Les lois du ciel de Grégoire Courtois, cauchemar en forêt

On m’a dit pire que pendre sur ce court roman, son histoire trash cacherait une vacuité du propos et sa lecture serait une véritable perte de temps. Si l’ouvrage n’est pas exempt de défauts, il faut reconnaître que la plume viscérale de l’auteur lui accorde une puissance évocatrice qui donnera des cauchemars aux âmes sensibles.

Inutile de chercher à vous attacher aux personnages, ceux-ci ne sont que des noms, des silhouettes à peine esquissées, destinés à empiler des scènes gores explicites dans lesquelles plane sournoisement une espèce de poésie nihiliste.

L’auteur s’amuse vraiment à nous conter cette excursion sylvestre qui tourne mal. Son style visuel et organique nous foudroie alors que la violence s’invite avec fracas au sein de cette funeste classe verte par le biais d’un personnage invraisemblable mais la situation en elle-même est improbable. Cependant malgré son aspect invraisemblable, la situation se révèle extrêmement glaçante.

Si le personnage par qui l’horreur arrive est un peu trop improbable, il faut reconnaître que l’auteur connaît les dynamiques de groupes qui font des cours de récréation une jungle où le moindre faux pas est synonyme d’exclusion. Les réactions de ces pauvres enfants livrés à eux-mêmes sont crédibles et la manière dont les différents groupes s’organisent refléte la manière dont l’instinct de survie prend le pas sur la raison et la réflexion. Et l’instinct de survie d’enfants de six ans ne pèsent pas lourd face à la fatalité et la forêt inextricable.

Au-delà d’un récit sanglant et impitoyable, l’auteur développe une narration atypique, brisant le quatrième mur, interpellant le lecteur sur le sens de sa propre vie. Le lecteur est pris à témoin alors que l’auteur instaure au fil de son récit une réflexion nihiliste qui se révélera encore plus perturbante que l’interminable scène finale qui clôt le récit avant un épilogue dans lequel il est vain d’espérer la moindre éclaircie.

Un récit glaçant, au style organique qui ne laisse pas indifférent, mais qui n’est pas à mettre entre toutes les mains.

Résumé: Les enfants de la classe de CP de l’école primaire de Claincy, dans l’Yonne, partent pour deux jours d’excursion en forêt. Aucun n’en reviendra. Parents d’élèves et instituteurs sont à leurs côtés. Mais même les adultes ne peuvent rien face aux lois de la nature. Pour les enfants, le froid, la faim, l’obscurité, un simple grincement deviennent le terreau de l’imagination. Bientôt la terreur s’insinue au coeur de l’équipée. Les barrières entre le monde des contes et la réalité s’effritent, jusqu’à ce que l’impensable se produise. Et ce n’est que le début de la fin.

  • Broché : 208 pages
  • ISBN-10 : 2072742374
  • ISBN-13 : 978-2072742378
  • Poids de l’article : 120 g
  • Dimensions du produit : 11 x 1.3 x 17.8 cm
  • Éditeur : Folio (15 février 2018)
  • Langue : : Français

Là où se trouve le cœur de Sara LÖVESTAM – 2 juillet 2020

Une chambre en colocation, un permis de résidence et un job dans une bibliothèque : les années de galère de Kouplan sont définitivement derrière lui ! Toutefois, il y a une chose qu’il ne parvient pas à se sortir de la tête : qu’est-il arrivé à son frère, arrêté en Iran il y a huit ans ? En se lançant à sa recherche, il croise la route de neuf immigrés illégaux qui, comme lui auparavant, font la plonge ou le ménage pour quelques couronnes de l’heure. L’un des leurs est mort, mais personne ne peut dénoncer les coupables à la police, de peur d’être expulsé…

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Chronique : Là où se trouve le cœur est le quatrième et dernier livre de la série sur Kouplan de Sara Lövestam. Je recommande vivement la série, qui doit absolument être lue depuis le début.

Les livres sur Kouplan sont vraiment une série de livres différente. C’est en quelque sorte une sorte de roman policier. Mais c’est au moins autant un drame.

La série de livres est bien écrite, facile à lire, passionnante et captivante. Il y a beaucoup de cœur et de profondeur dans les livres. Et il s’agit en grande partie de problèmes de société et de personnes vulnérables.

Le quatrième livre fait le lien et met en évidence les thèmes qui existent depuis le début. Un peu pour que cela devienne en fait moins un roman policier, un peu moins un roman aussi, plus un article dans le débat sur l’asile. Comprenez-moi mal; Je suis vraiment désolé pour tous ces sans-papiers; exploité; En fuite. Mais je me suis probablement senti plus désolé lorsque les problèmes ont formé le fond des cas imaginatifs du détective privé de Lövestam est tombé. C’est la même chose avec le problème trans, mais cela fonctionne toujours dans cette dernière partie de la série – il est tissé dans le reste de l’histoire, un peu plus facile – et donc avec plus de poids. Cela me semble instinctivement faux de parler de sujets aussi difficiles que Sara choisit – mais j’ai apprécié les livres quand ils ont diverti davantage. Celui-ci devient un peu plus rigide, un peu plus lent.
Mais … peu importe quand la fin est si belle et que l’espoir prend enfin le dessus. Vous qui n’avez pas écouté mes appels auparavant; lisez cette série maintenant alors!

Note : 9/10

Broché : 360 pages ISBN-10 : 2221220722 ISBN-13 : 978-2221220726

La Seconde épouse de Rebecca FLEET – 28 mai 2020

Quand Alex a rencontré Natalie, celle-ci a changé sa vie. Après la mort tragique de sa première femme, avec qui il a eu une fille, Jade, à présent adolescente, il est déterminé à former de nouveau une famille unie.

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Chronique :Natalie est la deuxième femme d’Alex Carmichael, il a une fille Jade de son premier mariage avec Heather qui est morte d’un cancer. Alors qu’il travaille tard, un grave incendie se déclare chez eux. Natalie s’échappe alors que Jade est coincée à l’intérieur. Elle est secourue par les pompiers et bien que Jade soit blessée, il semble qu’elle va se rétablir. À partir de ce moment, les roues commencent à s’arrêter de tourner toute leur vie et Alex découvre que rien n’est ce qu’il semble être. L’histoire est racontée sous plusieurs angles, dont celui de Natalie et d’Alex, et s’étend sur deux périodes, 1999 et 2017.

Au début du livre, je ne peux pas dire que j’étais très engagé dans le récit car je pense que l’écriture n’est pas terriblement convaincante à ce stade, mais ensuite, quelque chose semble se mettre en place et tout commence à s’assembler et à partir de là, c’est saisissant et difficile à mettre en place. C’est presque comme si l’auteur connaissait maintenant sa direction et s’attachait au thème – pardonnez le jeu de mots. L’intrigue est bonne, les personnages, même s’ils ne sont pas très sympathiques, sont bien représentés et très faciles à imaginer. Aucun d’entre eux, même Alex, n’est tout à fait celui qu’il prétend être, car ils portent tous un mince placage ou un déguisement complet, voire un remodelage majeur. C’est ce qui rend le roman très intéressant. Il y a des moments de tension et parfois il fait sombre et un personnage, Kaspar Kashani, est perturbé et inquiétant. Il y a beaucoup de rebondissements et de surprises, quelques événements troublants, des menaces et la fin est inattendue

Quand le livre a commencé à me faire un flash-back, j’ai commencé à m’énerver parce que je voulais savoir ce qui allait se passer dans le présent. Mais comme dans toutes les bonnes histoires, le lecteur doit être patient car le passé est important pour le récit. Je n’aimais pas non plus le passé, car la lecture était très effrayante.
Au tiers du livre, l’intrigue a pris une telle tournure que je n’ai eu qu’à lire le reste du livre en une seule fois. Le livre a pris tant de tournures et de rebondissements que des questions ont surgi dans ma tête, ce qui a conduit à d’autres questions. C’est alors que j’ai commencé à réaliser à quel point l’auteur avait été intelligent dans la façon dont il avait présenté l’intrigue du livre.
La dernière partie du livre, mon cœur battait la chamade – qu’allait-il se passer ? Je vous laisse le découvrir – pas de spoilers. Une lecture vraiment géniale et quelque chose d’un peu différent des autres thrillers

Note : 9/10

  • Broché : 360 pages
  • ISBN-10 : 2221216253
  • ISBN-13 : 978-2221216255

La Confidente de Renee KNIGHT | 27 août 2020

Regardez autour de vous. Qui détient le plus de pouvoir dans la pièce ? Est-ce celui qui parle le plus fort ou celui qui a le plus d’argent ?

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Chronique : De quoi il s’agit : Christine Butcher est la secrétaire de Mina Appleton depuis plus de 18 ans. Mina est accusée de pervertir la justice et d’avoir des pratiques illégales concernant la gestion de l’entreprise familiale, les supermarchés Appleton. Christine garde les secrets de Mina depuis des années, et surveille en silence tout ce qu’elle fait, mais ne voit pas toujours Mina pour ce qu’elle est. Mais une fois que le procès sera terminé, tout cela va changer…

La Confidente est racontée presque comme une histoire, du point de vue de Christine, et il n’y a pas beaucoup de dialogue entre les personnages. Vous êtes dans sa tête tout le temps et vous voyez tout de ses yeux. Ce livre est vraiment PLEIN de personnages improbables, et j’ai eu du mal à trouver quelqu’un que j’aimais vraiment beaucoup. Mina est horrible, et Christine est un paillasson, jusqu’à ce qu’elle ne le soit plus.

J’ai du mal à catégoriser ce roman comme un mystère, un thriller, un suspense, etc. Il y a une affaire judiciaire qui avait un aspect procédural, mais dans l’ensemble je suppose que j’appellerais cela un thriller psychologique puisque nous sommes dans la tête de Christine tout le temps. Certaines personnes ont également dit que la fin était soit trop folle, soit tellement folle qu’elle a fait le livre, mais j’ai en quelque sorte vu ce qui allait arriver. J’ai aimé la façon dont Knight a décidé de terminer le roman, et je pense qu’il convenait parfaitement à notre personnage.

Bien que les deux personnages principaux, Mina et Christine, ne soient pas des personnes particulièrement sympathiques, j’ai trouvé que leur personnalité fonctionnait bien. Elles se frottaient constamment l’une à l’autre dans le mauvais sens et la manipulation de Christine a créé un suspense grésillant.

Dernière pensée : Bien que je ne recommande pas ce livre à tout le monde, je pense que beaucoup de gens l’aimeraient. Si vous aimez les romans qui sont plus lents et qui comportent des scènes de drame, c’est pour vous ! Bien que je ne pense pas que ce soit particulièrement lent personnellement, je peux voir combien de personnes le trouveraient intéressant. Je vous préviens donc de vous préparer à un livre plus lent et tout ira bien.

Note : 9,5/10

  • Broché : 400 pages
  • ISBN-10 : 2265099058
  • ISBN-13 : 978-2265099050

 

Terminal 4 d’Hervé Jourdain éditions fleuve noir / 27 août

Hervé Jourdain fait partie de ces anciens flics qui ont échangé l’arme de service contre la plume, avec terminal 4 il signe son sixième polar et semble avoir définitivement trouvé sa place dans le milieu très concurrentiel du polar. Celle d’un conteur de crimes societal aux ramifications complexes.

Une fois la lecture terminée on ne peut que constater que l’auteur maîtrise son intrigue du prologue jusqu’à l’épilogue et ce malgré les multiples pistes empruntée par les enquêteurs tout au long des trois cents pages qui composent l’ouvrage. Grande était ma crainte de voir l’enquête criminelle noyée sous les nombreux thèmes de société qu’il aborde. Mais il n’en est rien, l’auteur parvient à équilibrer parfaitement son intrigue tout en évoquant des thèmes actuels tels que l’écologie, la politique, le business aéronautique, la concurrence déloyale entre taxis et vtc et même le terrorisme. Évidemment tous ces sujets s’entremêlent à travers des fausses pistes et finissent par se rejoindre dans un final qui manque un peu d’éclat mais à le mérite d’être constant et souligne l’aspect procédural de la plume de l’auteur.

La procédure donc, c’est avec cet angle narratif qui peut être rebutant pour certains que l’auteur a décidé de se faire un nom. Cela pourra rappeler Michael Connelly parfois. La plume est factuel, technique aussi et le récit mené à un rythme intense ne contient que peu d’action mais là où Connelly sait à merveille nous faire pénétrer le monde judiciaire et policier, Jourdain ne le fait qu’une fois sur deux. Il prend par exemple le temps de nous expliquer le cas de la minorité ouïghours ou le trafic de civelle mais moins pour nous inviter dans le fonctionnement interne de cette unité de police du bastion. Il manque un élément, des détails sur les procédures qui rythment la vie des hommes en bleus. Détails qui nous permettraient de nous tenir au côtés de ses enquêteurs chevronnés, on a souvent l’impression de rester sur le banc à l’accueil du commissariat au lieu d’embarquer avec eux dans leurs voitures de fonction. C’est d’autant plus dommage que l’enquête et les différents interrogatoires sont passionnants à suivre.

D’un autre côté l’auteur impose un rythme tendu, constamment sur la corde raide, à ses personnages mais aussi à ses lecteurs. Aidée en cela par l’usage immodéré de virgules. Certaines phrases font parfois plusieurs lignes voire un paragraphe entier. On finit parfois la lecture le souffle court. C’est un style qui en vaut un autre, au milieu de ses phrases hachées les personnages dépeint par l’auteur tentent d’exister mais le côté linéaire de la narration empêche à ces deux enquêtrices d’acquérir leurs propres voix malgré les efforts de caractérisation louables de la part de l’auteur. Quant à leur collègue et chef d’équipe Guillaume, son côté bourru et violent offre les seuls moments incohérents de l’intrigue. Ce personnage torturé et à fleur de peau mériterait un développement plus conséquent et subtil mais en l’état il n’offre rien de plus qu’un ressort violent peu convaincant.

Ce polar societal et procédural, malgré un rythme effréné un peu artificiel avec cette profusion de virgules, s’avère extrêmement convaincant tant il remue des sujets délicats qui agitent notre société. L’intrigue part d’un fait divers sordide avant de prendre une tout autre ampleur sans jamais oublier l’aspect humain de l’enquête. Un polar parfait pour tous ceux qui veulent s’informer tout en se divertissant en cette rentrée qui s’annonce mouvementée à bien des niveaux.

Résumé: Aux abords de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle, alors que le soleil n’a pas commencé à pointer, les pompiers se démènent pour étouffer les flammes qui ravagent une dizaine de voitures. Ce qu’ils ne savent pas encore, c’est que dans le coffre de l’une d’elles, un cadavre carbonisé les attend…
Lola Rivière et Zoé Dechaume, conduites dans les environs par les hasards d’une autre enquête, arrivent sur place les premières. Déterminées à résoudre cette affaire, les deux jeunes femmes vont rapidement s’apercevoir que l’aéroport est une zone qui cristallise de multiples tensions. Conflits entre taxis et VTC clandestins, militants installés à proximité des pistes pour s’opposer au projet du nouveau terminal, et luttes politico-économiques autour de la pollution atmosphérique générée par l’aéronautique, les enjeux sont nombreux et les fils à démêler ne manquent pas pour atteindre la vérité…

  • Broché : 320 pages
  • Poids de l’article : 399 g
  • ISBN-10 : 2265154628
  • ISBN-13 : 978-2265154629

Ceci n’est pas une chanson d’amour d’Alessandro Robecchi / 20 août 2020

Allez-y monter, n’ayez pas peur, M. Robecchi est un nouveau chauffeur, certes, mais il a l’habitude des rues de Milan et le trajet mouvementé qu’il nous a concocté promet son lot de surprises. N’oubliez pas d’attacher votre ceinture.

Embarquez donc dans ce polar polyphonique où chaque duo de protagonistes pourrait s’apparenter à un véhicule. Notre duo de Gitans vengeurs fait penser à un fourgon utilitaire. Fonctionnel mais efficace pour un travail sanglant qui ne laisse pas de place au hasard, un conseil si vous croisez sa route, changez de voie. Le second duo, constitué de deux assassins aux punchlines aussi percutantes qu’une rafale de mitraillette, pourrait évoquer une voiture italienne alliant prestige, élégance et puissance, une Ferrari Grancabrio par exemple. Enfin le véhicule emprunté par le personnage principal Carlo Monterossi aidé de la journaliste Nadia Federici, aux caractères bien trempé, pourraient être une ancienne voiture italienne, une fiat topolino par exemple. Rien d’éblouissant au premier abord dans la carrosserie mais la pratique a souvent démontré que ces vieilles carrioles en ont encore sous le capot, le démarrage peut-être un peu difficile parfois mais la mécanique est solide.

Voilà donc le voyage proposé par l’auteur dans les rues d’une ville de Milan où la misère côtoie le luxe. Un voyage mené à un rythme intense sans arrêts inutiles mais sans non plus de réelles surprises. La plume de l’auteur, non le moteur plutôt, rugit d’une férocité impitoyable qui ne laisse pas l’occasion de reprendre son souffle tandis que la narration, la carrosserie qui entoure toute cette mécanique, luit d’un humour mordant rappelant les meilleures scènes des tontons flingueurs. Les passagers attentifs remarqueront, ça et là, quelques petits chocs sur cette carrosserie qui sont autant de marques d’une certaine mélancolie qui s’invite parfois dans l’ouvrage, notamment par le biais du personnage de Carlo, moins flamboyant et épicurien que son image de producteur de télévision ne pourrait le laisser penser au départ.

Ce personnage est d’ailleurs le seul vraiment développé, les autres duos faisant plus office de ressort narratif. Ce pauvre bougre, qui se retrouve embarqué malgré lui dans cette folle course-poursuite, est un concentré de cynisme qui cache une profonde solitude et une amertume assumée envers le monde du spectacle audiovisuel.

Ce polar italien, mené sur les chapeaux de roues, s’avère une lecture très agréable, le compagnon idéal d’un été brûlant qui s’achève.

« Vous continuez à penser que Milan est une ville grise. Libre à vous. Mais il y a parfois des aubes, et pas si rarement, où un bleu pâle à couper le souffle se dispute l’horizon avec un rose qui ne veut pas partir, et c’est une danse qui vaut la peine d’être vue. »

Note : 9/10

Résumé: Carlo Monterossi, homme de télévision d’une tentative d’assassinat. N’ayant qu’une confiance limitée- au mieux- dans les compétences des équipes de police chargées de l’enquête, il fait appel aux services d’un ami journaliste et d’une spécialiste du numérique pour comqui peut bien lui en vouloir autant. En parallèle, des Gitans justiciers et des tueurs à gages professionnels semblent suivre des pistes similaires. Tout cela se passe à Milan et nous offre un panorama terriblement noir des arcanes de cette ville, de la haute bourgeoisie aux milieux d’ultra-droite. Savoureux…et inquiétant.

  • Broché : 320 pages
  • Editeur : DE L AUBE (20 août 2020)
  • Collection : L’Aube noire
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2815938219

1793 de Niklas Natt Och Dag, quand l’attente de lecture se confronte à la réalité

L’attente de lecture, c’est-à-dire ce que s’attend à lire le lecteur en lisant la quatrième de couverture ou les différentes critiques, est tel un bateau. Si l’ouvrage répond à nos attentes les voiles se gonflent et l’on est emporté par le récit, au contraire si la lecture nous déroute on risque de rester à quai.

C’est exactement ce qui m’est arrivé avec ce roman suédois, le premier de l’auteur, dans un tel cas de figure les torts sont toujours partagés. Je me suis sans doute un peu trop emballé à la lecture du résumé. Je me suis tout de suite imaginé une grande fresque historique sur fond d’enquête criminelle. Le siècle choisi pour l’intrigue ainsi que le pays avaient tout me happer, moi qui aie toujours envie de me divertir tout en apprenant des faits historiques et sociaux. La Suède est un pays qui est, au mieux à peine évoqué dans nos livres d’histoire, au pire complètement ignoré. Tandis que l’année peut sans doute être considéré comme charnière pour l’Histoire européenne, une période sombre, pleine de bruit et d’une fureur contenue durant des siècles. Un programme alléchant mais qui ne tient que partiellement ses promesses.

La fresque historique se résume finalement à des anecdotes sur les guerres d’influences au sein de la justice suédoise et ne prenne qu’une place secondaire dans le récit. En ce qui concerne la retranscription de la société suédoise de l’époque, on est très vite plongé dans la glaciale ville de Stockholm. L’immersion est convaincante mais l’auteur a tendance à se reposer un peu trop sur l’aspect misérable d’une société qui n’a pas encore effectué sa mue. Les conditions de vie sont déplorables, la vie humaine n’a aucune valeur si la bourse est vide et la religion contrôle d’une main de fer la vie des citoyens. Nos différents protagonistes pataugent dans la boue, la neige fondue, l’alcool et le sang. On a parfois l’impression d’être dans un roman de Victor Hugo ou de Dickens. Certes cela reste crédible, l’indice de bonheur était très bas à l’époque mais la misère est un peu trop appuyée et finit par desservir le récit.

Mais la véritable déception tient à l’intrigue. Autant pour l’aspect historique je veux bien admettre que j’en attendais peut-être un peu trop, autant pour l’intrigue plate et sans saveur l’auteur en est le seul responsable. Tout commençait plutôt bien avec une enquête criminelle menée par un vétéran de guerre alcoolique et un enquêteur tuberculeux. Ajouter à l’ ambiance crépusculaire de Stockholm cela promettait une intrigue poisseuse et glauque avec la corruption ambiante en embuscade. Puis tout s’écroule lors de la deuxième partie du récit qui nous introduit un nouveau narrateur, de nouveaux personnages et une nouvelle intrigue. La rupture est trop brutale, d’autant plus que cette partie du récit s’avère dispensable, anéantie tout suspens et aurait pu être résumée en un ou deux chapitres.

Lorsque l’on retrouve nos deux protagonistes principaux, après plus de deux cents pages de digressions, l’intrigue a perdu toute saveur, sabordé par des flashbacks inutiles, et ce n’est pas les ultimes soubresauts que l’auteur cherche à faire passer pour d’incroyables révélations qui vont rehausser l’ensemble.

Le navire avait quitté le port et le voyage s’annonçait fabuleux, mouvementé mais captivant mais au final le voilier s’est échoué sur les récifs d’une narration maladroite et d’une intrigue loin d’être révolutionnaire.

Résumé: 1793. Le vent de la Révolution française souffle sur les monarchies du nord. Un an après la mort du roi Gustav III de Suède, la tension est palpable. Rumeurs de conspirations, paranoïa, le pays est en effervescence. C’est dans cette atmosphère irrespirable que Jean Michael Cardell, un vétéran de la guerre russo-suédoise, découvre dans un lac de Stockholm le corps mutilé d’un inconnu. L’enquête est confiée à Cecil Winge, un homme de loi tuberculeux. Celui-ci va bientôt devoir affronter le mal et la corruption qui règnent à tous les échelons de la société suédoise, pour mettre au jour une sombre et terrible réalité.

  • Broché : 448 pages
  • Editeur : Sonatine (4 avril 2019)
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2355846960

L’emprise des sens de Sacha Erbel | 14 Février 2020

Lorsque Talia, en pleine désillusion sentimentale, s’envole pour des vacances de rêve à la Nouvelle-Orléans, elle est loin de s’imaginer que son destin l’y attend.

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Chronique : Dès son départ en vacances, Talia est en proie à des phénomènes étranges… Elle met ça sur le compte de la fatigue… Arrivée en Louisiane, elle va se retrouver face à un tueur en série, mystérieux qui pratique des rituels vaudous
L’auteur construit son intrigue avec simplicité sur un rythme soutenu. Talia se découvre un don peu commun, grâce à une prêtresse. Elle a en effet le pouvoir de se connecter au tueur en étant dans sa tête. Elle se retrouve, malgré elle, à enquêter sur ce tueur, hanté par sa mère qui l’a dévalorisé et rabaissé. Une mère qui en a fait un monstre…
L’intrigue est très intéressante et très bien exploitée par l’auteur, qui nous embarque dans des chapitres courts et dense. Malgré tout, j’aurais souhaité que l’auteur, prenne le temps d’installer le suspense crescendo, pour permettre au lecteur de s’imprégner du côté surnaturel. Au lieu de cela, le lecteur plonge dans un abime irréel trop vite et dès la moitié du livre on sait grâce aux visions de Talia, qui était le tueur.

Quant à ses histoires de vaudous, ce n’est pas seulement le coeur de l’intrigue mais surtout la série de crimes qui les accompagnent.
Alors qu’elle pensait passer quelques jours de rêve en Louisiane, Talia va devoir échapper aux assauts d’un mystérieux tueur en série avide de rituels en tout genre.
Une course effrénée pour un polar aux chapitres courts qui ne l’est pas moins.
L’emprise des sens, un premier roman trépidant et passionnant malgré quelques maladresses, mais cela n’enlève en rien au plaisir de lecture.
Bien au contraire, nouveau challenge pour Sacha Erbel !!!
Un thriller fantastique très bien construit malgré ces défauts et une plume qui est déjà de qualité et qui entraîne le lecteur.

 

  • Broché : 319 pages
  • Editeur : Eaux Troubles Editions (14 février 2020)
  • Collection : Thriller
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2940606447

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Le Manuscrit des Damnés (Thriller) de Mathieu Bertrand | 10 avril 2020

Royaume des Francs, 1135 : L’Abbé Suger entreprend la rénovation d’une église Carolingienne qui deviendra l’Abbaye de Saint- Denis, nécropole des rois de France. France, juillet 2013 : A son retour de Jérusalem, où il a caché la couronne d’émeraudes, Paul Kaminsky, agent du service des enquêtes spéciales du Vatican et ancien Franc-maçon, est envoyé à Paris par le Saint-Siège.

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Chronique : Les romans ésotériques ce n’est pas compliqué ça passe ou ça casse. C’est un genre hasardeux qui peut vite verser dans le ridicule voire même le complotisme ridicule, non je n’ai pas parler de Da Vinci code. Même s’il n’évite pas certains écueils ce roman édité par la jeune maison d’éditions eaux troubles se révèle une lecture plaisante.

Avoir un intérêt pour les grands mystères archéologiques de notre monde et les théories ésotériques religieuses les plus improbables sont les deux conditions sine qua non pour pouvoir apprécier cette lecture. La pyramide de Gizeh est furtivement évoqué au début de l’ouvrage avant que l’intrigue ne se concentre sur l’histoire de la religion catholique. Le duo d’enquêteurs, composé d’un prêtre loin des canons officiels et de la dernière représentante de la secte des assassins, est convaincant même s’ils auraient mérité d’être un peu plus caractérisé. En l’état on suit les péripéties à travers les édifices religieux Francais mais ces deux héros ont du mal à dépasser le statut d’être de papier malgré leur potentiel indéniable.

L’intrigue constitue le point fort du roman. Sans temps mort, on suit les aventures de Kaminsky et d’Elaheh qui percent un à un tous les mystères qui se dressent face eux. L’auteur, passionné d’histoire, distille des détails historiques divertissants qui apportent un cachet évident au roman. Les théories exposées deviennent de plus en plus farfelues à mesure que l’on avance dans le récit et que le surnaturel prend une place de plus en plus importante mais si l’on accepte ce postulat, le plaisir de lecture répond présent. L’auteur coche toutes les cases du cahier des charges d’un thriller ésotérique sont cochés, les francs-maçons, l’opus dei, les mystères millénaires et les théories invraisemblables mais le rythme effréné de l’intrigue permet de ne pas s’appesantir sur ces clichés du genre.

L’ensemble se révèle palpitant pourtant on ne peut s’empêcher de considérer que toute cette aventure manque de muscle. Les obstacles qui jalonnent le parcours de nos deux protagonistes disparaissent un peu trop facilement et le final s’avère précipité et manque cruellement de développement et d’atmosphère. C’est d’ailleurs un reproche que l’on pourrait faire de manière générale à l’ouvrage, un manque d’ambition et d’ampleur dans la narration qui font stagner le récit au niveau des lectures plaisantes mais oubliables.

Une lecture qui remplit allègrement son aspect divertissement honnête dont l’apport d’un surnaturel assumé confère une réelle identité mais qui pêche par son manque de développement et d’ambition. Espérons que les prochaines aventures de ce duo atypique nous livreront un récit doté d’une véritable atmosphère.

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  • Editeur : Eaux Troubles Editions (3 juillet 2020)
  • Collection : Thriller
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2940606420

Empire des chimères d’Antoine Chainas, quand le style et l’intrigue se parasite mutuellement

Résumé: 1983. La disparition d’une fillette dans un petit village. L’implantation dans la région d’un parc à thèmes inspiré d’un jeu de rôles sombre et addictif, au succès phénoménal. L’immersion de trois adolescents dans cet Empire des chimères qui semble brouiller dans leurs esprits la frontière entre fiction et «vraie vie». Tragédie locale, bouleversement global et mondes alternatifs, Empire des chimères nous entraîne dans un labyrinthe vertigineux dont les ramifications finissent par se rejoindre au cœur de tous les possibles.

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Chronique : Cet empire des chimères est un exemple parfait qu’une plume raffinée et élégante ne suffit pas toujours à produire un ouvrage de qualité.

Car du style il y en a dans ce pavé de plus de 600 pages. L’auteur, Antoine Chainas, possède une plume contemplative teintée de mélancolie. Sous sa plume le village de Lensil, où se situe la majorité de l’action, prend vie. À travers sa description d’un petit village embaumé dans une douce langueur, il parvient à doter son ouvrage d’une réelle atmosphère. Le bruissement des feuilles dans les arbres, la lente course des saisons, la caresse des astres solaires et lunaires. Tous ces éléments contribuent à l’atmosphère champêtre du début de l’ouvrage. L’auteur intègre avec subtilité une obscurité, une noirceur qui se fait de plus envahissante. Malheureusement plus on avance dans l’intrigue, moins cette atmosphère se fait prégnante au profit d’une intrigue nébuleuse qui ne tient pas toutes ses promesses.

À l’image des moisissures qui rongent lentement les habitations de Lensil, certaines parties de l’intrigue m’ont fait l’effet de parasite venu entaché et alourdir une intrigue qui n’en avait nul besoin. Je pense notamment à toute l’intrigue secondaire concernant les dirigeants américains de la société Lawney. Non seulement les intrigues parallèles de ces différents personnages ne tiennent pas la comparaison avec les autres qui sont développées dans l’ouvrage mais en outre les personnages se révèlent moins intéressants. Non pas qu’ils ne soient pas suffisamment décrit et leur psychologie pas assez solides, au contraire, mais leurs personnages ne s’intègre jamais véritablement à l’empire conté par l’auteur. Comme si l’ambiance campagnarde décrite dans les premières pages rejetait ces personnages et leur intrigue de col blanc. Pourtant, d’habitude, ce sont les passages consacrés à ces personnages immoraux que je préfère mais en l’occurrence ceux-ci ne parviennent pas à retenir mon attention.

De manière générale, l’auteur s’avère plus doué pour instaurer une ambiance que pour incarner ses personnages. Le garde-champêtre est celui qui dispose de l’écriture la plus complète mais cependant il restera à l’écart des éléments de l’intrigue les plus cryptiques, l’auteur refuse de faire de lui un héros qui ferait la lumière sur les ténèbres qui entourent le village. Les autres personnages sont à l’avenant, pauvres témoins impuissants d’une intrigue qui les dépassent. Une mention particulière pour Denis Davodeau, petit homme mesquin enserré dans sa médiocrité et sa jalousie, ressassant inlassablement les mêmes griefs du passé. Une preuve supplémentaire que chaque homme plante lui-même les clous dans son cercueil.

L’intrigue constitue le principal atout et le défaut majeur en même temps. Le prologue nous laisse présager un mystère centenaire, une malédiction fatale qui traverse l’histoire humaine mais au final, le squelette sur lequel se bâtit l’intrigue se révèle bien fragile. L’auteur ne parvient jamais à donner une réelle épaisseur à son récit. Les éléments sur lesquels il repose ne prennent pas suffisamment d’ampleur pour se révéler passionnant, l’enquête sur la disparition de la fillette est plate et sans saveur tandis que la mythologie mise en place autour du jeu de rôles est loin de suffire pour rendre la lecture intense. Les différents arcs scénaristiques ne s’imbriquent jamais entre eux, ce qui donnent l’impression que les personnages ne sont jamais véritablement impliqués. Si on ajoute à ça les lenteurs qui jalonnent le récit on se retrouve avec un ouvrage ambitieux mais bancal et qui ne délivrent pas suffisamment de réponses pour être suffisamment captivant.

Nul ne pourra nier que l’auteur possède une plume, un style qui confère à son ouvrage une identité propre, une atmosphère fait d’une sombre mélancolie. Mais qui ne suffit malheureusement pas à faire de cet empire des chimères un polar inoubliable.

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  • Broché : 672 pages
  • Editeur : Gallimard (6 septembre 2018)
  • Collection : Série noire
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2072777208