Balèze – 17 septembre 2020 de Kiese LAYMON

L’un des meilleurs récits de 2018 selon le New York Times

Partant de son enfance dans le Mississippi, passée aux côtés d’une mère brillante mais compliquée, Kiese Laymon retrace les événements et les relations qui l’ont façonné. De ses premières expériences de violence et de racisme jusqu’à son arrivée à New York en tant que jeune universitaire, il évoque avec une sincérité poignante et désarmante son rapport au poids, au sexe et au jeu, mais aussi à l’écriture. En explorant son histoire personnelle, Kiese Laymon questionne en écho la société américaine ; les conséquences d’une enfance passée dans un pays obsédé par le progrès mais incapable de se remettre en question.
Récit intime qui met en lumière les échecs d’un pays, Balèze est un formidable acte de défi et de courage.

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Chronique : Au tout début de « Balèze », Laymon écrit : « Je ne voulais pas vous écrire. Je voulais écrire un mensonge. » Le « vous » est la mère de Laymon, et le livre parle avant tout d’eux deux, écrit avec un amour et une peur si ouvertement dénudés qu’on a l’impression de les déranger pour le lire. Même les personnes que vous connaissez le mieux ne se révèlent pas de cette façon, et c’est peut-être là une partie de ce que Laymon essaie de corriger pour au moins un lecteur.

La lourdeur du titre se manifeste tout au long du livre. C’est le poids des traumatismes gardés secrets, le poids des générations d’oppression noire, le poids des vérités non dites, le poids de la honte, le poids des attentes et le poids réel d’un corps réel. En le lisant, je pouvais sentir le souvenir du mensonge original que Laymon a écrit et qu’il ne pouvait pas laisser reposer, et j’ai alors recommencé à écrire ce livre. Le contraste de la vérité, la façon dont il s’oblige à exposer les faits, mais aussi la puissance du mensonge et des mensonges qu’il se raconte dans les choix qu’il fait. Tout cela en fait un de ces mémoires qui se sentent singulières, qui se taillent une nouvelle voie pour se montrer au monde.

Structurellement, c’est un mémoire traditionnel. Il avance dans un temps linéaire, il se concentre sur certaines périodes de formation, il trace le développement de la personne que l’auteur est maintenant. C’est aussi, semble-t-il, sa propre tentative d’appel à l’action tout en reconnaissant tout au long du parcours qu’une chose qu’il a apprise jusqu’à présent est que ces appels vont rarement comme on le souhaite. La vie ne nous donne généralement pas ces simples structures d’obstacle suivies de croissance, si bien que souvent, c’est l’obstacle suivi de l’échec qui conduit à plus d’échec et à une spirale de honte toujours plus grande. Le laïc a le don de la connaissance, de la perspicacité, des mots, de l’éducation, mais parfois tout ce que cela lui donne est la capacité de savoir jusqu’où il s’est trompé.

Laymon a grandi à Jackson, dans le Mississippi, élevé par une mère célibataire qui est également professeur. Elle l’entoure de livres, lui assigne des essais, elle est à bien des égards ce parent noir stéréotypé qui exige de son enfant noir qu’il travaille deux fois plus. Elle le frappe aussi, lui ment, le vole et tombe dans des schémas d’abus et de dépendance qui lui ont été transmis et qu’elle transmettra à son tour à Laymon. En racontant leur histoire, le livre tient également compte de l’héritage d’être noir dans le Sud profond, de ce que cela signifie d’être là et de ce que cela signifie de partir. Ce n’est pas que la façon dont Laymon écrit à son sujet soit inflexible, c’est qu’il vous laisse le voir tressaillir, voir combien il l’aime et combien cela lui fait mal d’être blessé par elle et maintenant de la blesser en retour en mettant tout cela à nu.

Balèze est écrit de main de maître, il passe sans effort de la confession personnelle à la critique sociétale, il voit les subtilités de l’auteur ainsi que sa place dans un monde plus vaste. J’étais tenté de souligner quelque chose à presque chaque page. En fait, je me sens un peu coupable d’écrire une bonne critique parce que Laymon est tellement honnête sur lui-même, sur les dépendances, les abus et les troubles alimentaires, sur sa famille et ses relations, que cela ressemble à une trahison de le partager publiquement. C’est vraiment un don d’écrire de cette façon et j’espère que nous ne le gaspillerons pas.

Note : 10/10

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock, une sombre symphonie discordante

Il y a certains ouvrages, une fois achevés, qui vous laissent une arrière-pensée persistante dans la tête comme si vous n’étiez pas parvenu à saisir la mélodie du recit. Vous avez entendu les notes, apprécié la rythmique mais une fois l’outro terminée vous ne savez pas exactement ce que vous avez entendu. Un sentiment agaçant que m’a procuré le premier roman de Donald Ray Pollock.

Après avoir cherché d’où pouvait venir cette discordance que je ressentais dans ma lecture, j’ai fini par me demander si c’était parce que le livre lui-même ne sait pas ce qu’il est. Car ce roman sans concessions sur l’Amérique profonde emprunte certains codes du polar au sein d’un récit qui lui, va plutôt chercher du côté de Jack Kerouac pour l’errance et l’attrait de la route et de Charles Bukowski pour l’aspect sordide. Ses chapitres courts et ses personnages sombres et torturés rappellent les thrillers prenant la campagne américaine comme décor qui fleurissent sur les étals des librairies. Pourtant le style et la narration vont chercher plus loin, plus profond, comme si la plume de l’auteur était une pelle avec laquelle il exhumerait les pires travers de l’humanité.

Mais ce côté thriller où la mort rôde à chaque page l’empêche de prendre une dimension plus littéraire qui le rapprocherait de ces illustres prédécesseurs. La faute peut-être aussi à ses personnages antipathiques pour la plupart, dont l’existence chaotique nous est présentée sans développement, sans tout le parcours nécessaire pour s’attacher à ces âmes fracassées par le sort. C’est le cas de Sandy par exemple, d’abord mentionnée comme une jeune fille timide et introvertie on la découvre, dans le chapitre suivant, en Bonnie qui serait devenue une pin-up infernale et sanguinaire sans le nécessaire développement pour comprendre comment elle a pu en arriver là. Il en va de même pour le duo Roy et Théodore dont le rôle dans cette virée sanglante tient plus de la note en bas de page que d’un réel apport à l’intrigue. Seul le personnage d’Arvin éclaire de sa présence cette galerie de personnages qui se veut le portrait d’une certaine Amérique.

La mélodie que nous compose Donald Ray Pollock avec ce premier livre à de quoi séduire, une plume crépusculaire qui fouille les moindres recoins de l’âme de ses personnages, mais sa volonté de répéter certains codes du polar créer une dissonance qui m’a empêché d’apprécier pleinement sa sombre symphonie. L’adoption à venir par netflix avec un casting alléchant et Antonio Campos à la réalisation permettra peut-être de régler ce problème.

Résumé: De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s’entrechoquent : un rescapé de l’enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi… La prose somptueuse de ce premier roman de D. R. Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages. Un univers terrifiant que la critique n’hésite pas à comparer à ceux de Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac McCarthy.

  • Poche : 408 pages
  • ISBN-10 : 2253175889
  • ISBN-13 : 978-2253175889
  • Poids de l’article : 218 g
  • Dimensions du produit : 11.1 x 2.5 x 17.7 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (3 janvier 2014)
  • Langue : : Français

Les dédicaces – 9 septembre 2020 de Cyril Massarotto

De Claire, on ne sait pas grand-chose, sinon qu’elle vit à Paris et collectionne les livres dédicacés. Son plus grand plaisir est d’écumer les librairies à la recherche de ces trésors qui font de chaque livre un objet unique et précieux,  » parce que la dédicace ajoute une histoire à l’histoire « . Chez un bouquiniste, elle tombe sur un livre dont la dédicace lui laisse une désagréable impression de vulgarité. L’auteur, Frédéric Hermelage, laisse son numéro de téléphone à une certaine Salomé, assorti d’un compliment outrancier. Seulement, à la lecture, le roman est à l’opposé de la dédicace. Subtil, élégant. Comment expliquer un tel contraste ? De librairies en Salons du livre, Claire va alors se lancer sur les traces de cet écrivain discret, jusqu’à franchir les règles de la fiction.

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Chronique : Au premier abord, on pense que l’histoire était extrêmement banale. Mais au fil de la lecture, on la trouve fort séduisante. Une délicatesse toute française s’en échappe, dans une sérénité qui emporte le lecteur alors même que le personnage de Claire va rencontrer Frédéric Hermelage !
C’est l’occasion aussi d’en apprendre davantage sur le milieu littéraire de ses deux être et l’idée d’y mettre le concept des dédicaces dans les livres dans une réalité ou le numérique est plus que présente , et d’observer ses deux personnages au prise avec la réalité qui se succèdent sur les pages et cette amour naissant mais bloqué par une simple dédicace révèlent leurs relations de plus en plus forte, et pourtant tout en retenue, de nos deux héros.
Mais peut-on aimer un fantasme? Faut-il rêver sa vie plutôt que de la vivre ? Y a-t-il un esthétisme littéraire de l’amour ? C’est une histoire d’amour très improbable, émouvante et souvent hilarante. A lire et ce livre vous fera du bien.

Note : 9/10

L’Utopie sauvage de Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier

Nous vivons presque tous en ville et pourtant chacun cherche à sa façon à redevenir « sauvage » : rêve d’une vie à la campagne, de congés au vert, de forêts urbaines. La perspective d’un effondrement, qu’il soit écologique ou pandémique, attise ce besoin d’ensauvagement. Idéalisée, la nature devient à la fois quête, refuge et solution face à une société de consommation qui manque de sens et détruit la planète. Le retour à la terre et à une vie plus autonome n’est pas nouveau ; ce qui est inédit, c’est l’intensification du phénomène et sa démocratisation.

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Chronique :Comment aborder le sujet de l’état alarmant de notre société et de notre planète de façon attrayante, sans moralisation déprimante ?
Par ce genre de roman, qui mêle intelligemment un regard acerbe et pertinent sur notre société, un peu d’histoire, l’engagement et les aventures de jeunes personnages décalés, entiers et très attachants dans des sites hostiles et dangereux, et une tentative de recherche de solution utopique, dans une belle écriture vive et rythmée.
Une excellente trame qui mériterait d’être déployée en plusieurs livre. Tous les ingrédients sont là : des sentiments, du danger, de la critique intelligente, un peu de technologie, et surtout une nouvelle façon de penser le monde. Mais les enjeux dans ce genre de situation sont tels que les risques encourus et les pressions subies par les personnages auraient dues être bien plus élevés. Il y avait de quoi faire bien plus de rebondissements et de suspens. Merci Sébastien Dalgalarrondo et Tristan Fournier de nous ouvrir les yeux, que on aime où pas ce livre à une proposition bien amené.

Note : 9/10

Mon père de Grégoire Delacourt, et de l’ignoble surgit la beauté

Un cri. Ce livre est un cri. Un cri de douleur, de rage et d’impuissance d’un père face à la tragédie personnelle qui le frappe. Un cri qui vous happe, vous vrille le cœur et vous laisse hébéter face à l’ignominie du monde.

En deux cents pages à peine Grégoire Delacourt parvient à englober les différents aspects d’un scandale de société qui nous afflige encore régulièrement. L’auteur, accompagné de sa plume délicate et aéré, fait résonner les cris des différentes victimes collatérales de ce drame, en laissant volontairement de côté les victimes principales. Son but n’est pas de produire un témoignage sûr comment une telle chose peut encore arriver de nos jours mais de nous plonger dans un esprit chauffé à blanc par une douleur insondable.

Car ce cri est avant tout celui d’un père, biologique, qui comme tant de pères avant lui a l’impression d’avoir quelque peu échoué dans son rôle, paternité précoce et divorce encore plus précoce. Le tintamarre de la vie quotidienne l’ont empêcher d’entendre le silence assourdissant de son fils. Une fois la souffrance révélé, ce père décide de ne plus se taire et de hurler son ressentiment face au Père qui a guidé toute sa vie. Cette confrontation constitue le cœur du récit alors que le cri de douleur se transforme en rage que rien ne peut plus contenir. Une telle rage ne peut épargner à ceux qui entendront ce cri, les détails sordides insoutenables et la violence inéluctable qui en découle. Car ce cri de détresse doit trouver un écho, une complainte de pénitent afin que la souffrance laisse place à la guérison.

Aux côtés du cri de ce père meurtri l’auteur a eu l’intelligence de placer des échos qui donner de l’ampleur au récit afin de ne pas laisser l’impression que le récit est unilatéral. Des échos qui permettent de comprendre et d’entendre d’autres voix, d’autres réactions à ce scandale qui remue beaucoup d’émotions, de non-dit et de surdité de la part de nous tous. Au milieu de ces échos se trouve un appel au pardon argumenté et sensé mais pourtant inaudible.

C’est troublant de voir la beauté et la poésie que l’auteur parvient à extraire de son récit glaçant et sordide. Car malgré les détails sordides qui sont explicites et difficilements soutenables on ne peut s’empêcher de ressentir des émotions propres à la poésie la plus pure et la plus désespérée.

Les ultimes soubresauts de ce cri s’achèvent sur des haut-le-cœur, ceux que nous laissent ces sanglots venu du plus profond de notre être. Des haut-le-coeurs qui enserrent la gorge d’un désespoir profond qui nous fait prendre conscience que, malgré la puissance d’un cri de souffrance, l’horreur et l’ignominie ne disparaissent pas aussi facilement.

« J’attends.J’attends car je sais qu’après ça sera fini. Il n’y a pas de retour en arrière dans la vie. Pas de bouton qui permet de rembobiner les images:éloigner un couteau de la gorge d’un fils et le rengaines dans son fourreau, pas plus qu’on ne peut remonter sur un plongeoir par la voie des airs et s’y retrouver à nouveau sec,les bras en croix. On ne peut qu’avancer. On ne peut que tomber ”

Quatrième de couverture: Je me suis toujours demandé ce que je ferais si quelqu’un attentait à l’un de mes enfants. Quel père alors je serais. Quelle force, quelle faiblesse. Et tandis que je cherchais la réponse, une autre question a surgi : sommes-nous capables de protéger nos fils ?
G.D.

  • ISBN-10 : 2709665336
  • ISBN-13 : 978-2709665339
  • Poids de l’article : 268 g
  • Dimensions du produit : 13.2 x 1.9 x 20.5 cm
  • Éditeur : JC Lattès (20 février 2019)
  • Langue : : Français

Les Roches rouges de Olivier ADAM | 4 juin 2020

J’ai tout juste dix-huit ans. Je vis chez mes parents. Je vais plus au lycée et j’ai pas de boulot. Je picole trop et je me bourre de médocs. Comment peut-elle croire que je suis capable de la protéger, de lui offrir quoi que ce soit de plus ou de mieux que son mec ?
Depuis qu’on roule elle m’a pas posé la moindre question. Elle m’a même pas demandé où on allait exactement. Je lui ai juste dit que je connaissais un endroit où on serait pénards. Et ça a semblé lui suffire…

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Chronique : Ce livre traite de nombreux sujets tous plus sensibles les uns que les autres (violences conjugales, harcèlement sexuel, viol, perte d’un être cher, proxénétisme) et contient quelques passages violents qui peuvent réellement heurter la sensibilité d’un lecteur non averti. Alors si vous avez l’intention de lire ce livre, ne minimisez pas les revues qui le décrivent comme brutal et réfléchissez à votre capacité (ou incapacité) de lire un livre de ce genre.

Le « point négatif » le plus pointé du doigt est la violence présente tout au long du roman. Et en effet, c’est un fait indéniable. Néanmoins, je ne pense pas que le coupable de cette violence soit l’auteur ou sa façon d’écrire. Cette brutalité vient directement des faits RÉELS. Je pense que nous sommes tous habitués à entendre parler de ce genre de sujets à la télévision ou sur les réseaux sociaux. Mais cette fois-ci, on ne se contente pas d’écouter d’une oreille les informations télévisées, entre deux sujets tous plus bateaux les uns que les autres. Les faits s’IMPOSENT à nous. Ils reviennent. Ils sont récurrents de telle sorte à ce qu’on ne les oublie pas. Qu’on ne les ignore pas. Certes, il s’agit de mots. Mais ces mots créent des images, des sons, des ressentis que l’on ne trouve pas dans un article de presse. Et voilà ce qui dérange. L’incapacité de nier les faits. De déclarer que ça n’existe pas.
Nous avons conscience qu’il s’agit de personnages fictifs, mais leur histoire est si réelle, n’est-ce pas ? Et voilà ce qui fait peur, ce qui choque. L’idée même de se mettre à la place d’une victime, et de ne plus la voir dans un reportage à la troisième personne.
Je me suis sincèrement attachée aux personnages que j’aurais aimé pouvoir soutenir et épauler tout au long du roman. Ils ne connaissent pas d’avant/après flamboyant comme dans la grande majorité des romans, nous laissant avec ce petit goût d’inachevé et de frustration. Mais n’est-ce pas ainsi que l’on fonctionne ?

Ce livre ne fait que 219 pages (relativement court), ce qui accentue l’enchaînement constant des événements qui ne nous laisse aucun répit. Les quelques descriptions sont sous forme d’énumérations pour ne pas durer trop longtemps et ne pas empiéter sur le déroulement de l’histoire. Le rythme saccadé maintenu par les narrateurs rend la lecture fluide et rapide.

Les roches rouges est pour moi un réel coup de cœur car il s’agit d’un livre qui m’a marquée et que je suis certaine de ne pas oublier de sitôt. Je le recommande vivement à tous ceux qui se sentent capables d’en assurer la lecture !

Note : 9,5/10

Chronique : Audrey

Broché : 240 pages ISBN-10 : 2221247140 ISBN-13 : 978-2221247143

Mon jeu de Luka Modric, Robert Matteoni chez Talent Sport Paru le 19/08/2020

Luka Modric. Ballon d’or et quadruple vainqueur de la Ligue des champions avec le Real Madrid nous dévoile les coulisses de son incroyable carrière. Rien n’a été simple pour Luka, de son enfance en pleine guerre de Yougoslavie à son parcours de jeune joueur professionnel.

Chronique : Depuis la première nouvelle de sa publication, l’autobiographie du numéro un mondial du football suscite un vif intérêt auprès du public national et international. Ainsi, «Mon jeu», sera publié en anglais, japonais, coréen, italien, russe, néerlandais, polonais, tchèque, slovène et hongrois. Au salon du livre de cette année à Francfort, l’événement central de l’industrie littéraire mondiale, «  Mon jeu  » était un titre de premier plan sur le stand croate.

Luka Modrić a écrit le livre en collaboration avec son ami de longue date et éminent journaliste sportif Robert Matteoni, et il montre le point de vue de Luka sur sa propre vie depuis son enfance et ses premiers pas de football dans l’arrière-pays de Zadar pour entrer dans le panthéon des plus grands en tant que meilleur joueur de football du monde. Le point culminant du livre en 2018 est l’année où le capitaine du feu d’argent a remporté le Ballon d’or de la Coupe du monde en Russie, le meilleur de la FIFA, le prix de l’UEFA et le Ballon D’Or. Luka Modrić est ainsi devenu le seul joueur de l’histoire du football à remporter les quatre plus grands prix du meilleur joueur du monde la même année. Modrić a ajouté ces récompenses aux succès par équipe de l’équipe nationale croate et du Real Madrid, un club avec lequel il a remporté quatre ligues des champions, la Coupe du Roi, trois Super Coupes de l’UEFA et quatre titres mondiaux de clubs et a été régulièrement sélectionné dans les onze meilleurs du monde.

Le fondement de tout succès, dit Luke, est simple: combattez, n’abandonnez pas et croyez en vous. C’est cette lutte et cette foi en lui-même qui distinguent Luka Modrić, et la raison pour laquelle son livre est destiné à toutes les générations de lecteurs qui y trouveront un modèle et une inspiration, mais aussi revivre les plus beaux moments de la Coupe du monde en Russie qui ont marqué notre vie à tous.

Connu comme un joueur auto-dépréciant, dans sa confession de vie, Luka révèle pour la première fois de nombreux détails inconnus de son enfance, révèle le contexte des moments clés du Dinamo, de Tottenham et du Real Madrid, et apporte sa vision personnelle du chemin dramatique menant à la finale spectaculaire en Russie. Ce à quoi il pensait dans les matchs cruciaux, sa relation avec les joueurs clés et les entraîneurs, le sentiment qui le pousse constamment sur le terrain, mais aussi les moments personnels les plus importants, l’amour, la famille, les pertes, on le découvre dans l’histoire d’un homme dont la persévérance et la force d’esprit sont devenues un modèle. des millions. Le fondement de tout succès, dit Luke, est simple: combattez, n’abandonnez pas et croyez en vous.

Le livre débute par une préface écrit par Sir Alex Ferguson et Zvonimir Boban , et le livre a été recommandé par les stars du football Gareth Bale, Karim Benzema, Raphaël Varane et Marcelo. Mon jeu contient plus de soixante photos inédites des archives privées de Luka, ainsi que des photos officielles de HNS et du Real Madrid.

Note : 9/10

Le petit lebanski de Stéphane Chamak, quand la vie vous ricoche sur la figure

Je me trouvais devant la porte. Au centre, une vieille poignée argentée avait l’allure d’un gros poing américain. Comme me l’avait indiqué le chauffeur black, le battant était légèrement entrebâillé. Je suis resté quelques secondes figé, les mains dans les poches, nerveux comme une pucelle à sa première sauterie. Dans ma poitrine, mon cœur distribuait des battements en rab. D’un côté, j’étais impatient de savoir de quoi il en retournait. De l’autre, j’étais quasi certain qu’une fois passé cette foutue porte, mon existence – déjà de magnitude 8 sur l’Échelle des Emmerdes – allait franchir un palier supplémentaire.

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Chronique : Dans ce roman tout est une question d’équilibre, l’auteur, Stéphane Chamak possède une plume qui joue l’équilibriste entre comédie burlesque, polar d’action et récit intime.

L’immersion est immédiate, le récit débute sur les chapeaux de roue et ne s’arrêtera qu’en de très rares occasions. Le personnage principal est attachant, sorte de mélange entre Joe Dalton pour la taille et la nervosité, François Pignon pour l’aspect poissard sans oublier un soupçon de Sam Spade, le représentant des detectives dur à cuire, pour l’allure de l’ensemble du recit. Ses mésaventures versent rapidement dans le burlesque, avec un vocabulaire familier voire vulgaire par moments. Un côté populaire qui donne le sourire dans un premier temps mais qui finit par lasser quelque peu, surtout que d’autres passages du récit déploient un autre genre de champ lexical. Cependant cette partie de l’intrigue se révèle solide, classique dans son déroulement, il ne faut pas s’attendre à d’énormes retournements de situation, mais avec des dialogues savoureux et des personnages secondaires bien brossés et hauts en couleurs.

Aussi distrayante soit cette partie du récit, ces dans ces moments plus intimes que l’auteur dévoile tout son talent. Ces chapitres agissent comme une véritable respiration dans une intrigue qui va à cent à l’heure. Alors que le reste de l’intrigue se compose de réparties mordantes et de scènes d’action, ces chapitres, consacrés à la relation entre le personnage principal et son père, sont constitués de monologues intérieurs finement écrits. Sur un thème universel, les relations parents- enfants, l’auteur prouve que son style ne s’arrête pas à la comédie, le style se fait plus contemplatif, à la limite de la poésie parfois. Même si ce cher narrateur ne peut s’empêcher de revenir au sarcasme au moins une fois par paragraphes. La relation complexe décrite par les yeux du narrateur est crédible, touchante et constitue le cœur du récit.

Au final, une fois l’ouvrage refermé, on aura eu le plaisir de découvrir un récit à mi-chemin entre l’enquête de détective hard-boiled, un récit de vie intime sur la difficulté de dire que lon s’aime et une comédie d’action malheureusement un peu redondante, le tout émaillé de références populaire qui font souvent mouche. Une jolie découverte.

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  • Format : Format Kindle
  • Taille du fichier : 992 KB
  • Nombre de pages de l’édition imprimée : 261 pages
  • Vendu par : Amazon Media EU S.à r.l.
  • Langue : Français
  • ASIN : B07D451T13

 

Changer l’eau des fleurs de Valérie Perrin

Violette Toussaint est garde-cimetière dans une petite ville de Bourgogne. Les gens de passage et les habitués viennent se confier et se réchauffer dans sa loge. Avec la petite équipe de fossoyeurs et le jeune curé, elle forme une famille décalée. Mais quels événements ont mené Violette dans cet univers où le tragique et le cocasse s’entremêlent ?

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Chronique : Une héroïne attachante, une histoire originale, un art certain de maintenir en éveil l’intérêt du lecteur en livrant petit à petit explications ou révélations. Et puis, un joli titre, à prendre aussi au sens figuré bien que les fleurs jouent effectivement un rôle indéniable dans la vie des deux personnages principaux : deux femmes qui auront certes connu de grands changements dans leur existence. En fait, tous les personnages du roman voient leur vie changer, de gré ou de force : coups du sort, coups de foudre, coups de sang… mais tous (à part une tragique exception) rebondissent. Il en
découle une certaine philosophie de l’existence, peut-être pas du goût de tous. Ce qui me gêne plutôt, c’est d’abord la narration très fluctuante, qui débute avec une héroïne racontant sa vie, puis en introduit une deuxième dont la première lit le journal intime (d’accord, c’est parfaitement cohérent) mais qui à mi-parcours les largue toutes les deux pour adopter par intermittences le point de vue de plusieurs autres personnages. On est un peu troublé. Et puis, beaucoup trop de clichés dans les personnages : la gentille caissière de la supérette, le gentil maire, le gentil curé aux idées larges, les gentils fossoyeurs…il y a même un gentil notaire ! Sans parler du gentil Sacha pétri de sagesse hindoue dont les tisanes guérissent tous les tourments. Cela devient tiédasse, alors que l’histoire ne manquait pas de piment. Mais j’ai lu le livre jusqu’à fin et sans me forcer.

 

  • Poche : 672 pages
  • Editeur : Le Livre de Poche (24 avril 2019)
  • Collection : Littérature
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2253238023

 

 

La supplication : Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse – Prépas scientifiques 2020-2021 de Svetlana Alexievitch

« Des bribes de conversations me reviennent en mémoire… Quelqu’un m’exhorte : ― Vous ne devez pas oublier que ce n’est plus votre mari, l’homme aimé qui se trouve devant vous, mais un objet radioactif avec un fort coefficient de contamination. Vous n’êtes pas suicidaire. Prenez-vous en main !  »

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Chronique : Ce livre m’a énormément touché…
Du léger frisson sur les bras, à l’horreur au point de fermer les yeux.
Combien de larmes ai-je retenues jusqu’au point final ?
Combien de fois me suis-je levé pour marcher et respirer un coup ?

Ce n’est pas un roman.
C’est une compilation d’interviews toutes plus instructives et intéressantes les unes que les autres. C’est un concentré de douleur et d’amour, d’humanité et de monstruosité, de résignation et de colère…

Tristesse et colère, oui, c’est ça. C’est ce que je retiendrai finalement de cette lecture.

Je ne connaissais pas non plus le terme de « roman de voix » pour qualifier le travail d’un ouvrage par des témoignages.

Svetlana Alexievitch a utilisé des voix intimes et sans autre vêtement que celui d’une vérité émotionnelle propre. L’ouvrage tisse au fur et à mesure des paroles retranscrites sans fioritures. Grâce à ces multiples échanges, j’ai vu une URSS qui se divisait entre les adorateurs de Staline et les nouvelles générations, qui ne tendent plus vers les mêmes idéaux ; mais j’entendais aussi ces enfants devenus grands et auxquels les guerres ont laissé le goût de souvenirs amers ; le ressente des combats de ces populations pour l’amour de leur patrie. Ce livre se dresse d’empathie sous des non-dits qui sont devenus traumatismes, comme le fut le triste événement de Tchernobyl…
Le seul but de notre romancière de voix parait d’être honnête et de se battre, même si son arme est la plume et celle des interrogés, leurs souvenirs.
Et bien qu’elle ne se décrive pas comme une héroïne, elle n’en reste pas moins, une porteuse de lumière.
Rien n’est foncièrement mauvais ou bon et c’est pour cela qu’il est bien loin d’être simple d’expliquer les faits…
D’où l’importance des témoignages…
Et tous les témoignages recueillis convergent vers cette idée d’impuissance mais aussi d’inexpérience, de vérité cachée…
Lorsque le 26 avril 1986, un accident se produit à la centrale de Tchernobyl, on envoie les pompiers, comme s’il s’agissait d’un simple incendie. Les pauvres hommes vont ainsi se confronter à la mort.

Que ce soit les habitants de la zone, les militaires, les hommes réquisitionnés pour le “nettoyage”… Nous avons ici une relation du vécu, psychologique et concrète, des victimes. Effarement, incompréhension, inconscience quant à la gravité et aux conséquences… Et par leurs paroles reflet de l’âme Biélorusse : fatalisme, attachement viscéral au système de valeurs de l’époque (1986, juste avant la chute du communisme), avec parfois un côté très naïf, presqu’enfantin.

Si vous voulez sentir les choses de l’intérieur, à lire absolument !

Chronique de Jean-Paul DOS SANTOS

 

  • Poche : 249 pages
  • Editeur : Editions 84 (5 octobre 2016)
  • Collection : J’ai lu
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2290135992