Star Wars : Leia, Princesse d’Alderaan de Claudia GRAY – 25 février 2021

À seize ans, la Princesse Leia Organa se retrouve confrontée au plus grand défi de sa courte vie : faire ses preuves dans les domaines du corps, du cœur et de l’esprit, afin de mériter son titre de princesse héritière du trône d’Alderaan.

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Chronique : Elle l’a bien cerné. Claudia Grey a parfaitement saisi le caractère et les caractéristiques de Leia. Je ne veux manquer de respect à personne, mais je pense honnêtement que personne n’aurait pu écrire une meilleure histoire d’origine pour Leia.

Au début du livre, j’étais un peu déçu que ce soit une histoire sur la jeune Leia, mais le livre était incroyable. Comme je l’ai dit, Claudia a montré tous les aspects de la personnalité de Leia. La princesse, la guerrière, la patiente négociatrice et la chatte de l’enfer au tempérament fougueux.

C’est l’histoire de la maturité de Leia. Cependant, une autre bonne chose que l’on peut penser de ces livres est que Claudia a fait un excellent travail sur les personnages secondaires. Comme tout fan de Star Wars le sait, le « père » de Leia, Bail Organa, a été impliqué dans la rébellion, mais le crédit accordé à sa « mère » Breha est insuffisant. Beaucoup de ses talents, s’ils n’ont pas été appris en les cultivant, ont été définitivement mis en valeur à partir de là. Le dernier point à souligner est la recherche, les détails et les camaïeux de ce livre. Pour moi, tout est parfait dans ce livre.

Ce qui fait le succès de ce livre qui es si bon c’est l’accent mis sur les personnages. Plutôt que de s’enliser dans des histoires qui ressemblent à des reprises d’événements que nous avons vus ou lus d’innombrables fois dans d’autres médias de la Guerre des étoiles, Gray met l’accent avant tout sur le développement des relations entre la jeune Leia et son entourage : sa mère Breha. Son père Bail. Son amie Amilyn Holdo. Son intérêt pour l’amour Kier. Ces relations, et toutes les émotions complexes qui les accompagnent, sont les principaux éléments qui alimentent ce livre et lui donnent l’énergie qu’il a ; elles sont aussi ce qui en fait une lecture si convaincante : en tant que lecteur, vous êtes investi dans l’intrigue non pas parce qu’on s’attend à ce que vous le fassiez, mais parce que Claudia Gray vous donne en fait une RAISON de le faire. C’est incroyablement rafraîchissant, non seulement de voir cela dans un roman de Star Wars, mais de le lire dans N’IMPORTE QUEL roman, point final,

« Leia, » est la définition d’une « bouffée d’air frais » : elle est bien écrite, a des personnages qui vous tiennent à cœur et traîne rarement, voire jamais. C’est le type de roman Star Wars que vous aimeriez que tous les romans Star Wars soient, ceux qui valorisent les relations et le développement de ses protagonistes plutôt que les combats au sabre laser et les batailles de vaisseaux. Espérons que ce n’est pas la dernière fois que Claudia Gray rend visite à une galaxie aussi lointaine.

Note : 9,5/10

Éditeur : Pocket (25 février 2021) Langue : Français Poche : 400 pages ISBN-10 : 2266292072 ISBN-13 : 978-2266292078

60 jours et après de Kim Stanley Robinson

Washington vit un hiver des plus capricieux : froid sibérien et chaleur tropicale se succèdent de façon alarmante. Démocrate passionné d’écologie, Phil Chase vient d’être élu président des États-Unis.

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Chronique : La trilogie de l’auteur le plus célèbre pour la trilogie « Mars » sur un groupe de scientifiques qui terraforment Mars – le postulat évident de cet ensemble est que la terre elle-même a besoin de se terraformer en réponse au changement climatique / réchauffement de la planète et que les scientifiques doivent s’impliquer plus activement politiquement à la fois avec l’électorat et avec ceux qui ont précédemment contrôlé les cordons de leur bourse et que les organismes de recherche doivent établir activement le programme de recherche (un nouveau projet Manhattan ou course à la lune) plutôt que de répondre aux propositions reçues.

Les personnages principaux s’articulent autour de la NSF (l’organisme de recherche américain chargé d’évaluer les propositions de financement), principalement Anna Quibler (dont le mari Charlie reste à la maison avec leur jeune fils hyperactif Joe tout en travaillant comme conseiller, notamment sur les questions environnementales à un célèbre sénateur démocrate « mondial » – Phil Chase) et Frank Vanderwal (initialement en détachement pour un an, dont il démissionne auprès de la dirigeante de la NSF Diana Chang, il retire ensuite sa démission lorsque celle-ci lui permet de diriger une réorientation de la NSF vers un programme agressif visant à étudier les moyens d’atténuer le changement climatique à moyen et à court terme. Frank est sans abri pendant sa deuxième année et finit par vivre dans une cabane dans le parc tout en commençant une relation avec Caroline, une fille mystérieuse avec laquelle il était coincé dans un ascenseur. Elle finit par révéler qu’elle est un agent du gouvernement, mariée à un sinistre agent, qui a été chargé de suivre Frank qui, par le biais de diverses activités, notamment sa relation avec un chercheur Yann qui travaillait à la fois pour la NSF et pour une entreprise de biotechnologie dans laquelle il était impliqué et qui étudie l’utilisation d’algorithmes mathématiques dont Frank réalise qu’ils pourraient être utilisés pour aider le génie génétique).

Dans les deux livres, le climat de la Terre change radicalement en raison d’un hyper El Nino qui entraîne l’inondation de Washington et la fermeture du Gulf Stream , l’Europe et les États-Unis étant frappés par un hiver rigoureux, suivi de l’effondrement de grandes parties de la calotte glaciaire de l’Antarctique. L’intervention de la NSF en politique et l’intervention de Caroline pour donner à Frank un programme de truquage des élections qu’un de ses anciens collègues du renseignement, Eduardo, parvient à inverser, conduisent à l’élection de Phil Chase à la présidence. Les premiers actes de terraformation sont un déversement massif de sel organisé par la NSF (et financé par la réassurance !) pour relancer le Gulf Stream et un effort de l’URSS pour s’appuyer sur les travaux de Yann et de l’ex-Marta de Frank, pour concevoir des arbres capables d’absorber le CO2 supplémentaire, suivi d’un effort de pompage de l’eau de mer (causé par la NSF) dans des bassins naturels dans les zones sèches du monde (toujours avec un financement de la réassurance) et de retour sur les parties les plus stables de la calotte glaciaire de l’Antarctique.

D’autres thèmes du livre (qui au début détournent l’attention, puis dominent et deviennent ensuite l’histoire) sont :

  • Frank souligne que l’homme est à la base un primate de la savane et que l’histoire de la civilisation est trop courte pour avoir changé nos instincts évolutifs – il observe et analyse souvent le comportement sous cet angle, mais voit aussi son style de vie comme un retour à ses racines originelles – et joue au frisbee sur un terrain de golf avec un groupe de free-gans (qui ne mangent que la nourriture qu’ils peuvent récupérer) ainsi que le pistage des animaux libérés du zoo pendant l’inondation.
  • L’importance de l’exercice physique et du plein air – les personnages passent de longues périodes de la narration à faire de la randonnée, du kayak et de l’escalade, souvent sans autre développement narratif.
  • Les capacités mentales et le fonctionnement du cerveau – à la lumière des dommages apparents causés au jugement et à la capacité de décision de Frank après une attaque et un coup au nez.
  • Le bouddhisme et sa relation avec la science et la connaissance – en particulier les exilés tibétains qui viennent à Washington pour faire pression en faveur de l’île-nation Khembalung, menacée par le niveau de la mer (qui est alors inondée lorsqu’un morceau de glace se brise en Antarctique)
  • La surveillance gouvernementale – y compris l’utilisation de marchés à terme virtuels avec des acteurs automatisés utilisés pour évaluer les risques potentiels de sécurité ainsi que des séries d’agences concurrentes et ultra-secrètes.
  • Les défaillances du capitalisme de marché, notamment à la lumière des coûts qu’il externalise, comme le changement climatique. Le livre le dépeint comme un système féodal où les travailleurs ne bénéficient pas de la production de leur propre capital et où le système de la Banque mondiale et du marché libre a effectivement conduit à l’élimination et à l’impossibilité apparente d’autres systèmes libres, plus moraux et coopératifs

Note : 9/10

Éditeur : Pocket (9 juin 2011) Langue : Français Poche : 704 pages ISBN-10 : 2266210807 ISBN-13 : 978-2266210805

50° au-dessous de zéro de Kim Stanley Robinson

Des pluies diluviennes ont submergé Washington. Peu à peu, les eaux se retirent, mais les inondations ont eu des conséquences effroyables. Les sans-abri sont légion et les catastrophes s’enchaînent : la montée des océans raye de la carte les nations insulaires.

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Chronique : Il est clair maintenant que Frank Vanderwal est le personnage principal de ces livres. C’est un scientifique chargé de l’examen et du financement des subventions à la NSF dans un avenir très nouveau où le climat mondial subira un changement soudain. Le réchauffement climatique a bloqué le Gulf Stream, ce qui conduit ironiquement à un gel de la côte est des États-Unis. Frank n’a pas d’endroit où vivre dans la région de Washington DC récemment inondée, alors il construit une cabane dans les arbres à Rock Creek Park, d’où il se rend à son travail quotidien. La description de son mode de vie et de ses relations avec les différents animaux sauvages et les humains qui vivent maintenant dans le parc est liée au mode de vie sauvage que Robinson a décrit dans Blue Mars, mais elle est explorée à travers les yeux d’un anthropologue introspectif. Frank est également ami avec la famille nucléaire Quibler qui est un canal entre la NSF et la campagne présidentielle du sénateur Phil Chase. Il développe également sa vie spirituelle grâce à son amitié avec les réfugiés bouddhistes de Khembalan, et est impliqué avec une femme insaisissable dans le monde du renseignement, qu’il a rencontré un jour dans un ascenseur bloqué.

Le style d’écriture est familier, avec des concepts détaillés et scientifiquement plausibles, des personnages bien développés, et cela est nouveau – à un point très politique. Les républicains ne vont pas aimer ce livre. Je n’étais pas sûr après Quarante signes de pluie, mais ce roman me paraît maintenant comme un ouvrage majeur au même niveau que la trilogie de Robinson sur Mars.

Note : 9/10

Éditeur : Pocket (9 juin 2011) Langue : Français Poche : 768 pages ISBN-10 : 2266210793 ISBN-13 : 978-2266210799

Les 40 signes de la pluie de Kim Stanley Robinson

Demain, à Washington… Anna et Charlie Quibler œuvrent aux applications des découvertes scientifiques visant à améliorer la vie sur Terre.

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Chronique : Kim Stanley Robinson est un érudit. Je l’ai déjà dit et je le répète : la quantité de connaissances qu’il possède dans tous les domaines est stupéfiante. Ce livre ne fait pas exception à la règle : il traite du changement climatique et de ses implications sur les gens, du citoyen moyen aux scientifiques, en passant par les lobbyistes, les sénateurs et le personnel présidentiel, mais aussi sur l’environnement politique, économique et social.

On peut difficilement le considérer comme de la science-fiction ; la dystopie sera plus exacte pour le moment, car, dans quelques années, je pense qu’il deviendra de la non-fiction. Ou de la fiction, du point de vue des personnages, mais basée sur des événements réels.

Et même si ce n’est pas un livre facile à lire, surtout à cause de tous les détails sur le travail des scientifiques (la génétique menant à la bio-ingénierie), la bureaucratie et les programmes politiques (que je digère rarement), c’est l’un de ses ouvrages les plus fascinants. La tension monte progressivement – la calotte polaire fond, les marées montent, les tempêtes se multiplient et s’intensifient. Dans ce contexte, les scientifiques font tout leur possible pour sensibiliser au réchauffement climatique et à ses conséquences catastrophiques, mais leurs efforts sont constamment rejetés au profit de l’économie .

Et même si ce n’est pas du tout un livre optimiste, il présente des situations hilarantes, la plupart fournies par le bambin d’un des personnages. J’ai vraiment bien ri et elles s’intègrent parfaitement dans l’histoire.

Ce qui se passe actuellement aux États-Unis, le retrait de l’accord de Paris et l’absurdité selon laquelle le dioxyde de carbone n’est pas l’un des principaux facteurs du changement climatique, c’est plus ou moins ce que vous trouverez dans ce livre (bien sûr, l’accord de Paris n’existait pas lorsque le livre a été écrit, mais le protocole de Kyoto est mentionné). Quoi qu’il en soit, il est étonnant de voir la ressemblance avec ce qui se passe de nos jours.

Bref, si vous voulez savoir comment Kim Stanley Robinson envisageait les choses aujourd’hui, allez lire le livre. Un scénario sinistre et effrayant mais tellement plausible.

Note : 9,5/10

  • Éditeur : Pocket (9 juin 2011)
  • Langue : Français
  • Poche : 512 pages
  • ISBN-10 : 2266183559
  • ISBN-13 : 978-2266183550

La chose de John W. Campbell, parfois la taille ça compte

Une chronique assez courte aujourd’hui pour un ouvrage assez court, 119 pages d’un récit acéré mais pas complètement convaincant. Il s’agit de ma première incursion dans la collection une heure lumière des éditions le Bélial’. Une collection qui met en avant des nouvelles ou des novellas signées par les plus grands auteurs de la science-fiction. Ici il s’agit du célèbre récit ayant été adapté par John Carpenter en 1982.

Les images de ce chef-d’œuvre du fantastique restent imprégnées en tête et représentent une première difficulté lors de la lecture. Difficile de séparer l’adaptation du récit original. Les scènes du film ne cessaient de parasiter ma lecture et m’empêchaient de me plonger sereinement dans la lecture.

La seconde difficulté tient au format du récit en lui-même, à peine plus de 100 pages pour raconter la lutte d’un groupe de chercheurs, piégés dans le grand désert de glace, contre une créature redoutable venue d’ailleurs c’est un peu court. Les personnages sont à peine esquissés et la tension n’a pas le temps de s’installer que déjà le récit s’emballe. La narration s’en retrouve hachée, avec parfois des ellipses brutales et des réactions abruptes des personnages. Je sais qu’il faut remettre l’œuvre dans son contexte, que les conditions de publications n’étaient pas les mêmes et que l’auteur a maintes fois remanié son texte qui était plus long à l’origine mais il n’en reste pas moins qu’il m’ait apparu difficile d’apprécier le récit en l’état.

J’ai quand même trouvé des éléments plaisants, toutes les explications et théories scientifiques pour tenter de saisir la nature de la chose et sa biologie infernale sont particulièrement délicieuses à suivre et le combat final dans le repaire du monstre est une leçon de maîtrise sur quelques pages à peine. Quelques pages qui donnent à voir le récit auquel on aurait pu avoir accès si l’auteur n’en avait pas décidé autrement.

Un chef-d’œuvre de la science-fiction et du fantastique, un récit qui marquera peut-être plus ceux qui n’ont pas vu la brillante adaptation de Carpenter, leur imagination vierge de toute image de la terreur arctique se laissera peut-être plus facilement emporter par cette nouvelle pas assez consistante à mon goût.

Résumé: En Antarctique, quelque part. Enfoui sous la glace, aux abords d’un artefact aux allures de vaisseau spatial, des scientifiques découvrent un corps congelé gisant là, sans doute, depuis des millions d’années. Un corps résolument inhumain. Résolument autre. Le choix est alors fait de ramener la stupéfiante découverte à la station pour étude. Doucement, la gangue de glace autour de la créature commence à fondre, libérant peu à peu cette totale étrangeté à l’aspect terrifiant. Et les questions de traverser l’équipe de chercheurs : qu’est-ce que cette chose ? Comment est-elle arrivée là ? Et après tout, est-elle seulement morte ? N’ont-ils pas mis au jour la plus épouvantable des abominations, une horreur proprement cosmique ? Récit haletant paru en 1938, proposé ici dans une nouvelle traduction, La Chose est un immense classique de la science-fiction mondiale. Porté à l’écran à trois reprises, ce court roman pose les bases du récit de SF horrifique.

  • Éditeur : BELIAL (5 novembre 2020)
  • Langue : Français
  • Broché : 130 pages
  • ISBN-10 : 2843449707
  • ISBN-13 : 978-2843449703
  • Poids de l’article : 130 g
  • Dimensions : 12.1 x 1 x 17.7 cm

Les Chats sont éternels – 29 janvier 2021 de Fritz Leiber

Des chats familiers ou étranges, inquiétants ou sympathiques, des chats d’ici et des chats d’ailleurs : toutes les nuances de la psychologie féline observées avec une acuité exceptionnelle par une fine plume des genres de l’imaginaire.

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Chronique : Pour la première fois, cet omnibus réunit l’ensemble des textes de SF de l’auteur qu’il consacra aux félins. Toutes les traductions ont été revues en profondeur par l’écrivain Timothée Rey, grand admirateur de l’auteur. Avec une introduction et un appareil cri­tique conséquents, il nous éclaire aussi sur l’importance des chats dans l’oeuvre de Fritz Leiber comme dans la SF.

  • Le roman « Le Millénaire vert » : C’est un livre amusant et excentrique qui se déroule dans un avenir dystopique du point de vue de l’ère McCarthy des années 1950. Il y a beaucoup de problèmes dans le monde avec un conflit entre les États-Unis libéraux débauchés et un fort courant politique en faveur de valeurs plus puritaines, toujours face aux Soviétiques. En même temps, le commun des mortels a un travail qui écrase les esprits, et recourt à toutes sortes d’évasions, de la RV, des spectacles exotiques (comme le catch homme-femme !!!) et toutes sortes de pornographie, tout en espérant que son travail ne soit pas rendu obsolète par un nouveau type de robot. Phil Gish est l’un de ces pauvres , mais son monde est transformé lorsqu’il est au chômage (à cause des robots mentionnés précédemment), et un étrange chat vert se promène dans son appartement. Sa vision du monde change soudainement et de façon spectaculaire, et il surnomme le chat « Lucky ». Avec sa confiance retrouvée, il se promène du côté sauvage, et même lorsque celui-ci perd son nouveau chat, la confiance qui s’est éveillée en lui demeure, et il commence une quête épique pour trouver l’étrange chat vert (qui aime la confiture de framboise). En cours de route, il rencontre le côté le plus sordide de la vie, ayant affaire à des voyous, des mafieux, des hommes d’affaires (parfois difficiles à distinguer des mafieux), une lutteuse, des agents fédéraux et des scientifiques. Il commence également à se demander s’il est sain d’esprit et s’il imagine tout, puisque personne d’autre qu’il rencontre ne voit le chat…., mais il se peut qu’ils l’aient manqué de peu. L’ajout d’un psychothérapeute ne fait que compliquer encore les choses, surtout lorsqu’il rencontre la fille du cambrioleur de chats, à la fois douce et violente.
  • La novella « Le Navire des ombres » Cette nouvelle de science-fiction se déroulant sur un vaisseau spatial où nous suivons notre protagoniste, Spar, un barman faisant partie de l’étrange société qui a évolué. Sans trop en dévoiler, c’est une histoire qui laisse beaucoup de place à la réflexion sur ce qui se passe à l’intérieur du vaisseau et sur la façon dont les gens sont contrôlés, ainsi que sur ce qui se passe à l’extérieur, dans la galaxie en général.

Une superbe livre à lire et qui regroupe des merveilles. Les Éditions Mnemos font fort encore une fois et nous régalent de récits juste parfait.

Note : 10/10

Éditeur : MNEMOS (29 janvier 2021) Langue : Français Relié : 560 pages ISBN-10 : 2354088345 ISBN-13 : 978-2354088347

Aucune terre n’est promise de Lavie Tidhar, Errance maligne et quête de sens

Et au milieu pousse un désert

Tout est question d’équilibre. Cela pourrait être la devise de cet ouvrage qui allie un aspect hermétique mais cependant accessible grâce à une intrigue captivante, une narration atypique, une plume onirique et un tableau saisissant et actuel de notre monde.

L’ouvrage exige de la part du lecteur de se laisser embarquer dans un univers qui ne livrera pas tous ses secrets. Une volonté de la part de l’auteur de ne pas s’appesantir sur des explications pseudo-scientifiques qui pourraient se révéler fastidieuse et de rester focaliser sur sa narration. Une narration polyphonique, où les trois narrateurs principaux se croisent et s’interpellent, se tutoie sans que l’on sache s’ils s’adressent à eux-mêmes ou au lecteur. Deux choix de narration audacieux mais que l’auteur a su contrebalancer en se concentrant sur l’intrigue, qui se révèle trépidante, et le ressenti des personnages plutôt que sur les descriptions ou l’aspect scientifique de son univers.

Chercher à tout saisir de ce récit de science-fiction serait illusoire. Partez du principe que certaines choses sont réalisables dans les pages de ce livre, l’auteur nous entraîne dans un monde où tout est différent mais où, malheureusement, tout est pareil. Une fois ce postulat acquit la lecture en sera plus aisé. Cet hermétisme aurait pu, aurait dû, me rebuter, habitué que je suis à ce qu’un auteur me délivre les clefs de son univers dès les premières pages. Pourtant la plume de l’auteur a su me cueillir. Une plume légère, onirique, teinté d’un spleen irrémédiable sur la nature humaine. Une plume maligne qui parvient à maintenir l’intérêt pour la quête du personnage principal tout en imprégnant le récit d’une revendication humaniste toujours aussi nécessaire. Une plume qui ne décrit que très peu, mais fait ressentir les alternoiments des personnages. De courts paragraphes mettent l’accent sur les aberrations auxquels se confrontent les personnages, tandis que d’autres, plus introspectif, font entendre le hurlement intérieur de personnages en errance constante.

La narration resserrée et le fait que l’auteur pose rapidement les enjeux de son récit atténue cette sensation d’être baladé de monde en monde, de narrateurs en narrateurs. L’atmosphère sociale délétère et l’humanisme désespéré qui transpirent des pages de l’ouvrage ancrent le récit dans une réalité qui évoquera à tous un sujet de société brûlant. Libre à chacun de faire son avis à la lecture, celui de l’auteur est limpide mais appelle au dialogue et le propos n’est pas manichéen. Mais c’est là le seul reproche que je pourrais faire à l’auteur. On referme le livre avec un sentiment d’inachevé, l’auteur ne va pas jusqu’au bout de son propos et il en résulte fatalement une impression d’inachevé. La fin manque d’audace et paraît un peu sage lorsqu’on la compare au pirouettes narratives au début de l’ouvrage.

Un récit de science-fiction qui a le mérite de mettre en avant une anecdote historique véridique en plus d’allier une intrigue prenante et une certaine exigence narrative. Il est juste regrettable que l’auteur n’ait pas étayé son propos un peu plus afin de consolider son ouvrage déjà solide.

”Vous, les humains, lâche-t-il, non sans affection. Vous inventez de si merveilleux mensonges, vous fabulez le monde, et chaque phrase que vous prononcez est un rêve. Vous tenez tellement à être le livre du monde, les mots qui racontent son histoire. Pourtant ,au plus profond de votre cœur, vous savez n’être qu’éphémères.” tirade du sphinx (oui il y a aussi un sphinx dans ce récit)

Résumé: Berlin. Lior Tirosh, écrivain de seconde zone, embarque pour la Palestina, fuyant une existence minée d’échecs. Il espère retrouver à Ararat City la chaleur du foyer, mais rien ne se passe comme prévu : la ville est ceinturée par un mur immense, et sa nièce, Déborah, a disparu dans les camps de réfugiés africains. Traqué, soupçonné de meurtre, offert en pâture à un promoteur véreux, Lior est entraîné malgré lui dans les dédales d’une histoire qu’il contribue pourtant à écrire. Lavie Tidhar questionne nos identités, et le prix qui leur est attaché. Aucune terre n’est promise est un roman d’une incroyable lucidité sur les enjeux d’Israël, microcosme du monde. Il n’en cède pourtant rien à la poésie, seule utopie capable encore d’incarner la paix.

Le grand abandon de Cory Doctorow, dissection du domaine de la lutte

C’est le grand incendie

Si les livres étaient un gâteau celui-ci serait l’un de ses gâteaux au chocolat à étages recouverts de crème pâtissière, magnifique mais légèrement indigeste. Imaginez que vous seriez forcés d’avaler bouchées après bouchées, au début c’est délicieux mais très vite un sentiment de satiété s’installe tandis que la plus grande partie du gâteau vous attend encore.

Ce sentiment d’être repus alors que l’ouvrage n’est pas encore fini vient principalement du style. L’auteur possède en effet une plume dense, pas tellement descriptive mais très analytique. Les lecteurs qui se lanceront dans ce grand abandon n’ignoreront rien des états psychologiques par lesquels passeront les personnages. Leur état d’esprits sont en effet exposé et analysé sous les moindres coutures. Il en résulte des portraits psychologiques exhaustifs mais qui manquent de fluidité, de naturel. Une part de non-dit ou de mystères aurait été la bienvenue. Du coup malgré le soin apporté à la construction des personnages il m’a été difficile de m’attacher à eux, j’avais parfois l’impression de lire un débat philosophique sur la manière de lutter contre le capitalisme plutôt que des aventures de personnages en lutte contre le système. La police d’écriture et la mise en page n’aide pas vraiment à aérer un texte déjà très touffu.

La narration est à l’image de ces portraits, un bloc uniforme et dense mais qui manque de fluidité. Malgré l’étalement temporel et le nombre de personnages l’intrigue paraît resserrée et manque d’articulations entre ses chapitres, sans parler de la redondance que peuvent entraîner les mésaventures de nos militants d’une nouvelle société face aux capitalisme exacerbé de leurs adversaires. Chapitres qui commencent souvent par une situation donnée avant que le contexte ne nous soit donné par la suite. Les ellipses sont nombreuses et participent à ce sentiment de détachement que l’on peut ressentir à la lecture. Les personnages ne vivent pas l’aventure au fil des pages, ils en débattent, en discutent, en profitent pour confronter leurs points de vue sous tous les angles mais ne nous permettent pas de vibrer avec eux aux cours de leurs vies d’abandonneurs. Sortie des dialogues, qui versent parfois dans la philosophie hors sujet, la narration prend des allures d’audit désincarné, notamment lorsqu’il s’agit de décrire une société au bord du gouffre.

Et pourtant le monde que nous dépeint l’auteur est intéressant, terrifiant mais aussi empreint d’espoir, de résilience et malheureusement suffisamment crédible pour captiver l’attention du lecteur. Sur les ruines d’un capitalisme tyrannique, un monde nouveau tente de naître. La technologie y joue un rôle important et permet à l’auteur de démontrer que l’empilement de gadget sécuritaire n’empêche en rien l’émergence de nouvelles formes de luttes. Le futur oppressant mis en scène par l’auteur résonne de manière funeste avec les actualités des dernières années. La description de cette société où la technologie est devenue une béquille, où le travail est une denrée rare, où l’endettement est devenue la norme et les gouvernements rien d’autre que des extensions de sociétés privés fait froid dans le dos tellement elle paraît d’actualité. C’est sans doute le point fort du récit et ce qui permet de capter l’attention au travers d’une narration dense et rigide.

Ce grand abandon se révèle complexe à appréhender, handicapé par une narration rigide et une plume tatillonne, pourtant la vision de l’auteur et son propos ne manquent pas de profondeur mais ne parlera pas à tous les lecteurs.

Résumé: Dans un monde ravagé par le changement climatique, au sein d’une société dominée par la richesse, Hubert « Etc » Espinoza, Seth et Natalie n’ont nulle part où aller.

Pourtant une autre façon de vivre se dessine, grâce aux progrès de la technologie. Alors, comme des centaines de milliers d’autres, le trio décide de tourner le dos aux règles établies pour… tout abandonner.

Mais le danger est partout : les terres dévastées par le réchauffement de la planète ne connaissent plus de lois et fourmillent de prédateurs. Bravant les menaces, les premiers Abandonneurs construisent les bases de ce qui pourrait devenir une utopie de l’abondance. Avant de découvrir l’unique chose que les ultrariches n’ont jamais pu acheter : le moyen de vaincre la mort…

  • Éditeur : Bragelonne (13 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 608 pages
  • ISBN-13 : 979-1028116392
  • Poids de l’article : 490 g

L’incivilité des fantômes de Rivers Solomon, chronique d’un abandon

Avec cet article nous allons inaugurer une nouvelle catégorie d’articles sur le site. Celle des abandons. C’est une catégorie que j’aurais préféré ne jamais avoir à créer mais la vie de lecteur est ainsi faite que parfois la rencontre tant désirée entre un récit et son lecteur ne se fait pas. Et comme j’ai passé deux jours à lire ce livre je tiens quand même à faire partager mon ressenti.

Aux forges de Vulcain est une maison d’édition spécialisée dans les récits de science-fiction et de fantastique relativement jeune et qui m’attire par ces choix de récits exigeants mais divertissants, sans parler du fait que leurs couvertures transpirent la classe. Ce premier roman de Rivers Solomon promettait une réflexion sur la lutte des classes sur fond de voyage interstellaire.

Or parvenu à la moitié du récit force est de constater que l’insurrection promise tarde à démarrer. L’intrigue stagne énormément sur les déboires de l’héroïne face aux autorités, les conditions de vie déplorables et des flashbacks beaucoup trop longs. La thématique de l’identité sexuelle est à peine survolée et ne constitue même pas un thème de fond dans le récit.

Mais ce qui m’a vraiment fait abandonner l’ouvrage c’est l’héroïne. L’auteur a vraiment cru qu’en écrivant son personnage principal de cette manière cela allait fonctionnait ? Elle est prétentieuse, se prétend intelligente mais ses réponses impulsives la place plus d’une fois dans des situations critiques et elle compte alors sur l’aide des autres pour s’en sortir. Ses interactions avec les autres, que ce soit avec ses compagnons de galères ou son allié Théo le chirurgien, sont empreint d’une tension constante qui se révèle usante. On a l’impression que cette brave Aster est constamment en colère, ce qui peut se comprendre étant donné le monde dans lequel elle évolue mais moi ce genre de personnage a tendance à me lasser.

Résultat, alors qu’il me restait une centaine de pages à lire, j’ai lâché le livre en me rendant compte que la suite des mésaventures d’Aster ne m’intéresse absolument pas.

Résumé: Aster est une jeune femme que son caractère bien trempé expose à l’hostilité des autres. Son monde est dur et cruel. Pourtant, elle se bat, existe, et aide autant qu’elle le peut, avec son intelligence peu commune, ceux et celles qu’elle peut aider. Mais un jour, un type la prend en grippe. Et Aster comprend qu’elle ne peut plus raser les murs, et qu’il lui faut se tenir grande. Sa rébellion est d’autant plus spectaculaire qu’elle est noire, dans un vaisseau spatial qui emmène les derniers survivants de l’humanité vers un éventuel Eden, un vaisseau où les riches blancs ont réduit en esclavage les personnes de couleur. Un premier roman qui prend pour prétexte la science-fiction pour inventer un microcosme de l’Amérique, et de tous les maux qui la hantent, tels des fantômes.

  • Éditeur : AUX FORGES DE VULCAIN (6 septembre 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 391 pages
  • ISBN-10 : 2373050560
  • ISBN-13 : 978-2373050561
  • Poids de l’article : 500 g

C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du blanc de Lilian Bathelot

Un court récit non dénué de substances, un roman de science-fiction qui va droit à l’essentiel, une fable percutante sur la déshumanisation et la place de la technologie dans nos vies. Ce roman est tout cela à la fois et le tout sur un format peu épais.

Le récit est avant tout construit comme une course contre la montre, les chapitres alternent entre la chasseuse Kisimiipunga et l’équipe des services secrets chargés d’une mission à haut risque. Les chapitres consacrés à la jeune inuite qui tente d’achever le rite ancestral de son peuple ont eu ma préférence. Plus intimiste et baignant dans un champ lexical qui allie la beauté de la banquise à la survie en milieu hostile. Les chapitres mettant en scène l’équipe d’intervention sont plus techniques, plus froids aussi malgré les dissensions incarnées par les deux commandants. Le monde qu’il représente est aussi moins développé et donc plus nébuleux. La narration est extrêmement rythmée et pose rapidement les enjeux qui ont cours tout au long de l’ouvrage.

Si l’auteur parvient rapidement à nous plonger dans son intrigue il manque cependant un élément lors du dénouement pour transcender un peu cette quête de liberté. Un surplus qui ferait dire au lecteur qu’il tient entre les mains un excellent ouvrage de science-fiction. Je ne parle pas forcément d’un twist renversant mais plutôt d’un passage marquant, d’une scène mémorable qui s’imprimerait dans l’imagination du lecteur. De plus si l’auteur parvient à rendre son héroïne attachante on reste assez froid devant la peine qui l’accable étant donné que l’objet de son chagrin est resté extérieur au récit et n’a même pas droit à un seul chapitre pour exister.

Il n’en reste pas moins que l’auteur parvient à développer un propos intéressant sur la place de plus en plus importante de la technologie dans notre société. Son récit reste très positif sur le devenir de l’humanité. La globalisation technologique n’efface pas les différences, au contraire celles-ci s’expriment encore plus fort et se débattent avec toute l’énergie du désespoir pour survivre. Sans trop dévoiler l’intrigue il est intéressant également d’assister à la libération d’un peuple grâce à la technologie tandis que de l’autre un soldat acquis à la cause de l’autorité se voit redevenir humain là aussi grâce à la technologie. Le message de l’auteur est clair la technologie ne signera pas notre perte, elle n’est qu’un outil à notre service, seul l’homme est responsable de ses tourments.

Un récit court qui prend quand même le temps de délivrer un message optimiste dans une narration rythmé et haletante. Il manque peut-être juste un éclat narratif fort pour finir de le rendre mémorable.

Résumé: 2089, dans une société hypertechnologique, tous les habitants de la planète sont reliés au réseau de surveillance de leur zone gouvernementale. Les territoires inuits, pourtant, ne suivent pas la règle commune ; là, pas de surveillance, une certaine liberté et de grands espaces sauvages où l’on peut retrouver la nature et des gestes ataviques. Les gouvernements planétaires tentent désespérément de trouver une parade à cette indépendance qui a, semble-t-il, fort à voir avec les narvals, et leur sonar si particulier. La jeune chercheuse inuit Kisimiippunga vient de terminer le rite ancestral de la Première Chasse. Alors qu’elle est seule au milieu de nulle part, elle voit surgir un traîneau sur lequel elle découvre un Européen blessé. Qui est-il et que vient-il faire ici ?

  • Éditeur : Pocket (19 novembre 2020)
  • Langue : : Français
  • Poche : 256 pages
  • ISBN-10 : 2266307452
  • ISBN-13 : 978-2266307451
  • Poids de l’article : 130 g
  • Dimensions : 10.8 x 1.1 x 17.8 cm