Entre fauves de Colin Niel, vorace nature humaine

Dans le premier ouvrage de Colin Niel que javais eut la chance de lire, Sur le ciel effondré, l’auteur renforçait son intrigue de portraits de personnages touchant à la psychologie étudiée, des descriptions de paysages partagés entre réalisme sordide et onirisme sauvage ainsi qu’une plume maîtrisée et envoûtante. Il me tardait de voir si l’auteur allait parvenir à me captiver à nouveau avec son nouvel ouvrage, Entre fauves, sans surprise la réponse est oui.

L’intrigue est cette fois plus simpliste, cela s’explique par la volonté de l’auteur de dresser des portraits saisissants plutôt que d’empiler les retournements de situation. L’ouvrage propose en effet une trinité de personnages dont les attentes, les rêves et les aspirations ne vont cesser de se heurter à la complexité d’un monde impitoyable. Martin, le garde chasse misanthrope ne rêve que d’un monde débarrassé de l’influence humaine qu’il juge néfaste pour la faune et la flore. Son extrémisme est nourri de son expérience et par les réseaux sociaux. Les chapitres qui lui sont consacrés le voient basculer dans une impasse haineuse et mesquine qui finira par lui coûter cher. Martin c’est le petit garçon aux rêves souillés par la vie et qui ne parvient pas à voir au-delà de son petit monde verdoyant. Kondjima, a contrario de Martin a douloureusement conscience d’être un grain de sable dans un monde de plus en plus vaste, il ne rêve que d’une chose, s’extirper de sa condition de paysan misérable et prouver au reste de sa tribu, et au monde, qu’il est digne de ses ancêtres chasseur mais il se heurte aux difficultés matérielles et sociales inhérentes à son milieu. Kondjima c’est le petit garçon aux ambitions égoïstes qui regrette amèrement sa condition actuelle. Et enfin il y a Apolline, fière, sauvage, un anachronisme qui rejette la technologie, qui n’aspire à rien d’autre que de se prouver à elle-même qu’elle est bien ce qu’elle prétend, une chasseuse. Son rêve, un défi, est le plus pur des trois, en cela qu’il n’engage qu’elle-même et ne menace rien d’autre que sa propre sécurité et un vieux lion solitaire dont le gouvernement Namibien a autorisé la chasse. Pourtant les deux autres personnages ne cesseront de vouloir lui nuire tant ils ne peuvent supporter l’image d’eux-mêmes qu’elle leur renvoie.

Sans l’envoûtement que provoque rapidement la plume de Colin Niel le récit aurait sans doute été plus fade. Or non seulement l’auteur parvient à décrire des personnages captivants tant par leurs faiblesses que leurs forces mais il parvient également à nous faire voyager des montagnes enneigées du Béarn à la savane desséchée de Namibie. L’auteur retranscrit à merveille l’atmosphère montagneuse ainsi que la mentalité occidentale hyper connectée mais déconnectée des vérités internationales qui ne cherchent pas plus loin que sa petite haine virtuelle. Sans que l’on ressente les effets indésirables d’une transition abrupte l’auteur nous transporte en Namibie, avec ses paysages arides mais où les mentalités sont similaires. La double temporalité permet de faire lentement monter la tension jusqu’au drame final qui rappelle que les innocents sont bien souvent les seuls à subir les conséquences de rêves égoïstes.

Une fois parvenu à la conclusion du récit j’en ai d’abord voulu à l’auteur de ne pas avoir mis en scène un échange à cœur ouvert entre les deux antagonistes principaux. Puis j’ai finalement compris qu’entre ses deux êtres si semblables et pourtant si différents, nulle discussion n’était possible. Martin a oublié le sens même du mot dialogue, il ne lui reste que l’obsession d’anéantir cette femme dont il ne supporte ni l’existence ni le symbole qu’elle représente. Quant à Apolline, seule compte ses deux instincts entremêlés, celui de la survie et celui de la chasse. Leur confrontation donne lieu au passage le plus intense du récit mais aussi le plus ironiquement cruel.

Même si les convictions de l’auteur transparaissent au travers des pages de son récit viscéral il a le mérite de rappeler que toutes les formes de chasse ne se valent pas et que, aussi simpliste et caricaturaux nos chers réseaux sociaux voudraient les réduire tous les sujets sont en vérités complexes, internationaux et exigent réflexion avant condamnation. L’auteur a choisi le thème de la chasse pour construire son récit mais ce que je retiendrais vraiment c’est le traitement des ambitions humaines, qui peuvent se révéler un moteur puissant, la lutte qu’elles nous poussent à entreprendre pour les assouvirs et les conséquences imprévus qu’elles entraînent.

Test Dvd : Bienvenue au Gondwana (30 août 2017) de Mamane avec Antoine Gouy, Mich el GohouC

Un jeune français idéaliste plongé en Afrique, des élections présidentielles controversées, un dictateur décidé à rester au pouvoir en trichant, deux hommes de main adeptes de géopolitique, un député français déterminé à vendre des asperges aux africains, une jeune et jolie révolutionnaire : Bienvenue au Gondwana !

Chronique : Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Bienvenue au Gondwana n’est pas un film hilarant de bout en bout même s’il reste malgré tout une comédie souvent drôle. En effet, on a plus tendance à sourire qu’à rire à gorge déployée car ce film permet surtout à Mamane de dénoncer, certes sur le ton de l’humour, le manque de démocratie qui règne hélas dans la majorité des pays africains. Ainsi, le réalisateur ne part pas dans le burlesque mais reste dans un humour bon enfant afin de ne pas atténuer son message : il est d’ailleurs regrettable de devoir attendre 2017 pour voir un film grand public (si on oublie Le Crocodile du Bostwanga) dénoncer les dictatures régnant dans un continent qui est tout de même le berceau de l’humanité. Sans être un grand film, Bienvenue au Gondwana est donc un film très divertissant servi par des acteurs excellents (on retient en particulier les prestations de Michel Gohou, de Digbeu Cravate et d’Antoine Duléry) et traitant un sujet trop souvent oublié : en résumé, un film divertissant et sociologiquement important.

Note : 8,5/10

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Test DVD :

Image : Wild Side fait un super travail sur ce dvd avec des détails supérieurs, des couleurs vives, un fort contraste et une absence de bruit, des bandes Ou d’autres artefacts. L’éclairage révèle les éléments essentiels du design visuel d’une scène, en utilisant la noirceur et l’ombre à la fois pour diriger l’oeil et pour créer de l’atmosphère.

Son : Le mixage audio 5.1  sans perte, continue de profiter pleinement de la matrice surround, ce qui place l’environnement et les effets spécifiques dans les canaux arrière pour une immersion complète même si ce film n’a pas de scène d’action la gamme dynamique est large, l’extension des graves est profonde et le dialogue est clairement rendu.

Bonus : Pas de bonus

  • Acteurs : Antoine Duléry, Prudence Maïdou, Antoine Gouy, Michel Gohou, Digbeu Cravate
  • Réalisateurs : Mamane
  • Format : PAL
  • Audio : Français (DTS 5.1), Français (Dolby Digital 2.0)
  • Audio description : Français
  • Sous-titres pour sourds et malentendants : Français
  • Région : Région 2
  • Rapport de forme : 2.40:1
  • Nombre de disques : 1
  • Studio : Wild Side Video
  • Date de sortie du DVD : 30 août 2017
  • Durée : 100 minutes

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XXI N39 (28 juin 2017)

Ce numéro de juin parle de vilains secrets de famille, de mystérieuses livraisons d’armes et de barbouzeries en tout genre.

Chronique : Dans son numéro la revue XXI revient sur les pages sombres de l’histoire franco-africaine avec un dossier intitulé «Nos crimes en Afrique». Trois dossiers sont exhumés en dépoussiérant les cartons secret-défense des archives françaises.Les secrets ressortent des cartons secret-défense des archives. La revue parle tout d’abord, du massacre commis au camp de Thiaroye au Sénégal en 1944 à l’encontre de « tirailleurs », et qui a fait l’objet en 1988 d’un film du réalisateur sénégalais Ousmane Sembène, interdit en France pendant dix ans. Ensuite, l’agenda caché de la France, qui a poussé en vain à une sécession d’une partie du Nigeria, sous couvert de mission humanitaire au Biafra. Et puis son rôle en 1994 au Rwanda, qu’on savait déjà plus que problématique, mais qui s’avère carrément scandaleux et criminel.

Note : 9/10

  • Broché: 150 pages
  • Editeur : XXI (28 juin 2017)
  • Collection : XX1.REVUES

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Mamie Denis: Évadée de la maison de retraite (25 janvier 2017 de CHRISTOPHE NGALLE EDIMO et DANNGAR ADJIM

Mamie Denis, vieille parisienne procédurière, contestataire et raciste, choisit de finir sa vie en Afrique après avoir fugué de la maison de retraite qui
l’héberge. Car Mamie Denis veut vivre sa vie, malgré les aléas de la vieillesse. Et cela ne lui était plus possible à Paris 9ème, du fait de la pression des services sociaux qui, aiguillés par Pat, le cupide neveu, ont fait d’elle une personne entièrement dépendante.

Chronique : Après « Les tribulations d’Alphonse Madiba dit Daudet » un nouvel album de Christophe N’Galle Edimo tout aussi fort et aussi rigolo. Ce livre parle d’un thème universel et grave, l’immigration et perception des autres et comment faire face à une telle situation quand on y a pas été préparé? Mamie Denis tant habituer à la vieille France n’arrive pas s’habituer à ce que des personnes « de couleur » de nationalité français débarquent dans son quartier, ce qui change s vie et souhaite revenir à son ancienne. Est-ce facile d’assumer la différence et de l’accepter dans la société actuelle ? Et jusqu’où est-on capable de faire pour y arriver à retrouver sa tranquillité . Une superbe BD, drôle et rocambolesque, Dessin et couleur magnifique, histoire très touchante.

Note: 9/10

 

  • Album: 110 pages
  • Editeur : Harmattan BD (25 janvier 2017)
  • Collection : HA.BD AFRICAINE

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Les tribulations d’Alphonse Madiba dit Daudet (2 novembre 2016) de CHRISTOPHE NGALLE EDIMO et Al’Mata

Après s’être fait expulsé de France où il vivotait comme pseudo-étudiant, Alphonse Madiba est revenu dans son pays d’origine. Il ne pense alors plus qu’à retourner en France, le pays d’Alphonse Daudet. Mais s’il manque de moyens financiers, Madiba peut compter sur ses idées, ses relations et aussi… une connexion internet ! Les tribulations d’Alphonse Madiba dit Daudet dressent, avec humour, le portrait d’une génération d’Africains préférant l’émigration plutôt que de se construire un avenir sur place.

Critique : Dans un très beau album en carton avec une préface touchante de Maitre Grims voici les deux tomes d’Alphonse Madiba en un seul volume. Pour les lecteurs qui n’on pas lu le premier tome sorti en 2010 alors que le second viens de sortir c’est l’occasion de ce faire un beau cadeau où une belle découverte dans la BD, nous sommes face à un grand coup de cœur. Voici un roman graphique sur un rêveur impénitent préférant vivre sa vie plutôt que de la regarder en face, c’est le miroir d’une réalité très africaine : comment avouer son échec quand tout un clan, toute une famille, a placé ses espoirs sur vous ?

Note : 9,5/10

  • Album: 120 pages
  • Editeur : Harmattan BD (2 novembre 2016)
  • Collection : HA.BD AFRICAIN

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Le retour en France d’Alphonse Madiba dit Daudet (2 novembre 2016) de CHRISTOPHE NGALLE EDIMO et Al’Mata

Cela fait longtemps qu’Alphonse Madiba est revenu dans son pays d’origine. Il est temps de tenter un retour en France, le pays d’Alphonse Daudet. Mais s’il manque de moyens financiers, Madiba peut compter sur ses idées, ses relations et aussi… une connexion internet ! Centré sur le même personnage que dans le premier opus, Le retour en France d’Alphonse.

Critique :  Tome 2 des aventures d’Alphonse Madiba dit Daudet qui continue comme à la fin du Tome 1 de vouloir rentrer en France. Ce nouveau tome parle d’un thème universel et grave, l’échec et comment faire face à une telle situation quand on y a pas été préparé? Alphonse tant habituer à ne rien faire en France n’arrive pas s’habituer à sa nouvelle vie et souhaite revenir à son ancienne; il est désormais endetter et ne sais comment rembourser et sa seul solution étant de fuir. Est-ce facile d’assumer ce qu’on est réellement dans une société où seuls les gagnants ont leur place? Ce tome nous présente l’inverse du premier, comment rejoindre un pays riche sans papier et jusqu’où est t’on capable de faire pour y arrivé. Une superbe BD, drôle et rocambolesque, Dessin et couleur magnifique , histoire très touchante. On à hâte de lire le Tome 3

Note : 9,5/10

  • Album: 60 pages
  • Editeur : Harmattan BD (2 novembre 2016)
  • Collection : HA.BD AFRICAIN

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Congo Requiem (4 mai 2016) de Jean-Christophe Grangé

On ne choisit pas sa famille mais le diable a choisi son clan.
Alors que Grégoire et Erwan traquent la vérité ,jusqu à Lontano, au c ur des ténèbres africaines, Loïc et Gaëlle affrontent un nouveau tueur à Florence et à Paris.
Sans le savoir, ils ont tous rendez-vous avec le même ennemi.L Homme-Clou.
Chez les Morvan, tous les chemins mènent en enfer.

Critique: Ce roman est la suite du dernier roman de Grangé: Lontano , sorti il y a quelques mois seulement. On retrouve les personnages du précédent opus. L’action se passe majoritairement en Afrique.
Comme habituellement avec Grangé, le style est simple et efficace. Les descriptions des lieux comme des situations sociales et politiques sont très réalistes Avec ce nouveau roman on poursuit l’histoire avec la famille Morvan. Que vous avez lu où non le dernier roman, le lecteur pourra quand même plonger dans Congo Requiem vu que c’est la même enquête qui se poursuit mais avec plus d’intensité Grangé nous livre une Afrique horrible loin des complexes hôteliers, partagée entre les souvenirs de certaines grandeurs passées et le rejet du blanc colonisateur. Le livre nous pose la question de que s’est il passé à Lontano en 1969 ? Et pourquoi Grégoire essaie-t-il d’entraver l’enquête de son propre fils ? Les meurtres rituels reprennent en Europe alors que le père et le fils sont au cœur des conflits des forêts au nord Congo. Qui tue, pourquoi ? Qui s’attaquent au cercle des proches de la famille Morvan ? La famille des Morvan est complexes et tellement humains. Une enquête à tiroirs avec un auteur au meilleur de sa forme qui nous offre un turn over des plus puissant et arrive à dépasser son premier tome.  Excellent thriller d’un auteur qui maîtrise à merveille tous les codes, les finesses, les subtilités de la trame narrative. du grand art.

Note : 10/10

 

  • Broché: 736 pages
  • Editeur : ALBIN MICHEL (4 mai 2016)
  • Collection : LITT.GENERALE

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L’infernale comédie de Mike Resnick

Dans un futur lointain, l’humanité a essaimé dans toute la galaxie, nouant des liens avec les espèces extraterrestres qu’elle a rencontrées, au gré de guerres et d’alliances commerciales.
Sur Peponi, malgré la richesse de la faune et de la flore, l’installation des colons aboutit à un désastre.
Sur Karimon, les émissaires humains doivent, eux, composer avec un roi local qui entend bien tirer profit de leur venue.
Et sur Faligor, un idéaliste veut faire en sorte d’intégrer la planète dans la République galactique d’une manière harmonieuse et rapide… mais sans tenir compte des rivalités tribales.
Avec son Infernale Comédie, Mike Resnick signe trois récits grandioses et redoutablement intelligents, étroitement entrelacés, qui dressent un portrait sans complaisance de l’être humain, entre grandeur d’âme et mesquinerie.

Critique : Superbe réédition des romans de Mike Resnick. La planète Peponi (le Kenya), appelée ainsi mais pas par ses habitants, est légendaire dans la galaxie pour sa faune sauvage, dont des espèces disparues comme les félidémons (éléphants) et autres cornesabres (rhinocéros), qui en a fait une destination prisée des safaris. Pour les pionniers humains qui y avaient débarqué, ce devait décidément être le paradis… Un paradis qui a disparu à cause des colons, des touristes, des indigènes, ou de la simple marche du temps. Même si la révolte très violente et sanguinaire menée par le groupe des Kalakalas (Mau-Mau), membre de la principale tribu de l’espèce autochtone, les Bogodas (Kikuyus), a pu être endiguée, la République (l’Empire britannique) a dû accorder son indépendance à cette planète grâce au combat de Buko Pepon (Jomo Kenyatta). Après la mort du leader charismatique, comment mettre fin au tribalisme et à la corruption qui gangrènent ce monde autrefois si merveilleux ? Et surtout… ce paradis perdu auquel chacun fait référence, a-t-il vraiment existé ?

– Les chefs traditionnels de la planète Rocaille (la Rhodésie) sont méfiants à l’heure de négocier avec les explorateurs humains. Mais la puissance de la Société du Bras Spiral (British South Africa Company) dirigée par Violette Jardinier (Cecil B. Rhodes) lui permet de prendre le contrôle de ce monde qui sera modelé sans pitié pour les besoins économiques, notamment par la création d’un grand barrage qui forme le lac Zantu (lac Kariba) sur le Karimona (Zambèze) et signe l’arrêt de mort d’une tribu. Peu à peu, la République s’offusque du peu de droits qu’ont les autochtones, et les colons, présidés par John Blake (Ian Smith), coupent les ponts avec la communauté galactique et subissent l’embargo de tous sauf la planète Chrysalide (Afrique du Sud). Néanmoins, les indigènes sont majoritaires et leur prise de pouvoir est inéluctable. Rocaille devient Karimon (Zimbabwe), du nom de la grande civilisation dont elle était autrefois le siège, et la capitale Athènes (Salisbury) devient Talami (Harare). Comment gérer les conséquences de la guerre de libération ? Mis en garde par son ami Mordecaï Kiichana (Samora Mechel), dirigeant d’Alpha Bednares II (Mozambique), contre le danger d’un départ brutal des colons, le président Thomas Paka (Robert Mugabe) tente d’abord de pratiquer une politique pragmatique, mais pourra-t-il lutter longtemps contre la volonté populaire d’une réforme agraire qui expulserait trop brutalement les propriétaires terriens et ruinerait l’économie ? Son pays n’est-il pas en purgatoire ?

– Sur Faligor (en Ouganda), aucune des erreurs commises ailleurs n’a été répétée. L’exploration humaine s’est faite sans colonisation de peuplement. Les humains (Européens) sont restés discrets et l’unique main d’œuvre importée a été les taupes (Indiens) venus initialement travailler dans les mines, et ensuite reconvertis dans le commerce. Mais le dernier sitat (kabaka), chef traditionnel de la tribu des Entoki (Baganda), Robert Tantram (Frederick Mutesa), est trop empressé d’imiter les humains. Il perd les élections contre William Barioke (Milton Obété), un membre de la tribu minoritaire des Rizzali (Lango) qui devient le premier président de la république indépendante. Celui-ci est renversé par le coup d’état militaire du tristement célèbre Gama Labu (Amin Dada) qui se révèle bien vite un dictateur fou qui multiplie les exécutions et expulse les taupes, avant de perdre le pouvoir dans une guerre contre un voisin (la Tanzanie), ce qui provoque le retour de Barioke. L’histoire de Faligor est ainsi un enfer, une succession de massacres, où les dirigeants accueillis en libérateurs rivalisent de cruauté dans l’exercice du pouvoir. Mais d’où vient l’erreur ? Tout destinait ce monde à la prospérité et les humains voulaient en faire un exemple, un modèle de bienveillance. Mais ne dit-on pas que l’enfer est pavé de bonnes intentions…

Vous l’aurez compris, à travers trois histoires d’arrivée de l’homme sur trois planètes fictives, Mike Resnick conte sans se cacher l’histoire de trois pays africains. « Pourquoi utiliser la science-fiction », peut-on se demander. Effectivement, le fait de décrire trois espèces différentes (reptilienne, etc) change fondamentalement les données par rapport à la colonisation de l’Afrique, même si on pourra objecter que les premiers colons considéraient les « Noirs » comme une espèce, ou plutôt une « race », différente. Ceci dit, l’intérêt de la parabole est qu’elle permet de comprendre plus directement l’essentiel et nécessite de faire un travail de recul.

Ce recul et cette ouverture d’esprit, inhérents à tout bon roman de science-fiction, c’est une des grandes qualités de Mike Resnick. Mais le fait qu’il use de la parabole n’est-il pas révélateur et ne signifie-t-il pas que le sujet est trop sensible pour être abordé directement ? Le thème de la colonisation est en effet rarement épargné par les a priori et paradigmes aveuglants qui entravent le débat.

Dans Paradis, Resnick se construit ainsi un alter ego écrivain chargé d’écrire l’histoire de Peponi et qui se fixe comme mot d’ordre absolu l’objectivité. Il retranscrit ainsi avec honnêteté et en tentant de les comprendre les avis des uns et des autres. Cette difficulté à saisir l’opinion de l’auteur fait le charme indéfinissable de Resnick, et comme le Kenya est le pays qu’il connaît le mieux, ce premier volet est le plus subtil. En comparaison, Purgatoire est trop droit, trop linéaire, trop factuel, alors qu’Enfer est celui où l’auteur est le plus subjectif et laisse libre cours à sa thèse qui prend corps alors que se complète la trilogie.

Si l’on fait abstraction du contexte extra-terrestre comme Resnick a fait abstraction du contexte africain, on aurait tort de sous-estimer ses romans qui peuvent de prime abord paraître utiliser des raccourcis. En réalité, les titres Paradis, Purgatoire et Enfer sont trompeurs et ne désignent pas de bons ou de mauvais exemples. La conclusion de Paradis paraît même la plus pessimiste tandis que celle d’Enfer semble porteuse d’espoir, probablement parce que tout est relatif.

La conclusion finale est l’antithèse du manichéisme que suggèrent les titres, et amène à penser qu’il n’y a pas de « bonne » colonisation ni d’ingérence « bénéfique ». Se pose alors la question de savoir dans quelle mesure il est utopique de croire en une société préservée d’une influence extérieure et ainsi capable de conserver sa culture…

Note : 9/10

  • Relié: 688 pages
  • Editeur : ACTUSF (1 avril 2016)
  • Collection : Perles d’épices

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