ne sait même pas qui est ce type.

Cependant, bien sûr, Mi-jeong trouve par la suite quelques informations sur le film. En discutant avec plusieurs étudiants, elle acquiert des connaissances de base, et elle apprend également qu’elle était censée être projetée dans un certain festival de cinéma bien connu en Corée du Sud, mais les archives du festival n’ont rien d’autre que sa bande-annonce – et cela la rend certainement d’autant plus curieuse.

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Alors qu’elle essaie toujours d’obtenir plus d’informations sur le film, elle reçoit un appel téléphonique de Jae-hyeon (Jin Seon-kyu), un gars qui a réalisé le film. Lorsque Mi-jeong le rencontre, il l’avertit solennellement qu’elle ne devrait pas approfondir ce qu’il a soi-disant fait, et il ne dit rien d’autre à part cela, bien qu’il soit tout à fait évident qu’il lui cache quelque chose.

L’ambiance devient par la suite plus insidieuse lorsque Mi-jeong découvre où Jae-hyeon vit et se faufile ensuite dans sa résidence minable, qui est, sans surprise, pleine de mauvais signes ici et là. Outre beaucoup de bougies allumées, il y a un certain nombre de dessins inquiétants sur les murs, et il semble qu’il ait vraiment peur de tout ce qui est associé à son film.

Ce n’est pas vraiment un spoiler de vous dire que Mi-jeong a finalement la chance de regarder le film de Jae-hyeon – et qu’elle a l’impression d’être dérangée et menacée par une force obscure inconnue. Alors que des choses étranges commencent à se produire autour d’elle, elle se souvient souvent d’un certain moment sombre de son passé, puis il y a une scène tendue où elle se retrouve soudainement seule et impuissante dans le noir à un moment plus tard dans l’histoire.

Et elle en apprend plus sur l’histoire de la production du film de Jae-hyeon. A cette époque, lui et plusieurs autres étudiants ont essayé de faire le film dans un cinéma abandonné, mais le cinéma a été connu comme un endroit hanté, et il y a un petit moment effrayant montré via ce que Jae-hyeon a brièvement tourné avec sa vidéo caméra. J’ai appris plus tard que la salle de cinéma montrée dans le film est en fait une vraie qui a été abandonnée pendant des années, et il va sans dire que cet endroit apporte une insidiosité supplémentaire authentique à l’écran.

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Tout en augmentant lentement le niveau de tension et de chair de poule à l’écran, la réalisatrice / scénariste Kim Ji-won, qui a fait ses débuts avec «The Butcher» (2007), continue de retenir notre attention avec plus de curiosité et d’effroi. Y a-t-il vraiment un fantôme dans ce cinéma? Qu’est-il vraiment arrivé à Jae-hyeon et à ses collègues? Et que se passe-t-il exactement autour de Mi-jeong?

Alors que nous en venons à réfléchir davantage à ces questions et à d’autres, il arrive finalement un moment où nous voyons ce qui est montré dans le film de Jae-hyeon, et Kim et son équipe font tout leur possible pour que Mi-jeong vienne faire un pas fatidique dans le cinéma abandonné. Si vous connaissez de nombreux films d’horreur sud-coréens récents, vous ne serez probablement pas surpris par ce qui est présenté pendant la séquence culminante, mais vous ne serez pas déçu au moins. Bien sûr, il y a plusieurs moments prévisibles pour vous secouer, mais le résultat global est aussi tendu et effrayant que prévu, et vous vous amuserez ensuite de ce qui suit.

Les quelques acteurs principaux du film sont efficaces dans leurs parties respectives. Alors que Seo Ye-ji s’engage comme une héroïne qui ne peut s’empêcher de stimuler sa curiosité malgré le sentiment de terreur qui s’accumule autour d’elle, Jin Seon-kyu a l’air convenablement effrayé et dérangé au besoin, et Ji Yoon-ho est également solide dans son petit mais rôle de soutien crucial.

En conclusion, « Warning: Do Not Play » est une pièce de genre agréable qui se marie bien avec ses éléments de genre familiers, et j’ai été assez diverti pendant ses 86 minutes de fonctionnement. Bien que cela puisse vous sembler plutôt modeste au début, il a fait son travail aussi bien que prévu, et cela vous rappellera certainement combien il est souvent difficile et difficile pour ces réalisateurs de films d’horreur d’effrayer et de divertir le public.

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Une vie cachée De Terrence Malick Avec August Diehl, Valerie Pachner, Maria Simon

Franz Jägerstätter, paysan autrichien, refuse de se battre aux côtés des nazis. Reconnu coupable de trahison par le régime hitlérien, il est passible de la peine capitale. Mais porté par sa foi inébranlable et son amour pour sa femme, Fani, et ses enfants, Franz reste un homme libre. Une vie cachée raconte l’histoire de ces héros méconnus.

VOD:https://www.filmotv.fr/film/une-vie-cachee/17067.html

Chronique : Ils ne furent pas nombreux, ceux qui, en Allemagne comme en Autriche, eurent l’audace de dire non, d’une manière ou d’une autre, à Hitler et au nazisme. Oser faire cela, il est vrai, c’était, fatalement, le payer de sa vie. En Allemagne, du côté de Munich, il y eut Sophie Scholl, son frère Hans et leurs autres compagnons de la Rose Blanche. En Autriche, il y eut le parcours exemplaire de Franz Jägerstätter, un paysan du village de Sainte Radegonde qui fut guillotiné le 9 août 1943 à la prison de Brandebourg à Berlin. Il faut observer que celles et ceux qui s’opposèrent à Hitler le firent toutes et tous au nom de leur foi chrétienne. Franz Jägerstätter a d’ailleurs été béatifié le 26 octobre 2007 à la cathédrale de Linz. C’est donc de cet homme-là que Terrence Malick a choisi de raviver le souvenir. Après sa série de films plus ou moins expérimentaux conçus à la manière de poèmes, de méditations, voire de prières, films sublimes mais qui pouvaient déconcerter certains spectateurs, le réalisateur de The Tree of Life renoue avec une narration beaucoup plus classique, mais sans se délester pour autant de son style, reconnaissable entre tous. On retrouve donc, dans Une Vie cachée, le goût du cinéaste pour les voix off, sa propension à filmer la nature, ainsi que de nombreux gros plans sur les acteurs qui semblent presque filmés avec une focale trop courte (mais c’est, évidemment, un effet voulu), etc. Le début est on ne peut plus caractéristique. Comme dans la plupart de ses films, Malick commence par filmer la nature d’une manière quasi édénique. En quelques plans, nous sommes conviés à goûter la vie à la montagne du fermier Franz Jägerstätter (August Diehl), de sa femme Fani (Valerie Pachner) et, bientôt, de leurs trois filles, ainsi que de quelques autres personnages, dont la belle-sœur de Franz qui est venue vivre avec eux. La vie de paysan est rude, certes, mais, au départ, tout est filmé dans une sorte d’innocence première, comme s’il fallait ainsi souligner d’autant plus, par contraste, l’irruption du mal absolu, qui ne tarde pas à paraître. Nous en avions déjà été averti, il est vrai, dès l’ouverture, par des films d’archives montrant avec quel empressement de nombreux Autrichiens accueillirent l’hitlérisme. On pouvait espérer, néanmoins, que le petit village de Sainte Radegonde resterait préservé de cette folie. Il n’en est rien. Personne ne peut se targuer ni d’être neutre ni d’être indifférent. Franz, lui, ne tergiverse pas. Il fait d’abord ses classes, puis, de retour chez lui, ne peut ignorer qu’on va exiger de lui, comme de tout homme en âge de combattre, un serment d’allégeance au Führer. Mais, au nom de sa foi comme de son humanité, il lui est impossible de se résoudre à un tel engagement. Dans son village, il se fait aussitôt remarquer et ostraciser. Quand des nazis passent par là pour réclamer à chaque habitant sa contribution à l’effort de guerre, il est le seul à refuser. Dès lors, sa détermination est telle que rien ne peut l’en détourner. C’est bien l’itinéraire d’un martyr que filme Malick, il n’y a pas de doute, mais sans ostentation, sans prêchi-prêcha, comme certains se plaisent à le reprocher au cinéaste, à la sortie de chacun de ses films, de manière totalement fallacieuse. Au contraire, il y a dans cet homme, tel qu’il est ici filmé, une sorte d’évidence ou de simplicité, comme si la sainteté allait de soi.

Une vie cachée : Photo August Diehl, Valerie Pachner

Pour le détourner de sa voie, certains reprochent à Jägerstätter son orgueil, alors que c’est son humilité qui, au contraire, nous interpelle. Plusieurs interlocuteurs interviennent pour le faire changer d’avis, y compris l’évêque du lieu qui se réfère à saint Paul affirmant qu’il faut se soumettre aux autorités. Le maire du village, lui, affirme à Franz qu’il est plus coupable que les ennemis du pays, puisqu’il agit comme un traître. Plus tard, quand il est emprisonné, il est sournoisement invité à signer son acte d’allégeance à Hitler, quel que soit son sentiment profond, même si celui-ci est contraire à la déclaration écrite. On ne lui demande pas d’aimer le Führer, mais de parapher un document. « Ce n’est qu’un bout de papier, lui dit-on. En ton for interne, tu peux penser ce que tu veux. » Mais Jägerstätter ne peut se résoudre à cette hypocrisie. Terrence Malick film l’obstination d’un homme dont la droiture morale est sans faille et qu’aucun raisonnement, aucune intimidation, aucune torture ne font plier. En cet homme, tout comme d’ailleurs en sa femme Fani, il y a une bonté qui semble naturelle et qui se traduit, entre autres, par une absence de jugement d’autrui. Même ses bourreaux, Franz ne les juge pas. Le cinéaste réussit le tour de force de filmer la bonté sans maniérisme, sans mièvrerie d’aucune sorte. Car la force de l’accusé, ce qui lui permet de tenir jusqu’au bout, jusqu’au don de sa vie, cette force, il la puise dans sa foi chrétienne, sans nul doute, mais aussi, c’est évident, dans l’amour qui l’unit à Fani.

Une vie cachée : Photo August Diehl, Valerie Pachner

Leurs échanges épistolaires, superbes, interviennent en voix off, à plusieurs reprises au cours du film. Malgré les épreuves, le mépris des villageois, la séparation du couple, la dureté des travaux de ferme en l’absence de Franz, malgré l’issue fatale qui se profile, l’amour ne faiblit pas. Ceux qui affirment à Franz que son sacrifice ne sert à rien, qu’il ne modifiera en rien le cours de l’histoire, qu’il ne sera connu de personne, qu’il n’aura d’autre effet que de faire du mal à ses proches, ceux-là ne savent rien de la grandeur de l’amour. « L’amour excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout. L’amour ne passera jamais… », écrit saint Paul dans sa Première Lettre aux Corinthiens (13, 7-8). Les bourreaux de Jägerstätter avaient tout prévu, sauf cela. Une phrase de George Eliot, tirée du roman Middlemarch, phrase projetée sur l’écran à la fin du film, le dit aussi à sa manière et l’éclaire de sa douce lumière : « Si les choses ne vont pas aussi mal pour vous et pour moi qu’elles eussent pu aller, remercions-en pour une grande part ceux qui vécurent fidèlement une vie cachée ».

Note : 10/10

Une vie cachée : Affiche

La Vérité De Hirokazu Kore-eda Avec Catherine Deneuve, Juliette Binoche, Ethan Hawke

Fabienne, icône du cinéma, est la mère de Lumir, scénariste à New York. La publication des Mémoires de cette grande actrice incite Lumir et sa famille à revenir dans la maison de son enfance. Mais les retrouvailles vont vite tourner à la confrontation : vérités cachées, rancunes inavouées, amours impossibles se révèlent sous le regard médusé des hommes. Fabienne est en plein tournage d’un film de science-fiction où elle incarne la fille âgée d’une mère éternellement jeune. Réalité et fiction se confondent obligeant mère et fille à se retrouver…
Chronique  :  Après Kiyoshi Kurosawa et une expérience désastreuse (Le secret de la chambre noire), au tour du palmé Hirokazu Kore-eda de se lancer dans un tournage français avec notamment Deneuve et Binoche. Sans être son meilleur film, loin de là, La vérité reste typique du cinéaste japonais, plutôt lent au démarrage mais de plus en plus enthousiasmant à mesure du déroulement de l’intrigue, avec quelques jolies scènes sur la fin, toutes empreintes de subtilité et de poésie. Il s’agit une fois encore « d’une affaire de famille » et plus particulièrement d’une relation complexe entre mère et fille, la première, actrice de son état, se caractérisant par une mauvaise foi systématique, un caractère difficile et un égocentrisme forcené.
La Vérité : Photo Catherine Deneuve, Ethan Hawke, Juliette Binoche
La vérité intègre avec bonheur l’histoire d’un tournage dans le film qui en dit long sur la compétition entre actrices, y compris avec une défunte. Moments traités avec la finesse coutumière de Kore-eda, entre méchanceté et tendresse. Évidemment, dans le rôle de cette comédienne arrogante et un peu fêlée (dans tous les sens du terme),  la jeune Manon Clavel, à la voix envoûtante, qui se révèle, encore inconnue mais vraisemblablement plus pour très longtemps. Plaisir immense de retrouver son cinéma, seulement un peu plus d’un an après sa palme d’or pour « Une affaire de famille » au festival de Cannes 2018. Premier film en langue française en espérant que cela donne des idées à certains. Dans « La vérité » on retrouve tous les thèmes de prédilection déjà traités dans c’est précédent film. Et pourtant cela n’empêche en rien étonnamment de film en film, de voir une certaine évolution dans son cinéma. Chacun de ses films a pour thèmes, l’un des socles les plus importants du cinéma de Kore-eda, la famille. Devant la vérité, on pense bien sûr au cinéma de Claude Chabrol. La magie du cinéma est bien là, que le travail d’Eric Gautier à la photographie renvoi comme un effet de lumière à « Belle de jour » de Luis Buñuel, découvert en 1967 avec la même Deneuve. Le temps passe sauf la beauté d’une star de cinéma. Alors, oui la prestation de Catherine Deneuve est tout simplement irrésistible assurément l’un des plus beaux rôles de sa sublime filmographie, tout comme Juliette Binoche irrésistible. Voilà une vérité pleine de magie au charme incomparable.
La Vérité : Affiche

Les Vétos De Julie Manoukian Avec Noémie Schmidt, Clovis Cornillac, Carole Franck

Au cœur du Morvan, Nico, dernier véto du coin, se démène pour sauver ses patients, sa clinique, et sa famille. Quand Michel, son associé et mentor, lui annonce son départ à la retraite, Nico sait que le plus dur est à venir. « T’en fais pas, j’ai trouvé la relève. » Sauf que… La relève c’est Alexandra, diplômée depuis 24 heures, brillante, misanthrope, et pas du tout d’accord pour revenir s’enterrer dans le village de son enfance. Nico parviendra-t-il à la faire rester ?
Chronique : Le film, bien documenté, a le mérite de décrire le quotidien des vétérinaires ruraux (à Mhère, dans le Morvan), à la vie de famille compliquée, sans horaires, à la clientèle (animaux de rente) aux revenus modestes, ce qui les empêche, parfois, de facturer leurs actes au coût réel et à la recherche d’un remplaçant depuis 5 ans. Clovis CORNILLAC est crédible dans son rôle de vétérinaire surmené qui doit gérer le départ impromptu en retraite de son associé [Michel JONASZ, caricatural et jouant mal] et accueillir Alexandra, la nièce (Noémie SCHMIDT) de ce dernier, jeune vétérinaire de l’école d’Alfort, major de sa promotion, venant de soutenir sa thèse d’exercice sur les virus influenza et se destinant à une carrière de chercheur à l’Institut Pasteur. La moitié du film est une succession de scènes assez justes, lui donnant un aspect documentaire fidèle.
Les Vétos : Photo Clovis Cornillac, Lilou Fogli
La ruralité comme fil conducteur avec ses problèmes spécifiques, ses conditions de vie, ses espoirs de survie, la crainte de l’abandon. Une histoire de retour à la terre, pas spécialement voulue ici, de désertification médicale encore (même s’il s’agit ici de médecine vétérinaire) et de difficulté à se faire accepter quand on vient de la ville ou même simplement de ce manque d’envie de se faire accepter dans un environnement qui, après de longues années d’études, n’est plus vraiment le sien. Un scénario avec de multiples ressorts et une interprétation juste qui raviront un large public. Clovis Cornillac est vraiment magnifique dans son rôle , un grand acteur ! le film est réaliste avec de beaux moments ( la naissance difficile d ‘ un veau par exemple ! ) , l ‘ humour ne manque pas ni l ‘ émotion , les paysages sont magnifiques , j ‘ ai eu un peu de mal au début à me projeter sur l ‘interprète féminine principale mais finalement Noémie Schmidt est excellente ! Un film français de qualité, les plans sont magnifiques, les acteurs sont géniaux, et le travail de la réalisatrice pour son premier long métrage est juste extraordinaire. Un bon moment à passer en famille, entre ami. Pour vraiment tout le monde. Je recommande ce fil et j’espère que la réalisatrice Julie Manoukian ne s’arrêtera pas là. Merci pour ce moment.
Les Vétos : Affiche

Critique : La Terre et le sang De Julien Leclercq Avec Sami Bouajila, Sofia Lesaffre, Eriq Ebouaney sur Neflix

Après sa fille de 18 ans Sarah, sa scierie familiale représente toute la vie de Said. Pendant des années, il a difficilement maintenu à flot son entreprise, principalement pour ses employés, tous des anciens détenus et jeunes en réinsertion ; jusqu’au jour où l’un d’eux se sert de la scierie pour cacher une voiture bourrée de drogue. Lorsque le cartel auquel elle appartient débarque dans la scierie, Saïd et Sarah vont devoir tout faire pour la protéger. Ils ont un avantage : cette scierie c’est leur terre, ils en connaissent les moindres recoins…
Chronique : La Terre et le sang, un titre parfaitement appropriée à une œuvre granitique, décapée de certaines fioritures qui empoisonnent quelque peu le genre action. Dans sa volonté de dépouillement, le film de Julien Leclercq rappelle un peu les polars hard-boiled signés Richard Stark. On en revient à une idée d’abstraction, d’émotion brute. Chose rendue d’autant plus limpide que l’intrigue va converger vers un énorme morceau d’action dans la forêt, symbole de la nature dans sa plus parfaite bestialité. De prime abord, ça fonctionne. La mise en scène est plutôt soigneuse, éloignée des standards privilégiant le nombre de plans à la tension pure. Leclercq a l’intelligence de poser l’ambiance, de l’exalter avant de lâcher les moteurs en fin de parcours. Ce qui rend les accès de sauvagerie assez efficaces. Quoique la séquence la plus réussie selon moi est celle où la réalisation adopte le handicap de Sarah (la fille du héros), en nous faisant partager son incompréhension. D’accord, on ne peut pas dire que le film est pas très malin. C’est même plutôt limité, voire rétrograde. Je tique également sur la bande-son, parfois balourde dans les moments forts. Cela dit, La Terre et le sang a une patine grisâtre parfaitement raccord avec le récit, belle allégorie de personnages empêtrés dans une réalité sans espoir. Et les comédiens sont parfaits. En tête de file Sami Bouajila, toujours merveilleux. Et de belles révélations, parmi lesquelles la touchante Sofia Lesaffre, seul rai de lumière au milieu d’un environnement contaminé par la cendre et le violence.
Note : 5/10
La Terre et le sang : Affiche

Le Tombeau des lucioles : le chef d’oeuvre du studio Ghibli qui vous fera pleurer

Disponible sur Netflix, Le Tombeau des lucioles est l’une des œuvres majeures d’Isao Takahata, cofondateur du studio Ghibli. On vous dit pourquoi il faut rattraper ce bijou d’animation bouleversant. Préparez les mouchoirs.

DE QUOI ÇA PARLE ?

Japon, été 1945. Après le bombardement de Kobé, Seita, un adolescent de quatorze ans et sa petite soeur de quatre ans, Setsuko, orphelins, vont s’installer chez leur tante à quelques dizaines de kilomètres de chez eux. Celle-ci leur fait comprendre qu’ils sont une gêne pour la famille et doivent mériter leur riz quotidien. Seita décide de partir avec sa petite soeur. Ils se réfugient dans un bunker désaffecté en pleine campagne et vivent des jours heureux illuminés par la présence de milliers de lucioles. Mais bientôt la nourriture commence cruellement à manquer.

POURQUOI ON AIME

Lorsqu’on évoque le studio Ghibli, on pense évidemment à Hayao Miyazaki mais il ne faut pas oublier l’autre cofondateur de la firme japonaise Isao Takahata. Ce dernier, travaillant sur des films plus intimistes, personnels et réalistes, a offert un bijou d’animation sombre et poignant en 1989 : Le Tombeau des Lucioles. Il s’agit d’une adaptation de la nouvelle semi-autobiographique du même nom d’Akiyuki Nosaka, parue en 1967. La violence et la noirceur cruelles et réalistes de cette oeuvre, qui narre le calvaire de deux orphelins japonais frappés par la famine, la misère et la maladie lors de la Seconde Guerre mondiale, ont failli ruiner le studio Ghibli car les parents ne voulaient pas emmener leurs enfants voir ce film assez traumatisant au cinéma.

La sortie conjointe en salle de Mon voisin Totoro a permis au studio Ghibli d’éviter la banqueroute. Cela n’a pas empêché Le Tombeau des Lucioles d’être plébiscité par la critique et un public plus adulte et mature qui ont été touchés en plein coeur par ce récit poignant, sa mise en scène classique et son animation réaliste et envoutante. Malgré son histoire bouleversante et ses séquences déchirantes, Le Tombeau des Lucioles est une oeuvre mélancolique qui réussit à trouver un équilibre entre l’ombre et la lumière. A travers le parcours chaotique et spirituel de Seita et Setsuko, Le Tombeau des Lucioles traite avec une pudeur appréciée et une sincère émotion de l’absurdité de la guerre, de la misère sociale et de l’enfance perdue.

La sobriété et la fermeté de certaines séquences permettent de révéler toute la poésie de ce film d’animation qui joue sur un graphisme classique mais pointu pour accentuer le réalisme de son propos. Il est difficile de ne pas s’attacher à Seita et Setsuko qui, malgré les déconvenues et les obstacles, restent profondément unis et ce jusqu’à la mort. Le Tombeau des Lucioles est un récit sombre et dur qui parvient pourtant à éblouir et à attirer l’attention du spectateur sans fioritures. Le film d’Isao Takahata est une pure merveille dont on ne ressort pas indemne.

Star Wars 9 – L’ascension de Skywalker : déjà en VOD à l’achat

Star Wars : L’Ascension de Skywalker, long-métrage réalisé par J.J. Abrams, sort en salles le 18 décembre 2019 et en VOD à l’achat le 16 avril et le 24 avril 2020 en location. On découvre ensemble les bandes-annonces, le footage dévoilé à la D23 Expo 2019 ainsi que les affiches définitives du film.
Rey, Finn, Poe, Leia et tous les héros de Star Wars sont enfin de retour ! Deux ans après la sortie en salles de Star Wars : Les Derniers Jedi, voilà que Star Wars : L’Ascension de Skywalker, neuvième volet de la saga créée par George Lucas, pointe enfin le bout de son nez avec une nouvelle bande-annonce, pour une sortie prévue au cinéma le 18 décembre 2019 et en VOD à l’achat le 16 avril et en location le 24 avril 2020. A noter qu’une affiche a été dévoilé à l’occasion de la D23, en août dernier !

Côté casting, on prend les mêmes et on recommence puisque l’on retrouve comme pour les deux précédents opus Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Mark Hamill, Adam Driver, Anthony Daniels, Kelly Marie Tran, Domhall Gleeson, Lupita Nyong’o, Billie Lourd ou encore Carrie Fisher, dont des prises tournées avant son décès ont été utilisées pour continuer de faire vivre la Princesse Leïa.

Star Wars - The Rise of Skywalker : la bande-annonce

Côté nouveaux venus, pour cette trilogie en tout cas, on retrouve Billy Dee Williams qui reprend son rôle de Lando Calrissian, Ian McDiarmid qui retrouve son personnage, celui de l’Empereur Palpatine, mais également Joonas Suotamo dans le rôle de Chewbacca (remplaçant Peter Mayhew avant son décès), Keri Russel (La Planète des Singes : l’Affrontement, The Free State of Jones…), Richard E. Grant (Casse-Noisette et les Quatre Royaumes, Can You Ever Forgive Me?…) ou encore Dominic Monaghan (Le Seigneur des Anneaux, Lost…) dans un rôle encore tenu secret.

Star Wars : The Rise of Skywalker conclut ainsi la nouvelle trilogie autour des aventures de Rey et Finn, de la Résistance et du Premier Ordre mais surtout du retour des Jedi dans la galaxie lointaine, très lointaine. Initiée en 1977, la saga « Skywalker » n’a cessé d’engranger les succès, surtout auprès des fans qui reviennent encore et toujours en salles à la sortie d’un nouvel opus.

7. Koğuştaki Mucize (Netflix) : 5 choses à savoir sur le film turc qui fait sensation

Le film turc 7. Koğuştaki Mucize, qui cartonne sur Netflix, n’aura plus aucun secret pour vous !

7. Koğuştaki Mucize, c’est le film turc disponible sur Netflix dont tout le monde parle. Ce mélodrame raconte l’histoire de Memo, un père déficient mental injustement accusé du meurtre d’une enfant, et qui est lui-même séparé de sa petite fille lorsqu’il est envoyé en prison.

Basé sur une histoire vraie ?

Les spectateurs ont été tellement touchés par 7. Koğuştaki Mucize qu’ils se sont demandé s’il était inspiré d’une histoire vraie. Pas vraiment : il s’agit du remake d’un film sud-coréen, qui a remporté de nombreux prix en Inde, aux Philippines et en Indonésie. Miracle In Cell 7 serait inspiré de l’histoire d’un homme, accusé à tort par un militaire haut-gradé du meurtre de sa petite fille. Il aura passé plus de 30 ans à clamer son innocence, en vain. Fait intéressant, le long-métrage sud-coréen est une comédie dramatique, alors que la version turque a préféré jouer la carte de l’émotion.

Un petit prodige

Nisa Sofiya Aksongur (Ova) n’avait que huit ans quand elle a tourné 7. Koğuştaki Mucize en 2019. Malgré son jeune âge, la jeune fille est déjà bien connue en Turquie : elle est notamment apparue dans la série Muhtesem Yüzyil : Kösem, Aglama Anne et Kuzgun.

A ses débuts

Ce n’est pas la première fois que Aras Bulut Iynemli (Memo) collabore avec le réalisateur Mehmet Ada Öztekin. C’est même ce dernier qui a lancé sa carrière en le choisissant comme tête d’affiche dans son drame historique Mahmut ile Meryem en 2013. Il fera aussi une brève apparition en chauffeur de taxi dans son film suivant, Martilarin Efendisi (2017). La suite de l’histoire, on la connaît.

Une belle amitié

Aras Bulut Iynemli et Sarp Akkaya (qui interprète le directeur de la prison), sont des amis proches dans la vraie vie. Il ont notamment joué ensemble dans la série Muhtesem Yüzyil (Magnificent Century), diffusée entre 2011 et 2014. Nisa Sofiya Aksongur, la petite Ova, jouera elle-même dans le spin-off, Muhtesem Yüzyil: Kösem.

Tous les chemins mènent à Netflix

Les fans des productions Netflix reconnaîtront deux visages familiers dans 7. Koğuştaki Mucize. On peut en effet retrouver Ilker Aksum (l’un des prisonniers) dans la série épique L’essor de l’empire ottoman, tandis que Yurdaer Okur (le général) apparaît dans la saison 1 de The Protector (la première production turque de Netflix).

Code 8 / De Jeff Chan Avec Stephen Amell, Robbie Amell, Laysla De Oliveira – NETFLIX

Dans un monde où 4% de la population est née avec des pouvoirs surnaturels, et où ces personnes sont discriminées et traquées sans relâche, un ex-malfrat et un trafiquant de drogue possédant un don de télékinésie s’allient pour mettre fin à un dangereux réseau de criminels.

Chronique :Code 8″ fait partie de ces projets dont on ne peut d’abord que saluer la persévérance de l’ensemble de ses participants pour l’avoir mené à bien. Que cela soit les cousins Robbie et Stephen Amell producteurs et interprètes, le réalisateur Jeff Chan, son scénariste Chris Pare ou l’acteur Sung Kang, tous ont fait preuve d’une fidélité sans faille et ont franchi les obstacles pour que leur proposition de SF née sous la forme d’un chouette court éponyme de 2016 devienne un long-métrage. Le succès de la campagne de crowdfunding menée dans cette optique l’a d’ailleurs prouvé : comme eux, le public a également vu le potentiel véhiculé par cette histoire de personnes dotés de super-pouvoirs et considérées comme une minorité clandestine juste bonne à remplir les tâches les plus ingrates de la majorité. Déjà, en à peine dix minutes, Jeff Chan installait un univers convaincant où la critique sociale et la SF se fondaient en osmose dans bon nombre de jolies trouvailles, et ce jusque dans les traits du héros interprété par Robbie Amell. En effet, un Nord-américain au physique juvénile de parfait quaterback se trouvant dans la même condition que celle réservée aux immigrés sud-américains sur le sol des États-Unis se devait de marquer les mémoires et, par là même, démontrer la pertinence de la proposition de Chan. Le contexte ainsi que le discours qui en découlait étaient donc bien là et exposés plutôt brillamment mais, malgré la bonne volonté de tous ses intervenants, restait à savoir si « Code 8 » allait pouvoir offrir encore plus de matière à les développer en passant au format de long-métrage. Beaucoup de courts-métrages au point de départ séduisant se sont souvent cassés les dents sur une plus longue durée… Eh bien, en matière d’univers, on peut dire que « Code 8 » relève haut la main le défi ! Reprenant fidèlement tout ce qui a été mis en place par le court-métrage (seuls les personnages de Robbie Amell et de Sung Kang subiront quelques légères variations au final), Jeff Chan va d’abord enrichir son Amérique uchronique d’un rapide historique où les personnes possédant un super-pouvoir ont aidé à façonner le pays avant d’être rejetées en bloc afin d’expliquer leur situation aujourd’hui et renforcer le parallèle avec la position d’immigré. Mieux, s’il va à nouveau s’attarder sur les points essentiels du court pour toujours traduire ce sentiment d’une déshumanisation sociétale à leur égard (le travail clandestin, les violences policières, etc), il va même parvenir à l’aggraver en faisant par exemple entrer un nouvel élément en jeu, la Psyche, une drogue extraite à même de ces êtres hors-normes et synonyme de fait d’un trafic où l’humain n’est plus qu’une valeur marchande. Évidemment, on pourrait pointer du doigt que cette métaphore vis-à-vis d’une minorité jouant sur une différence extraordinaire (super-pouvoirs comme « X-Men » ou extraterrestres comme « District 9 ») n’est pas une idée très neuve mais, dans le fond, si celle-ci se voit assortie d’un cadre SF suffisamment fort et offrant de nouvelles perspectives à une critique des maux les plus profonds de nos sociétés dites civilisées, il devient dur de ne pas la saluer, surtout lorsqu’elle vient de projets montés au forceps comme ici (une petite production canadienne, rappelons-le) face à une offre hollywoodienne se montrant plus que timorée en la matière. D’ailleurs, point d’overdose d’effets spéciaux inutiles dans « Code 8 », Jeff Chan fait de son manque de budget un véritable atout en ancrant son histoire au plus près de la réalité du quotidien de ces héros et ne met en lumière leurs pouvoirs ou la technologie sécuritaire qui gouverne leur cité (la bien-nommée Lincoln City) uniquement dans le but de servir au mieux l’intrigue, l’avancée de ses enjeux et ses personnages. Alors, bien sûr, faute de moyens, il manque clairement un souffle visuel de plus grande ampleur qui permettrait d’emmener le film au-delà de ce côté formel de téléfilm qui lui colle un peu trop souvent à la peau mais « Code 8 » a le mérite incontestable d’avoir conscience de ses ambitions autant que de ses limites à les concrétiser et, avec un certain talent, cherche toujours à maximiser les premières malgré la contrainte des deuxièmes. Là où on aura un peu plus du mal à soutenir le film, c’est du côté du déroulement de son récit et du peu de surprises qu’il réserve sur sa globalité. Certes, dans cet univers, l’évolution de son jeune héros dans le milieu des malfrats aux super-pouvoirs afin de subvenir aux besoins de sa mère malade permet d’étayer la portée symbolique du film, cependant, elle suit un schéma bien trop connu du film dit « de braquage » et de la spirale négative qu’il induit pour lui permettre de s’élever à la hauteur de la qualité du reste. Dommage car « Code 8 » aurait sans doute fait un carton plein en choisissant de sortir également des sentiers battus de ce côté, d’autant plus que, lorsqu’il s’aventure sur le terrain de l’émotion pour explorer les dilemmes moraux de ses personnages, il gagne considérablement en densité en alliant l’humanité qui en émane à la métaphore de l’entreprise dans son ensemble. Néanmoins, et à défaut de plus, le tout reste mené avec une relative efficacité notamment grâce à son casting logiquement très investi dans la réussite du projet (les Amell et Sung Kang en tête). De la ténacité de ceux qui ont tout fait pour qu’elle voit le jour à la justesse du regard qu’elle porte sur les minorités délaissées par la société américaine, « Code 8 » est donc une proposition SF canadienne qui a une âme. Certes, l’intelligence de son propos aurait mérité une intrigue aux ressorts moins traditionnels mais il est indéniable que le film réussit à faire entendre sa propre voix grâce à la richesse de son univers et aux personnages bien campés qui y gravitent. D’ailleurs, ce monde n’en est encore qu’à ses prémices, toute l’équipe travaille déjà sur une série spin-off du film pour la future plateforme de streaming Quibi. Nul doute que les drones de Lincoln City n’en ont pas fini de repérer de nouveaux « Code 8 ».

Note : 8/10

Code 8 : Affiche