Aventures à Guedelon 2 : Le maitre-chêne (19 mai 2016) de Danielle Martinigol

Les jumeaux Pierrel et Tim vivent de nos jours au chantier médiéval de Guédelon. Les voilà obligés d’accompagner Nouranne, la turbulente cousine de leur amie Najoie, en visite scolaire au château. Mais à peine arrivée, Nouranne disparaît. La situation devient très embarrassante pour les trois amis. Et si la jeune fille avait trouvé le chemin pour remonter le temps jusqu’au Moyen-âge ? Pourront-ils aller la récupérer ? C’est d’autant plus urgent qu’il se déroule des évènements bien mystérieux dans la forêt de Guédelon…
Un nouveau volume plein de péripéties qui fait la part belle au travail du bois

Critique : Connaissez-vous le château de Guédelon , magnifique projet qui consiste à bâtir un château du Moyen-Age avec les matériaux et les techniques de l’époque. En plus de visiter le château en construction, on peut voir les artisans et ouvriers au travail et les écouter expliquer ce qu’ils sont en train de faire, après un très bon tome 1 voici la suite  des aventure de Pierrel, Tim  et Najoie .
On adore parcourir Guédelon à leurs coté cotés. Loin d’être tous sages, ils se sont complétés à merveille pour résoudre ce mystère. L’histoire est prenante, on a envie de savoir ce qui va se passer. On apprend beaucoup de choses sur le château, sa construction, sur le Moyen-Age.
L’histoire et fluide et c’est un livre qui se lit d’une seule traite. Une superbe suite aussi bonne que le premier tome.

Note : 9/10

 

  • Poche: 125 pages
  • Editeur : ACTUSF (19 mai 2016)
  • Collection : Aventures à Guédelon
  • Prix : 5 euros

 

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Le Dernier Chant d’Orphée (20 août 2015) de Robert SILVERBERG

0n dit qu’il pouvait, par son chant, charmer les animaux et les arbres. Sa voix fit chavirer les sirènes elles-mêmes. Mais son coeur appartenait à Eurydice, et lorsque la mort vint la lui ravir, Orphée se présenta aux portes des enfers, armé de sa seule lyre, afin de reprendre à Hadès l’âme de sa bien-aimée. Robert Silverberg est l’un des derniers maîtres de la science fiction américaine. Mais c’est dans la veine de Gilgamesh, Roi d’Ourouk que l’auteur des Monades Urbaines et du Cycle de Majipoor revient pour cette réécriture épique du mythe d’Orphée. Un roman inédit qui est un véritable événement.

Critique : Robert Silverberg retrace ici l’histoire d’Orphée, héros de la mythologie grecque bien connu : de l’acquisition de son don pour la musique et de sa lyre à son aventure avec les Argonautes pour aller chercher la Toison d’Or, en passant par la perte d’Eurydice.

Ce petit roman est très bien écrit, cela ne fait pas de doute, c’est presque poétique parfois, explorant le thème du destin.Les amateurs d’histoire ancienne et de mythologie seront satisfaits d’y retrouver tous les éléments connus du mythe : l’ascendance divine d’Orphée ; son règne dans sa Thrace natale ; son talent incomparable pour la musique ; son amour pour Eurydice et la douleur de sa perte ; sa participation à la quête de la Toison d’or ; et enfin sa triste et douloureuse fin aux mains des Ménades.Parmi la multitude d’épreuves et d’aventures relatées par le poète, deux épisodes en particulier se distinguent : celui de la perte d’Eurydice et celui de la quête de la Toison d’or. Rien de très fantasy ou fantastique non plus ici, si ce n’est le merveilleux intrinsèque à la mythologie. Dans un sens ce roman  fait pensé à « Lavinia »d’Ursula le Guin, où l’auteur raconte l’histoire de ce personnage mythologique à la première personne et d’une manière plutôt réaliste, mis à part quelques fantômes et autres créatures mythologiques.  Au final, Silverberg réussit à rendre ce demi-dieu tout à fait humain, pétri de questions existentielles et victime de tous les sentiments, toutes les émotions.

Note : 9,5/10

  • Broché: 200 pages
  • Editeur : ActuSF (24 octobre 2012)
  • Collection : Perles d’épice
  • Prix : 12 euros

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Chanson de la Terre mourante (Tome 1 :2 mai 2013) de Gardner Dozois et George R-R Martin

A l’autre bout du temps, un soleil rouge et obèse jette sur la Terre mourante sa lumière de fin du monde. Ceux qui arpentent cette terre agonisante sont les derniers héros de l’humanité. Ils s’appellent Cugel ou Rhialto, T’saïs ou Pandelume, ils sont mages ou voleurs, bretteurs ou escrocs, mais ils sont toujours flamboyants, car ils sont nés il y a de cela soixante ans, sous la plume de Jack Vance.

Critique : L’objectif est atteint : il est possible de faire revivre l’univers ancien, et plus précisément la terre mourante. Ces textes sélectionnés atteignent à leur butQue vous connaissiez sur le bout du doigt l’intégralité de l’œuvre de l’auteur ou que vous n’aillez pas encore sauté le pas, voilà un ouvrage qui vous donnera en tous les cas enviez de vous (re)plonger dans les romans qui sont à l’origine de cette brillante idée qui consiste à écrire de la science-fiction qui se déroulerait dans un futur tellement lointain qu’on pourrait la lire comme de la fantaisie. La Terre mourant c’est donc un monde merveilleux où la magie a remplacé la technique et par conséquent peuplé de sorciers, créatures surnaturelles plus improbables les unes que les autres, objets enchantés…, mais aussi un monde sur le déclin, avançant lentement mais inexorablement vers sa fin. Ne vous étonnez donc pas d’y croiser des sorciers astucieux mais d’une affligeante nullité ou encore des poètes et nécromants mélancoliques ou dépressifs, le tout parsemé de compétitions de sorts, de quêtes insolites, de combats de magie.…                                                                                          Chaque auteur possède bien évidemment un style et une façon de faire qui lui est propre, mais l’ensemble se lit avec une grande fluidité sans que jamais l’ennui ou la répétition ne s’installe. Trois auteurs tirent cela dit, à mon sens, leur épingle du jeu dans ce premier volume : Byron Tetrick, qui met en scène dans « L’université de magie » un jeune homme en quête de son père; G. R. R. Martin, qui nous offre comme à son habitude avec « Une Nuit au chalet du Lac » une nouvelle pleine de surprises et habilement construite ; et enfin Jeff VanderMeer, qui nous embarque avec « La dernière Quête du mage Sarnod » dans les terrifiants royaumes de l’En Dessous aux côtés de personnages attachants et tourmentés tour à tour drôles, touchants, surprenants ou envoûtants, chacun des textes présents au sommaire ne manquera en tout cas pas de séduire les amoureux de fantaisie. Outre la qualité des nouvelles, on peut également saluer la présence au sein de l’ouvrage de postfaces à la fin de chaque texte dans lesquelles les auteurs reviennent tous sur leur première découverte des œuvres et sur l’influence que cela a pu avoir dans leurs écrits. Instructif.
Qu’il s’agisse de rendre hommage à ce grand écrivain ou tout simplement d’amener de nouveaux lecteurs à découvrir l’univers de la Terre mourante, dans les deux cas le pari est parfaitement réussi
Une anthologie qui vaut le détour

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 386 pages
  • Editeur : ActuSF (2 mai 2013)
  • Collection : Perles d’épice

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Le club des punks contre l’apocalypse zombie de Karim Berrouka

Paris n’est plus que ruines.
Et le prix de la cervelle fraîche s’envole.
Heureusement, il reste des punks.
Et des bières.
Et des acides.
Et un groupe électrogène pour jouer du Discharge.
Le Club des punks va pouvoir survivre à l’Apocalypse.
Enfin, si en plus des zombies, les gros cons n’étaient pas aussi de sortie…
Il est grand temps que l’anarchie remette de l’ordre dans le chaos !
Politiquement incorrect, taché de bière et de Lutte finale, Le Club des punks contre l’apocalypse zombie est un condensé d’humour salutaire.

Critique : Un livre complètement barré qui commence par la classique invasion dans la ville de Paris avec des gens qui paniquent et monstres qui les mangent. Ce qui fait que le livre est original et les héros entièrement composés de squatteurs. Un livre bien fun qui ne se prend pas au sérieux avec des péripéties qui font rire, écrit dans un ton, léger, et drôle. On voit ce l’auteur connaît l’univers des squatters et n’en fait pas une caricature ce qui nous permet aussi de nous attacher à cette bande.
Dans ce roman l’auteur arrivé à nous parler de thème fort comme la politique et les médias. Le livre n’émarge personne surtout les policiers ou les patrons.
Voici un livre fun qui ne se prend pas au sérieux tout en arrivant à nous faire réfléchir.

Note : 8/10

 

  • Broché: 400 pages
  • Editeur : ACTUSF (5 mai 2016)
  • Collection : TROIS SOUHAITS

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Au fil du temps de George R-R Martin

« Dire que Martin est brillant relève du pur euphémisme. » Jean-Pierre Lion, Bifrost 74
Une forteresse imprenable, dont la reddition pourrait bien signer la fin du monde. Des zones de guerre converties en séjours touristiques. Un vaisseau spatial chargé de la protection de l’humanité. Un joueur d’échecs capable de voyager dans le temps. Le destin des États-Unis suspendu à la visée d’un sniper. En sept nouvelles, George R. R. Martin nous invite à un voyage au fil du temps, mélange de science-fiction et d’uchronie.
Mondialement connu pour sa série du Trône de fer, adaptée en série télévisée par HBO sous le titre Game of Thrones, George R. R. Martin fut un brillant novelliste avant d’être un romancier acclamé. Se jouant de tous les genres avec une facilité déconcertante, il déploie ses qualités de conteur sur la forme courte avec virtuosité, créant des ambiances et des personnages incomparables. C’est tout un pan insoupçonné de la carrière de l’un des auteurs majeurs du XXe siècle qu’Au fil du temps vous invite à découvrir.

Critique: « Au fil du temps »,  est paru en novembre 2013 chez ActuSF est un recueil qui rassemble sept courtes histoires.                                                                                                            -« La Mort est mon héritage », un ancien espion atteint d’un cancer va chercher à partir sur un dernier baroud : l’assassinat du prophète, un sénateur au discours populistes prônant le fascisme. Si le personnage principal semble ne rien avoir d’honorable, son but semble l’être un peu plus puisqu’il veut empêcher le pire de se reproduire. La nouvelle qui devait mettre en scène un ersatz de James Bond se révèle bien vite sombre et pessimiste.
– « Week-end en zone de guerre » où un américain moyen va aller participer à un jeu de combats avec balles réelles et où l’on tue donc pour de vrai. Plutôt effrayé au départ, ce participant n’a qu’une envie : s’enfuir, mais le mépris de ses collaborateurs va le faire changer d’avis. Ce texte est violent et cynique, utilisant ce « sport » pour démontrer la violence américaine, mais pas celle des armes, plutôt celle que la société engendre et produit. Au final, on a une véritable charge contre les Etats-Unis.
– « affaire périphérique » et « Vaisseau de guerre », on aborde donc le space-opéra avec pour la première l’histoire d’un vaisseau porté disparu, risquant de déclencher une guerre, tandis que la seconde nouvelle met en scène le dernier survivant d’un vaisseau décimé par un virus d’origine inconnue. La première est au final une nouvelle ludique, plutôt fun et proposant un moment de divertissement très sympathique. La seconde est une histoire courte et plus sombre, une nouvelle à la chute plutôt réussie. George Martin aborde ici le même genre, mais de deux manières différentes, passant d’une sorte de polar avec l’espace en guise de décor à un huis-clos effrayant.
-« Variante douteuse », il sera aussi question de Huis-clos, mais également d’une autre des passions de George RR Martin : les échecs ! Un auteur raté et son épouse avec qui il ne s’entend plus se rend à un week-end organisé par l’un des membres de son ancien club d’échec, celui qui leur avait fait perdre le tournoi le plus important de leur vie. Une fois sur place, il se rend que leur hôte semble avoir une idée derrière la tête, en rapport avec la partie perdue. Ce texte, le plus long du recueil, est donc un thriller basé sur les échecs et où il sera question de voyage dans le temps ! Si ce récit est angoissant, ça ne l’empêche pas d’aborder d’autres thèmes comme la nostalgie ou les regrets, le tout via une revanche qui semble n’avoir aucune limite. Entre un méchant aussi retors que pathétique et l’écrivain raté, George RR Martin nous décrit un duel de geek stressant.
-« La Forteresse » et « Assiégé » qui ont pour particularité de se dérouler à Sveaborg, une forteresse supposée protégée la Finlande et la Suède de la Russie en 1808, alors que son commandant a rendu les armes, malgré une supériorité numérique et militaire de la place. Le premier est la version historique de cette histoire, tandis que la seconde l’utilise dans le cadre de la SF. Dans les deux cas, on y suit un colonel récalcitrant à l’idée de reddition, par nationalisme dans la première et à cause d’un visiteur du futur dans la seconde.
Du même événement, l’auteur tire donc deux histoires différentes et si la version historique est intéressante, ne serait ce que pour imaginer ses événements, sa présence dans ce recueil prend tous son sens grâce à la deuxième, un pur récit de sf ! L’auteur va ici jouer avec des mutants, du post-apo, des voyages dans le temps et même des univers parallèles. Cette nouvelle qui clôt donc le recueil est un excellent morceau de SF, surprenant à souhait et sachant jouer autant avec ses personnages qu’avec l’histoire.

Au final, ce recueil est un excellent moment de lecture, permettant de découvrir aussi bien les différentes possibilités de son auteur que son évolution en tant qu’écrivain, de se rappeler qu’il est autant capable de créer des univers désenchantés qu’un brin optimiste, de faire de la politique que d’offrir un divertissement sympathique. Une occasion donc de découvrir la partie immergée de l’iceberg à ceux qui ne l’ont pas encore aperçus.

Note : 8/10

  • Poche: 328 pages
  • Editeur : ACTUSF (4 février 2016)
  • Collection : Hélios

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L’Héritière de Jeanne-A DEBATS

Je m’appelle Agnès Cleyre et je suis orpheline. De ma mère sorcière, j’ai hérité du don de voir les fantômes. Plutôt une malédiction qui m’a obligée à vivre recluse, à l’abri de la violence des sentiments des morts. Mais depuis le jour où mon oncle notaire m’a prise sous son aile, ma vie a changé. Contrairement aux apparences, le quotidien de l’étude qu’il dirige n’est pas de tout repos : vampires, loups-garous, sirènes… À croire que tout l’AlterMonde a une succession à gérer ! Moi qui voulais de l’action, je ne suis pas déçue… Et le beau Navarre n’y est peut-être pas étranger.
Et comme l’AlterMonde n’est pas Vérone, à nous de faire en sorte que cette fois l’histoire ne se termine pas dans un bain de sang…

Critique : Ce livre est à placé dans l’univers de l’Urban Fantasy . Il se passe dans un Paris des plus fascinantshabitent des personnages qui le sont tout autantL’auteur nous plonge donc dans une fantaisie urbaine s’ancrant dans un Paris plein de fantômes, de vampires et de loup-garous. Ces créatures sont mêlées à la population, sous couvert d’anonymat et selon une hiérarchie. Partant d’un récit classique avec les vampires qui font partie de la société aisée et les loups-garous qui se retrouvent plutôt dans la couche populaire ici les vampires s’organisent en cénacles et les loups-garous se sont réparti les quartiers parisiens.

L’intrigue va s’articuler autour d’Agnès, qui doit aider son oncle à retrouver une héritière pour un vampire. C’est elle qui va nous raconte l’histoire où nous découvrons l’Altermonde . Elle va devoir y subir plusieurs métamorphoses comme un nouveau boulot, une confrontation avec le monde extérieur et ses premiers émois amoureux.
Navarre est un personnage intrigant mais ce qui est dommage est qu’il est éclipsé et n’a pas beaucoup de place dans le fil du récit.
Le rythme est très bon il est écrit de façon simple et claire, mâtiné d’humour.
L’Héritière est un livre qui pourrait se suffire à lui-même, pour un premier tome. Le second tome sort le 31 mars 2016. A lire pour tout fan de fantastique.

Note : 9/10

  • Nombre de pages : 380 pages
  • Editeur : Editions ActuSF

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L’infernale comédie de Mike Resnick

Dans un futur lointain, l’humanité a essaimé dans toute la galaxie, nouant des liens avec les espèces extraterrestres qu’elle a rencontrées, au gré de guerres et d’alliances commerciales.
Sur Peponi, malgré la richesse de la faune et de la flore, l’installation des colons aboutit à un désastre.
Sur Karimon, les émissaires humains doivent, eux, composer avec un roi local qui entend bien tirer profit de leur venue.
Et sur Faligor, un idéaliste veut faire en sorte d’intégrer la planète dans la République galactique d’une manière harmonieuse et rapide… mais sans tenir compte des rivalités tribales.
Avec son Infernale Comédie, Mike Resnick signe trois récits grandioses et redoutablement intelligents, étroitement entrelacés, qui dressent un portrait sans complaisance de l’être humain, entre grandeur d’âme et mesquinerie.

Critique : Superbe réédition des romans de Mike Resnick. La planète Peponi (le Kenya), appelée ainsi mais pas par ses habitants, est légendaire dans la galaxie pour sa faune sauvage, dont des espèces disparues comme les félidémons (éléphants) et autres cornesabres (rhinocéros), qui en a fait une destination prisée des safaris. Pour les pionniers humains qui y avaient débarqué, ce devait décidément être le paradis… Un paradis qui a disparu à cause des colons, des touristes, des indigènes, ou de la simple marche du temps. Même si la révolte très violente et sanguinaire menée par le groupe des Kalakalas (Mau-Mau), membre de la principale tribu de l’espèce autochtone, les Bogodas (Kikuyus), a pu être endiguée, la République (l’Empire britannique) a dû accorder son indépendance à cette planète grâce au combat de Buko Pepon (Jomo Kenyatta). Après la mort du leader charismatique, comment mettre fin au tribalisme et à la corruption qui gangrènent ce monde autrefois si merveilleux ? Et surtout… ce paradis perdu auquel chacun fait référence, a-t-il vraiment existé ?

– Les chefs traditionnels de la planète Rocaille (la Rhodésie) sont méfiants à l’heure de négocier avec les explorateurs humains. Mais la puissance de la Société du Bras Spiral (British South Africa Company) dirigée par Violette Jardinier (Cecil B. Rhodes) lui permet de prendre le contrôle de ce monde qui sera modelé sans pitié pour les besoins économiques, notamment par la création d’un grand barrage qui forme le lac Zantu (lac Kariba) sur le Karimona (Zambèze) et signe l’arrêt de mort d’une tribu. Peu à peu, la République s’offusque du peu de droits qu’ont les autochtones, et les colons, présidés par John Blake (Ian Smith), coupent les ponts avec la communauté galactique et subissent l’embargo de tous sauf la planète Chrysalide (Afrique du Sud). Néanmoins, les indigènes sont majoritaires et leur prise de pouvoir est inéluctable. Rocaille devient Karimon (Zimbabwe), du nom de la grande civilisation dont elle était autrefois le siège, et la capitale Athènes (Salisbury) devient Talami (Harare). Comment gérer les conséquences de la guerre de libération ? Mis en garde par son ami Mordecaï Kiichana (Samora Mechel), dirigeant d’Alpha Bednares II (Mozambique), contre le danger d’un départ brutal des colons, le président Thomas Paka (Robert Mugabe) tente d’abord de pratiquer une politique pragmatique, mais pourra-t-il lutter longtemps contre la volonté populaire d’une réforme agraire qui expulserait trop brutalement les propriétaires terriens et ruinerait l’économie ? Son pays n’est-il pas en purgatoire ?

– Sur Faligor (en Ouganda), aucune des erreurs commises ailleurs n’a été répétée. L’exploration humaine s’est faite sans colonisation de peuplement. Les humains (Européens) sont restés discrets et l’unique main d’œuvre importée a été les taupes (Indiens) venus initialement travailler dans les mines, et ensuite reconvertis dans le commerce. Mais le dernier sitat (kabaka), chef traditionnel de la tribu des Entoki (Baganda), Robert Tantram (Frederick Mutesa), est trop empressé d’imiter les humains. Il perd les élections contre William Barioke (Milton Obété), un membre de la tribu minoritaire des Rizzali (Lango) qui devient le premier président de la république indépendante. Celui-ci est renversé par le coup d’état militaire du tristement célèbre Gama Labu (Amin Dada) qui se révèle bien vite un dictateur fou qui multiplie les exécutions et expulse les taupes, avant de perdre le pouvoir dans une guerre contre un voisin (la Tanzanie), ce qui provoque le retour de Barioke. L’histoire de Faligor est ainsi un enfer, une succession de massacres, où les dirigeants accueillis en libérateurs rivalisent de cruauté dans l’exercice du pouvoir. Mais d’où vient l’erreur ? Tout destinait ce monde à la prospérité et les humains voulaient en faire un exemple, un modèle de bienveillance. Mais ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Vous l’aurez compris, à travers trois histoires d’arrivée de l’homme sur trois planètes fictives, Mike Resnick conte sans se cacher l’histoire de trois pays africains. « Pourquoi utiliser la science-fiction », peut-on se demander. Effectivement, le fait de décrire trois espèces différentes (reptilienne, etc) change fondamentalement les données par rapport à la colonisation de l’Afrique, même si on pourra objecter que les premiers colons considéraient les « Noirs » comme une espèce, ou plutôt une « race », différente. Ceci dit, l’intérêt de la parabole est qu’elle permet de comprendre plus directement l’essentiel et nécessite de faire un travail de recul.

Ce recul et cette ouverture d’esprit, inhérents à tout bon roman de science-fiction, c’est une des grandes qualités de Mike Resnick. Mais le fait qu’il use de la parabole n’est-il pas révélateur et ne signifie-t-il pas que le sujet est trop sensible pour être abordé directement ? Le thème de la colonisation est en effet rarement épargné par les a priori et paradigmes aveuglants qui entravent le débat.

Dans Paradis, Resnick se construit ainsi un alter ego écrivain chargé d’écrire l’histoire de Peponi et qui se fixe comme mot d’ordre absolu l’objectivité. Il retranscrit ainsi avec honnêteté et en tentant de les comprendre les avis des uns et des autres. Cette difficulté à saisir l’opinion de l’auteur fait le charme indéfinissable de Resnick, et comme le Kenya est le pays qu’il connaît le mieux, ce premier volet est le plus subtil. En comparaison, Purgatoire est trop droit, trop linéaire, trop factuel, alors qu’Enfer est celui où l’auteur est le plus subjectif et laisse libre cours à sa thèse qui prend corps alors que se complète la trilogie.

Si l’on fait abstraction du contexte extra-terrestre comme Resnick a fait abstraction du contexte africain, on aurait tort de sous-estimer ses romans qui peuvent de prime abord paraître utiliser des raccourcis. En réalité, les titres Paradis, Purgatoire et Enfer sont trompeurs et ne désignent pas de bons ou de mauvais exemples. La conclusion de Paradis paraît même la plus pessimiste tandis que celle d’Enfer semble porteuse d’espoir, probablement parce que tout est relatif.

La conclusion finale est l’antithèse du manichéisme que suggèrent les titres, et amène à penser qu’il n’y a pas de « bonne » colonisation ni d’ingérence « bénéfique ». Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure il est utopique de croire en une société préservée d’une influence extérieure et ainsi capable de conserver sa culture…

Note : 9/10

  • Relié: 688 pages
  • Editeur : ACTUSF (1 avril 2016)
  • Collection : Perles d’épices

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