Petite louve de Marie Van Moere, aiguise tes griffes ma fille

Les fauves sont lâchés

La parentalité et toutes les conséquences que le fait d’être responsable d’une autre vie que la sienne entraîne, voilà un thème qui est prépondérant dans la littérature en ce moment. La cellule familiale mise en avant par Marie Van Moere va devoir faire face à de voraces prédateurs. Reste à voir ce que cette jeune auteure peut apporter de neuf à des thèmes déjà milles fois abordés.

La famille, l’amour de ces êtres avec lesquelles on partage le même sang, l’unité, le clan que cela crée. Une fois ma lecture achevée je me suis fait d’abord la réflexion que l’auteure ne proposait rien de neuf par rapport à d’autres récits abordant ce thème riche et complexe, le récit introduit même une figure paternelle de manière fort opportune. Le duo composé par Agathe et sa fille n’offre rien d’original mais c’est parce la richesse du récit n’est pas tant dans la relation mère-fille que dans l’image de la famille même. Une image qui s’esquisse en reflet avec cette autre famille, le clan Vorstein, une meute prête à tout pour protéger les siens. Le clan Vorstein n’obéit qu’à ses propres lois et elles sont simple, tu fais saigner un membre de ma meute, je te saignerai en retour. Une loi immuable simple mais qui implique une unité familiale inébranlable. À l’opposé la famille d’Agathe est désunie, le père batifole avec une autre femme, la mère est obnubilé par son désir de vengeance et par le désir de protégé sa fille, une fille qui se referme sur elle-même. La seule unité familiale forte du récit est donc une force nuisible et implacable tandis que l’autre famille est désemparée par la situation, en fuite et incapable de faire face à ses propres failles et contradictions.

Si j’ai trouvé la relation entre Agathe et sa fille si peu développée c’est tout simplement parce que, hormis les aspects essentiels à leur survie, la mère et la fille ne savent plus se parler, Agathe se sait pas interpréter les signes qui lui sont mis sous les yeux. Une louve aveugle qui doit protéger un oisillon traumatisé. À l’opposé, comme un reflet souillé, le clan Vorstein voit, observe, scrute les ombres à la recherche de leurs proies et sait réagir en conséquence. Deux images de la famille opposé mais complémentaires. Il est nécessaire de saisir cet aspect du récit pour en apprécier la lecture.

Le récit s’ouvre sur une inhumation. Agathe accompli un acte censé clore un chapitre douloureux alors qu’elle ne fait qu’ouvrir la boîte de pandore qui va les précipités, elle et sa fille sur un chemin sanglant. En cette nuit caniculaire Agathe enterre son nemesis mais aussi la femme qu’elle était. De cette nuit de sang il n’émergera qu’une louve. D’une plume acéré que l’on ne retrouvera qu’occasionnellement au cours du récit, l’auteure sonne le cor d’une traque vengeresse.

Par la suite la plume se fait plus sobre. Elle aligne les actions banales d’un quotidien qui n’a plus lieu d’être comme pour invoquer une normalité anéantie par l’irruption des fauves. À l’image des titres de chapitres, réduits à de simples verbes comme pour mieux souligner le fait que les protagonistes de ce sombre récit en sont réduits à des actions basiques, animales, instinctives. Mais qui sont aussi des rappels incessants pour les deux fugitives de ce qui n’est plus, d’un quotidien reduit en cendre par le brasier de la vengeance.

La vengeance, le désir primaire de rendre le mal que l’on nous a fait, à nous ou à un membre de notre famille, est le second thème dont s’empare l’auteure. Elle questionne cette loi du talion en laissant le lecteur tiré ses propres conclusions. Là encore le récit propose deux images de la vengeance à travers ses personnages. Une vengeance rageuse de mère blessée, une vengeance minutieuse et élaborée sans compromis et, de l’autre, une vengeance d’honneur avec Avi et Iro qui accomplissent leur devoir parmis d’autres méfaits, tels deux prédateurs qui ne savent plus quand doit cesser la chasse. Ces deux personnages me sont apparus comme les seuls failles du récit. Tantôt fauves ivres de violences, tantôt incarnation de Laurel et Hardy qui se seraient fait meurtrier. Une volonté de l’auteure sans doute de contrebalancer ces figures de la vengeance avant l’entrée en scène d’un ultime fauve, parfait reflet d’Agathe dans ses plus sombres aspects.

Le récit s’achève sur une promesse d’une renaissance. La promesse de laisser les plaies du passé cicatrisé. Le roman noir et viscéral de Marie Van Moere n’aura pas abordé les thèmes auxquelsje m’attendais, la relation mère-fille notamment, en tout cas pas comme je m’y attendais, mais c’est sans doute la force de bons romans de nous faire emprunter des sentiers que l’on ne se préparait pas à parcourir de prime abord.

Un dernier mot pour remercier la maison d’éditions la manufacture de livres pour l’envoie de l’ouvrage.

Résumé: La Corse. C’est là qu’Agathe va fuir après avoir entassé dans sa voiture leurs bagages et annoncé à sa fille qu’elles allaient prendre quelques jours de vacances. Cette chirurgienne sans histoire vient de rendre la justice elle-même. L’homme qui avait agressé sa fille, détruit l’équilibre de leurs vies, a été relâché, et elle lui a réglé son compte, définitivement. Mais ce type au casier déjà bien chargé, avait lui aussi une famille qui a l’intention de rendre les coups. Sur les routes de Corse s’engage alors une traque à mort où les femmes et leurs poursuivants se feront tantôt proies, tantôt prédateurs.
Dans ce roman noir au rythme implacable, Marie Van Moere nous offre une sorte de Thelma et Louise débridé où une mère et une fille accomplissent une vengeance qui les conduira sur les chemins les plus obscurs.

ROMAN NOIR

19.90 euros – 272 pages

Parution le 04/03/2021

ISBN 978-2-35887-734-3

Un dernier ballon pour la route – 4 mars 2021 de Benjamin Diersten

Viré de l’armée, viré de la police, viré d’une boîte de sécurité privée, Freddie Morvan vivote de petits boulots. Pour rendre service à un ami, il se met sur la piste d’une enfant enlevée par des hippies. Avec Didier, qui manie aussi bien les bouteilles que les armes, Freddie parcourt la France jusqu’au village de son enfance.

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Chronique : Un livre qui en marquera plus d’un celui-ci fermer. Un vrai chef-d’oeuvre qui fait du bien à lire et à faire découvrir aux autres tant il accroche et marque l’esprit du lecteur.
Benjamin Dierstene traite de plusieurs thématiques assez complexes dans ce roman : le racisme, le harcèlement, les violences conjugales, la mauvaise conscience et l’amour grâce à une galerie de personnages hors-cadre, tour à tours séduisants et repoussants. Ce roman est puissant car dès où l’on le lit naît une lente montée en tension de l’environnement familial et  communautaire mais aussi de révélations tardives sur les motifs des personnages, qui font prendre toute son épaisseur. Un livre atypique, d’un exotisme et d’un caractère étonnants où le polar a une portée philosophique.

Note : 10/10

ASIN : B08QSSCVVS Éditeur : Les Arènes (4 mars 2021) Langue : Français Broché : 405 pages ISBN-13 : 979-1037502902

Le placard de Kim Un-su, Une ode au bizarre et à l’étrangeté

Un récit qui ne vas pas vous laisser indifférent

Une page de garde avertit le lecteur, le livre que l’on s’apprête à ouvrir n’est pas une lecture comme les autres. On n’y trouvera pas les ingrédients qui en font un roman noir dans lesquelson se plonge d’habitude, et encore moins un thriller ou un polar, même si certains éléments font indubitablement penser au roman noir. L’auteur promet de nous emmener vers des rivages peu fréquentés par la littérature habituellement et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il y parvient avec brio.

Ce roman exige de son lectorat qu’il se laisse entraîner dans les pages du récit sans forcément comprendre immédiatement les tenants et les aboutissants de l’oeuvre. Il faut accepter de se laisser entraîner dans ce monde étrange en attendant de voir où l’auteur veut nous emmener. Soyez prévenu le placard n’est pas un récit comme les autres. Et je profite de cette introduction plus longue que d’habitude pour remercier chaleureusement les éditions Matin calme pour l’envoie en numérique de l’ouvrage.

”Il se peut que vous ne rencontriez jamais un magicien. Ce n’est pas parce que les magiciens n’existent pas. C’est parce que vous avez cessé de rêver. Dans ce monde, la magie est partout. Par conséquent, les magiciens sont partout.”

Ici règne l’étrange

Très vite lors de ma lecture je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement entre les cas de mutations étranges et dérangeantes décrits par le narrateur et le ceux compilés sur le site de la fondation SCP. Mais qu’est-ce que donc que ceci la fondation SCP ? Tout simplement un site d’écriture collaborative réunissant des rapports rédigés de manière clinique sur des phénomènes sortant de l’ordinaire. Le site fonctionne comme un wiki où chacun peut contribuer à enrichir l’univers hors-normes de la fondation en écrivant un récit, ou conte, qui viendra s’ajouter à la centaine déjà existant. Mais je n’en dirai pas plus sur ce site si intrigant et je vous laisse faire la découverte par vous-même.

Des parallèles évidents existent entre le placard et le principe de la fondation SCP. Le récit compile des témoignages de personnes atteintes de mutations ou de pouvoirs qui perturbent leur quotidien, le tout nous est rapporté par un narrateur anonyme chargé de veiller sur les dossiers de ces étranges cas entassés dans un placard, le placard n°13. Mais là où la fondation SCP s’amuse à faire vaciller les fondations de ce que nous appelons communément le réel et à réveiller nos angoisses les plus profondes, l’auteur du placard se sert de ces chimères somme toutes bien inoffensives afin d’instiller en nous un profond sentiment de mélancolie.

Absurdia et mélancholia

En effet, que ce soit la femme qui se voit obligée d’abriter un lézard dans sa gorge ou bien les Unités Multi-personnelles. Toutes les personnes victimes de ces mutations, la plupart incontrôlables, ont pour point commun un sentiment de solitude, d’exclusion sociale voire de rejet. Si les premiers témoignages que le récit nous offre à lire sont juste étranges et prête à sourire, avec même une touche d’optimisme grâce au cas des torporers, on glisse petit à petit dans un gouffre de détresse humaine où la mélancolie le dispute à l’ennui. Ainsi les mosaïqueurs de mémoire tentent-ils de se soigner de leur présent en effaçant leur passé traumatisant au risque de sacrifier leur futur. Les sauteurs de temps voient ainsi disparaître plusieurs heures de leur vie sans jamais pouvoir les rattraper. Ces pauvres bougres, victimes de pathologie absurde partagent une profonde mélancolie et un sentiment d’incompréhension face à un monde où la norme semble être l’uniformité. Rapidement une toile de fond se dessine derrière ces récits qui évoquent notre monde bien plus qu’il ne le semble de prime abord.

”-Vous ne pensez pas rentrer en Corée ?

-Non

-Pourquoi ? C’est tout de même votre pays ?

-Là, vous parlez du pays natal…ce sont de drôles de mots. À cause de ces mots, on y reste. On y mange, on y dort, on s’y marie, on y achète sa maison. On soutient l’équipe nationale et, juste parce qu’on est du même pays, on est amis. Mais moi, j’ai passé des jours vains en Corée. Dans l’espace ou dans le temps, quelque chose clochait. J’ai fait de grands détours pour en arriver là, mais maintenant je sais ce qu’est le bonheur et je pense que le pays natal n’est pas si important. Si on veut découvrir qui on est vraiment, il faut parfois oublier le pays natal et devenir nomade”

L’auteur ne s’est pas contenté de rassembler le maximum d’idées absurdes pour construire son récit. Les fameuses chimères qu’il décrit dans son roman son avant tout un moyen de mettre en avant l’absurdité du quotidien constitué pour la majorité d’entre nous d’une banalité affligeante. La pathologie des torporers permet de mettre l’accent sur la course à la productivité, tandis que le sort des sauteurs de temps nous rappelle que rien ne peut rattraper les heures disparues. À travers ses récits l’auteur brasse un lot conséquent de sujets d’actualités, tel que l’identité sexuelle avec les Néo-hermaphroditus dont l’anatomie hors-norme les condamnent à une solitude déprimante et une misère sexuelle irréversible. Il s’attaque aussi aux théories du complot, au communautarisme, au harcèlement en entreprise, notre rapport aux autres et comment l’image que le monde nous renvoie de nous-même peut nous marquer de manière indélébile. Évidemment, vu le nombre d’histoires compilés dans l’ouvrage, certains thèmes ne sont que survolés. L’auteur achève souvent ces témoignages par des aphorismes, mêlant humour absurde et sagesse désinvolte, dont la brièveté les rapprochent des haïkus.

« Ceux qui voient leur propre tombe sont rares.

Mais moi, je pense qu’avant de bâtir sa maison

On devrait construire sa tombe

Car ceux qui ont veux leur propre tombe

Savent que la vie est précieuse »

Moi aussi j’existe

À côté de ces récits à l’intérieur du récit, une narration diffuse se met progressivement en place avec le narrateur comme personnage principal. La volonté de l’auteur de laisser ce personnage dans l’anonymat en fait sa force et sa faiblesse. Sa force car cela permet d’appuyer le propos de l’auteur sur l’uniformisation de la société et la faiblesse car tous les chapitres qui lui sont consacrés revêtent un caractère impersonnelle qui les rendent ternes malgré les épreuves qui vont lui être réservés. Pourtant à sa manière le parcours de ce brave employé recèle lui aussi quelques enseignements sur la résilience et notre capacité à accepter notre sort quel qu’il soit. Dommage que l’auteur ne soit pas parvenu à insuffler dans cette partie du récit un peu plus d’emphase, afin de créer un véritable lien entre le narrateur et le lecteur mais il s’agit sans doute d’une volonté de sa part.

Pour terminer cette chronique je voudrais attirer votre attention sur le fait qu’aussi triste et déprimantes sont certaines histoires contées dans cet ouvrage, on y trouve aussi de l’humour mais surtout une forme de résistance à l’ennuie blême qui hante nos vies. C’est une vision toute personnelle mais j’ai trouvé dans certaines de ces histoires un appel à laisser voguer son imagination en toutes circonstances et quelque soit les rivages vers lesquelles elle nous emportent.

”-Il n’y a pas longtemps, ma femme et moi, nous avons échangé nos corps pour faire l’amour. Ma femme a utilisé le mien et moi le sien.

– Il paraît que les femmes ont un orgasme plus fort que les hommes, est-ce vrai ?

– Ce jour-là, j’ai découvert que j’étais nul au pieu…”

Pour ceux qui seraient intéressés par la fondation SCP je vous mets le lien de la vidéo du talentueux vidéaste Alt-236, très complète qui’aborde le vaste sujet qu’est la fondation SCP.

Résumé: (si l’on peut dire)
Le jeune homme, les mutants et la société secrète

Le narrateur est un jeune type, pas bien ambitieux, plutôt lent, tranquille. Il a traîné après ses études, le temps passe, la trentaine arrive quand enfin il décroche un boulot, dans un laboratoire privé. De fait, il n’a pratiquement rien à faire, juste réceptionner les arrivages quotidiens. Au tout début il est gêné, jusqu’à ce qu’il découvre que, grosso modo, personne ne fait rien dans ce laboratoire, si ce n’est faire semblant d’être occupé.
Un jour, il trouve un placard fermé par un cadenas à combinaison. Par pur désœuvrement, méthodiquement, il va essayer de l’ouvrir. Et quand il y parvient soudain, il tombe sur des dossiers fascinants. Des personnes consultent un certain Dr Kwon, du laboratoire. Mais les  » maladies  » de ces gens sont tout sauf habituelles. L’un a un ginkgo qui pousse au bout de son doigt, un autre fait des sauts abrupts dans le temps, une femme devient plusieurs personnes à la fois.
Et ces dossiers semblent intéresser une étrange société secrète, prête à tout pour les récupérer.

  • Éditeur : Matin calme (4 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 296 pages
  • ISBN-10 : 2491290456
  • ISBN-13 : 978-2491290450
  • Poids de l’article : 458 g
  • Dimensions : 15.5 x 2.8 x 22.6 cm

Trois Voeux – 3 février 2021 de Liane Moriarty

Il y a Lyn, la soeur raisonnable, qui bataille pour trouver un équilibre entre sa vie de mère, de couple et sa vie professionnelle. Cat, dont tout le monde envie le prétendu mariage parfait. Et Gemma, qui change de job et de fiancé comme de chemise.

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Chronique: C’est le premier roman de Moriarty, écrit en 2003 avec beaucoup de perspicacité, d’humour et d’empathie pour les parents (aujourd’hui séparés et en compétition) et leurs filles de plus de 30 ans qui ont les mêmes problèmes que leur mère et que de nombreuses jeunes femmes. C’est juste que les choses semblent amplifiées quand tout est triplé. Quand l’une d’entre elles est blessée, elles le sont toutes, du moins après que deux d’entre elles ont fini de gronder et de continuer à dire que la troisième (blessée) n’aurait pas dû faire ce qu’elle faisait à ce moment-là.

J’ai tort de dire des trentenaires quand ils fêtent leur 34e anniversaire, mais cela semble être le genre d’histoire à dire des trentenaires. Tous atteignent ce moment de leur vie où ils se demandent s’ils sont sur la bonne voie – ou n’importe quelle voie, d’ailleurs.

Les deux blondes sont magnifiques, l’une étant un numéro cool, perfectionniste, à l’emploi du temps serré et aux cheveux en place, l’autre semblant plus décontractée et moins anxieuse, « sembler » étant le mot clé. Quant à la rousse, Gemma, eh bien, elle est dans une classe à part et aime se vanter d’avoir un œuf entier pour elle, alors que ses sœurs n’en ont chacune qu’une moitié.

« Gemma était habillée, comme toujours, comme une dame de sac curieusement belle. Elle portait une robe à fleurs fanées et un étrange gilet troué qui n’était pas assorti à la robe et qui était trop grand pour elle. Ses cheveux rouge-doré luisants étaient partout, un enchevêtrement qui lui tombait sur les épaules. Pointes fourchues. Le chat a regardé un type à la porte se tourner pour la regarder. Beaucoup d’hommes n’ont pas remarqué Gemma, mais ceux qui l’ont fait l’ont vraiment fait. »

Ils sont en quelque sorte les gardiens les uns des autres et ils n’ont aucun secret les uns pour les autres. Elles savent comment sont leurs maris et leurs petits amis au lit et elles échangent toutes sortes de détails personnels. Du moins, c’est ce que chacune d’entre elles pense des deux autres. Nous apprenons différemment, progressivement.

Il y a des échanges de courriels très amusants où les trois correspondent régulièrement entre elles. Mais lorsque deux ont besoin de dire quelque chose en privé sur le troisième, on ne comprend jamais qu’il ne faut pas « répondre à tous », alors le troisième en reçoit aussi une copie – ce qui n’est pas conseillé ! J’ai adoré la dernière ligne d’un e-mail à un autre, parce qu’elle sonne si fraternellement.

Comme dans le très réussi Big Little Lies de Moriarty, il se passe beaucoup de choses derrière des portes closes, les secrets qu’ils se cachent les uns les autres vous donnent envie de lire un chapitre de plus.

Ses descriptions de la vie dans cette partie de Sydney sont précises et familières pour moi (j’y ai aussi élevé des petits enfants), et les relations entre tous les membres de la famille sont parfaites.

Elle a quatre soeurs et un frère, il n’est donc pas étonnant qu’elle saisisse si bien les subtilités et les oscillations amour-frustration-dévotion-exaspération, que ce soit entre les frères et soeurs ou les couples, ou les générations. La maladresse entre les membres d’une famille proche qui rencontrent un nouveau petit ami est une chose à laquelle cette famille doit faire face – du bon temps, surtout quand Nana est sur place. Elle n’a rien de timide.

Je dois ajouter ce passage, qui montre comment ils pensent (schéma ?). Il s’agit d’un rendez-vous à venir avec un nouveau type.

« Maintenant, enroulant une serviette autour d’elle, la bouche mentholée par Listerine (ce soir, c’était sans aucun doute le moment du premier baiser), elle est allée dans sa chambre, goutte à goutte, dans le couloir, pour choisir ses sous-vêtements les moins sexy et les moins assortis afin de ne pas être tentée de coucher avec lui trop tôt ».

Bien sûr, tout n’est pas rose et tout n’est pas gaiement parfait dans les différents foyers. Il y a des sous-entendus sombres, mais pas les éléments criminels et sombres de Big Little Lies.

Je l’ai apprécié et je le recommande à tous ceux qui aiment les histoires rapides et amusantes à lire, mais qui ont plus à offrir que « juste pour les gonzesses ».

Note : 9,5/10

Éditeur : Albin Michel (3 février 2021) Langue : Français Broché : 400 pages ISBN-10 : 222644095X ISBN-13 : 978-2226440952

Le cercle de Finsbury de B.A. Paris, le cadran de l’horreur

Bienvenue dans le cercle

Derrière les portes, le premier ouvrage de B.A. Paris m’avait laissé un bon souvenir. Une fin surprenante et une héroïne plus retorse qu’il n’y paraissait au premier abord. Le cercle de Finsbury est son cinquième roman. L’auteure continue à explorer son genre de prédilection, le polar domestique, la formule se révèle-t-elle à nouveau gagnante ? C’est ce que nous allons voir.

Autant le dire tous de suite, si ce que vous recherchez dans un polar c’est du style, une plume affûtée et une narration ambitieuse vous pouvez passer votre chemin. B.A. Paris fonctionne à coup de récit narrer au présent, la narration est linéaire, ce n’est pas les trois ou quatre flashbacks qui vont perturber les fondations du récit, d’autant plus qu’ils n’apportent pas grand chose au récit. Cela ne veut pas dire que je n’ai pas apprécié ma lecture mais il faut être honnête la recherche stylistique n’est pas ce qui motive l’auteure.

Son attention va se porter sur l’intrigue, l’auteure est réputée pour ses retournements de situation finaux qui éclairent le dénouement de ses intrigues d’une lumière révélatrice. Ici dans ce fameux cercle de Finsbury, qui a la forme d’une horloge infernale où chaque maison représente une menace diffuse, l’auteure compte énormément sur les faits établis et les fausses pistes pour bâtir son récit. Certains faits essentiels à l’intrigue sont présentés comme irréfutables au lecteur tandis que d’autres paraissent immédiatement suspects. C’est sur ce jeu de faux-semblants que se construit ce polar domestique, ou résidentiel tant la résidence de luxe qui sert de décor à l’intrigue est présente. L’auteure s’amuse à faire tourner en rond le lecteur au sein de ce cercle, dans une intrigue qui peut paraître cousu de fil blanc et redondante, tant elle semble stagner à certains moments, mais dont le final est renversant. Personnellement j’étais persuadé d’avoir découvert l’identité du coupable et l’auteure a su me prouver qu’en matière de twist final elle avait encore de la ressource. Et ce alors que je me disais, au cours de ma lecture, que j’étais encore face à un polar gentillet mais inconsistant, je ne m’étais pas rendu compte que j’étais tombé dans le piège tendu par l’auteure.

J’aurais apprécié que l’auteure apporte autant de soin à la création de son personnage principal. Alice, dont le nom est une référence évidente à Alice au pays des merveilles, est une jeune femme sensible, hanté par son passé, mais ces réactions manquent parfois de naturel tandis que son côté hyper sensible et fragile peut parfois être agaçant. Tout comme le lecteur, Alice va se faire balader tout au long de l’histoire ce qui fait d’elle un personnage assez passif malgré son obsession de lever le voile sur le meurtre de la précédente propriétaire. Malgré le soin apporté à sa psychologie et sa personnalité, Alice est un personnage qui manque de consistance et surtout de mordant auquel s’identifié.

Si comme moi l’évocation du terme « polar domestique » est synonyme de lenteur narrative, d’invraisemblances scénaristiques et de narration poussive sachez que B.A. Paris propose un récit qui s’élève quelque peu au dessus de la production de ce sous-genre du thriller grâce à une intrigue maîtrisée et une résolution surprenante. Il ne manque qu’une plume un peu plus aiguisée pour faire de B.A. Paris une auteure incontournable.

Résumé: Alice croyait avoir trouvé la maison de ses rêves…
Quand Léo et elle emménagent au Cercle de Finsbury, une résidence haut de gamme en plein Londres, la jeune femme est persuadée de prendre enfin un nouveau départ. Et tant pis si les choses sont allées un peu vite avec Léo et si celui-ci a pris en charge leur emménagement
sans véritablement la consulter. La maison est parfaite, la résidence idéale, et les voisins semblent si accueillants !
… Mais ce fut celle de ses pires cauchemars.
Lorsqu’Alice apprend que Nina, qui vivait dans la maison avant qu’ils n’emménagent, y a été sauvagement assassinée, le vague sentiment d’insécurité qu’elle ressentait jusqu’alors se transforme en peur, puis en terreur. Une présence étrange semble hanter les murs et ni Léo, qui semble lui cacher beaucoup de choses, ni les voisins, qui consacrent le plus clair de leur temps à s’épier les uns les autres, ne la rassurent.
Et puis l’on passe bien trop facilement d’une maison à l’autre, à l’intérieur du Cercle, pour pouvoir y dormir en paix.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 mars 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 411 pages
  • ISBN-10 : 2755686596
  • ISBN-13 : 978-2755686593
  • Poids de l’article : 490 g
  • Dimensions : 14.1 x 3.4 x 21.1 cm

Entre fauves de Colin Niel, vorace nature humaine

Dans le premier ouvrage de Colin Niel que javais eut la chance de lire, Sur le ciel effondré, l’auteur renforçait son intrigue de portraits de personnages touchant à la psychologie étudiée, des descriptions de paysages partagés entre réalisme sordide et onirisme sauvage ainsi qu’une plume maîtrisée et envoûtante. Il me tardait de voir si l’auteur allait parvenir à me captiver à nouveau avec son nouvel ouvrage, Entre fauves, sans surprise la réponse est oui.

L’intrigue est cette fois plus simpliste, cela s’explique par la volonté de l’auteur de dresser des portraits saisissants plutôt que d’empiler les retournements de situation. L’ouvrage propose en effet une trinité de personnages dont les attentes, les rêves et les aspirations ne vont cesser de se heurter à la complexité d’un monde impitoyable. Martin, le garde chasse misanthrope ne rêve que d’un monde débarrassé de l’influence humaine qu’il juge néfaste pour la faune et la flore. Son extrémisme est nourri de son expérience et par les réseaux sociaux. Les chapitres qui lui sont consacrés le voient basculer dans une impasse haineuse et mesquine qui finira par lui coûter cher. Martin c’est le petit garçon aux rêves souillés par la vie et qui ne parvient pas à voir au-delà de son petit monde verdoyant. Kondjima, a contrario de Martin a douloureusement conscience d’être un grain de sable dans un monde de plus en plus vaste, il ne rêve que d’une chose, s’extirper de sa condition de paysan misérable et prouver au reste de sa tribu, et au monde, qu’il est digne de ses ancêtres chasseur mais il se heurte aux difficultés matérielles et sociales inhérentes à son milieu. Kondjima c’est le petit garçon aux ambitions égoïstes qui regrette amèrement sa condition actuelle. Et enfin il y a Apolline, fière, sauvage, un anachronisme qui rejette la technologie, qui n’aspire à rien d’autre que de se prouver à elle-même qu’elle est bien ce qu’elle prétend, une chasseuse. Son rêve, un défi, est le plus pur des trois, en cela qu’il n’engage qu’elle-même et ne menace rien d’autre que sa propre sécurité et un vieux lion solitaire dont le gouvernement Namibien a autorisé la chasse. Pourtant les deux autres personnages ne cesseront de vouloir lui nuire tant ils ne peuvent supporter l’image d’eux-mêmes qu’elle leur renvoie.

Sans l’envoûtement que provoque rapidement la plume de Colin Niel le récit aurait sans doute été plus fade. Or non seulement l’auteur parvient à décrire des personnages captivants tant par leurs faiblesses que leurs forces mais il parvient également à nous faire voyager des montagnes enneigées du Béarn à la savane desséchée de Namibie. L’auteur retranscrit à merveille l’atmosphère montagneuse ainsi que la mentalité occidentale hyper connectée mais déconnectée des vérités internationales qui ne cherchent pas plus loin que sa petite haine virtuelle. Sans que l’on ressente les effets indésirables d’une transition abrupte l’auteur nous transporte en Namibie, avec ses paysages arides mais où les mentalités sont similaires. La double temporalité permet de faire lentement monter la tension jusqu’au drame final qui rappelle que les innocents sont bien souvent les seuls à subir les conséquences de rêves égoïstes.

Une fois parvenu à la conclusion du récit j’en ai d’abord voulu à l’auteur de ne pas avoir mis en scène un échange à cœur ouvert entre les deux antagonistes principaux. Puis j’ai finalement compris qu’entre ses deux êtres si semblables et pourtant si différents, nulle discussion n’était possible. Martin a oublié le sens même du mot dialogue, il ne lui reste que l’obsession d’anéantir cette femme dont il ne supporte ni l’existence ni le symbole qu’elle représente. Quant à Apolline, seule compte ses deux instincts entremêlés, celui de la survie et celui de la chasse. Leur confrontation donne lieu au passage le plus intense du récit mais aussi le plus ironiquement cruel.

Même si les convictions de l’auteur transparaissent au travers des pages de son récit viscéral il a le mérite de rappeler que toutes les formes de chasse ne se valent pas et que, aussi simpliste et caricaturaux nos chers réseaux sociaux voudraient les réduire tous les sujets sont en vérités complexes, internationaux et exigent réflexion avant condamnation. L’auteur a choisi le thème de la chasse pour construire son récit mais ce que je retiendrais vraiment c’est le traitement des ambitions humaines, qui peuvent se révéler un moteur puissant, la lutte qu’elles nous poussent à entreprendre pour les assouvirs et les conséquences imprévus qu’elles entraînent.

Nuit sombre et sacrée de Michael Connelly, une rencontre en demi-teinte

La nuit est sombre et pleine de terreur

Michael Connelly n’aura pas attendu longtemps avant de mettre en place le face à face entre ses deux héros, l’indébounable Harry Bosch d’un côté et la jeune et farouche Renée Ballard de l’autre. Une rencontre qui promettait un récit intense sous les cieux californiens mais l’auteur va aller à l’encontre des attentes de ces lecteurs.

Le principal problème du récit vient de son intrigue principale dont le squelette semble un peu maigre pour que l’ensemble de l’ouvrage repose dessus. Cette enquête sur une ancienne affaire de 2009 sur une mineure fugueuse perd vite en intérêt. L’enquête se résume à éplucher d’anciennes fiche d’interpellations jusqu’à tomber sur un profil suspect. On a connu Connelly plus inspiré. L’enquête autour de cette pauvre Daisy ne prend jamais d’ampleur, ne gagne jamais en intensité et se résolve d’une manière trop aisée pour être mémorable.

Comme l’enquête principale se révèle un plat trop frugal pour être consistant, l’auteur s’est senti obligé de broder autour de ses personnages fétiches. S’il est toujours intéressant d’enrichir sa connaissance sur les us et coutumes de la police de Los Angeles, on apprend ainsi que la hiérarchie de la police demande à ses agents de tenir à jour un registre afin de noter les liens entre les forces de l’ordre et les membres des gangs. Pour un spectateur extérieur c’est toujours intéressant de voir comment une société s’adapte à la criminalité. Mais il faut reconnaître que cela fait peu à se mettre sous la dent.

Je n’ai pas pu m’enlever de la tête que l’auteur cherchait à inclure à son récit, de manière poussive, toutes les anecdotes qu’il a dû recueillir auprès de vrais représentants de la loi qui effectuent leur service la nuit. Les chapitres consacrés à Ballard sont l’occasion de livrer un échantillon de tout ce que la nuit californienne peut livrer de plus sordides, ou drôle. Malheureusement ces anecdotes, sympathiques au demeurant, ne suffisent pas pour bâtir un récit qui va rassasié le lecteur avide d’enquêtes palpitantes.

Quant au duo Ballard-Bosch, oui je place Renée en premier la galanterie est une vertu à laquelle je crois, il fonctionne plutôt bien mais il manque d’étincelle. Tout se met en place trop facilement entre ses deux chasseurs solitaires, il manque des points d’achoppement, une petite bataille d’ego pour épicer un récit un peu trop linéaire. De plus j’ai du mal à comprendre la quasi disparation de l’entourage de Ballard, comme d’habitude l’auteur privilegie le personnage de Bosch. Du coup on a surtout l’impression de lire une énième enquête de l’enquêteur éternel que d’une réelle enquête en duo. Enfin la faute morale de Bosch lors de la conclusion me paraît en complète contradiction avec le portrait brossé par l’auteur depuis plusieurs volumes, Bosch apparaît comme un inspecteur chevronné et rigoureux, le voir succombé à l’appel de la vengeance sommaire me paraît hors de propos.

Cette nuit sombre était l’occasion où jamais de mettre en place le passage de flambeau entre le vieux briscard qui refuse de céder sa place et la jeune recrue pleine d’entrain mais on se retrouve finalement avec une aventure assez plate et sans rythme. J’espère fortement que l’auteur saura dynamiser son duo lors de sa prochaine virée dans la ville des anges.

Résumé: En revenant au commissariat d’Hollywood après une mission de son quart de nuit, l’inspectrice Renée Ballard tombe sur un inconnu en train de fouiller dans les meubles à dossiers. L’homme, elle l’apprend, est un certain Harry Bosch, un ancien des Homicides du LAPD qui a repris du service au commissariat de San Fernando, où il travaille sur une affaire qui le ronge depuis des années. D’abord sceptique, Ballard le chasse puis, intriguée, ouvre le dossier qu’il feuilletait… et décide de l’aider.
La mort de Daisy Clayton, une fugueuse de quinze ans kidnappée, assassinée, puis jetée dans une benne à ordures, a, c’est vrai, de quoi susciter toute son empathie et sa colère. Retrouver l’individu qui a perpétré ce crime abominable devient vite la mission commune de deux inspecteurs aux caractères bien trempés et qui, peu commodes, ne s’en laissent pas conter par les ruses de l’un et de l’autre pour parvenir à leurs fins.

  • Éditeur : Calmann-Lévy (11 mars 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 432 pages
  • ISBN-10 : 2702166318
  • ISBN-13 : 978-2702166314
  • Poids de l’article : 460 g
  • Dimensions : 13.6 x 3.1 x 21.5 cm

Manhattan sunset de Roy Braverman, Walk on the wild side

Manhattan forever

Ce livre me fait penser à un bolide lancé à pleine vitesse dans les rues de New-York avec à son bord une sacré bande d’énergumènes qui possèdent tous leurs caractères bien trempés. Le conducteur prendrait des virages serrés qui obligerait le lecteur à se maintenir fermement à sa ceinture mais étonnamment la folle course-poursuite entamé dès la montée dans le véhicule se verrait assagie par de pure moment de contemplation. C’est la promesse de ce polar au rythme effréné.

Ce nouveau polar de Roy Braverman parvient à aligner une galerie de personnages drôles, attachants et qui débitent les punchlines encore plus vite que les rappeurs de la côte Ouest. Les dialogues en forme de match de ping-pong sont l’une des forces du récit. Entrecoupé d’apartés gentiment ironique de l’auteur et parfois chargés de sous-entendus grivois ou social. Les échanges de se bureau de ce pauvre capitaine que personne ne respecte, et surtout pas ses hommes, donnent l’impression d’assister à une représentation de théâtre de boulevard. Les personnages ont une caractéristique commune, ils sont fort en gueule, ne se laisse pas marcher sur les pieds mais l’écriture de l’auteur les maintient souvent dans une forme de caricature qui n’a rien de bien méchante mais qui manque un peu d’originalité. Donnelli et son équipier fantôme occupent le premier plan évidemment. Leur tandem fonctionne bien même si j’aurais bien aimé que l’auteur insiste un peu plus sur la dégradation psychologique de son personnage. En l’occurrence leur duo fait office de ressort humoristique mais éclipse le mal-être de Donnelli. Mankato, la nouvelle coéquipière de Donnelli, qui ne s’en laisse pas compter par son équipier bourru tire son épingle du jeu parmi la foule de personnages introduit par l’auteur.

L’intrigue quant à elle souffre d’un aspect brouillon et fouillis. L’auteur est parvenu à maintenir une certaine unité de narration, notamment grâce au dynamisme de sa narration, mais il aurait gagné à recentrer son intrigue à un niveau plus local. New-York est une ville cosmopolite certes mais là entre la mafia lituanienne, le FBI, le MI6 et les barbouzes Russes on gagne en complexité ce que l’on perd en charme new-yorkais et c’est dommage. L’intrigue secondaire se révèle de nature efficace mais beaucoup trop classique pour être mémorable.

Enfin je ne peux terminer cette chronique sans évoquer l’instant de grâce du récit. Au milieu de ce déchaînement de violence, de ces enquêtes glauques dans des décharges automobiles, de ces règlements de comptes entre mafieux, de ces exécutions aveuglées par la haine, l’auteur offre un pur moment de poésie urbaine. Un moment de respiration et de sérénité au milieu d’une narration qui ne s’arrête jamais vraiment. Une pause bienfaitrice qui nous immerge dans une New-York féerique et onirique et qui donne à voir ce dont la plume de l’auteur est capable lorsqu’elle prend le temps de conter, et rien que pour ça, malgré les défauts de l’ouvrage, je ne regrette pas ma lecture.

Résumé: Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.
En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.
Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.
Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 363 pages
  • ISBN-10 : 275568609X
  • ISBN-13 : 978-2755686098
  • Poids de l’article : 435 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 20.9 cm

Une falaise au bout du monde de Carl Nixon, le roman qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas

Drame du bout du monde

Ce roman, le troisième de Carl Nixon mais le premier que je lis de cet auteur, a su me ravir dans son univers à la lisière du roman noir et du nature writing. Une intrigue qui n’est pas ce qu’elle semble être et une plume bien ajustée font de ce roman une bien bonne surprise.

Évacuons d’emblée un élément qui me semble important pour bien apprécier l’ouvrage, non ce roman n’est pas un polar dont l’action se situerait en Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture on est plus dans un récit de nature writing, sous-genre de la littérature très prisé en Amérique, traversé par deux trois composants de l’intrigue plus sombre. Une fois que l’on a assimilé le fait que l’on ne va pas lire un polar classique, le voyage peut commencer. En ce qui concerne le lieu de l’action, on est bien en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, ce qui nous donne à voir une Nouvelle-Zélande plus proche de l’Amérique de la Rust belt, plus rustique et champêtre. Au niveau dépaysement l’auteur tiens ses promesses.

Rapidement une double temporalité se met en place dans le récit et une évidence s’impose très vite au lecteur, l’auteur a décidé de raconter une histoire tout à fait différente que celle à laquelle on s’attendait. Le récit se déroulant en 2010 prend une place de plus en plus secondaire au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture tout comme le personnage de cette brave Suzanne, dont la caractérisation souffre d’être délaissé au profit de Katherine. L’auteur se focalise en effet sur les années qui suivent le drame initial. Si cela a pour effet d’épaissir des personnages que l’on ne s’attendait pas à voir autant développer cela se fait au détriment de Suzanne, un personnage résilient, volontaire et élégant, drapé dans sa douleur, qui se retrouve reléguée au second plan.

Mais une fois ce choix surprenant de l’auteur accepté on se retrouve en train de lire un récit d’une tristesse insondable. L’ensemble du récit baigne dans une espèce de mélancolie résignée, avec quelques touches d’onirisme, surtout lorsque l’on connaît le dénouement tragique de ce drame qui n’offre aucune réponse, aucune fin heureuse. Le personnage de Katherine porte le récit sur ses épaules, enfant courage qui fera preuve d’une capacité d’adaptation incroyable et d’une résilience désarmante. Plusieurs moments clés du récit sont un déchirement lors de la lecture, je pense notamment au sort du petit Tommy ou celui de Bess, mais l’auteur a l’intelligence de nous narrer ses passages avec une pudeur incroyable, sans forcer sur le pathos, il parvient à emplir notre cœur de lecteur d’une tristesse infinie. Pour finir je reviens sur le traitement du personnage de Tommy en apportant un bémol, je trouve assez invraisemblable le sort que lui réserve l’auteur au tout début du récit. Une petite anicroche qui m’a poursuivi tout au long de ma lecture, rien de grave mais je ne pouvais terminer ma chronique sans soulever ce détail.

Un livre qui vous prend par la main pour vous emmener vers des chemins balisés mais qui bifurque rapidement pour nous entraîner vers un récit poignant, sans concessions. Un roman que je qualifierais de noir faute d’un meilleur terme mais qui reste à la croisée des genres.

Résumé: 1978. Une pluie incessante, quelque part sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande. Des enfants endormis à l’arrière d’une voiture. Le drame semble inévitable. A peine arrivée sur le continent, la famille Chamberlain, fraîchement débarquée d’Angleterre, disparaît dans la nuit.

2010. Suzanne reçoit un appel du bout du monde. Les ossements de l’un de ses neveux ont été retrouvés. Etrange : il aurait vécu plusieurs années après sa disparition. Mais où? Comment ? Et qu’en est-il de ses proches ? Un roman sombre et puissant.

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 328 pages
  • ISBN-10 : 2815939363
  • ISBN-13 : 978-2815939362
  • Poids de l’article : 390 g

Sang chaud de Kim Un-su, conte du banditisme ordinaire

Des histoires de mafieux qui rêvent d’un ciel plus bleu où ils seraient les seuls maîtres du jeu, baignants dans l’argent facile et la luxure, on en a eu un sacré paquet ces dernières années. Au cinéma évidemment avec le légendaire Scarface avec Al Pacino, mais chaque médium a su raconter ses histoires de luttes de pouvoir sanguinaires qui nous fascinent d’autant plus que c’est un monde qui nous est étranger. Aujourd’hui c’est au tour de la Corée du Sud de nous faire partager le parcours d’un voyou de jours meilleurs.

Un voyou, nommé Huisu, qui n’est pas la vitrine de vente idéale pour cette vie de mafieu particulière. Jugez plutôt, à l’aube de la quarantaine son seul logement est une chambre d’hôtel meublé de manière spartiate, il n’a pas de compagne, pas d’enfants, avale des litres d’alcool et accumule les dettes de jeux comme s’il cherchait le meilleur moyen de finir en nourriture pour les oiseaux de l’île de la châtaigne, l’endroit où son clan se débarrasse des gêneurs. Les premières chapitres du roman nous plongent dans la psyché d’un homme sombre et dépressif mais qui se révèle attachant de par son cynisme, sa lucidité sur le milieu dans lequel il évolue et son romantisme désespéré.

Et encore heureux me direz-vous car Huisu est de toutes les pages, de tous les chapitres. Il nous accompagne durant toute cette découverte de la mafia sud-coréenne. Son histoire d’amour maudite avec l’ancienne prostituée Insuk est touchante. Un mélange de fierté et d’amour-propre les empêchent tous deux de profiter de leurs sentiments réciproque. La description tout en pudeur de leur relation est une grande force de l’ouvrage.

Tel un guide touristique quelque peu désabusé, Huisu nous fait découvrir un milieu criminel où règne une apparence de sérénité, où les caïds sont de vénérables vieillards qui avalent leur bouillon de poule quotidien et pratiquent le golf mais ne vous y tromper pas derrière le paravent d’honorabilités derrière lequel il se cache, les luttes de pouvoir s’intensifient et la tempête gronde. L’auteur a réussi son portrait de cette mafia ronrronante, qui préfère la contrebande de piments aux trafics de drogue. Les cent premières pages permettent de faire connaissance avec un milieu exotique, les règles ne changent pas tellement et toute la question est d’engranger le maximum de wons, la monnaie locale, mais l’auteur enrobe cela dans une ambiance côtonneuse dans laquelle survient parfois quelques passages plus glauques afin de nous rappeler dans quel genre d’histoire on se situe.

Cette première partie qui nous plante plutôt bien le décor de manière certes langoureuse mais charmante est suivi par une deuxième partie que j’ai trouvée moins convaincante. L’auteur a du mal à amener les enjeux de son intrigue ce qui fait que cette lutte de pouvoir pour le quartier de Guam paraît brouillonne, la profusion d’intrigants qui souhaitent leur part du gâteau entraîne une certaine confusion, on n’a parfois du mal à savoir qui fait quoi, qui trahit qui. Une chose de certaine finis la fausse camaraderie et l’ambiance cordiale de la première partie, place aux règlements de comptes, aux exécutions à la machette et aux festins sanglants. Cette seconde partie, au rythme plus soutenu, souffre de la comparaison avec une première partie, plus calme, mais qui parvenait à introduire ses protagonistes de manière plus solide. On peut dire que j’ai préféré l’annonce de l’ouragan à l’ouragan lui-même.

Sang chaud a le défaut de ces qualités. Il offre une plongée délicieuse dans la mafia sud-coréenne doublé d’un portrait convaincant d’un mafieux en mal de reconnaissance mais il ne parvient pas à transformer son récit du banditisme ordinaire en chroniques guerrières et sanglantes convaincantes. La faute sans doute à un rythme bancal, trop étiré dans sa première partie et trop resserré dans la seconde. Un ouvrage tout de même plaisant à lire et qui a le mérite de vous faire voyager dans un pays lointain.

Résumé: Huisu, homme de main pour la mafia de Busan, atteint la quarantaine avec pas mal de questions. Jusque-là, il n’a vécu que pour les coups tordus, la prison, les exécutions, tout ça pour se retrouver dans une chambre minable, seul, avec pour horizon des nuits passées à dilapider son argent au casino. Il est temps de premdre certaines résolutions.

Avec un solide couteau de cuisine dans son poing serré.

  • Éditeur : Matin calme (9 janvier 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 469 pages
  • ISBN-10 : 2491290006
  • ISBN-13 : 978-2491290009
  • Poids de l’article : 580 g
  • Dimensions : 15.7 x 3.4 x 22.6 cm