Le carrousel infernal de Joe Hill, sombres ritournelles

Les recueils de nouvelles me posent un véritable défi de lecture. Le commencement de chaque nouvelle exige un effort pour se replonger dans une nouvelle histoire, de nouveaux personnages, une intrigue différente. Ce qui entraîne un rythme de lecture différent. Pourtant les talents de conteur de Joe Hill ont rapidement balayé mes craintes. En un paragraphe il fait prendre vie à des personnages, il parvient à nous plonger dans des lieux comme si on y était, à retranscrire une époque. Son style est efficace et immersif.

Il ne faut pas chercher un fil rouge à ces 13 récits ou, si l’horreur tient le haut du pavé, elle n’est pas la seule émotion à être invoquée. Ce recueil regroupe des nouvelles, inédites pour la plupart, écrites à des époques différentes. Si toutes ne vise pas à créer de l’effroi, celles qui s’y emploient sont redoutables dans leur efficacité. La nouvelle qui donne son titre à l’ouvrage est un cauchemar éveillé avec une fin douce-amère des plus angoissantes tandis que La gare de Wolverton permet à l’auteur de faire étalage de son style visuel gore qui marque l’imagination.

Parmi les nouvelles qui touchent à un autre domaine que l’horreur Les retardataires est une pépite émouvante qui n’est pas sans rappeler l’ouvrage de son père 22/11/63 mais en beaucoup plus concis. Faune est un bijou de conte cruel impitoyable tandis que Tout ce qui compte c’est toi est une jolie fable sur la solitude. Certains de ces récits m’ont semblé un cran en dessous mais le recueil est un immense plaisir de lecture.

Résumé: treize histoires au suspense fantastique, dont deux co-écrites avec Stephen King, dissèquent les aléas de l’existence humaine, pour notre plus grand plaisir de lecture, même si la terreur n’est jamais loin.
 
Lorsque les animaux d’un ancien carrousel rendent une ultime sentence. Qu’un chauffeur sans visage entame une danse macabre avec des motards hors-la-loi. Et qu’un propriétaire d’une chaîne de cafés qui grignote peu à peu les petits commerces se retrouve au milieu de loups. Quand une petite porte s’ouvre sur un monde féerique, qui devient le terrain de jeu de chasseurs assoiffés de sang. Et qu’un homme désespéré décide de conduire un vieux bibliobus pour fournir des lectures aux morts. Lorsqu’une adolescente désœuvrée raconte en direct ses vacances en famille sur Twitter. Quand un frère et une sœur s’aventurent dans un champ pour venir au secours d’un enfant. Et que les passagers d’un avion assistent en direct au  déclenchement de la Troisième Guerre mondiale… L’auteur
nous embarque dans une odyssée troublante au cœur de la  psyché humaine.

  • Éditeur ‏ : ‎ JC Lattès (23 septembre 2020)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 464 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2709666073
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2709666077
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 579 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 15 x 3 x 23 cm

Les Oiseaux du temps – 13 mai 2021 de Amal EL MOHTAR et Max GLADSTONE

Bleu et Rouge, deux combattants ennemis d’une étrange guerre temporelle, s’engagent dans une correspondance interdite, à travers les époques et les champs de bataille. Ces lettres, ne pouvant être lues qu’une seule fois, deviennent peu à peu le refuge de leurs doutes et de leurs rêves. De
leurs échanges naitra un amour fragile et dangereux qu’il leur faudra préserver envers et contre tous.

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Chronique : « Les Oiseaux du temps » est le genre de roman qui plonge dans les esprits, attrape le soleil vif de la mémoire et brille, laisse son odeur sur ses lecteurs, comme un parfum transféré entre amants. Mais dès que vous commencez à mettre des mots, vous titubez et vous êtes désorienté, comme si vous vouliez attraper quelque chose et que vous vous trompiez sur la distance, et que vous sentiez vos doigts se refermer sur rien d’autre que de l’air. J’ai dû lire ce roman à petites doses, en avalant ses coups petit à petit, et je pense qu’il me faudra plusieurs relectures pour comprendre tout ce que je ne peux pas dire avec des mots maintenant.

Même aujourd’hui, j’ai du mal à décrire l’action du roman, mais sans rien gâcher, je peux vous dire que le premier fil conducteur de ce récit mal ficelé se présente sous la forme d’une lettre. La première de ce genre n’était qu’un faux-semblant, un instant de complaisance, quelque chose comme un rire sur l’obscurité, mais elle a commencé à faire tourner le temps pour Rouge, le passé coupant le présent comme une lame aiguisée. La deuxième lettre était un abîme dans lequel elle osait tomber, et Rouge avait le sentiment qu’elle et Bleu s’enfonçaient plus profondément que jamais. A la troisième lettre, Rouge avait l’impression qu’ils se coupaient eux-mêmes la gorge : Deux espionnes voyageant dans le temps et appartenant à des factions rivales, divisées entre l’attaque et la diplomatie, qui, en trouvant leur chemin à travers les mondes dévastés par les guerres du temps, sont entrées en contact et ont trouvé l’amour – et quelque chose qui les effrayait aussi – à travers un vide trop profond pour être comblé par autre chose que des mots.

Les deux femmes étaient plus réelles l’une pour l’autre que des reflets dans un miroir, et leurs cicatrices et leurs bords déchiquetés avaient témoigné de trop de batailles menées contre le temps (et contre l’autre). Elles étaient comme des poissons regardant l’hameçon, avec trop de forces prêtes à faire des armes de siège de leurs lettres. Dans l’improbabilité pure et simple du moment, cependant, ils pouvaient presque prétendre que cette histoire d’amour n’était pas une course folle.

C’est ainsi que l’on perd la guerre du temps n’est pas une lecture légère, loin de là. C’est un livre d’une beauté et d’un lyrisme soutenus qui fonctionne également comme la mosaïque fracturée d’un roman – raconté par touches rapides et brutales, le tout enroulé dans de vertigineuses boucles de prose.

Il est difficile, au début, d’avoir une prise ferme sur le cadre glissant de « Les Oiseaux du temps ». J’avais l’impression d’être jeté sans précaution dans un récit qu’il ne comprenait pas, avec des gens tout autour qui attendaient qu’il joue un rôle qu’il ne connaissait pas. L’expérience avait un côté onirique, comme si ces moments étaient séparés du monde éveillé par l’étrangeté de tout cela. Mais même avec la confusion peinte sur mon visage, l’histoire a pris un sens pour moi d’une manière sans mots qui ne pouvait être décrite que comme magique. Chaque mot valait la peine d’être savouré, et mon propre souffle semblait s’harmoniser.

C’est pourquoi je pense que ce roman serait irréductible à toute catégorisation facile : « les Oiseaux du temps » est une aventure de voyage dans le temps, une aventure de science-fiction, de la poésie déguisée en prose et une histoire d’amour. C’est une danse complexe, que les auteurs exécutent avec agilité, grâce et facilité. Le fait qu’ils aient réussi à la mener à bien – et encore plus à la perfection – est en soi une merveille, et j’ai été sincèrement impressionné.

Bien que « les Oiseaux du temps » ne soit pas écrit en vers, la poésie vit dans ses pages. Les auteurs maîtrisent parfaitement leur talent narratif et leur langue s’élève lorsqu’ils parlent de désir, de nostalgie, de survie et de liberté.

Cela dit, ces dons peuvent se transformer en obstacles. Aussi vertigineux et immersif que soient le cadre et les prémisses, « les Oiseaux du temps » est un roman à la fois exaltant et épuisant, parfois simultanément. Même si je me jetais avidement sur la page suivante, il y a eu des moments où le lyrisme m’a semblé laborieux – les phrases sont tellement chargées de métaphores et d’analogies que lire revient à faire du sur-place dans des vêtements trempés, en gardant à peine le nez et la bouche à la surface – et j’ai parfois eu envie d’un peu de retenue. Dans le cadre de la longue économie d’un roman, trop de prose – aussi exquise soit-elle – peut parfois entraver le flux autrement fascinant, et je pense que les lecteurs qui ne peuvent pas faire preuve de patience pour s’attaquer à quelques pages supplémentaires de langage mélodieux pourraient ne pas trouver autant de résonance.

Je suis cependant convaincue que ceux qui sont capables de se détendre dans le chaos seront aussi richement récompensés que moi lorsque les fils finiront par s’entrelacer magnifiquement.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 160 pages ISBN-10 : 2354088450 ISBN-13 : 978-2354088453

Notre-Dame des loups – 13 mai 2021 de Adrien TOMAS

1868, aux confins de l’Amérique, sept Veneurs, hommes et femmes sans foi ni loi, aux munitions forgées d’argent, l’âme froide comme l’acier, parcourent les immensités de l’Ouest sauvage à la recherche de Notre-Dame des loups, une créature qui serait à l’origine de la prolifération des lycanthropes sur le territoire américain.

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Chronique : Notre-Dame des Loups a été un gros, gros coup de cœur. Je l’ai dévoré si vite que je n’ai presque pas eu le temps de le savourer, je n’ai tout simplement pas réussi à le lâcher.
Nous sommes en 1868, en Amérique, et nous suivons une bande de sept Veneurs en mission. Ce sont des chasseurs d’exception qui traquent sans relâche les lycanthropes avec le fol espoir de parvenir à éliminer Notre-Dame des loups, l’Alpha, la mère, celle par qui tout aurait commencé.

En si peu de pages, l’auteur nous offre un background fouillé, riche et non seulement bien développé mais aussi bien utilisé, qui sert vraiment son intrigue. Quelques années seulement après la guerre de sécession, on découvre un pays divisé, affaibli, où les comportements n’ont pas encore tous évolués dans le bon sens. C’est dans cette ambiance un peu dark et très western vraiment crédible et réussie que nous suivons les Veneurs, chacun ayant une raison bien particulière de participer à la chasse.

Les Veneurs donc, sont au nombre de sept. Chaque chapitre du roman vous offrira le point de vue d’un nouveau membre de la Vénerie, et ce à la première personne. Qu’il est doux d’être propulsé dans la tête d’un beau salaud ou d’un esprit dérangé, c’est toujours une expérience des plus singulières ! En tout cas, c’est un sans-faute de la part d’Adrien Tomas. Chaque personnage est hyper travaillé, nuancé, avec une histoire précise et toujours intéressante. Mais surtout, ils ont tous leurs secrets, et ils cachent tous très bien leur jeu… Cette construction est juste génialissime, elle renverse nos certitudes toutes les deux pages et joue avec nous jusqu’à la dernière ligne. Et je reste plus qu’admirative de la précision avec laquelle Adrien Tomas arrive à raconter les histoires de chacun en si peu de pages. Du génie, je vous dis !

Les personnages sont donc extrêmement bien travaillés, crédibles et leurs dialogues sont savoureux, en totale adéquation avec la personnalité de chacun et l’ambiance du roman. L’auteur respecte aussi le mythe du loup-garou, sans rien édulcorer, en apportant un coté mystique très appréciable qui n’a fait que rendre encore plus palpable l’atmosphère angoissante de la chasse. Quant aux paysage et à l’ambiance… Un sans-faute absolu, je vous dis. Je n’ai trouvé aucun défaut à ce roman !

La principale qualité de Notre-Dame des loups, c’est cette capacité à surprendre le lecteur absolument tout le temps, sans lui laisser le temps de reprendre son souffle ou de se remettre de ses émotions. Oubliez l’idée d’avoir un marque-page, vous finirez le livre avant même d’en avoir eu besoin ! Finalement, je regrette presque un peu de l’avoir lu si vite, de ne pas l’avoir savouré comme il l’aurait mérité. Il est si court, croyez moi, vous l’aurez fini avant même de vous en rendre compte. C’est surement le page-turner le plus prenant que j’ai lu à ce jour, impossible à lâcher, chaque fin de chapitre étant insoutenable.

J’ai donc eu un très gros coup de cœur pour ce court roman, que j’aurais égoïstement voulu plus long pour pouvoir en profiter plus longtemps, alors qu’il est tout simplement parfait tel qu’il est.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 192 pages ISBN-10 : 2354089058 ISBN-13 : 978-2354089054

La Légende du noble chat Piste-fouet – 13 mai 2021 de Tad WILLIAMS

Le jeune chat Piste-fouet vient tout juste de se voir conférer un nom par l’Assemblée des Anciens et alors qu’il trouve l’âme-sœur en la personne de la jolie Patte-feutrée, elle disparaît dans des circonstances mystérieuses.

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Chronique : La Légende du noble chat Piste-fouet parle d’un chat dans un monde où les chats ont une civilisation et communiquent entre eux. En fait, ils ont leur propre mythologie et, bien que les humains existent, ils ont tendance à être ces créatures qui vivent dans un monde mystérieux, un monde qui croise parfois celui des chats, mais pas de beaucoup. En fait, tous les animaux ont leur propre culture et leur propre mythologie, mais c’est le monde des chats qui est au centre du livre. Le fait est que ce livre parle de chats et de la façon dont ces chats partent en quête et finissent par sauver le monde d’un chat particulièrement maléfique et méchant, et honnêtement, qui n’aime pas les chats ?

Les gens qui détestent les chats, bien sûr, mais comme on dit, les gens qui détestent vont détester. Il y a des gens qui sont allergiques aux chats, donc je peux comprendre pourquoi ils ne les aiment pas particulièrement, mais je dois admettre qu’il faut aimer la nature plutôt excentrique de nos compagnons félins, même si, comme on dit, les chiens ont des maîtres et les chats des employés. En fait, c’est la raison pour laquelle mon amie préfère les chats aux chiens – les chiens ont tendance à être dépendants et incroyablement collants (je suis sûre que les propriétaires de chiens ont découvert ce qui se passe lorsque vous ramenez un nouveau chien à la maison et que vous allez ensuite vous coucher pour être tenu éveillé toute la nuit par des hurlements de solitude) alors que les chats ont tendance à être indépendants. Ils sont indépendants dans une certaine mesure, car lorsqu’ils veulent quelque chose (généralement quelque chose à manger), vous le savez généralement. Malheureusement, l’idée d’aller attraper une souris ne fonctionne généralement pas.

Ce qui commence comme une joyeuse petite histoire de chat, prend définitivement une tournure sombre un peu moins de la moitié du parcours. Je pense qu’on peut le décrire comme une version féline du « Seigneur des Anneaux ». Ou peut-être, « Le Magicien d’Oz », qui est ce que je pensais VRAIMENT à la fin ! (« Si je dois encore chercher le désir de mon cœur, je ne chercherai pas plus loin que mon propre jardin. Parce que s’il n’est pas là, je ne l’ai jamais vraiment perdu pour commencer. » – Dorothy) Pour un premier livre, Tad Williams fait un excellent travail !
Il faut probablement aimer les chats pour apprécier ce livre. Mais il alimente aussi mon imagination, en me faisant croire que tous les animaux ont leur propre petit monde d’aventures tout autour de nous.

Note : 9,5/10

Éditeur : MNEMOS (13 mai 2021) Langue : Français Broché : 336 pages ISBN-10 : 2354089066 ISBN-13 : 978-2354089061

Princess Bride – 12 mai 2021 de William Goldman

Plébiscité par des millions de lecteurs, Princess Bride est un livre culte qui devint un film culte. Un récit de duels à l’épée, de vengeance, de passion et de miracles.

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Chronique : C’est l’une des plus grandes histoires d’amour, d’action et de vengeance jamais abrégée par un auteur moderne. Il semble que M. Goldman ait estimé que l’histoire originale, telle qu’elle a été écrite par l’immortel S. Morganstern, était un peu trop aride pour être consommée par le public, et qu’elle portait atteinte à des souvenirs d’enfance précieux. Il l’a donc parcourue et en a fait une version « bonne partie », et le monde s’en porte mieux. [1 :]

Bien sûr, le grand gag est qu’il n’y a jamais eu de version originale du livre. Il n’y a jamais eu de S. Morganstern, le plus grand des écrivains florentins. Le père de Goldman lui a peut-être lu des livres lorsqu’il était enfant, mais il ne lui a jamais lu ce livre. L’ensemble du livre est une fiction, du début à la fin, mais Goldman le vend très bien. Il raconte comment il s’est épanoui en tant que garçon, passant d’une déception obsédée par le sport à un dévoreur de livres, tout cela grâce à ce livre. Il raconte comment il a essayé de faire le même cadeau à son fils, qui a réussi à lire un chapitre avant d’abandonner, épuisé. Il parle du grand choc qu’il a eu en découvrant que son père avait fait quelque chose de tout à fait brillant – il avait sauté les parties ennuyeuses et laissé intactes les parties passionnantes.

Le fait de savoir que tout cela est faux n’enlève rien à l’histoire. C’est une histoire sur une histoire, et l’effet qu’une histoire peut avoir sur un jeune esprit. Ou sur n’importe quel esprit, d’ailleurs. Il s’agit de la façon dont les histoires peuvent nous enseigner des leçons que nous ne comprenons que plus tard – comme le fait que la vie n’est pas juste – et de la façon dont les histoires peuvent nous changer d’une manière inattendue. Il s’agit de notre relation avec la fiction et avec le monde qui nous entoure. Dans son enfance fictive, Goldman a davantage appris sur le monde en regardant l’histoire se dérouler qu’en écoutant l’histoire elle-même. Ce livre est donc une histoire sur les histoires. L’histoire elle-même n’est qu’un bonus.

Ce qui m’amène, bien sûr, au film. Laissez-moi vous dire que c’est l’un des très, très rares cas où je mettrai le film sur un pied d’égalité avec le livre. Dans 99,9999 % des cas, le livre est meilleur que le film. C’est un cas où ils sont égaux dans presque tous les domaines. Je suis sûr que cela a beaucoup à voir avec le fait que Goldman a écrit le scénario du film, donc non seulement l’histoire est intacte, mais une grande partie des dialogues sont presque textuellement tirés du livre. C’était de l’or à l’écrit et de l’or à l’écran. Le plus difficile dans la lecture du livre est d’essayer de ne pas entendre André le Géant, Christopher Guest, Robin Wright et tous les autres excellents acteurs et actrices dans votre tête pendant que vous lisez.

Alors, que vous lisiez le livre ou que vous voyiez le film, vous allez vous régaler. Et pendant que vous lisez, souvenez-vous des livres qui ont fait de vous ce que vous êtes aujourd’hui. Pensez aux histoires qui vous ont appris les leçons de la vie avant que la vie ne s’en charge. Pensez-y, appréciez-les et rappelez-vous que chaque livre est une leçon, d’une manière ou d’une autre. ….

Note : 10/10

ASIN : B08S2ZZ8VH Éditeur : Bragelonne (12 mai 2021) Langue : Français Broché : 384 pages ISBN-13 : 979-1028117481

Basketful of heads de Joe Hill et Leomacs, ça va couper chérie !

À défaut de têtes j’ai mis un bon comics dans mon panier

Lorsque DC comics a permis au romancier Joe Hill, qui se trouve être aussi le fils de Stephen King, de créer son propre label de comics horrifiques je me suis demandé si cela n’était pas la meilleure nouvelle de l’année, bon en même temps ce n’était pas difficile vu que je l’ai appris en plein pendant le premier confinement. Après la lecture de ce premier comics la tendance se confirme, l’auteur de l’excellentissime Locke & key, va éblouir mes lectures de ces histoires terrifiantes.

Pourtant au départ le pitch de ce comics ne m’emballait pas plus que ça. L’histoire de cette jeune étudiante qui passe l’été sur une île de l’État du Maine, aux États-Unis, en compagnie de son petit copain et qui suite à l’évasion de quatre détenus va devoir défendre chèrement sa peau à l’aide d’une hache aux propriétés magiques me semblait un peu trop tiré par les cheveux. Je décidais mine de rien de faire confiance à celui qui a écrit Cornes et le costume du mort sans attendre autre chose de ma lecture qu’un slasher jouissif et pas prise de tête (vous l’avez ? )

Alors il est d’autant plus important que je remercie l’auteur pour cette histoire surprenante, qui prend une direction inattendue et dont la lecture réserve bien des surprises pour qui se laissera emporter par June au cours de cette sanglante nuit. Le premier épisode plante le décor de manière habile et nécessite une relecture immédiate pour en saisir tous les détails que l’on a manqués lors du premier passage. L’auteur s’amuse avec les clichés habituels des récits d’horreur, le shérif débonnaire mais autoritaire, le notable arrogant et veule, le petit ami brave et courageux pour mieux les détourner par la suite. L’auteur sait jouer avec nos attentes pour nous livrer une histoire, non seulement divertissante, mais également empreint d’un sous-texte pertinent.

Dans mon panier il n’y a pas d’œufs ni de lait mais il y a des têtes.

Mais ce panier sanglant que nous offre Hill ne serait rien sans son personnage central. Ce concentré d’adrénaline nommé June Branch. Immédiatement charismatique dès son apparition, cette jeune femme va devoir puiser en elle des ressources insoupçonnées pour devoir faire face à ce qui l’attend. Un personnage fort qui va se heurter à des personnifications de la masculinité toxique pour mieux s’affirmer. Le message féministe n’est pas particulièrement subtil mais il a le mérite d’être convaincant. On a tellement l’habitude de voir des personnages comme June se faire dépecer depuis des décennies dans des franchises comme Vendredi 13 ou Halloween que s’en est d’autant plus jouissif de voir les codes s’inverser dans une histoire remarquablement écrite.

L’artiste Leomacs assure la partie graphique. Si le premier épisode, qui baigne dans une douce lumière de fin d’après-midi estivale, ne m’a guère convaincu, il faut reconnaître que dès que la tension s’installe et que le récit démarre l’artiste signe des planches admirables. Ces illustrations sont à la fois sombres, puissantes et dynamiques. Les cases fourmillent de détails et magnifient le personnage de June, toujours très expressif. Malheureusement difficile d’insérer des photos sans spoiler le récit. Disons juste que si j’avais des doutes au début je suis maintenant persuadé qu’il ne pouvait y avoir d’autres artistes pour illustrer cette nuit de tempête que Leomacs.

Il y en a qui vont passer une sacrée nuit

Le récit s’achève et l’on est presque triste de devoir quitter June mais c’est aussi une volonté des auteurs de proposer un récit qui se suffit à lui-même en 7 épisodes réunit ici en un seul album par Urban comics, qui effectue comme souvent un travail éditorial de qualité. Ainsi on n’aura pas l’occasion de voir June et sa hache mystique se déliter au cours de suites improbables et navrantes. Et c’est peut-être aussi ce qui fait la force de cet excellent comics.

Résumé: June Branch mène une vie des plus tranquilles… jusqu’au jour où quatre criminels parviennent à s’évader de prison et enlever son petit ami, Liam. Pour leur échapper, June n’a d’autre choix que de se munir d’une arme étrange… une hache viking du VIIIe siècle ! Mais celle-ci est dotée de propriétés bien singulières : à même de décapiter un homme, elle laisse cependant les têtes fendues… conscientes ! Pour sauver Liam, June n’a plus qu’une seule solution : garder la tête (ou plutôt tout un panier de têtes) froide…

  • ASIN : B08Q71K1LV
  • Éditeur : URBAN COMICS (2 avril 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 192 pages
  • ISBN-13 : 979-1026821168
  • Poids de l’article : 810 g
  • Dimensions : 18.6 x 1.6 x 28.1 cm

Capitale du sud tome 1 Le sang de la cité de Guillaume Chamanadjian, le chant du printemps

Un livre qui respire le printemps

Certains auteurs possèdent un don rare et précieux. Leur plume s’apparente à un chant et lorsque celui-ci entre en diapason avec vos yeux de lecteurs le ravissement est immédiat. Guillaume Chamanadjian compte parmi ces auteurs.

Un chant envoûtant, c’est l’effet que m’a fait la narration de ce premier volume d’une trilogie qu’il faudra suivre en parallèle avec une autre saga Capitale du nord de Claire Duvivier, le tout formera une double saga miroir ambitieuse aux promesses entêtantes. Ce premier volume pose les bases de l’univers créé par les deux auteurs, une porte d’entrée idéale pour découvrir les enjeux développés par les auteurs. Le sang de la cité nous propose de partir à la découverte de la ville de Gemina à travers les yeux de Nox, le commis d’épicerie protégé par le duc Servaint.

Difficile de décrire ce qui m’a happé dans le style de l’auteur, la clarté de sa narration ? La précision de ses dialogues ? Sa narration à la première personne immersive ? Le fait que très vite je me suis laissé emporter par cette histoire. Les points rythmés ma lecture telles des cymbales, les dialogues scandés des paroles rafraîchissantes, les pensées de Nox des refrains bienvenus que l’on se plaît à retrouver. La plume de l’auteur a été une heureuse rencontre que je n’attendais pas. Son récit est fluide, clair, en un peu plus de 300 pages il parvient à nous immerger dans le chant de sa cité aux allures méditerranéennes.

La seule chose que je peux souhaiter à tous ceux qui se lanceront dans cette lecture c’est que cette rencontre s’effectue pour eux aussi car soyons honnêtes on a affaire ici à un tome d’introduction et l’intrigue n’en est encore qu’à ses balbutiements. Un élément fantastique reste encore très brumeux une fois la dernière page refermée et si le récit ne manque pas d’action, il faut patienter le premier tiers de l’ouvrage, le temps pour l’auteur de mettre toutes ses pièces sur l’échiquier. Une fois que l’on a compris que l’on allait assister à une lutte de pouvoir intestine pour le domination de la ville par les yeux d’un jeune homme le récit ne fait que gagner en puissance.

Car l’ouvrage est aussi un récit initiatique, avec tout ce que cela comporte de défauts et de qualités. Nox est un personnage attachant, et c’est heureux car l’on va suivre tout le récit par son regard idéaliste et humaniste mais pas naïf, notre brave commis a bien conscience d’évoluer au sein d’un panier de crabes ou une poignée de main d’un jour n’épargne pas du coup de poignard du lendemain. Le récit flirte parfois avec le roman jeunesse par son ton, notamment par le biais de certaines familiaritées dans les dialogues qui écorchent les oreilles jusqu’ici bercé par une mélodie sans accros mais rien de grave. Nox souffre surtout d’être un personnage spectateur, que son jeune âge et son manque d’expérience rend impuissant face à certaines situations. Si cela reste cohérent avec le développement de l’intrigue il n’en reste pas moins frustrant de voir ce personnage au potentiel grandiose se contenter d’assister en témoin impuissant aux drames qui se jouent sous ses yeux.

Une plume enchanteresse qui a su me ravir au service d’un récit qui n’a pas encore dévoilé toutes ses facettes. Une lecture idéale pour un printemps ensoleillé, cet ouvrage chante, célèbre le printemps. On y parle de vin aux riches arômes, d’olivier millénaires, de verres bus en terrasse entre amis, de douceurs à la saucisse et au fromage de brebis. C’est peut-être aussi ça, cette ritournelle solaire pour un récit aux enjeux tortueux, qui a contribué à faire de ce premier volume de capitale du sud en enchantement de la première à la dernière page.

Résumé: Enfermée derrière deux murailles immenses, la Cité est une mégalopole surpeuplée, constituée de multiples duchés. Commis d’épicerie sur le port, Nox est lié depuis son enfance à la maison de la Caouane, la tortue de mer. Il partage son temps entre livraisons de vins prestigieux et sessions de poésie avec ses amis. Suite à un coup d’éclat, il hérite d’un livre de poésie qui raconte l’origine de la Cité.

Très vite, Nox se rend compte que le texte fait écho à sa propre histoire. Malgré lui, il se retrouve emporté dans des enjeux politiques qui le dépassent, et confronté à la part sombre de sa ville, une cité-miroir peuplée de monstres.

Guillaume Chamanadjian est né en 1980 dans le Sud. Le Sang de la Cité est son premier roman.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (16 avril 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 393 pages
  • ISBN-10 : 2373051028
  • ISBN-13 978-2373051025
  • Poids de l’article : 408 g
  • Dimensions : 14 x 3.4 x 20.4 cm

L’Enragée – Grand Prix 404 Factory – 8 avril 2021 de Jennifer TELLIER

Le royaume de Kardamen attire toutes les convoitises. Sur le point de mourir, le roi entreprend la quête secrète et désespérée de retrouver ses héritiers, des jumeaux disparus depuis bien longtemps. La mission s’annonce périlleuse et il engage celle que l’on appelle l’Enragée, la mercenaire la plus redoutée du pays, pour accompagner ses soldats. Mais, en réalité, qui est cette guerrière froide et impitoyable, que les légendes décrivent comme une sauvage assoiffée de sang, et quels secrets a-t-elle enfouis au plus profond de son âme ?

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Chronique : Voici un très bon livre à mon goût, mélangeant science-fiction et fantasy, de post-apocalyptique (même si l’apocalypse n’a pas vraiment eu lieu) et de bien d’autres choses, bref un livre assez complet, mais qui, malgré cela, est loin d’être complexe et donc on y rentre dedans très facilement.
L’histoire est intéressante, les personnages aussi et on s’attache à l’une comme aux autres assez vite. Je n’ai, personnellement, aucuns vrais reproches à lui faire, sauf peut-être le fait qu’un ou deux points restent non expliqués, alors qu’ils auraient pu l’être dès ce premier tome, mais je ne désespère pas de le voir fait dans une suite.
Dès le début du livre, nous sommes emmenés dans un tourbillon d’évènements rendant la lecture addictive. Après un replat au premier tiers du livre, l’histoire s’emballe de nouveau et nous volons de rebondissements en rebondissements. Un thriller qui se transforme en science-fiction. Par un talent magique, Jennifer TELLIER emmène son roman vers des frontières inconnues, dangereuses, oniriques, spectaculaires. Elle métamorphose l’horreur en bataille ultime surréaliste, elle construit une intrigue tentaculaire qui prend racine aux origines du monde, jongle avec les codes pour époustoufler ses lecteurs. C’est incroyable cette force d’imagination d’une scène d’accroche haletante, l’auteur nous entraîne dans des méandres d’une intrigue noire et profonde. L’ambiance est sensationnelle, où la peur vous saisit à chaque coin de pages. Elle vous étreint cette atmosphère de mystères, et vous fait perdre la notion de réalité. Il règne comme une sombre apesanteur irrespirable.
Un véritable maelström d’émotions vous attends dans ce superbe livre et vous auriez tort de vous priver de découvrir la folle aventure, qui se cache derrière l’Enragée…

Note : 9,5/10

ASIN : B08SGGXXVG Éditeur : 404 Editions (8 avril 2021) Langue : Français Broché : 368 pages ISBN-13 : 979-1032404553

Dévolution – 31 mars 2021 de Max Brooks

Bienvenue à Greenloop, près de Seattle, petite communauté écolo privilégiée permettant à des ultra-riches de vivre au plus près de la nature, mais avec une technologie de pointe. Quand un proche volcan entre en éruption, Greenloop est soudain coupée du monde, et ses habitants jetés dans une épreuve de survie au jour le jour.

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Chronique : C’est le pire choix de livre à lire quand on est en confinement, nerveux, anxieux, que l’on tire son meilleur soutien émotionnel d’une bonne bibine et de papiers toilettes bien remplis (je les câline, c’est pour ça que les gens les achètent autant, non ? Ils ressemblent à des ours en peluche blancs et informes et j’ai récemment essayé de les utiliser dans une recette : il suffit de les mélanger avec du lait d’amande, de la guimauve et des pépites de chocolat : mon mari m’a dit que c’était le meilleur plat que j’ai jamais préparé de toute ma vie).

Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une aventure effrayante, pleine d’action, sinistre, sombre, sauvage et dérangeante ! Vous devez réfléchir avant de décider de lire un livre de l’auteur de World War Z.
Ce que nous avons jusqu’à présent : Un grand chaos dans le nord-ouest du Pacifique éclate avec l’éruption du Mont Rainer. On nous présente alors la communauté Greenloop, composée de maisons intelligentes situées près de Ranier Park, isolées de la société.
Ils ont juste créé leur propre lieu de quarantaine sûr, clair et hautement technologique. Mais quel était ce hurlement venant des bois ? Et ces empreintes de pas ne peuvent pas appartenir à un vrai humain, n’est-ce pas ? Que diable est-il arrivé à ces animaux dans les bois ? Un massacre sanglant, moche et dégoûtant commence à terrifier la petite communauté. Peut-être qu’ils ne sont pas aussi sûrs qu’ils le pensaient, non ? Les monstres invisibles ne sont plus sous leurs lits. Ils sont réels, ils sont là dehors et ils viennent pour eux.

Je pense que les choses que j’ai le plus appréciées dans ce livre sont la caractérisation détaillée, stratifiée et divertissante et la progression addictive. Il y a d’autres narrations, mais l’histoire est principalement racontée par des entrées de journal. Le style de narration est captivant et maintient votre intérêt en éveil grâce à un mystère réaliste qui se construit lentement. Les choses deviennent plus violentes, crues et vulgaires à chaque seconde lorsque les monstres apparaissent.

Étonnamment, j’ai aussi aimé Kate (au début, elle m’irritait au plus haut point avec ses pitreries bizarres et bizarres et son comportement ultra-paranoïaque) et j’ai eu envie de frapper sa tête de je-sais-tout à plusieurs reprises, mais lorsque la crise survient, elle devient mon héroïne et la transformation de son caractère m’a rappelé d’autres super-héros de bandes dessinées : une personne qui semble ordinaire et effrayante peut être une énigme qui cache tant de potentiel en elle. Sa narration nous aide à comprendre la nature du danger contre lequel ils vont se battre, ce qui nous permet de voir plus clairement l’ensemble du tableau dans notre tête. Et son sens de l’humour noir, tragique mais aussi plein d’esprit, nous tient en haleine mais aussi curieux de savoir ce qui va se passer ensuite ! Quand la merde frappe le ventilateur, elle se transforme en une sorte de Sarah Connor avec plus de connaissances sur les monstres de la nature.

Dans l’ensemble, c’est un fantastique voyage en train que vous ferez, qui vous arrachera le coude, vous fera vibrer le cœur, vous fera trembler la terre, vous rendra fou. Il en vaut vraiment la peine, mais si vous ne pouvez pas supporter un livre qui vous fait perdre la tête, qui vous fait battre le cœur et qui vous fait monter le stress, vous n’êtes pas fait pour ce voyage complètement fou !

Note : 9,5/10

Éditeur : Calmann-Lévy (31 mars 2021) Langue : Français Broché : 270 pages ISBN-10 : 2702180752 ISBN-13 : 978-2702180754

Les mystères du trône de fer volume 2 d’Aurélie Paci et Thierry Soulard, la clarté du propos et la richesse du sujet

Ce n’est pas toujours évident de déterminer précisément pourquoi telle saga va vous plaire et faire de vous un fan inconditionnel. Les personnages, l’intrigue, l’univers tout ça se mélange parfois à tel point qu’il nous est parfois difficile de dire pourquoi on s’attache à un récit. Sans oublier la frénésie de lecture qui s’empare de nous dès qu’un nouveau volume de notre saga préférée apparaît sur les étales des librairies. Heureusement certains auteurs sont là pour nous permettre d’y voir plus clair dans notre passion.

C’est à cela que m’a servi personnellement ce nouvel essai consacré à la saga littéraire de George R.R. Martin. Car outre la somme d’informations historiques condensées dans les 500 pages nécessaires pour faire le tour des influences de l’auteur, l’ouvrage manifeste surtout la passion dévorante de Martin pour l’histoire avec un grand H. Une passion qui l’a amené à voyager, à s’immerger dans les vestiges historiques, comme le mur d’Hadrien en Écosse, pour nourrir ses influences et l’immense fresque épique qu’est la saga du trône de fer.

Un cri d’amour pour une matière qui reste l’une des plus ludiques que l’on nous enseigne à l’école. Pour peu que l’on est comme professeur un passionné, les cours d’histoire peuvent vite devenir un exutoire à l’imagination. Les leçons sur les conquêtes romaines font résonner le bruit des batailles, le fracas des épées sur les boucliers, le reflet du métal des armures au soleil tandis que les chapitres des livres d’histoire consacrés à la Grèce antique nous ramènent à une époque chargée de légendes et de mythologie tandis que l’histoire des rois et reines nous en apprend beaucoup sur la nature humaine et la folie du pouvoir. C’est cet amour pour l’Histoire que George R.R. Martin exprime dans sa saga et je crois que c’est pour ça que je l’apprécie autant, pour être parvenu à créer son propre univers à partir de références universelles.

Car avoir su réunir autant de références différentes, d’époques diverses et d’influences aussi variées tout en gardant une cohésion et une maîtrise de son œuvre, révèle déjà d’un travail formidable. Celui effectué par le tandem Aurélie Paci et Thierry Soulard n’en est pas moins impressionnant. L’ouvrage est extrêmement bien organisé, l’on passe de la préhistoire à l’antiquité gréco-romaine en passant par le tant décrier Moyen-âge, sans oublier ses chers vikings. Toutes ces influences sont replacés dans leurs contextes, les auteurs n’oublient pas de préciser que la saga du trône de fer à commencer à être rédigé durant les années 1990 et que la manière d’étudier l’histoire a changé depuis. Ils nous démontrent comment l’auteur s’est emparé d’un élément historique pour le remplacer dans son œuvre, avec des encarts spécialement réservés à la série télévisée. Un même personnage, citée ou arc scénaristique du trône de fer peut être donc un patchwork de multiples références historiques.

La première partie s’accentue sur les rapports ambigus entre le genre littéraire de la fantasy et l’Histoire. Il ne s’agit pas seulement d’une introduction au propos générale du livre mais aussi d’une réflexion sur comment raconter une histoire, comment créer un univers fantastique sur la base d’éléments historiques. Le sujet de la fantasy historique, qui réécrit l’histoire en y incorporant des éléments fantastiques ou la popular history, un genre littéraire qui romance les grands moments de notre histoire, y sont abordés. L’Histoire n’a pas fini d’inspirer nombre d’auteurs.

Cette partie est également l’occasion de se pencher sur la narration malicieuse de Martin dont certains des récits annexes au trône de fer sont narré par des mestres, qui sont des personnages à part entières de son récit, dans une réflexion autour de la notion de conteur et d’historien. À travers leur étude exhaustive de l’œuvre de Martin le tandem Paci-Soulard nous montre que l’auteur est parvenu à intégrer cette problématique à sa saga et à densifier l’histoire de celle-ci par des mystères historiques et des sources contradictoires, rendant sa saga encore plus riche et passionnante. Le duo d’auteur parvient à illustrer de manière claire et concise ces éléments introductifs aux propos principals.

La guerre des deux roses, un immense morceau de l’histoire anglaise, est également évoquée au cours d’un chapitre dont la lecture m’a paru plus laborieuse que les précédents. Je pense qu’il est nécessaire de s’aventurer dans cette partie en ayant déjà une certaine connaissance des événements de cette période trouble de l’Angleterre. Les multiples renvoie au récit de Martin ont parasité ma lecture et perturbé ma compréhension de cette guerre de succession. Il faut dire qu’il y a un nombre impressionnant de personnages concernés, que ce soit dans l’histoire véritable que dans le récit de Martin, et le duo n’a pas forcément le temps de tous les introduire correctement

Mis à part cette partie dont la lecture fût plus ardue que le reste. Cet essai se révèle être, pour qui veut encore plus explorer l’univers du trône de fer, une mine d’informations intarissables sur la saga de George R.R. Martin. Un ouvrage qui se veut comme un passeur de savoir, qui permet de rajouter une nouvelle brique à l’édifice gigantesque dont Martin a entrepris la construction il y a de cela maintenant une trentaine d’années.

Quatrième de couverture: Passionné d’histoire, George R.R. Martin a parsemé Le Trône de Fer de références à notre monde, créant une saga culte aux contours familiers. De la guerre des Deux-Roses (1455-1485) à la guerre des Cinq Rois, de l’Anarchie anglaise (1135-1153) à la Danse des Dragons, de la guerre de Cent Ans (1337-1453) aux rébellions Feunoyr, en nous contant ses conflits inventés, George R.R. Martin nous entraîne dans les couloirs de l’histoire. Si le Moyen Âge est au coeur de son imaginaire, il est loin de s’y limiter : Préhistoire, Antiquité, Renaissance ou période des « grandes découvertes » nourrissent également son inspiration. Comment George R.R. Martin s’inspire-t-il de l’histoire ? Quelles sont ses sources ? À partir de quelles figures historiques a-t-il modelé Jon Snow, Daenerys Targaryen, Tyrion Lannister ? Comment utilise-t-il l’histoire pour renforcer ses intrigues ? Les réponses à ces questions et à bien d’autres sont dans cet ouvrage, incontournable pour décrypter Le Trône de Fer, les livres dérivés de cette saga, et les séries télévisées (Game of Thrones, House of the Dragon) qui en sont tirées

  • Éditeur : PYGMALION (17 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 384 pages
  • ISBN-10 : 2756431117
  • ISBN-13 : 978-2756431116
  • Poids de l’article : 660 g