Critique : 7. KOĞUŞTAKI MUCIZE / NEFLIX

Salut à tous !
Nouvelle critique sur le film turc : 7. Koğuştaki Mucize sur Netflix réalisé par Mehmet Ada Öztekin avec Aras Bulut İynemli, Nisa Sofiya Aksongu
L’histoire: Séparé de sa fille, un père avec un handicap mental doit prouver son innocence lorsqu’il est arrêté pour le meurtre d’une enfant.
#7KoğustakiMucize #Critique #Film

Matthias & Maxime De Xavier Dolan Avec Gabriel D’Almeida Freitas, Xavier Dolan, Anne Dorval

Deux amis d’enfance s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l’équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences.

VOD : https://vod.canalplus.com/cinema/matthias-et-maxime/h/12556480_40099?sc_openpartner=CNC

Chronique :   Maxime essaie de joindre son frère mais tombe sur son répondeur. Il marche sur un parking et la caméra le filme en gros plan. Un chien passe dans le flou derrière lui, quoique la caméra prenne la peine de suivre son mouvement, un mouvement de passage de part et d’autre du cadre. De la droite vers la gauche.

Matthias & Maxime : Affiche

Ce chien, nous le retrouvons plus loin, lors d’une fête : il traverse la rue, du trottoir de gauche à celui de droite cette fois. Direction différente parce que personnage différent : dans le premier cas, Maxime ; dans le second, Matthias. Un détail comme celui-ci permet d’entrer dans le nouveau long-métrage de Xavier Dolan en soulignant d’emblée l’intérêt qu’il porte aux symboles et la virtuosité dramatique qu’il en tire. Deux êtres similaires mais séparés par l’orientation que prennent leurs mouvements. Maxime se projette dans un ailleurs où il pourrait renaître et, peut-on penser, faire le deuil de son amour impossible : c’est l’Australie, terre à l’autre bout du monde. Et il ne reviendra pas pour Noël. Matthias, quant à lui, gravit les échelons de la bureaucratie : son monde est régi par l’ordre, par ces murs qui structurent l’espace et l’enferment dans une collection de postures. Comme Maxime d’ailleurs. Là se tient le nerf dramatique du film : dans la capacité qu’a Dolan de saisir l’asphyxie réciproque de deux amis figés malgré eux dans des rôles en désaccord avec leur nature intérieure. Tous deux jouent le jeu de l’hétérosexualité, tous les deux jouent le jeu de l’amitié.

Matthias & Maxime : Photo Xavier Dolan

Il suffit d’un baiser, il suffit d’une fiction, et la bulle vient à éclater. Matthias & Maxime repose sur l’indicible adieu à celui qu’on est et à celui qu’on aime, dans cette vertigineuse interdépendance qui unit les deux hommes : un dessin de classe primaire prophétisait déjà, alors qu’ils n’avaient que sept ans, le trajet en voiture qu’ils effectuent au début du film. Trajet qui confronte Maxime au modèle de la famille idéale, composée du mari, de l’épouse et des deux enfants. Le découpage en chapitres chronologiques situent l’action par rapport à l’issue qui nous est révélée d’emblée, par rapport à ce départ pour l’étranger ; l’œuvre se fait aussitôt tragédie et suit les personnages se débattre ou s’ébattre avec une profonde mélancolie, jusqu’à enfin remédier au fatum par l’acceptation de soi.

Matthias & Maxime : Photo

Pour y parvenir, il aura fallu démasquer l’hypocrisie ambiante qu’incarne McAfee, dont le nom d’antivirus trahit avec ironie la corruption des êtres contraints : rythmée par une fameuse chanson des Pet Shop Boys, son entrée en scène le peint sous les traits d’un jeune arrogant qui, en enfouissant son homosexualité sous des monticules de virilité bête et consumériste, s’est renié au nom de la toute-puissante conformité sociale. McAfee affecte Matthias parce qu’il incarne la projection vénéneuse de l’homme qu’il risquerait de devenir, un mari forcé de retirer son alliance pour suivre de son regard libidineux des showgirls en représentation. Matthias est au carrefour de son existence. Tout comme Maxime, d’ailleurs. Ils sont ce chien traversant le trottoir, allant d’une rive à l’autre tel le nageur qui se purge au moyen d’un effort harassant. Ils sont perdus. Courent dans les rues à la recherche de l’autre, cherchent à se fuir eux-mêmes, en vain. Le déni de soi, voilà ce qui menace nos deux amis.

Matthias & Maxime : Photo Xavier Dolan

Et Dolan file le déni par le biais d’un réseau métaphorique des plus denses : la mère de Maxime ne reconnaît pas qu’elle radote, la mère de Matthias reproche à son amie d’écrire trop petit ; nous la voyons ajuster ses lunettes, persuadée d’être la dupe de ses bonnes copines. Toutes deux sont les victimes de leur nature : névrose pour la première, vieillesse pour l’autre. Les garçons ont grandi d’un coup, on n’a rien vu venir. Parce qu’ils sont spectateurs de cette sclérose identitaire, nos héros composent avec leur sauvagerie fondamentale, cette animalité qui s’exprime par des corps-à-corps et des coups. Un rapport conflictuel unit l’ensemble des personnages, tantôt amicaux – la camaraderie des soirées, les querelles entre frère et sœur – tantôt violents – Maxime et sa mère. Nuire à autrui semble constituer la seule marque (paradoxale) qu’ils peuvent donner de leur amour. Matthias & Maxime s’intéresse donc à l’incommunicabilité du sentiment amoureux défini comme un dialogue de sauvagerie. Comment dire adieu à celui qu’on hait parce qu’on l’aime de plusieurs amours entremêlées et qu’il est pénible de détricoter ? Un adieu par l’absence, par le silence et les larmes solitaires, toujours plus loquace que de longs discours. Ce faisant, Xavier Dolan met en scène un temps de transition qu’il est rare de voir sur grand écran, ce temps sans âge où les adultes doivent se séparer et se ranger, endeuillés d’une amitié encore vive ; toutefois, la sauvagerie qu’il y donne manifeste le refus de renoncer au bonheur. Le film est, en fin de compte, un cri de révolte sourd qui n’arrête pas de résonner en l’autre : « on trouvera une façon de communiquer, on sera reliés différemment » assure Matthias. Pour y parvenir : revenir à l’état sauvage. Détoner en soirée. Briser un miroir de son poing. Hurler sur sa mère. Cette sauvagerie primale raccorde Matthias & Maxime à Tom à la Ferme : il n’y a que par le conflit et la lutte que les identités se construisent, il n’y a que par les blessures (apparentes ou divulguées) que la lumière perce les corps et irradie les cœurs. Pour disparaître, la tache de naissance a besoin d’être recouverte par le sang d’une blessure au front, elle doit être humiliée lors de la soirée d’adieu. Pour recoller les morceaux et laver son for intérieur des incertitudes, il aura fallu deux saisons. Pour renaître, l’automne puis l’hiver. Le cinéma de Xavier Dolan, quant à lui, resplendit sous le soleil du génie : des étincelles encore et toujours, jusqu’à embras(s)er l’écran de projection. Une définition du sublime telle que seul Dolan sait en proposer.

Note : 9,5/10

Matthias & Maxime : Photo Xavier Dolan

 

 

 

J’ai maté pour toi Guns Akimbo (avec Daniel Radcliffe qui pète un plomb)

Guns Akimbo, un film totalement barré avec un Daniel Radcliffe hors de contrôle ! Alors, ça valait le coup ?

J’ai maté pour toi Guns Akimbo (avec Daniel Radcliffe qui pète un plomb)

En mai 2018, une image a fait surface sur Internet et elle est devenue un mème à vitesse grand V.

En même temps, il faut le dire, son potentiel était incroyable : Daniel Radcliffe, en slip et robe de chambre, des chaussons-pattes-d’ours aux pieds, l’air totalement dézingué, un flingue dans chaque main !

Le contexte a fini par être posé : Daniel Radcliffe tournait Guns Akimbo, un film totalement barré qui sort sur Prime Video ce 23 mars 2020.

 

Pour te résumer le pitch, Daniel Radcliffe incarne Miles, un loser, développeur dans une boîte qui fait des jeux vidéo nuls sur mobile.

Il n’arrive pas à reconquérir son ex, boit trop de bières, traîne en pyjama dès qu’il peut et se fait rouler dessus par le monde entier, de son boss à un passant qui l’insulte tranquillement.

Miles n’a qu’une seule passion, troller les trolls d’Internet, insulter ceux qui insultent, bref, se dresser comme un chevalier blanc face aux misogynes, racistes et haters en tous genres.

Notamment les fans de Skizm, une organisation illégale qui streame un concept hyper-violent : des combats à mort entre gens flingués du cerveau, suivis par des centaines de milliers d’internautes.

Sauf qu’un jour, Miles insulte la mauvaise personne sur le chat de Skizm. À savoir le patron lui-même… Qui s’introduit chez lui, l’assomme, lui visse des flingues aux mains et le force à participer à Skizm !

En clair, il a 24h pour tuer la gagnante actuelle du « jeu », la très dangereuse Nix, qui va elle aussi essayer de le buter.

S’il va voir la police, il meurt. S’il quitte la ville, il meurt. Et s’il reste terré chez lui… eh bien Nix l’y trouvera.

Commence alors le plus dangereux des jeux du chat et de la souris, streamé par des caméras montées sur drones et suivi par un public assoiffé de sang.

Guns Akimbo avec Daniel Radcliffe, ça donne quoi ?

Alors. C’est là où ça devient délicat.

Est-ce que Guns Akimbo est un BON film ? C’est dur à dire !

Par plein d’aspects, il est étrange : la direction artistique est quelque part entre Suicide Squad et un clip de néo-métal de 2009, la bande-son est très peu subtile, le scénario tient sur un mouchoir de poche, la violence est omniprésente…

Et en même temps, j’ai TELLEMENT passé un bon moment devant Guns Akimbo

Oui c’est un peu crétin, oui c’est un film WTF avec un budget pas énorme, oui il y a un peu trop de sang pour certaines sensibilités, mais bordel, j’ai ri et je me suis vidé la tête.

Daniel Radcliffe, dont la carrière post-Harry Potter est un délice à suivre, est visiblement en train de s’éclater dans ce rôle, et sa joie est communicative.

Samara Weaving, qui joue Nix, livre une performance franchement honnête et s’offre même le luxe d’être parfois touchante quand elle révèle son passé tortueux.

Si tu aimes les films d’action qui se donnent à fond, les méchant sapés comme des personnages de jeu vidéo, les bastons et surtout voir Daniel Radcliffe tout donner dans un rôle absurde, fonce sur Guns Akimbo !

Il débarque sur Prime Video ce 23 mars.

La Plateforme sur Netflix : que comprendre de la fin ?

Disponible sur Netflix ce 20 mars, La Plateforme est un thriller espagnol fantastique et angoissant qui pose beaucoup de questions. Alors que comprendre de la fin du film ?

Attention, spoilers. Les paragraphes suivants révèlent des éléments d’intrigue du film La Plateforme. Si vous ne voulez rien savoir, ne lisez pas ce qui suit.

Après avoir fait sensation au TIFF (Toronto Internation Film Festival) en 2019, La Plateforme (El Hoyo, en espagnol), de Galder Gaztelu-Urrutia est disponible sur Netflix ce 20 mars. Entre Cube et Snowpiercer, le film nous plonge dans une sombre prison-tour, appelé « La Fosse », traversée en son centre par une dalle transportant des plats d’exception préparés par des chefs cuisiniers et descendant d’étage en étage pour nourrir les détenus. Ce système favorise les premiers servis et affame les derniers. Chaque prisonnier a le droit de prendre un objet pour sa détention et a 2 minutes pour manger ce qu’il peut sur la plateforme mais ne peut conserver aucune nourriture dans sa cellule qu’il partage avec un autre détenu.

Dans La Plateforme, on suit l’histoire de Goreng (Iván Massagué), qui a volontairement intégré la prison-tour afin d’obtenir à sa sortie un brevet lui permettant de s’élever socialement. Il se réveille à l’étage 48 avec le livre et son co-détenu Trimagasi (Zorion Eguileor), un vieil homme enfermé pour meurtre. Pendant des mois, Goreng va tenter de survivre dans la Fosse où la seule loi qui domine est « manger ou être mangé » face à des prisonniers cannibales, violents, déviants et pervers. Mais l’homme va aussi rencontrer d’autres détenus à d’autres étages espérant un échappatoire ou un futur meilleur à l’image d’Imogiri (Antonia San Juan) et Baharat (Emilio Buale Coka), tout en cherchant l’enfant de Miharu (Alexandra Masangkay), caché dans la prison.

La Plateforme, et son héros au bord de la rupture nerveuse [SPOILERS]

À plus de la moitié du film, il vient une idée à Goreng : descendre sur la dalle avec son nouveau codétenu, un dénommé Baharat, afin de distribuer eux-mêmes la nourriture aux détenus, pour que les derniers étages aient également de quoi se nourrir. 

Le but ? Que tout le monde survive !

Mais pour que la situation évolue de manière pérenne, un des détenus confie à Goreng et Baharat qu’il faudrait faire parvenir, tout en haut de la tour, à « l’administration », un symbole.

Ils trouvent alors une idée : renvoyer un plat qui n’aurait pas été touché.

Cela signifierait que le système ne fonctionne plus puisque tout le monde a été raisonnable et que même tout en bas, les prisonniers ont aussi eu à manger.

Ils choisissent ainsi la panna cotta, un dessert italien qu’ils se donnent pour mission de renvoyer en haut pour faire passer « le message », comme ils aiment à le répéter. 

Par ailleurs, d’après les calculs de Goreng, pour que les tout derniers étages aient de quoi se sustenter, il faut un peu en priver les 51 premiers étages.

Il demande donc aux détenus des premiers étages de jeuner juste un jour. 

Mais peu sont ceux qui se plient à cette nouvelle règle, et Goreng a alors recours à la violence pour que tout le monde accepte de partager.

La fin justifie les moyens…

Bref, tout le monde a un peu viré zinzin, surtout Goreng qui « voit les fantômes » de ses deux anciens codétenus.

Des visions qui s’accentuent vers la fin du film, car le héros est blessé et très affaibli psychologiquement.

Que représente l’enfant dans La Plateforme ?

Il y a un personnage dont je ne t’ai pas encore parlé.

Il s’agit de Miharu, une femme qui, chaque mois, descend les étages via la dalle, pour chercher son enfant qui lui a manifestement été retiré et se trouve quelque part dans la fosse.

Sauf que d’après une codétenue de Goreng qui a travaillé à « l’administration », cette femme serait rentrée seule dans la tour.

Cette histoire d’enfant aurait donc été inventée de toute pièce par Miharu, qui aurait juste trouvé une excuse pour descendre chaque mois buter des gens et les manger (comme on l’a déjà vu faire).

Hors, à la toute fin du film, alors que Goreng et Baharat arrivent à l’étage le plus bas, le numéro 333 (le héros pensait à l’origine qu’il n’y avait que 250 étages), ils découvrent une enfant cachée sous un lit.

Présence réelle ou fruit de l’imagination d’hommes à la psychologie bousculée ?

En tous les cas, devant le visage innocent de l’enfant, les deux hommes abandonnent leur mission première et lui offrent la seule nourriture restante : la panna cotta. 

Peu de temps après, Baharat est retrouvé mort par Goreng. Ce dernier prend l’enfant sur ses genoux, et gagne de nouveau la dalle.

Ensemble, ils descendent encore longtemps dans l’obscurité.

Puis Goreng s’en va retrouver le vieil homme mort avec qui il a été enfermé en premier, laissant l’enfant remonter les étages sur la dalle.

Ce qui signifie que Goreng meurt bel et bien, tandis que l’enfant, symbole d’un nouveau système, remonte vers la lumière. 

Une théorie optimiste voudrait ainsi que le système en place ne tienne donc plus puisque l’enfant, au plus bas niveau de la tour, aurait survécu longtemps, tout en étant apparemment en bonne santé, grâce sans doute à sa mère qui lui aurait apporté chaque mois des corps différents pour qu’elle s’en nourrisse.

L’enfant aurait donc niqué le système en survivant au dernier étage tout en étant, en même temps, un produit du système puisque pour s’en sortir, elle a dû devenir cannibale.

Elle ne s’est donc pas nourrie de la générosité d’autrui, mais bien d’autrui tout court.

Goreng est Don Quichotte

Avant d’intégrer la fosse, chacun des prisonniers a eu le droit de choisir un objet à emporter avec eux.

S’ils ont droit à tout et n’importe quoi, la plupart des détenus ont sélectionné des armes.

Mais Goreng, à contre-courant de tous les autres, a choisi… un bouquin. Et plus précisément Don Quichotte, de Miguel de Cervantes.

Un choix très loin d’être anodin de la part des scénaristes puisque Goreng ressemble en réalité beaucoup au héros du livre.

Comme Don Quichotte, Goreng préfère se mettre au service de la communauté plutôt que de penser à lui.

Il préfère par exemple manger son livre, seul vestige de sa vie d’avant, pour ne pas céder au cannibalisme. Bon, après, il bouffe quand même sa pote. Mais l’intention était là.

Il est donc le symbole imparfait de l’altruisme. 

Sa décision de demeurer tout au fond de la tour est donc logique.

Il préfère payer pour ses crimes (il a quand même avalé la chair de deux de ses anciens potes) — et laisser l’enfant, seul symbole de l’échec de l’administration, remonter vers la lumière — plutôt que de remonter avec elle, alors qu’il est lui même devenu un pur produit du système qu’il décrie.

Il se sacrifie au profit du « message ».

Quid de la panna cotta ?

Une scène, toutefois, qui survient à peu près au milieu du film, pourrait venir remettre en doute la fin explicitée plus haut.

En effet, on y voit un maitre d’hôtel sermonner ses employés car il a retrouvé une panna cotta avec un cheveu dessus.

Ainsi, il est possible que la petite fille n’ait été que le fruit de l’imagination de Goreng et Baharat et qu’elle n’ait jamais existé.

Cela signifierait que cette scène est en réalité la toute fin du film, et que les deux hommes ont réussi à faire remonter le dessert intact… mais avec un de leurs cheveux dessus.

Le maitre d’hôtel finit quoi qu’il en soit par gronder ses employés, comme si un de leurs cheveux à eux était responsable du renvoi de la panna cotta.

Comme si finalement, les prisonniers avaient refusé de manger le dessert par coquetterie. Ironique !

 

La Plateforme De Galder Gaztelu-Urrutia Avec Ivan Massagué, Zorion Eguileor, Antonia San Juan sur Netflix

Dans une prison-tour, une dalle transportant de la nourriture descend d’étage en étage, un système qui favorise les premiers servis et affame les derniers.

Chronique : Dans la lignée d’un huis-clos à la Cube, saupoudrée d’une réflexion sociale sur le capitalisme et la lutte des classes façon Snowpiercer : Le Transperceneige, avec quelques écarts gore que renieront pas les amateurs de Saw, l’intriguant et étrange La Plateforme a fait son arrivée sur Netflix comme une bonne vieille série B fauchée que l’on pouvait découvrir par hasard sur une étagère de vidéoclub.

Objet cinématographique non identifié, La Plateforme a ce petit côté barré comme le cinéma espagnol en raffole. Pour sa première réalisation, Galder Gaztelu-Urrutia parvient plutôt bien à intriguer dès sa première partie  qui sème le dégoût et l’angoisse.

featured_la-plateforme

Roi (involontaire) du timing, Netflix a ajouté La plateforme sur son catalogue à point nommé en ces temps de confinement où il serait fort à propos de questionner l’individualisme de nos sociétés contemporaines et la répartition des richesses. La mise en scène de Gaztelu-Urrutia, plutôt oppressante, ne manquera pas de procurer à ceux qui le visionnent une sensation d’enfermement devenue familière. Et alors que son film vire progressivement à l’horreur (visuelle), son protagoniste bascule dans une remise en cause existentielle.

Derrière cette métaphore aussi violente et gore que minimaliste, se cache une petite pépite ibérique que Beckett ou Pinter aurait pu écrire.On parle ici d’inégalité, d’égoïsme, d’individualisme, de redistribution, et le réalisateur bouscule le spectateur sans ménagement, à la limite de l’écœurement. 1H30 de pamphlet à peine supportable sur ce qu’est l’homme pour l’homme.
Totalement assumé, cette « plateforme » remarquable n’est vraiment pas à mettre en toutes les mains. Âmes sensibles s’abstenir…

Bande-annonce

Ton fils de Miguel Angel Vivas / Netflix

On reproche souvent à Netflix de mettre à disposition de ses utilisateurs des films à la qualité moyenne digne d’un téléfilm d’après-midi pluvieux. Pourtant en cherchant bien il existe sur la plateforme de streaming des films qui méritent l’attention des abonnés.

Ton fils est un film espagnol dont Netflix a acheté les droits de diffusion et l’a discrètement mis en ligne en mars 2019. L’acteur principal a été nominer pour les Goya pour son interprétation d’un père perclus de douleur et de rage.

Le film est un drame humain, empruntant quelques éléments au thriller mais également au vigilante movie américain, celui d’un homme qui voit sa vie voler en éclat après l’agression sauvage dont son fils a été victime. Le film est centré sur lui, la caméra le suit tout le long au plus près, conférant au film un sentiment d’étouffement qui résonne avec la détresse de ce père qui a perdu toutes illusions en la justice de son pays.

Certains reprocheront au film un rythme lent mais ce rythme est calculé sur le pouls de son personnage principal qui prend peu à peu conscience de sa solitude et que la rage prend le pas sur la raison jusqu’à l’irréparable.

Le film est une réflexion astucieuse sur notre rapport à l’image, il agit comme un rappel nécessaire à une époque qui privilégie la réaction sur la réflexion. Les deux scènes les plus insoutenables du film sont des vidéos. Quelques minutes où l’humanité déserte l’écran et où la cruauté règne. Une cruauté qui finira par envahir le quotidien de manière irrémédiable.

Note: 7/10

1 mars 2019 sur Netflix / 1h 43min / Policier
Nationalité Espagnol

IN THE MOOD FOR LOVE de retour au cinéma

20 ans après, vous pourrez le découvrir ou le redécouvrir au Festival de Cannes, dans le cadre de Cannes Classics, dans toute sa splendeur, restauré en 4K par L’Immagine Ritrovata et Criterion. Une restauration supervisée par Wong Kar-wai.

Le chef-d’oeuvre de Wong Kar-wai ressortira ensuite le 8 juillet au cinéma dans les salles françaises.