The Wretched, le film d’horreur qui fait le plein dans les drive-in aux États-Unis

Sorti le 1er mai sur douze écrans à travers tout le pays et en vidéo à la demande, le film d’horreur « The Wretched » des frères Pierce est devenu le phénomène des drive-in pendant la crise sanitaire du Covid-19.

Lorsque Brett Pierce et Drew T. Pierce, deux frères scénaristes et réalisateurs, ont sorti The Wretched le 1er mai dernier, ils étaient loin de se douter que leur second long métrage allait devenir un véritable phénomène. Distribué par IFC Midnight, une société de production spécialisée dans les films d’horreur indépendants, ce succès surprise a envahi les drive-in américains après la fermeture des cinémas suite à la pandémie du Covid-19. Dès son premier week-end d’exploitation, du 1er au 3 mai, le film, projeté sur douze écrans seulement, avait déjà rapporté plus de 65 000 dollars. Depuis, le nombre de copies ne cesse d’augmenter, passant de douze à quarante-cinq écrans ce week-end du 22 mai, et les recettes avec. The Wretched, classé numéro un du box-office, a désormais récolté pas moins de 548 609 dollars.

Interrogé par le magazine Entertainment Weekly, l’un des réalisateurs du film, Drew T. Pierce, explique : « Nous n’étions qu’un petit film du Michigan. Nous avons toujours visé la Lune, mais avec un film indépendant, vous vous vous dites : « Nous allons sortir dans quelques cinémas, on va être joué pendant une semaine, et peut-être que dix personnes iront le voir. La plupart des gens le regarderont en streaming à un moment donné. » Mais chaque semaine, ça prend de l’ampleur. C’est une chose impensable. On va devenir une question de Jeopardy (un jeu télévisé américain, NDLR) un jour, parce qu’on va être le film à petit budget qui aura rapporté le plus d’argent. »

Plébiscité par le public… et la presse

Bien sûr, un tel succès s’explique par l’absence de grosse concurrence. La totalité des blockbusters de la saison ont été repoussés à une date ultérieure, comme Black Widow, laissant aux films plus confidentiels, comme The Wretched, la voie libre pour occuper le haut du podium. Au-delà de la faible programmation, le film – dont le budget demeure inconnu – bénéfie également d’un excellent bouche-à-oreille. En plus d’être un succès commercial, il a également reçu de bonnes critiques de la part de la presse américaine, comme le New York Times et The Hollywood Reporter, qui saluent sa qualité et son ingéniosité. Sur le site Rotten Tomatoes, The Wretched obtient un bon score de 73%.

Sur le compte officiel Instagram du film, les réalisateurs profitent de l’engouement autour de leur long métrage pour partager d’intéressantes images du tournage. L’occasion de voir à quoi ressemble le plateau d’un film à petit budget et les moyens qui ont été déployés. Toujours non daté en France, The Wretched raconte comment un jeune adolescent, bouleversé par le récent divorce de ses parents, découvre que sa voisine est en réalité une sorcière âgée d’une centaine d’années.

La vie est un roman de Guillaume Musso – 26 mai 2020

Ainsi débute le récit de Flora Conway, romancière renommée à la discrétion légendaire. La disparition de Carrie n’a aucune explication. La porte et les fenêtres de l’appartement étaient closes, les caméras de ce vieil immeuble new-yorkais ne montrent pas d’intrusion. L’enquête de police n’a rien donné.

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Chronique : Le pouvoir de l’imagination est infini, pour les auteurs qui le détiennent. Un talent qu’il n’est pas toujours facile de dompter. Parce qu’il ne suffit pas à raconter un bonne histoire.
La vie est un roman, le bien nommé, est une belle démonstration de ce que l’imagination peut éclairer quand on a une vraie habileté de conteur. Et Guillaume Musso en est indéniablement pourvu.
Cette histoire est bien plus étonnante qu’elle n’y paraît de prime abord. Déroutante, même. Ce qui débute comme une version moderne du mystère de la chambre jaune, se révèle bien plus surprenant au fil des pages. Croyez-moi sur parole, puisqu’il serait criminel de révéler quoi que ce soit sur cette intrigue.
Encore une histoire d’écrivains, allez-vous dire. Mais ne parle t-on pas le mieux de ce qu’on connaît ? Prenez l’exemple de Stephen King, que Musso cite à plusieurs reprises dans ce roman concernant sa manière d’écrire, il a souvent mis en scène des congénères. D’ailleurs, il est amusant de constater que plusieurs petits clins d’oeils renvoient à l’auteur américain.
Il est loin d’être le seul auteur nommé. le roman égraine des citations tout du long, et ce ne sont pas de simples mots lancés au hasard. Elles sont minutieusement choisies et servent à ouvrir des portes au lecteur.
La vie secrète des écrivains mettait en avant l’amour des livres. Ce nouveau roman dépeint leur pouvoir et la puissance de leur emprise. Sur celui qui lit, mais surtout sur celui qui écrit.
Alors que son précédent livre était construit très minutieusement tel un puzzle, Guillaume Musso semble s’être octroyé davantage de liberté dans le cheminement de cette histoire assez inclassable. Entre thriller et récit plus intimiste qui pousse au questionnement, il jongle allègrement entre fiction et réalité. Un vrai jeu à travers deux mondes, le réel et l’imaginaire, les États-Unis et la France.
Il fallait oser une telle intrigue, renversante. A la construction fantasque. Plus d’une fois, je me suis demandé comment il allait se sortir d’une telle affaire. Mais comme tout bon auteur puisant dans son imaginaire, il est un peu magicien.
Mon seul regret aura été que cette parenthèse entre les pages des romans fut un peu courte, je m’y serais bien abandonné davantage.
La vie est un roman est un livre joliment divertissant et qui pousse à certaines vraies réflexions. Comme à se dire que la vie est pleine de surprises et que rien n’est écrit à l’avance.
Le pouvoir de l’imagination est infini quand il est mis au service d’une bonne histoire et d’émotions, Guillaume Musso le prouve avec brio.

NOTE : 8,5/10

CHRONIQUE DE GRUZ

 

  • Broché : 304 pages
  • Editeur : Calmann-Lévy; Édition : 01 (26 mai 2020)
  • Collection : Littérature Française
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702165540

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Vetâla saison 1 sur Netflix des zombies sauce curry

Synopsis: Alors qu’il est en mission pour déplacer les indigènes de la forêt de Campa afin de construire une route, Sirohi et son équipe déchaînent sans le vouloir la malédiction de la montagne Betaal qui fait des ravages sur le peuple et menace de mettre fin à la civilisation telle que nous la connaissons.

Après Ghoul, un huis-clos horrifique efficace sortie en 2018, le studio blumhouse et Netflix livrent leur nouvelle collaboration hindoue, en partenariat avec la boîte de production indienne red chillies production.

Au casting on retrouve des acteurs habitués aux productions Netflix tel que Viinet Kumar Singh présent dans la série Bard of blood et Jitendra Joshi à l’affiche du seigneur de Bombay.

Je garde un bon souvenir de leur précédente série Ghoul, qui offrait en quatre épisodes un spectacle angoissant et tendu. C’est pourquoi je me suis lancé dans cette nouvelle production en toute confiance malgré l’absence de doublage en français.

GOULE FATIGUÉE

Pourtant cette V. O. S. T. F. imposé n’est pas le plus gros souci pour les spectateurs. L’action étant privilégiée, les dialogues n’ont pas une importance capitale. Le co-réalisateur des épisodes, Patrick Graham, multiplie à outrance les montages rapides et nerveux tentant en vain d’instaurer un climat d’urgence alors que dans le même temps chacun des quatre épisodes souffrent de longueurs. La technique de la caméra à l’épaule est souvent utilisée, donnant l’impression que l’on est dans un jeu vidéo mais cache par ailleurs une pauvreté de réalisation. Les scènes de batailles contre les zombies sont plates et celles de carnages cannibales sont souvent filmées hors-champ, sans doute par manque de budget. Le design assez moyen des zombies et les jump-scares inutiles enfoncent encore plus le clou dans le cercueil du show.

UNE ÉCRITURE BÉANTE

Ajoutons à cela des écueils évidents dans l’écriture des personnages. Ce genre de série n’exige pas un développement approfondi de chaque personnage, ceux-ci sont d’ailleurs suffisamment présentés dans le premier épisode pour permettre de lancer l’aventure, mise à part le personnage de l’industriel véreux, trop caricatural. Mais à mesure que les épisodes s’accumulent les incohérences s’enchaînent, les personnages agissent de manière parfois complètement stupide et les facilités scénaristiques finissent d’enlever toute crédibilité à cette nuit en enfer. C’est d’autant plus dommage que la plupart des acteurs se révèlent convaincants malgré les failles dans l’écriture.

Des acteurs charismatiques mal servis par une écriture pauvre

Si les producteurs étaient partis sur l’idée de réaliser un film, ils auraient pu livrer un métrage sans génie mais efficace et dont les défauts auraient pu être noyés dans une effervescence horrifique d’une heure et demie, malheureusement le format série dessert fortement le programme qui perd en saveur à mesure que les zombies se repaissent de chair humaine.

Saw : le film Spiral avec Samuel L. Jackson et Chris Rock décalé à 2021

Spirale, l’héritage de Saw, le spin-off de la saga horrifique Saw censé sortir en salles le 13 mai 2020 vient d’être décalé d’un an par Metropolitan.

Annoncé dans nos salles obscures pour le 13 mai dernier, le spin-off de la saga d’épouvante Saw porté par Samuel L. Jackson et Chris Rock avait été repoussé à cause de la pandémie de Coronavirus. Spirale : L’Héritage de Saw sortira donc au cinéma le 19 mai 2021.

Mis en scène par Darren Lynn Bousman (déjà aux commandes des épisodes 2 à 4) et écrit et produit par Chris Rock, ce revival suit le lieutenant Ezekiel « Zeke » Banks (Rocks) et son nouveau partenaire (Max Minghella). Ces derniers enquêtent sur une série de meurtres macabres dont le mode opératoire rappelle étrangement celui d’un tueur en série qui sévissait jadis dans la ville. Pris au piège sans le savoir, Zeke se retrouve au centre d’un stratagème terrifiant dont le tueur tire les ficelles.

Le distributeur a également décalé d’un an le film d’action Hitman & Bodyguard 2 porté par Samuel L. Jackson et Ryan Reynolds. Annoncé pour août 2020 la suite des aventures du garde du corps (Reynolds) et du redoutable tueur à gages (Jackson) sortira finalement dans nos salles le 18 août 2021.

Justice League 2 : le projet est abandonné

Si la director’s cut de « Justice League » sortira bien aux Etats-Unis l’an prochain, de nouveaux détails révèlent toutefois qu’aucun tournage de scènes supplémentaires ne sera accordé par la plate-forme HBO Max à Zack Snyder.

La director’s cut de Justice League sortira bel et bien l’an prochain, pourtant l’annonce de ce nouveau montage supervisé par Zack Snyder n’amorcera pas la continuité de l’univers connecté DC Comics initié par Man of Steel, mais bien au contraire la fin d’une ère super-héroïque au cinéma…

Le site américain The Wrap révèle en effet que si le réalisateur disposera de moyens estimés à 30 millions de dollars pour retravailler le montage, les effets spéciaux et même la bande-originale du long métrage, il lui sera en revanche impossible de tourner la moindre séquence supplémentaire, bien que les acteurs aient donné leur accord pour enregistrer de nouveaux dialogues pour certaines scènes (on l’imagine pour gommer l’humour ajouté par les reshoot supervisés par Joss Whedon).

Dans l’incapacité d’ajouter de nouvelles séquences à son film donc, Zack Snyder a néanmoins annoncé que son Justice League serait totalement différent de celui sorti dans nos salles en novembre 2017, avec comme changement d’ores et déjà confirmé la présence de Darkseid, conçu pour devenir le méchant ultime  du DCEU – comme l’a été Thanos pour l’univers Marvel – mais finalement coupé du montage cinéma par Joss Whedon. Le comédien Ray Porter qui prête sa voix au villain a ainsi confirmé que Darkseid serait bien réintégré au Snyder Cut, mais que la voix de ce dernier lui était impossible à reproduire malgré les demandes insistantes des fans car « elle n’est pas de cette planète ».

La diffusion courant 2021 sur la plate-forme HBO du Snyder Cut va-t-elle permettre en cas de succès d’annoncer la mise en chantier d’une suite ? Toujours selon The Wrap, il ne faut surtout pas voir ce Justice League comme une tentative de faire revivre la franchise DC Comics au cinéma, mais bien au contraire comme une façon de clôre sur une note positive le multivers imaginé par Zack Snyder : nos confrères sont catégoriques, « aucun spin-off ne verra le jour » alors que le rôle du Chevalier Noir sera repris par Robert Pattinson dans le film The Batman (en cours de tournage) et que le triomphe international de Joker semble avoir convaincu les studios DC Comics / Warner Bros. de miser désormais sur des productions plus modestes et plus sombres

Le management très libéral des dirigeants nazis

Historien spécialiste du nazisme, Johann Chapoutot signe avec Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui un essai déroutant sur les techniques de management des cadres nazis. Contre toute attente, une idéologie funeste communément associée à un sens de la planification rigoureux aura su s’accomoder des réalités de terrain et accepter une grande marge de liberté dans la gestion des hommes pour arriver à ses fins. Une adaptation dont l’héritage se poursuit jusqu’à aujourd’hui dans les entreprises.

Votre essai suit le parcours professionnel et intellectuel de Reinhard Höhn d’abord figure intellectuelle du IIIe Reich, puis directeur de la principale école de formation de cadres allemands de l’après-guerre. Comment s’opère la filiation entre les théories de l’organisation du travail de cet ancien juriste nazi et les méthodes de management actuelles ?

Reinhard Höhn a réfléchi au management essentiellement après 1945, dans le cadre des missions que lui confiait son employeur, un think tank industriel qui voulait doter l’Allemagne d’une académie de formation des cadres propre à faire advenir en Allemagne la figure du manager, du spécialiste de l’organisation elle-même, alors que l’Allemagne avait une tradition de cadres spécialistes de leur matière ou de leur technique – généralement, des ingénieurs, des titulaires de doctorat (droit, économie, chimie…) ou des docteurs-ingénieurs, statut créé par les réformes universitaires du début du XXe siècle. Le spécialiste non-spécialiste, le manager, était une nouveauté, et une nécessité urgente dans la mesure où, dans le cadre de la guerre froide et du Plan Marshall, l’Allemagne de l’Ouest s’intégrait à un bloc Atlantique où dominaient les archétypes formés par la Harvard Business School ou la MIT School of Management. Pour adapter les cadres aux nouvelles conditions d’une économie performante et de haute croissance, il valait mieux leur donner une formation continue que réformer en profondeur le système universitaire et attendre une nouvelle génération d’étudiants. Le principe d’une école de cadres fut donc retenu, et Reinhard Höhn a ouvert son Akademie für Führungskräfte en 1956, de même que la France a inauguré l’INSEAD en 1957 – dont le principe est le même : accueillir des cadres déjà en fonction, et les doter d’une formation professionnelle.

Avant 1945, Reinhard Höhn, jeune professeur de droit et général SS, s’intéressait, sur le plan intellectuel, à deux choses principales : la transformation des administrations du Reich dans un contexte d’extension territoriale et de diminution des personnels (comment faire plus avec moins ?), le remplacement de l’Etat par des agences, et l’histoire militaire, sa passion de toute une vie.

Je montre dans le livre que c’est en s’inspirant de tout cela, comme de la conception nazie du travail (volontaire, libre) et de la Menschenführung (la direction des hommes – que ce soit à l’armée, à l’usine ou au bureau, ou dans la société en général), que Reinhard Höhn a pu élaborer un modèle de « management par délégation de responsabilité » qui, par son aspect participatif et libéral, a su correspondre aux exigences d’une société nouvelle, libérale et démocratique. De fait, son modèle a été le catéchisme du monde économique allemand des années 1950 aux années 1980 au moins. Lorsqu’il meurt en 2000, Höhn est célébré comme le « Peter Drucker allemand », comme un pape du management.

Vous montrez de façon surprenante que les théoriciens du nazisme préfèrent un foisonnement d’initiatives individuelles désorganisées à la rigidité de l’Etat. On passe d’une gestion absolutiste du pouvoir à un management par objectif où la prérogative des chefs n’est plus d’imposer les méthodes mais d’ordonner, contrôler, évaluer. Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’image de l’organisation quadrillée du pouvoir nazi ?

Oui, et c’est, comme vous le dites, une image, une de celles qui subsistent par persistance rétinienne. Nous sommes nourris d’images produites par les nazis sur eux-mêmes : pas un documentaire ne nous épargne les défilés ou les alignements au cordeau des films de Leni Riefenstahl, qui étaient des mises en scène dictées par les impératifs de la propagande nazie. Comme, de surcroît, ces images correspondent aux stéréotypes que nous cultivons au sujet de l’Allemagne et des allemands (organisés, rigides, disciplinés…), nous ne voyons pas la réalité derrière l’écran. Cette réalité nazie est toute d’improvisation, de contrordres, de contradictions et de chaos. Comment aurait-il pu en être autrement ? Les nazis s’estiment en retard sur tout, sur la biologie et sur l’histoire. Pour adapter l’Allemagne à la réalité d’un monde en guerre biologique, il faut lancer des myriades de chantiers dans tous les domaines, des autoroutes à la réforme du droit, de la création d’une armée à la refonte administrative du Reich… et cela s’accentue avec la conquête de l’Europe ! D’un point de vue militaire, administratif, économique, policier, génocidaire, ce qui domine, c’est la vitesse : rapidité des initiatives, brutalité des mises en œuvre. Tout cela produit du chaos.

Mais c’est un chaos créatif, et voulu comme tel. Les nazis sont des darwinistes sociaux, qui considèrent la concurrence, la lutte et le combat comme positifs et salvateurs. Que l’initiative individuelle fleurisse, et que le meilleur gagne ! A la fin, c’est la solution la plus radicale, car la plus violente et la plus rapide, qui est retenue par une hiérarchie qui se contente, au fond, de fixer des objectifs généraux et d’arbitrer in fine en faveur du « meilleur ».

Cette pratique du darwinisme institutionnel, qu’Albert Speer, ministre de l’armement à partir de 1942 appelle « l’improvisation organisée », est théorisée par des juristes, hauts fonctionnaires du régime fortement empreints de darwinisme social et de racisme, inconditionnels de la « lutte pour la vie », de la « survie du meilleur » et de la « sélection naturelle ». Reinhard Höhn, officier supérieur de la SS, membre de son élite (le SD) et protégé d’Heinrich Himmler, en fat partie.

Pourtant vous montrez par ailleurs que ces théories du management sous le nazisme sont elles-mêmes inspirées d’un nouvel art de la guerre venu de la Révolution française où la motivation individuelle prend le pas sur l’organisation totalitaire. Comment la souplesse d’exécution de l’armée française inspire-t-elle les dirigeants nazis ?

Bien en amont des nazis, la défaite terrible que les Prussiens concèdent à Napoléon en 1806 à Iéna a conduit à repenser en profondeur l’organisation militaire, l’art du commandement et les rapports entre donneur d’ordres et subordonnés. Clausewitz, un général prussien traumatisé par la défaite, a constaté que la victoire des Français était en grande partie celle de l’adaptation au terrain, de l’initiative individuelle et du mouvement face à la rigidité mécanique de la ligne d’infanterie prussienne hérités de Frédéric II. Des tirailleurs mobiles faisaient face à des automates mus par des ordres mathématiques qui ne laissaient aucune place à l’improvisation, au brouillard de la guerre et à l’imprévu. Par ailleurs, remarquait le général Scharnhorst, les soldats français étaient des soldats-citoyens qui se battaient pour eux-mêmes, pour leur liberté. Autrement dit, ils étaient passablement plus motivés au combat que les soldats de plomb prussiens, manipulés sur le champ de bataille comme des pions sur une carte de Kriegsspiel…

Les réformes de l’armée prussienne, entre 1806 et 1813, ainsi que les écrits théoriques de Scharnhorst, ont donné naissance à un nouvel art du commandement, la « tactique par la mission », en allemand Auftragtstaktik : le chef donne un objectif, sans spécifier les voies et les moyens. A charge au subordonné, qui doit remplir l’objectif, de calculer et de mettre en œuvre les moyens adéquats pour le succès de sa mission. Dans cette configuration, un seul critère d’évaluation : la réussite – tempéré par la proportion, donc l’économie, des moyens (ne pas perdre trop d’hommes et de matériel, par exemple).

C’est cette conception du commandement qui permet à la Wehrmacht d’obtenir ses plus beaux succès, notamment lors de la campagne de 1940 en France : les officiers de terrain, comme le général Rommel, sont libres de faire ce qu’ils veulent pour atteindre leurs fins. Ils prennent tellement cette liberté à cœur que leur marge d’appréciation va jusqu’à l’insubordination caractérisée, comme lorsque Rommel coupe sa radio pour ne pas entendre les ordres d’arrêt ou de repli de son état-major, une surdité sélective que reproduit son camarade Guderian quand, au lieu de s’arrêter à Pontailler-sur-Saône, il se retrouve à Pontarlier, à la frontière suisse…

Dans l’armée prussienne, puis allemande, on est donc libres d’obéir : il faut obéir (atteindre un objectif, réussir une mission – Auftrag), mais on est libre de choisir les moyens de sa réussite.

C’est cet art du commandement que le SS Reinhard Höhn, historien militaire reconnu et spécialiste, du reste, de Scharnhorst, décide de transposer à l’organisation productive dans le cadre d’une économie libérale, de marché et de haute croissance.
Pour les nazis « la force productive est soutenue par la joie », on pourrait presque retrouver cette formule dans la novlangue du monde des startups ?
Oui, et cela n’a rien de bien surprenant. Le management est, essentiellement, un art d’aménager la contrainte – en rendant la subordination, qui définit le contrat de travail, acceptable par l’agent producteur.

On constate que, après 1945, dans le « monde libre », il fallait être libre politiquement (dans le cadre de la démocratie libérale, en tant que citoyen) mais aussi économiquement (dans le cadre de l’entreprise, en tant que producteur, voire en tant que consommateur, dans une société de consommation définie par l’abondance, la diversité et le marketing).

Face à cela, il y avait le « bloc de l’Est », caractérisé par la tyrannie (politique) et la pénurie (économique), ainsi que par l’esclavage (productif).

Le management libéral de Höhn était parfaitement adéquat aux temps nouveaux, ceux de la démocratie capitaliste, tout en venant des temps anciens (ceux de la lutte contre le communisme, dont les nazis étaient les plus fervents acteurs).

Et en ce moment que lisez-vous (essais ou fictions) ?

Pour le loisir et la réflexion hors travail universitaire, des polars nordiques, de la littérature française contemporaine, des essais de politique et d’économie, ainsi que de l’histoire grecque et romaine.

Découvrez Libres d`obéir : Le management, du nazisme à aujourd`hui  de Johann Chapoutot publié aux éditions Gallimard dans la collection NRF Essais.