Mystique de Brian K. Vaughan, portrait d’une mutante en guerre

Bleu fatal

La maison des idées, c’est ainsi que Marvel s’est elle-même baptisé au cours des florissantes années 60 qui l’ont vu prendre le pas sur son éternel concurrent DC comics. Une formule volontairement provocatrice et qui a tendance à se retourner contre son créateur, Marvel est en effet accusé de souvent recycler sans vergogne ses propres concepts dans des projets où l’aspect mercantile surpasse parfois l’aspect créatif.

Reste que cette grande machine à gaz multimédia qu’est devenu l’éditeur sait parfois touché au but en laissant un auteur apposé sa patte créative sur un comics afin de publier une œuvre qui, sans être transcendante, se révèle être maîtrisé au niveau de l’écriture. C’est le cas ici avec ce recueil de la série Mystique proposé par Panini. Ce volume réunit les 13 premiers numéros de la série scénarisé par Brian K. Vaughan, un auteur de talent qui a signé deux comics indépendants qui font office de classique immediat Y: le dernier homme et Saga.

Cette série, centré sur un personnage secondaire de la franchise X-men, aurait-elle vu le jour sans la série de films qui a propulsé les X-men au rang de champions du box-office au début des années 2000 ? Seuls les grands décideurs de Marvel ont la réponse. Le fait est qu’avoir placé Vaughan à la création de cette série est l’une des meilleures idées qu’ont pu avoir les éditeurs du pôle X-men. Il n’y avait en effet que lui pour humaniser celle qui détenait alors le titre de meilleures menaces féminines de l’univers des X-men.

Headshot

Mystique est en effet un personnage marquant de la franchise X-men. Une terroriste mutante prête à tout pour garantir la survie de son espèce. Une femme complexe, loin d’être une simple machine à tuer, du moins lorsqu’elle est écrite avec subtilité. Une mère possessive mais aimante, un aspect que Vaughan n’a sans doute pas pu évoquer en toute liberté dans cette série qui lui est consacrée. Mystique est sans doute, avec Magnéto, l’un des antagonistes des X-men les plus approfondis tant aux niveaux psychologiques que graphiques.

Les pouvoirs métamorphes de cette terreur bleutée se prêtent tout à fait à des récits d’espionnage, un genre qui était à la mode au début des années 2000 avec le succès de la série Alias. Vaughan se prête au jeu gentiment et parvient à mettre en place une intrigue captivante même si le tout reste très calibré, sans réelle surprise au niveau du scénario et d’une légèreté bon enfant. Là où l’auteur fait des merveilles c’est dans la caractérisation d’une mutante qui se retrouve dos au mur. Vaughan va en effet s’amuser à confronter cette militante pro-active de la cause mutante à ses propres convictions et contradictions tout en dressant le portrait d’une femme plus fragile que l’on pourrait le croire. Mystique se retrouve à faire alliance avec des humains sympathisants de la cause mutante dans la première histoire tandis que la seconde intrigue la mettra face à une mutante qui agit comme son miroir déformé. Cette réflexion aurait pu être poussée encore plus loin mais le série se veut avant tout un divertissement agréable.

Des couleurs pastels pour le premier arc

La série permet également à l’auteur de s’amuser avec les pouvoirs d’une espionne aux mille visages. Nul ne maîtrise mieux l’art de la tromperie et du faux-semblant que celle qui se bat pour la cause mutante depuis des décennies et cette série sera l’occasion pour elle de le prouver. Ainsi Mystique séduit, embrouille, intimide et illusione ses adversaires tout en réservant une place de choix au combos flingues et coups de pied. Mention spéciale lorsqu’elle parvient à faire croire à son ennemie qu’elle est vaincue avant de retourner la situation à son avantage. Certaines digressions autour de son pouvoir m’ont laissé plus circonspect, il serait bon que les auteurs n’oublient pas les limites du pouvoir de la métamorphe. Mais ces écarts restent suffisamment rares pour ne pas être un défaut majeurs.

Michael Ryan au crayons, un style plus affirmé

La partie graphique est assuré par pas moins de trois dessinateurs. Le premier Jorge Lucas souffre d’une colorisation hasardeuse alors même que son style se dégrade au fil des six épisodes, le dernier qu’il réalise ne tient pas la comparaison avec les premières pages du premier épisode où le trait de crayon de Lucas se rapproche de celui de Michael Turner, un autre grand nom des comics. Une comparaison élogieuse que j’aurais voulu poursuivre tout au long de la lecture de ce premier arc sans que cela ne soit malheureusement possible. Michael Ryan prend en charge l’intrigue suivante armé d’un style plus mâture où l’on commence à voir des jeux d’ombres et de lumières avec plus de dynamisme durant les scènes d’action, sans doute la partie graphique la plus réussie à mon goût. Enfin Manuel Garcia signe les épisodes onze et douze avec là aussi une gestion réussie de l’ombre et de la lumière et un trait épais qui colle bien à l’ambiance plus urbaine de l’histoire.

Ce recueil est donc l’occasion de lire le portrait tout en finesse d’un personnage complexe qui s’humanise page après page sous la plume d’un auteur qui n’a pas son pareil pour rendre attachant les personnages qu’il écrit. Si ces épisodes ne révolutionnent en rien les récits d’espionnage ils ont le mérite d’être entraînants avec quelques dialogues bien sentis. Le tout soutenu par des dessins qui maintiennent une certaine homogénéité malgré le trio d’illustrateurs. Une bien belle idée de la part de Marvel d’avoir mis en avant ce personnage dans sa propre série.

Un duo original qui fonctionne très bien

Résumé: Ennemie des X-Men depuis toujours, Raven Darkholme, alias Mystique, utilise ses pouvoirs de métamorphe à des fins terroristes. Mais traquée par tous les gouvernements du monde, elle est sauvée par le Professeur Xavier qui lui propose de travailler pour lui comme agent secret. Elle est aidée par un minuscule mutant et Forge, une ancienne flamme, dans des missions de plus en plus dangereuses. Mais peut-on vraiment faire confiance à Mystique ? Par ailleurs, Mystique peut-elle faire confiance à Xavier ?

  • Éditeur : Panini (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Relié : 312 pages
  • ISBN-10 : 2809494355
  • ISBN-13 : 978-2809494358
  • Poids de l’article : 1.28 kg

Gideon falls de Lemire et Sorrentino, ah le charme discret de la campagne

Gideon falls tome 1 à 3

Image comics s’est fait une spécialité depuis plusieurs années de laisser carte blanche à des auteurs pour qu’ils puissent développer leurs univers. Une ligne éditoriale payante puisque Image comics est devenue au fil des années un poids lourd de l’industrie du comics américain, se positionnant juste derrière Marvel et DC en terme de ventes. Ainsi l’éditeur crée durant les années 1990 par ceux que l’on a appelés les image boy est-il devenue le refuge pour tous les auteurs qui veulent proposer leurs propres récits, parfois très éloignés du canon super-heroïque. Ouvrir un comics image c’est l’assurance de découvrir un univers à part entière, l’éditeur ne se refuse aucune proposition, du moment qu’elle semble qualitative, et enrichit son catalogue de récits fantastiques, de science-fictions, de westerns, de thrillers mais aussi de récits d’horreur.

Audace visuelle et narrative sont au rendez-vous

Le comics en question s’inscrit justement dans cette mouvance horrifique. Les auteurs en sont Jeff Lemire aux scénarii et Andrea Sorrentino, oui c’est un homme, aux dessins. J’ai eu l’occasion de découvrir ce tandem alors qu’ils officiaient sur la série marvel Old man Logan et même si j’appréciais ce que je lisais je ne pouvais m’empêcher de me dire que les carcans inhérents à ses récits mainstream réduisaient considérablement leurs créativités aussi lorsque j’eus la possibilité de me plonger dans leur création indépendante, baptisé Gideon falls, je n’ai pas vraiment hésité.

Vous perdrez pied en même temps que Norton en découvrant sa tragique histoire

La claque visuelle arrive très vite. Sorrentino ne tarde pas en effet à livrer des planches renversantes, au sens propre comme au figuré, d’une beauté crépusculaire à couper le souffle. Je ne m’y connais pas suffisamment en technique artistique mais en admirant ses planches j’ai eu comme l’impression que l’auteur avait parsemée de la cendre sur ses croquis avant qu’ils ne soient encrés. Il en résulte des planches à la fois belles et inquiétantes où la folie semblent toujours frôler le bords des planches. Les deadlines ne sont sans doute pas les mêmes que lorsqu’il travaille pour l’un des big two car ses cadres fourmillent de détails qui donnent encore plus de profondeur au récit. La preuve que lorsqu’on laisse du temps à un artiste il peut livrer un tout autre rendu que sur des séries mensuelles aux deadlines oppressantes.

Quoiqu’il arrive ne vous approchez pas de la grange noire

Les couleurs sont assurées par Dave Stewart et là aussi le travail effectué est bluffant. On baigne dans une ambiance grisâtre et dépressive durant les passages urbains du récit tandis que des couleurs pastel apaisantes égayent les paysages champêtres. Rapidement de larges aplats d’un noir des plus sombres, relevés par d’inquiétantes touches rougeâtres, viendront happer le lecteur dans une histoire où l’angoisse se dispute la place d’honneur avec la folie et la terreur la plus pure.

Au cœur des ténèbres, la lumière de l’espoir tendue par l’autre mais est-ce suffisant pour échapper à son sort ?

Le scénario ne déplaira pas aux afficionados de récits horrifiques dont les maîtres étalons sont Stephen King et H. P. Lovecraft. Jeff Lemire invoque les esprits des plus grands auteurs du genre fantastique dans un récit qui résonne à la fois comme très référencés, la grange noire faisant penser à la nouvelle l’abomination de Dunwich, mais aussi très personnel notamment à travers la quête désespérée de Norton. Le récit qui fait intervenir le père Wilfred est plus accessible, plus balisé, avec ses meurtres sanglants qui englobent la petite ville de Gideon falls d’une chape de mystère étouffante. La double narration n’est jamais gênante, les deux récits se répondent et développent leurs propres thèmes sans que l’un ne parasite l’autre. Un récit qui prend de plus en plus d’ampleur au fil des épisodes et emprunte une direction inattendue dans le troisième volume, moins intimiste et plus fantastique, mais qui offre à Sorrentino une nouvelle occasion de faire une démonstration de son talent à l’aide de planches toutes plus folles les unes que les autres.

Quand les dessins soutiennent la narration ça rend les explications plus fluides

À l’heure actuelle la série est toujours en cours aux États-Unis tandis que l’éditeur Urban a publié quatre volumes en France. Il faudra bien évidemment attendre la conclusion pour juger de l’ensemble de l’œuvre mais au vu des épisodes déjà parus je ne peux que vous conseillez de vous jeter sur la route qui mène à Gideon falls qui sait ce que vous y trouverez en chemin.

Ais-je besoin de préciser le côté qualitatif des couvertures ?

Résumé: Norton Sinclair est un jeune homme perturbé, marginal et légèrement paranoïaque. Persuadé que les déchets des citadins renferment les clés d’une conspiration d’envergure, il accumule, classe et livre ses conclusions hallucinées au sujet d’une grange noire au docteur Xu, la psychiatre qui le suit depuis sa sortie de l’hôpital. Ailleurs, dans la petite bourgade de Gideon Falls, le père Fred prend contact avec la nouvelle communauté dont il a désormais la charge après la disparition subite du précédent prêtre. Au cours de sa première nuit sur place, une sinistre grange noire vient ponctuer une série d’événements pour le moins dérangeants…

Univers: INDIES
Collection: Urban Indies

Scénariste :

Jeff Lemire
Dessinateur:

Dawn of X, le renouveau des X-men par Jonathan Hickman

Ah les X-men. Un de mes amours d’enfance je dois bien l’avouer. Je me souviens de l’argent de poche dépensé pour acheter les fascicules mensuels au tabac le plus proche. Année après année je restais plus ou moins connecté à cet univers foisonnant qui s’enrichissait chaque année de nouvelles séries à la longévité incertaine, d’événements interconnectés, les fameux crossovers, parfois aussi difficile à suivre qu’une carte routière. Mais ces dernières années ont été particulièrement rudes pour les porteurs du gène mutant. Les tensions entre les studios Disney et celui de la Fox, détenteur des droits cinématographiques des X-men jusqu’à tout récemment encore, ont poussé les grandes pontes de Marvel à enfouir les héros de mon enfance sous une couche de récits ineptes et éloignés du concept de base de la série X-men, c’est-à-dire la cohabitation pacifique entre mutants et humains.

Ennemis et alliés tous réunis, encore un peu et ils vont se tenir par la main en étonnant des chants de Noël

Le retour de la franchise dans le giron des studios Disney était l’événement annonciateur de la reprise en main de l’univers mutant. Et cette main sera celle du scénariste Jonathan Hickman.

D’emblée cette annonce m’a laissé de marbre car Jonathan Hickman a le don de narrer des récits avec des concepts formidables et ambitieux mais complètement dépersonnalisés. Les personnages servent l’histoire est non le contraire, en tout cas dans les récits que j’ai pu lire de cet auteur auparavant. Voilà pourquoi je me suis tenu éloigné de cette nouvelle ère pourtant acclamée par la critique. Mais les différents retours et une curiosité insatiable ont fait céder mon entêtement.

Le conseil secret de Krakoa chargé de gouverner tout ce beau monde

Et le moins que l’on puisse dire c’est le scénariste féru de science-fiction n’a pas pris les consignes de son éditeur en chef à la légère. Son renouveau, qui s’exprime à travers deux mini-séries complémentaires House of X et Power of ten, a de quoi laisser les lecteurs les plus anciens dubitatifs. En effet terminé le rêve de coexistence pacifique entre mutants et humains, le professeur Xavier invite tous les mutants de toutes les nationalités, y compris les criminels, à se réfugiés sur l’île de Krakoa qu’il proclame état-nation. La production de médicaments révolutionnaires pour l’organisme humain leur assure un PIB confortable alors même que des portails disséminés un peu partout dans le monde, et même sur la lune, permettent à tous les mutants de rejoindre Krakoa. De nombreux concepts sont introduits sans grande subtilité et reste obscur mais l’auteur sait qu’il doit faire vite, la franchise X-men ne se calcule plus seulement en vente papier mais aussi en ticket de cinéma. De plus les délais de publication de Marvel ne lui permettent pas de lambiner sur la partie exposition de son récit. Il insère donc des pages de texte, des cartes, des organigrammes, des listes qui fragmente le rythme de lecture mais peu importe, en huits numéros les bases sont posées et les choses sérieuses peuvent commencer.

L’ère Dawn of X succède à ces deux mini-séries et permet de rentrer dans le vif du sujet à travers six séries qui vont chacune explorer à leurs manières ce nouveau statu-quo. Rapidement on note des dialogues qui tranchent violemment avec la psychologie de certains personnages établis depuis des années. L’ambiance qui se dégage de ce nouvel eden mutant a des relents de secte suprémaciste où les humains seraient uniquement un mauvais souvenir à oublier. C’est le sujet le plus polémique de ce renouveau. Entendre Storm, qui a toujours incarné la voie de la sagesse, dédaigné les humains à de quoi perturber. Pourtant il se dégage de cette atmosphère paradisiaque quelque chose de malsain, comme si cet éden était trop beau pour durer, nul doute que l’auteur n’a fait que placer ses pions pour le moment.

Tout cela est peut-être un peu trop beau pour durer

La seconde surprise de ce nouveau statu-quo est de voir certains des ennemis les plus emblématiques des X-men collaborer avec eux dans un élan communautaire des plus improbables lorsque l’on connaît les egos surdimensionnés de certains d’entre eux, sans parler de leurs passifs houleux avec les élèves du professeur Xavier. L’auteur aura l’intelligence d’apporter une réponse dans les premiers numéros des différentes séries. Il apparaît en fait rapidement que, malgré la solidarité de façade, les egos et les intérêts personnels sont toujours autant d’actualités. Un aspect qui est notamment exploré dans les séries Excalibur et Marauders et plus tardivement dans la série X-men respectivement scénarisé par Gerry Duggan, Tini Howard et Jonathan Hickman et illustré par Matteo Lolli, Mario Del Pennino, Marcus To et Matteo Buffagni.

Des jeux de pouvoirs qui mettent à mal l’ambiance cordiale quin règne sur krakoa

Tout l’enjeu de cette nouvelle ère est de mettre en place des menaces qui viendrait mettre à mal l’idéal communautariste des mutants. Cela a au moins pour mérite de remettre la question du racisme humain à l’encontre des mutants et de la haine au centre de certains récits. Il faut avouer que ces concepts avaient été traités de manière plutôt légère ces derniers temps, quand ils n’étaient pas tout simplement absents. Hickman a visiblement donné pour consigne aux différents scénaristes de traiter la question du racisme sous un angle différent pour chaque série. Ainsi la série X-force, écrite par Benjamin Perry et Joshua Cassara s’attache à développer les convoitises que suscite l’industrie pharmaceutique mutante tandis que la peur de l’ingérence motive l’antagoniste principal des premiers numéros d’Excalibur. La série X-men, quant à elle, s’est contenté d’introduire des concepts mais sans réel fil rouge pour l’instant. C’est également la série la plus politique avec X-force.

Plus les mutants se protègent plus les menaces sont dangereuses

Cependant aussi étudié que soient les plans d’Hickman pour les héros de Marvel cela n’empêche pas certaines séries de manquer de pertinence. Ainsi Fallen angels sonne comme l’échec le plus retentissant de cette nouvelle fournée de séries mutantes. Sa narration brouillonne et l’absence de charisme de son héroïne ont fini par enterré ce qui n’aurait pu être une proposition de série plus mâture. Car le jeune public n’est pas oublié par le biais de la série New mutants, dont les membres fondateurs subissent un lifting inutile, qui a l’honneur de se voir écrite par deux scénaristes, Jonathan Hickman lui-même et Ed Brisson. Aux crayons se sont Flaviano et Rod Reis qui se partagent le travail. Les auteurs ont pris le parti de créer deux équipes distinctes, pour l’instant. Tandis que l’une permet à Hickman de renouer avec le vide intersidéral l’autre offre des aventures plus terre à terre mais qui, en plus d’enchaînées les incohérences, manque d’ampleur. Cette seconde équipe a au moins le mérite d’être en raccord avec le thème central voulu par Hickman, c’est-à-dire le rapport au monde des mutants et les conséquences de leurs actions et décisions tandis que la première équipe paraît complètement déconnectée des autres séries.

Un rajeunissement des plus discutable

Après six numéros de chaque série parue l’on peut apercevoir la direction prise par Hickman et le plan d’ensemble qu’il souhaite emprunter. Certains choix ont de quoi laisser sceptique mais l’ambition de son projet pour les enfants de l’atome est indéniable. On sent une réelle volonté de questionner la place dans le monde d’individus aux pouvoirs parfois terrifiants. Il ne reste plus qu’à espérer que cette ambition finisse par former un récit cohérent et non pas une mascarade scénaristique auquel les lecteurs sont malheureusement habitués.

Harleen de Stjepan Šejic, folie trop douce

Introduite dans la série animée désormais culte des années 90 et sobrement intitulé batman, le personnage d’Harley Quinn fut ensuite intégré au monde des comics en devenant une nouvelle ennemie régulière du chevalier noir avant d’être intronisée icône de la pop culture par le biais d’une série de films à la qualité discutable. Et je dois avouer que ce personnage m’a toujours posé un problème, une sorte de dichotomie insoluble. D’un côté je trouvais son personnage de peste criminelle réjouissant, ses interventions apportées un vent de fraicheur dans la relation entre batman et le joker dans une Gotham souvent glauque et sordide. De l’autre j’avais du mal à comprendre comment une psychiatre avait pu basculer dans la folie criminelle aussi facilement et les différentes références à ses origines ne m’avaient jamais vraiment convaincu. Et malheureusement ce n’est pas cette nouvelle itération sur son origin story, signé par le brillant illustrateur Stjepan Šejic, qui va parvenir à boucler le dossier Harley Quinn.

On va tout d’abord évacuer l’aspect graphique de l’ouvrage. C’est magnifique, il n’y a pas d’autres mots. Šejic signe des planches d’une beauté à coupé le souffle. Il y a un énorme travail de recherche sur la composition des cases, sur les ombres et la lumière et les couleurs, le rouge surtout et en opposition des couleurs plus ternes. Bien évidemment le Joker et sa conquête occupent la première place mais l’auteur offre aussi de belles mise en image pour d’autres personnages comme poison ivy ou encore double face. Le thème de l’arlequin est présent dès les premières pages, histoire de rappeler au lecteur que la folie guette.

L’ombre de Quinn plane sur Quinzel

Le personnage D’Harleen est au centre de ce jeu de faux-semblants que met l’auteur en place. Pas toujours de manière subtile mais cela a le mérite d’accrocher le regard. Ainsi Harleen ne sera vêtu que de couleurs ternes ou sombres durant le premier chapitre, sauf après son premier jour de travail à l’asile d’Harkam où elle enfilera en haut aussi rouge que sa confiance en elle est fragile, comme si l’image qu’elle renvoie au monde s’était mis à compter pour elle suite à ce poste inespéré. Puis les vêtements sombres et ternes reprennent le dessus à mesure qu’elle fait face à l’immensité de sa tâche avant de faire un retour inattendu lorsqu’elle se heurte à la folie destructrice de la ville de Gotham. Le rouge domine tout le troisième chapitre, le symbole de l’arlequin est omniprésent, le point de rupture se rapproche.

Et ce n’est pas la plus belle planche de l’album

J’aurais aimé que ce déploiement graphique soit au service d’un scénario intelligent et qui aurait permis de mettre le doigt sur la dangerosité de personnalité manipulatrice du Joker mais malheureusement il n’en ait rien. On va passer sur quelques raccourcis scénaristiques qui s’expliquent par le format court imposé à l’auteur par l’éditeur mais je reste quand même dubitatif sur le plan final d’un adversaire bien connu de batman et surtout sur l’imbécilité de ses hommes de main qui auront au moins la décence d’être éjecté du récit assez rapidement. Mais c’est sur le cœur de son récit que l’auteur fait chou blanc.

Il échoue en effet à nous conter une relation crédible entre le Dr. Quinzel et son patient. La manipulation du Joker manque de subtilité tandis que la psychiatre diplômée peine à convaincre dans son rôle de chercheuse tant les termes liés à la psychiatrie se font rare. Ses réflexions personnelles sur les patients dont elle a la charge tiennent plus du verbiage de remplissage que du diagnostic de professionnelle. L’auteur parvient à écrire une Harleen Quinzel crédible en tant que jeune femme fragile et isolé mais jamais à lui faire revêtir une blouse blanche de manière crédible. Quant au Joker sa représentation en mannequin criminel peut évidemment s’expliquer par la représentation que s’en fait Harleen, après tout c’est elle qui nous narre son récit, mais il n’en reste pas moins que c’est un Joker un peu fade que nous est donné à voir dans ces pages.

Une plongée bien trop lisse dans la folie

Ce nouveau graphic novel du black label de DC comics, qui à bien du mal a convaincre, prouve une fois de plus à quel point il est difficile d’écrire la folie sans tomber dans la facilité. Après tout bien peu d’auteurs sont parvenus au fil des années à écrire correctement le Joker, pas en tant que nemesis ultime de batman, mais en tant qu’avatar de la folie destructrice et ravageuse. L’effort de Stjepan Šejic est louable mais reste à l’état d’essai timide et trop lisse pour être convaincant.

Résumé: Après des études mouvementées qui ont entamé sa confiance en elle, la jeune psychologue Harleen Quinzel pense enfin avoir décroché le poste de ses rêves en étant embauchée à l’Asile d’Arkham afin d’apporter son soutien et son expertise aux plus grands criminels de Gotham. Mais il est un être au sein de cet asile qui va à la fois faire chavirer son esprit et son coeur : le Joker ! Petit à petit, Harleen va se laisser séduire puis sombrer dans un abîme de folie y laissant à tout jamais son innocence et ses illusions perdues.

  • Poids de l’article : 1.02 kg
  • Relié : 224 pages
  • ISBN-13 : 979-1026816065
  • Dimensions : 22.2 x 1.8 x 28.2 cm
  • Éditeur : Urban Comics Editions (12 juin 2020)
  • Langue : : Français

DCEASED: Unkillables, cours de débitage de bidoche en accéléré

Surfant sur le succès de la mini-série DCEASED, qui n’a plus de mini que le nom étant donné le nombre de suite semi-officiel qui va lui être consacrée dans les prochains mois, DC a lancé un spin-off qui a pour tête d’affiche, non plus les héros mais leurs pendants plus violents, les super-criminels.

Enfin un nombre assez réduit du large panorama qu’offre l’univers DC en matière de hors-la loi, le récit contenant à peine trois numéros, le malicieux scénariste Tom Taylor a dû faire des choix. Ce dernier prouve encore une fois qu’il maîtrise l’univers DC sur le bout des doigts, il n’a pas son pareil pour planter des personnages en quelques répliques et à nous attacher à ses personnages en quelques cases. Le récit est parcouru par une tension dramatique et fataliste avec quelques touches d’humour, avec notamment l’utilisation d’un personnage sous-employé, le creeper qui se réserve les dialogues les plus drôles et absurdes. On pourra aussi noter l’ironie bienvenue dont sait user Tom Taylor comme lorsque la masse orgueilleuse qu’est Vandal Savage se fait surprendre pour la dernière fois de son interminable existence.

Une belle brochette de crapules et de psychopathes

En trois numéros à peine, le scénariste réussit à nous conter deux relations parents-enfants, la création d’un groupe de survivants, une relation touchante entre des enfants et une bande de super-criminels instables et une course-poursuite pour la survie des derniers êtres humains. Évidemment le récit est perclus d’ellispe et de raccourcis, le combat final entièrement féminin aurait mérité plus de pages mais les contraintes éditoriales ont conduit l’auteur à aller à l’essentiel.

La partie graphique est assurée par Karl Mostert, un artiste qui m’était inconnu jusqu’à présent. Son style se rapproche beaucoup de celui de Franck Quitely et même si j’adore toujours autant admirer ce style qui allie pose majestueuse et case gore et sanguinolente je trouve regrettable que cet artiste ne développe pas plus son propre style. D’autant plus que son travail sur les visages, très détaillés lors des deux premiers numéros, s’effiloche sur la fin et c’est surtout cette pauvre Cheetah qui en fait les frais.

Ça découpe à tout va, soyez prévenu

En espérant que DC n’épuise pas trop vite la source créatrice qui rend cette lecture si jouissive, cette lecture de la destruction d’un univers DC reste un plaisir jubilatoire en ces temps estivaux.

Résumé :

Un virus issu de l’équation Anti-Vie, l’arme fatale de Darkseid, a contaminé l’humanité, la plongeant dans une folie cannibale.

Les héros se retrouvent décontenancés et peinent à se réunir pour contrer cette épidémie. De leur côté, les super-criminels sont également dépassés et le jeu de la survie du plus fort commence au sein de cette communauté où tous les coups sont permis !

SCÉNARISTE : TAYLOR TOM – DESSINATEUR : Karl Mostert

Dceased de Tom Taylor et Trevor Hairsine, lorsque super-héros et post-apo font bon ménage

Les grands éditeurs de comics que sont DC et marvel adorent construire un univers cohérent aux ramifications multiples. L’aspect négatif de ces immenses châteaux de cartes où se côtoient la science, l’espace, la magie et les dieux c’est que tout est un peu figé et progresse lentement à coups de crossovers* qui promettent de tout changer et de retcon* plus ou moins bien amenés. C’est la raison pour laquelle, de temps en temps, ces deux mastodontes de l’industrie du comics aiment bousculer leurs univers très codifiés à travers des mini-série qui laissent plus de marges de manœuvre aux scénaristes même si elles se situent en dehors de la continuité officielle et ne provoquent aucun changement majeur.

DÉVORER LES TOUS

Alors que Marvel a déjà franchi le pas il y a cela plusieurs années avec la série Marvel zombie, DC n’a lancé la publication de Dceased que l’année dernière. Les deux big two s’étant souvent influencé au cours des décennies, le reproche a encore été fait à DC ajoutant à cela que la mode des zombies est passé depuis un moment. Mais là où Marvel a voulu poursuivre le succès de sa série de héros putréfiés jusqu’à la perte d’inventivité DC a décidé dès le départ que Dceased serait une mini-série qui s’achevait au sixième numéro. De plus l’éditeur a eu l’excellente idée de confier la réalisation de cette mini-série à Tom Taylor qui chapeaute déjà la série Injustice qui, dans le thème de la déconstruction d’univers envoie du lourd. Le scénariste est un fin connaisseur de l’univers DC et nul doute qu’il a pris un grand plaisir à redistribuer les cartes pour nous conter sa fin d’un monde.

Cassez vous je ne suis pas câlin

COURT MAIS INTENSE

L’aspect mort-vivant n’est finalement pas tellement développé. Les victimes ne sont pas simplement des rôdeurs affamés mais des vecteurs d’une malédiction qui veut la mort de toute chose. On passera rapidement sur l’aspect incongru et irréaliste du mode de propagation. Le but est ailleurs, comment des héros, habitués à triompher de leurs adversaires à coups de poing, vont pouvoir lutter face à un ennemi insaisissable, qui se répand à la vitesse de la lumière et qui les obligent à se dresser face à leurs anciens alliés ? Tom Taylor réussit parfaitement le challenge de conter le dernier combat désespéré des plus grands héros de DC, il réussit en quelques deux cents pages à mettre en scène l’apocalypse de manière grandiose. Un souffle épique balaie les sept numéros de cette mini-série. Pourtant aussi maîtrisée que soit son scénario, certaines situations auraient mérité plus de développement. On sent parfois que l’auteur aurait voulu s’attarder sur des scènes comme la bataille des amazones ou la chute d’Atlantis mais il fallait que le récit tienne en sept numéros alors des choix ont dû être faits.

SANGLANTS CROQUIS

Trevor Hairsine assure la majeure partie de la partie graphique. Un artiste que j’ai tendance à trouver brouillon mais il faut reconnaître qu’il s’en sort plutôt bien lorsqu’on lui laisse le temps. Les infectés sont très détaillés, écorchés et sanguinolents, contrairement aux arrières plans mais c’est souvent le cas dans les comics américains. On trouve aussi les dessins de James Harren en complément pour le premier numéro ainsi que Darick Robertson et Laura Braga pour un épisode spécial. Le titre parvient à conserver une hégémonie artistique, malgré des styles très différents, puisque ces artistes talentueux ne sont là que pour illustrer des interludes.

Superman tient la tête d’affiche grâce à une écriture fine et touchante

Dceased a donc tout du divertissement honnête, sans réel propos de fond mais avec un sens de l’héroïsme et du sacrifice qui revient aux fondamentaux du rôle de super-héros. Le tout au service d’une intrigue tendue de la première à la dernière page. Une nouvelle déclinaison de l’univers DC qui ravira tous les amateurs de récit apocalyptique qu’ils soient passionnés par l’univers de DC ou pas.

Résumé:

Darkseid a de nombreuses fois tenté de conquérir la Terre et de réduire à néant les super-héros qui la défendent.

Mais aujourd’hui, il y est parvenu. Lors d’un combat contre la Ligue de Justice, le seigneur d’Apokolyps a déchaîné toute la puissance de l’équation d’anti-vie, faisant ainsi du monde un enfer habité d’individus contaminés et hystériques qui se dévorent les uns les autres. Et face au chaos planétaire de l’anti-vie, les héros sont aussi vulnérables que désemparés.

*un crossovers est la rencontre entre différents héros d’un même éditeur ou d’une autre maison d’édition autour d’une histoire commune souvent conté dans une mini série dédié

*le retcon est une pratique scénaristique qui consiste à insérer de nouveaux éléments dans le passé d’un personnage. Le terme est issue de la contraction de rétro continuité. Le meilleur exemple est la création du personnage d’Elektra dans le comics Daredevil par Franck Miller.

Bloodborne tome 3 le chant des corbeaux, une mélopée ésotérique et hermétique

Alors que les joueurs attendent désespérément un nouveau volet, l’univers de Bloodborne continue d’exister à travers cette adaptation en comics publié par titan comics aux U.S.A et par Urban comics en France.

C’est déjà le troisième volume de cette adaptation et la formule commence à être rodé. Le scénariste Aleš Kot s’empare d’un personnage ou d’un concept présenté dans le jeu vidéo de From software et le met en scène sur quatre numéros mensuels avant de passer à un autre.

SOLITUDE ET INTROSPECTION INTÉRIEURE

Bloodborne possède un univers riche où Lovecraft côtoie l’angleterre du XVIII siècle mais le jeu a également la réputation d’avoir l’intrigue la plus cryptique parmis la production vidéo-ludique. Les lecteurs qui espèrent des éclaircissements sur l’univers ou l’intrigue risquent d’être déçus. Difficile de savoir quelle est la part personnelle apportée par le scénariste mais nul doute qu’il doit respecter un cahier des charges précis de la part des créateurs du jeu vidéo. Et parmis ces charges doit certainement figurer celles de signer une intrigue la plus ésotérique possible, au risque de perdre un peu le lecteur. Le second tome se penché sur la fameuse église du remède, l’un des antagonistes du jeu, et proposait une intrigue plus terre à terre, centrée sur les dérisoires ambitions humaines.

L’intrigue de ce tome est plus introspective et solitaire. On suit Eileen, la traqueuse de chasseurs fous, durant son errance à travers une Yharnam enneigée. Pas de dialogues, juste les ruminations mentales d’Eileen alors que sa santé mentale se détériore et que le voile de la réalité se fissure de plus en plus. Une intrigue qui a le mérite d’être fidèle à la création de Miyasaki mais qui laisse cependant un goût d’inachevé. Quant au lecteurs qui découvriront l’univers de Bloodborne avec ce comics, ils pourraient bien rester bloqués aux portes de la ville derrière un haut portail en fer forgé vu l’hermétisme de l’oeuvre.

PLANCHES DE SANG

En ce qui concerne la partie graphique, j’avoue avoir été déçu par les premières planches de Piotr Kowalski dans les premiers tomes, j’attendais un style plus organique, plus gothique. Les croquis de Kowalski me semblaient trop éthérés et figés pour représenter l’univers glauque et dangereux de Bloodborne. Mais force est de reconnaître que l’artiste livre des planches d’une grande beauté et moins gore que précédemment, sa représentation de Yharnam sous la neige sont splendides et la lune de sang omniprésente éclaire les pages d’une lumière écarlate et inquiétante. L’architecture labyrinthique de la ville transparaît dans les cases tout comme l’ambiance glauque instaurée par le jeu vidéo. Sur ce point là en particulier l’oeuvre est une réussite.

Après trois tomes et douze numéros, il faut reconnaître que l’adaptation de Bloodborne en comics est une semi-réussite. Le scénario est cryptique, tout comme l’œuvre originale, mais ne propose pas malheureusement ses différents niveaux de lecture et d’interprétations, les planches magnifiques de Piotr Kowalski offrent un voyage graphique qui ne pourra ravir que les fans déjà conquis par l’univers de Bloodborne.

Résumé: Eileen le Corbeau traque une espèce de monstres bien particuliers : ses pairs corrompus par une vie de Chasse. À l’oeuvre avec l’un d’entre eux, elle le laisse cependant prendre la fuite. Empoisonné et guidé par ses instincts bestiaux, le fugitif rôde en ville, entassant les corps sur son passage. Au même moment, le voile de la réalité menace de se déchirer à Byrgenwerth. À la recherche du chasseur, Eileen se débat avec sa propre santé mentale et ces visions qu’elle ne comprend pas. Le sang et la mort envahissent Yharnam et ceux qui la suivent…

  • Public : 15+
  • Collection : URBAN GAMES
  • Date de sortie : 13 mars 2020
  • Pagination : 112 pages
  • EAN : 9791026818526
  • Contenu vo : Bloodborne vol.3 A Song of Crows (#9-12)
  • Voir fiche série

Batman: detective tome 2 : médiéval, des chevaliers en carton-pâte

Peter Tomasi est un auteur de comics qui est parvenu à me séduire grâce à deux séries qu’il a écrite pour DC, Batman et robin et, plus récemment, superman. Ses dialogues sont un délice et il n’a pas son pareil pour tisser des liens parentaux forts entre les héros emblématiques de l’éditeur de comics et leurs héritiers.

Il reprend la série Batman: detective, une énième itération consacrée au chevalier noir de Gotham, après le run ambitieux de James Tynion IV déjà publié par urban en sept volumes. Le premier volume du run de Tomasi, intitulé mythologie, développé l’idée d’un batman constamment sur le qui-vive, anticipant les situations avant qu’elles ne se présentent. Un batman que l’on peut voir à peu près partout depuis une bonne décennie et le scénariste semblait vouloir poursuivre dans cette voie héritée de Grant Morisson et Scott Snyder.

BATMAN EST L’ENNEMI

Dans ce second volume le scénariste recycle une idée que l’on a déjà pu lire dans les précédentes séries consacrées au protecteur de Gotham. Une idée qui consiste à placer Batman face à des ennemis qui remettent en cause son existence et son concept même de justice. Les antagonistes ne peuvent plus se contenter d’être des mafieux ou des fous dangereux, ils doivent mettre batman face à ces contradictions et faire trembler les fondations de son univers. Ainsi Snyder dévoilait l’existence d’une société secrète, la cour des hiboux, qui remettait en cause la connaissance que Bruce Wayne pensait avoir sur la ville qu’il considère comme la sienne. James Tynion IV créait le syndicat des victimes, et même si ses membres se sont révélés plus complexes que ne le laissait prévoir leur première apparition, l’idée est là: instiller l’idée que batman est plus néfaste pour Gotham que bénéfique. Pourtant dans l’intrigue qui nous intéresse aujourd’hui aucun élément nouveau ou original ne vient épaissir le propos du scénariste, qui semble ici en petite forme.

Batman se retrouve donc encore une fois face à un ennemi qui, en plus de posséder autant de ressource technologique que lui, a su fédérer autour de lui des ennemis de Batman de seconde zone connu pour leurs ego démesurés. Mais même en passant au-dessus de ces incohérences le récit manque d’entrain et de consistance. Le scénariste semble en roue libre et ne paraît pas savoir où mener son histoire ni comment lui donner de l’ampleur. Le fait de retrouver le tandem père-fils avec batman de nouveau accompagné de Damian Wayne ne suffit pas à rendre l’intrigue intéressante même si Tomasi excelle toujours à écrire le dynamique duo.

UN TRAVAIL GRAPHIQUE SOIGNÉ

Aux crayons on retrouve Brad Walker, qui signe ici un travail correct mais sans génie non plus. Les couleurs sont assurées par Nathan Fairbairn et David Baron, le rendu donne au comic un aspect rond ,gentillet, au ton colorés voir flashy, bien loin de l’aspect nerveux et sombre de la précédente série detective comics. Un choix qui contribue à donner une identité visuelle propre à ce nouveau run.

Ce second tome me prouve une fois de plus qu’il n’y a pas de valeur sûre. Que ce soit en littérature, en musique ou dans le septième art ce n’est pas parce qu’un auteur nous a captivés avec une histoire, un album ou film qu’il faut pour autant se jeter sur sa nouvelle œuvre car le risque d’être déçu est toujours présent. Une leçon que je n’ai pas finie de recevoir malheureusement.

Résumé: Après avoir passé un test dans un simulateur où chaque année Batman exorcise ses démons et se confronte à sa propre mort, Bruce Wayne reprend la mission de sa vie : protéger Gotham.
Mais l’apparition d’un mystérieux chevalier vêtu d’une armure lourde, armé d’une épée et visiblement très au fait des activités de l’homme chauve-souris, va lancer une véritable joute : le Chevalier Noir contre le Chevalier d’Arkham !

SCÉNARISTE : TOMASI PETER – DESSINATEUR : Brad Walker

Black science de Rick Remender et Mateo Scalera

Synopsis: Grant McKay, fondateur de la Ligue Anarchiste Scientifique, a accompli l’impensable en créant le Pilier, un artefact capable de plier les arcanes de la Science Interdite à sa volonté et offrant à l’humanité la possibilité de voyager à travers les dimensions. Seul problème : un incident technique est venu perturber la première expédition avec pour résultat de piéger Grant, ses deux enfants et son équipe de scientifiques entre les dimensions de l’Infinivers, à la merci de mondes plus hostiles les uns que les autres. Seule solution face à l’inconnu : aller de l’avant.

Je suis en train de tomber amoureux…de l’application izneo et des nombreuses offres qu’elle propose. En l’occurrence les éditions urban proposent une réduction sur sa collection urban indies, qui regroupe plusieurs comics indépendants écrits par les grands noms de l’industrie du comic book en creator-owned, c’est-à-dire que leurs créations leurs appartiennent entièrement ce qui n’est pas le cas lorsqu’ils écrivent pour les big two, Marvel et DC.

L’offre initiale concerne les trois premiers tomes de chaque série mais les huit premiers tomes de la série dont je vais vous parler sont tous proposer au tarif dérisoire de 2,99 € ce qui signifie que vous pouvez accéder aux trente premiers épisodes pour moins de 23,92 €. Mêmes les épisodes uniques à la parution hebdomadaires vendues dans les comics shops américains coûtent plus cher. L’occasion était donc trop belle pour passer à côté de ce comic qui me faisait de l’oeil depuis un moment.

Black science donc, puisque c’est d’elle qu’il s’agit ,comme ne le laissait pas deviner le titre de l’article. En lisant le premier épisode une référence évidente va venir à l’esprit des lecteurs, en tout cas des trentenaires, ce sera la série sliders qui narrait les mésaventures d’un groupe d’explorateurs perdus dans les dimensions mais en vérité l’héritage remonte à plus loin que ça. Grant Mckay et ses compagnons d’infortune s’inscrivent dans l’héritage laissé par Homère et son Odyssée. Black science est donc une modernisation d’une épopée bien connue dans laquelle le scénariste y poursuit l’étude de son thème fétiche.

Le comic est mené d’une main de maître par le scénariste Rick Remender. Ce dernier fait partie de ces scénaristes qui se passionnent pour un thème qu’ils vont développer tout au long des différentes œuvres qu’ils écrivent en y mettant beaucoup d’eux-mêmes. Le thème favori de Remender ? La paternité, désirée ou non, et son corollaire, l’éducation que l’on transmet à notre descendance et comment celle-ci influence le caractère et le devenir de nos enfants. C’est un thème fondateur pour cet auteur. On le retrouve dans la plupart de ses oeuvres, que ce soit en creator-owned, dans les séries Fear agent ou Low, ou bien dans ses runs pour Marvel sur uncanny avengers ou uncanny x-force. Le portrait qu’il dresse de son personnage principal, Grant Mckay, est loin d’être élogieux, mari volage et père absent. Il fait aussi preuve d’une certaine arrogance, jugeant que son génie et son travail l’exempt de ses responsabilités familiales. Un personnage à déconstruire donc, ce que Remender va s’employer à faire au travers d’un périple sans temps morts où le danger est présent à chaque croisement.

Le rythme est effréné, rappelons que Remender n’a qu’une vingtaine de pages par épisodes pour faire avancer son récit. Tout va donc très vite. L’auteur a recours à une technique courante dans les comics, la double narration. Pendant que les bulles de dialogues vont se centrer sur ce qui se passe à l’instant, des cases de monologue intérieur vont nous permettre de faire connaissance avec le personnage en tête d’affiche de l’épisode et ses tourments intérieurs. Un choix qui s’explique par l’aspect compressé du récit et le manque de pagination mais c’est le système des comics américains qui veut ça. C’est une technique que j’ai toujours trouvée un peu indigeste mais cela n’enlève rien à l’ingéniosité du scénario et la maîtrise de son scénariste. L’autre défaut que je pourrais faire ne concerne pas la série directement, il est inhérent à la lecture d’un comic sur tablette et je ne suis sans doute pas le seul à l’avoir expérimenté. Les auteurs de comics adorent étaler la lecture sur des doubles pages où la narration se fait horizontalement d’un bout à l’autre de la double page. Cette technique est souvent bluffante en version physique mais elle perd beaucoup de son effet sur tablette malheureusement.

Enfin je ne pourrais pas clore cet article sans parler du talentueux Mateo Scalera dont les dessins énergiques et colorés permettent aux idées les plus folles du duo de prendre forme. Vous voulez trembler pour le sort de nos héros tout en les regardant sauter du haut d’une tortue géante sur lesquelles ont été bâti des cités maya ? Vous voulez lire leur infiltration d’un camp d’amérindiens disposant d’une technologie futuriste en pleine guerre mondiale ? Scalera offrent tout ceci à ses lecteurs ébahis et tout ça dans le premier tome de la série. Les mondes parallèles s’enchaînent tandis que nos dimensionnautes, comme ils s’appellent eux-mêmes, font face à leurs erreurs, parfois mortel.

Black science est donc une excellente surprise, qui vient de s’achever au U.S.A. au numéro 42, dont je n’ai pas encore découvert tous les rebondissements de son intrigue à tiroir. Voilà pourquoi vous m’excuserez sans doute de vous quitter sur cette conclusion un peu abrupte pour me remettre à la lecture de ce passionnant comic.

26 comics delcourt à découvrir gratuitement

Comme de nombreux autres éditeurs depuis le début du confinement, delcourt a décidé de mettre à la disposition des lecteurs les premiers tomes de ces séries les plus emblématiques.

Pour en profiter il suffit d’être détenteur d’une liseuse style Kindle ou kobo ou de télécharger une application de lecture de comics et de créer un compte, l’offre de delcourt apparaîtra très vite. Pour ma part je me suis servie de izneo. Une application à l’utilisation simple doté d’un menu attrayant et d’une interface fluide.

L’offre de delcourt permet à tous les amateurs de bandes dessinées de profiter des tomes 1 de nombreuses séries. L’offre regroupe 26 comics en tout et parmi eux on retrouve certains titres prestigieux. En tête the walking dead de Robert Kirkman mais aussi les autres séries de ce dernier tel que invincible, oblivion song, le maître voleur, techjacket et les gardiens du globe.

Mais l’offre ne s’arrête pas là et propose aussi de découvrir le riche univers de Mike Mignolia avec Hellboy et sa série dérivée B. P. R. D. Todd McFarlane est également au rendez-vous avec ses héros maudits Spawn et Haunt, tandis que Ed Brubaker colore les cases du neuvième art d’un noir d’encre avec ses séries Criminal et Velvet qui n’ont rien à envier aux polars littéraires les plus sombres. Kill or be killed complète cet univer avec une touche de fantastique en prime.

Cette offre inespérée vous permettra également de découvrir la magnifique série de Mark Waid, Irrecuperable, une relecture sans concessions du mythe de Superman. Si vous ressentez l’envie de vous plonger dans la suite de cette saga terriblement addictive vous aurez l’agréable surprise de découvrir les 6 autres tomes au prix de 9,99 euros. Le tout formant une saga complète.

Enfin l’offre ne serait pas complète sans la participation du génialisme scénariste et dessinateur Terry Moore avec deux de ses œuvres, Rachel Rising et surtout son chef d’œuvre Stranger in paradise que delcourt propose sous forme d’intégrale atteignant les 600 pages. L’offre permet donc d’acquérir ce pavé afin de faire connaissance avec Katchoo et Francine, sans doute le duo le plus drôle et touchant de la bande dessinée américaine.

À noter que cette offre est disponible jusqu’au premier juin 2020.