Le bonheur national brut de François Roux, quatre garçons dans le vent

Récit initiatique, portrait d’une époque et réflexions sur la signification du bonheur, il y a un peu de tout ça dans cet ouvrage de François Roux sorti en 2014.

Encore une fois j’ai dû revoir à la baisse mes attentes de lectures. Je m’attendais à renouer avec les années 80, que j’affectionne particulièrement puisqu’elles m’ont vu venir au monde. Hors la narration de l’auteur s’ingénie à creuser le portrait de ses personnages en délaissant quelque peu la représentation de la France de cette époque. La retranscription de cette décennie bouillonnante reste donc assez sommaire. Peu importe il reste les personnages et leurs portraits psychologique, véritable attraction de cet ouvrage.

Des personnages que l’on rencontre à l’aube de l’âge adulte, décrit comme des diamants bruts qui vont peu à peu s’affiner sous la plume de l’auteur. Patiemment, au fil des chapitres, les morceaux de bois grossiers qu’ils étaient dans les premiers chapitres prennent une forme plus distingués, à mesure qu’évolue leur psychologie, savamment affûté par une plume consciencieuse. On a vite fait d’associer ces quatre personnages à des animaux totem.

À Rodolphe, l’éternel colérique dont l’énergie semble alimentée par une rage dont il ignore l’origine, c’est l’image de l’ours qui s’est imposé tandis que l’image du loup affamé se surperpose au portrait de Tanguy. Ces deux hommes, qui doivent faire face à leurs choix et à l’image séculaire du père, sont au final les deux aux parcours le plus touchant alors même qu’ils étaient insupportables aux prémices de cette fresque.

Benoît, l’albatros qui plane loin au-dessus des simples considérations des mortels, m’a plus ennuyé. Difficile de rendre palpitant le chemin de vie d’un personnage sur qui tout glisse tel des gouttes d’eau. Enfin Paul, le narrateur principal, est une cigale qui se laisse doucement porter par ses rêves, confondant de naïveté et d’un naturel placide qui a fini par me lasser.

Il n’en reste pas moins que le récit est passionnant. Voir ces enfants grandir, se heurter à la vie et ses vicissitudes est un plaisir qui ne s’affadit jamais au cours de la lecture.

Résumé :

Le 10 mai 1981, la France bascule à gauche.
Pour Paul, Rodolphe, Benoît et Tanguy, dix-huit ans à peine, tous les espoirs sont permis.

Trente et un ans plus tard, que reste-t-il de leurs rêves, au moment où le visage de François Hollande s’affiche sur les écrans de télévision ?

Le bonheur national brut dresse, à travers le destin croisé de quatre amis d’enfance, la fresque sociale, politique et affective de la France de ces trois dernières décennies. Roman d’apprentissage, chronique générationnelle : François Roux réussit le pari de mêler l’intime à l’actualité d’une époque, dont il restitue le climat avec une sagacité et une justesse percutantes.

Éditeur ‎Albin Michel (20 août 2014)
Langue ‎Français
Broché ‎688 pages
ISBN-10 ‎2226259732
ISBN-13 ‎978-2226259738

Gnomon tome 1 de Nick Harkaway, La brasse coulée…

Certaines lectures sont des balades en forêt, l’auteur vous prend par la main et vous montre du doigt tout ce qu’il y à voir d’autres sont telles des montagnes à gravir où vous vous sentirez bien seul durant l’ascension. Gnomon n’est rien de tout ça, la lecture de cet ouvrage de science-fiction s’apparente plutôt à la traversée de l’Atlantique en solitaire, avec l’océan qui se déchaîne autour de vous.

La narration est dense, l’auteur se plaît à détailler son monde futuriste ultra-connecté où un logiciel nommé le témoin surveille la population en permanence. Il expose longuement toutes les conséquences qui découlent de l’instauration d’un tel système. Ce n’est pas inintéressant en soie mais le problème c’est qu’encore une fois, comme dans Terminus paru chez le même éditeur, le ton est impersonnel et distant. À aucun moment le personnage principal, une enquêtrice inféodée au système au nom imprononçable, ne va se frotter au reste du monde. On reste à distance, en vase clos.

Rapidement toutefois une cassure s’opère dans la narration et un nouveau narrateur, beaucoup plus incarné et volubile, fait son apparition. Son récit,  aussi étrange et sans rapport aucun avec la trace générale,  souffle une bouffée revigorante à l’ouvrage, à tel point que j’ai cru qu’on allait pouvoir s’entendre lui et moi.

Las un deuxième récit obscur et un troisième plus introspectif se succèdent sans le voile de mystère ne se lève. Je dois reconnaître à l’auteur une réelle capacité à incarné chacun de ses narrateurs fantômes mais cela n’a pas suffit à maintenir mon intérêt.

La dernière partie de ce premier volume fût particulièrement ardue. C’est là que mon voilier s’est retourné et que j’ai bu la tasse. L’auteur aborde des concepts philosophiques, qui en plus d’être pointu, ne m’intéressent pas particulièrement. C’est sans doute à ce moment que je choisis de renoncer à la lecture du tome 2. C’est dommage car l’univers dévoilé m’intéressé mais l’auteur a fait le choix de soutenir un propos pointu dans lequel tout le monde ne peut pas le suivre et j’en suis le premier désolé.

Résumé: Grande-Bretagne. Futur proche.
La monarchie constitutionnelle parlementaire qu’on croyait éternelle a laissé place au Système, un mode de démocratie directe où le citoyen est fortement incité à participer et voter. La population est surveillée en permanence par le Témoin : la somme de toutes les caméras de surveillance et de tout le suivi numérique que permettent les objets connectés.
Au cours d’un interrogatoire par lecture mentale, la dissidente Diana Hunter décède. Mielikki Neith, une inspectrice du Témoin, fidèle au Système, est chargée de l’enquête. Alors qu’elle devrait être en mesure d’explorer la psyché de Hunter, Mielikki se retrouve confrontée à trois mémoires différentes : celle d’un financier grec attaqué par un requin, celle d’une alchimiste et celle d’un vieux peintre éthiopien.
Pour Neith, dont les certitudes commencent à s’effriter, un incroyable voyage au coeur de la pensée humaine commence. Aussi déroutant que dangereux.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (3 février 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 496 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226443657
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226443656
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 531 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14.2 x 3.5 x 20.5 cm

Les maîtres enlumineurs de Robert Jackson Bennett, un maître mot: efficacité

Comment persuader les lecteurs de se lancer dans une nouvelle saga ?

La réponse de Bennett tient en un concept simple: de l’action et des personnages convaincants.

Et il faut reconnaître que cette formule s’avère efficace. Les 250 premières pages ne sont qu’une gigantesque course-poursuite, où l’on fait connaissance des personnages principaux, entrecoupé de passages où l’auteur expose les bases de son univers de manière simple et en les remettant en perspective dans l’histoire ce qui évite l’aspect rébarbatif de telles explications. C’est très malin de dévoiler les bases de son univers ainsi car lorsque l’intrigue se recentre sur les complots on a déjà appris à faire connaissance avec les personnages et l’univers de Tevanne.

Les personnages sont un atout précieux du récit. La piquante Sancia occupe le devant de la scène. Intrépide, courageuse, endurcie par un passé traumatisant et qui ne se laisse pas démonter par l’adversité. Sa gouaille et le duo qu’elle forme avec un autre personnage plus inattendu font d’elle une grande réussite de ce premier volume. Le reste des personnages n’est pas pas reste, Gregor est pétri d’idéaux et a plus en commun avec Sancia que l’on pourrait le croire. Orso fait partie de ses personnages délicieusement odieux dont chaque réplique est une balle de sniper entre les deux yeux. La douce bérénice complète le tableau.

L’approche de Bennett dans la création de son univers m’a paru très américaine. D’un côté on a les très riches, parqués dans des quartiers au luxe ostentatoire, et de l’autre les pauvres, cantonnés à des quartiers insalubres à la misère insoutenable. L’idée même d’ascension sociale, de justice ou d’équité est inexistante. Tout repose sur le commerce et l’appât du gain. Un univers qui transpire la critique un peu trop sommaire et sans nuances du capitalisme mais qui a le mérite d’être accessible à tous les lecteurs.

Pour un lecteur assidu de récits de fantasy Les maitres enlumineurs ne propose rien d’original mais l’originalité n’est sans doute pas le but recherché par l’auteur. À la place il signe un récit redoutable d’efficacité, doté de personnages attachants et bourré d’action.

Résumé: Toute l’économie de l’opulente cité de Tevanne repose sur une puissante magie : l’enluminure. A l’aide de sceaux complexes, les maîtres enlumineurs donnent aux objets des pouvoirs insoupçonnés et contournent les lois de la physique.Sancia Grado est une jeune voleuse qui a le don de revivre le passé des objets et d’écouter chuchoter leurs enluminures. Engagée par une des grandes familles de la cité pour dérober une étrange clé dans un entrepôt sous très haute surveillance, elle ignore que cet artefact a le pouvoir de changer l’enluminure à jamais. Quiconque entrerait en sa possession pourrait mettre Tevanne à genoux. Poursuivie par un adversaire implacable, Sancia n’aura d’autre choix que de se trouver des alliés.

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 640 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226441514
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226441515
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 650 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 14 x 3.5 x 20.5 cm

Trois de Valérie Perrin, c’est une valse…

Ce livre est une valse, une valse à trois temps enchanteresse.

Dès la première page Valerie Perrin nous prend par la main et nous entraîne dans une sublime danse dans laquelle on se sent immédiatement en confiance. Les voix des trois personnages principaux, Adrien, Nina et Étienne se superposent pour créer le rythme d’une douce mélodie qui nous enrubanne dans un cocon soyeux comme seuls les vrais conteurs savent le faire.

Oubliez tout de suite la volonté de progresser dans le récit afin de démêler les mystères qui entourent nos trois amis. Si vous lisez Trois uniquement pour les révélations concernant chaque intrigue, vous risquez de ne pas apprécier ce tour de piste que vous offre l’auteur. Les secrets n’ont rien d’exceptionnels, il n’y a pas de twist fracassant pour la simple et bonne raison que le propos de l’ouvrage est ailleurs.

Pour mieux apprécier la lecture il faut appréhender chaque chapitre comme si un vieil ami sonnait à votre porte à l’improviste et se livrait à cœur ouvert autour d’un bon café, les mots se bousculent sur sa langue alors que l’émotion est palpable. Des moments que la vie nous offre rarement Valerie Perrin nous en fait l’offrande tout au long de son magnifique roman. Une valse intime et pudique où chaque personnage possède une profondeur rarement égalée.

Notre trio inséparable est bien sûr d’une candeur émouvante mais le moindre personnage secondaire possède sa voix, son épaisseur, son propre rythme qui s’insère parfaitement dans l’ensemble de la partition rédigé par l’auteure. La plume est d’une richesse narrative exquise et renforce le plaisir d’être plongé dans les existences de ses trois amis que l’on quitte à regret.

En quelque 600 pages ce sont trois décennies, trois destins qui ont pris vie sous nos yeux et Dieu que j’aimerais danser plus souvent de cette manière dans mes lectures.

Résumé: 1986. Adrien, Etienne et Nina se rencontrent en CM2. Très vite, ils deviennent fusionnels et une promesse les unit : quitter leur province pour vivre à Paris et ne jamais se séparer. 2017. Une voiture est découverte au fond d’un lac dans le hameau où ils ont grandi. Virginie, journaliste au passé énigmatique, couvre l’événement. Peu à peu, elle dévoile les liens extraordinaires qui unissent ces trois amis d’enfance. Que sont-ils devenus ? Quel rapport entre cette épave et leur histoire d’amitié ?

  • Éditeur ‏ : ‎ Albin Michel (31 mars 2021)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 672 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2226451145
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2226451149

Terminus de Tom Sweterlitsch, boucle infernal

Ce roman je l’aurais attendu longtemps mais quand j’ai enfin eu l’occasion de me plonger dedans le voyage ne m’a plus qu’à moitié. Est-ce moi qui en ai trop attendu ou bien l’ouvrage souffre-t-il de défauts qui me l’ont rendu indigeste ?

Commençons avec les points positifs du roman. La narration de l’auteur est maligne. Il va enchaîner les paragraphes introspectifs, sans réel développement de l’intrigue avant de brusquement enchaîné surnune scène d’action digne des meilleurs films thrillers hollywoodien. Il y a d’ailleurs une manière très américaine de traiter l’action, les fusillades, les combats. Ces scènes sont très cinématographiques et agissent comme des décharges électriques qui relancent l’intérêt pour la lecture. L’on va vivre tous ces scènes par le point de vue de Shannon Moss, le personnage principal, dont le développement m’a laissé débutatif.

Ce personnage est lancé dans une course contre le temps. Une course qu’elle ne peut évidemment pas gagner. Ce qui explique peut-être son caractère impulsif et tête brûlée. Le problème ce que ce genre de personnage à tendance a très vite m’irriter. Que Shannon fonce droit vers une probable planque de terroriste une fois d’accord mais elle répète ce genre d’imprudence plusieurs fois au cours du récit. Et sur un récit qui s’étale sur 400 pages c’est pénible. Il y a même un passage que je considère comme une incohérence, où Shannon aurait dû se méfier d’un personnage ou lieu de lui faire bêtement confiance mais le récit étant dense et les personnages sujets à de grands changements de par la narration c’est peut-être moi qui n’ai pas saisi un détail. En tout cas ce passage étant une scène charnière du récit cela m’a sorti du récit.

La bonne idée de Sweterlitsch est d’avoir incorporé son récit de science-fiction dans une narration de thriller. Ainsi les éléments se rattachant au domaine de la science-fiction, comme les voyages temporels, les vaisseaux spatiaux prennent ancrage dans un univers où l’homme a dompté la science. Aucun personnage n’est jamais vraiment surpris d’apprendre que Shannon voyage dans le temps ni qu’il existe un département d’État consacré à l’étude des voyages temporels. Cela permet à l’auteur de donner un cadre précis à son récit. Malheureusement cela l’enferme aussi dans une sorte de vase clos qui empêche à ses même éléments de prendre de l’ampleur.

Comme je l’ai dit plus haut tous les personnages sont au courant de l’existence des voyages temporels, que ce soit les alliés ou les adversaires de Shannon. Tout le récit baigne dans une atmosphère d’agents secrets, d’agents gouvernementaux et je crois que c’est de là que vient mon ressenti mitigé. Le récit manque d’un personnage étranger à ce milieu, qui le découvrirait avec des yeux ébahis et permettrait ainsi à cette avancée scientifique fantastique de prendre de l’ampleur. Un personnage par les yeux duquel on découvrirait les voyages temporels, ses effets secondaires, ses dangers et ses risques. Là l’auteur a choisi de tout nous livrer par les yeux d’un personnage aguerri qui balance ses informations comme si elle écrivait un rapport. Cela manque d’une approche plus innocente, plus humaine.

Un autre point d’achoppement entre cet ouvrage et moi concerne les antagonistes que Shannon traque. Autant l’auteur est parvenu à livrer aux lecteurs un univers dense de manière concise, au final 400 pages c’est peu au vu de la richesse du thème, autant le groupe de terroristes souffre d’un manque d’écriture. Je reproche à Shannon d’être impulsive mais c’est un personnage à part entière, elle a une voix, une épaisseur dont manquent les adversaires qu’elle affronte. Leurs motivations paraissent prévisibles et leur caractérisation trop grossière pour être crédible. Cela aurait mérité un peu plus de développement.

C’est étrange comment un ouvrage peut vous plaire et vous décevoir en même temps. Le personnage de Shannon est attachant, c’est une femme meurtrie dans sa chair et qui a le sens du sacrifice ce qui la dote d’une grandeur d’âme indéniable mais son impulsivité la dessert trop souvent pour en faire un personnage dont je me souviendrais. L’univers mis en place par l’auteur est passionnant mais son approche militarisée pour l’introduire m’a déconcerté. Pas une mauvaise lecture en soie mais pas une lecture mémorable.

Résumé: Depuis le début des années 80, un programme ultrasecret de la marine américaine explore de multiples futurs potentiels. Lors de ces explorations, ses agents temporels ont situé le Terminus, la destruction de toute vie sur terre, au XXVIIe siècle.
En 1997, l’agent spécial Shannon Moss du NCIS reçoit au milieu de la nuit un appel du FBI : on la demande sur une scène de crime. Un homme aurait massacré sa famille avant de s’enfuir. Seule la fille aînée, Marian, 17 ans, serait vivante, mais reste portée disparue. Pourquoi contacter Moss ? Parce que le suspect, Patrick Mursult, a comme elle contemplé le Terminus… dont la date s’est brusquement rapprochée de plusieurs siècles.

  • diteur : Albin Michel (24 avril 2019)
  • Langue : Français
  • Broché : 448 pages
  • ISBN-10 : 2226439935
  • ISBN-13 : 978-2226439932
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions : 14 x 3 x 20.5 cm

La police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puértolas, quand l’auteur troll ses lecteurs

Lors de ma lecture j’avais comme idée de sous-titrée la chronique un joli conte campagnard puis j’ai achevé ma lecture et j’ai dû revoir mes plans.

Le récit prend une forme délaissée depuis fort longtemps par la littérature, policière ou pas, et qu’il est bon de retrouver tout au long de l’ouvrage. C’est en effet sous forme de récit épistolaire que l’auteur a choisi de nous narrer cette enquête sur le meurtre du pauvre Joël. Une narration extrêmement plaisante, légère, renforcée par une plume piquante qui distille ça et là quelques doses d’humour. Romain Puértolas est avant tout un conteur ne vous attendez pas à retrouver de grands effets de style dans sa manière de raconter ses histoires. Il instaure un ton volontairement naïf proche du conte édulcoré inoffensif que l’on raconte aux enfants sauf que dans ce conte il y a un corps démembré, un meurtrier en liberté et une enquête à mener.

Sous ses airs de récit léger l’auteur en profite pour égratigner un peu le capitalisme à travers le personnage du maire prêt à tout pour sauvegarder son entreprise de confitures. Une critique qui reste en surface mais qui a le mérite d’accorder un côté piquant à une intrigue somme toute très linéaire. L’empilement de clichés sur la campagne m’a quelque peu lassé, c’est un ressort scénaristique essentiel mais un trop appuyé pour ne pas devenir irritant. Le titre laisse espérer une plongée dans une flore bucolique des plus charmantes mais se limite au final à une fleur rare et un champ d’herbes rouge unique au monde, c’est un peu maigre et reflète le manque d’ambition de l’ouvrage qui n’a d’autre vocation que d’offrir un agréable moment de lecture ainsi qu’un twist final agaçant.

Un final fumeux qui se laisse deviner dans les ultimes pages avant la grande révélation. Un final qui se repose trop sur ses fameux clichés sur la campagne et la différence entre la ville et la province reculée pour être convaincant. Un final un peu maigre surtout lorsqu’on le compare à celui, bien plus convaincant d’un autre ouvrage de l’auteur, précédemment chroniqué sur le blog, à savoir tout un été sans Facebook.

Cette police des fleurs m’a fait penser à un magnifique paquet, la plume légère mais maîtriser de l’auteur étant l’emballage et la narration épistolaire le nœud entourant l’ensemble. Malheureusement une fois l’emballage déchiré et le paquet ouvert l’intérieur s’est relevé pauvre en contenue et en intérêt.

Résumé: Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

  • Éditeur : Albin Michel (2 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 352 pages
  • ISBN-10 : 2226442995
  • ISBN-13 : 978-2226442994
  • Poids de l’article : 420 g
  • Dimensions : 20.5 x 2.7 x 14 cm

Les petites filles de Julie Ewa, restez en France il n’y a rien à voir

De bon retour sur les blogs et les réseaux sociaux, une quatrième de couverture qui promet un voyage dans un pays dont on entend souvent parler, surtout en ce moment, une enquête bien glauque sur fond de trafic d’enfants. Il n’en fallait pas plus pour que je me lance dans la lecture des petites filles de Julie Ewa .mal m’en a pris, j’aurais mieux fait de rater l’avion.

Commençons par le personnage principal, une jeune femme Lina, elle est belle mais elle ne le sait pas, elle est célibataire mais par choix, elle a une blessure profonde qui remonte à son enfance et qui explique son caractère renfermé et solitaire, elle se méfie des hommes qui sont tous des pervers en goguette évidemment. En une trentaine de pages l’auteure a fait cocher toutes les cases de l’héroïne moderne à qui on ne la fait pas à son personnage mais en oubliant d’y ajouter un soupçon d’originalité, ce qui la rend proprement insupportable. Ah et son meilleur ami est gay forcément.

Ensuite le voyage. Les descriptions sont peu nombreuses et pas assez étayées, qu’est-ce donc que les roches karstique dont on parle deux fois dans l’ouvrage ? Il ne faudra pas attendre de réponse de la part de l’auteure. Le village, où se situe la majeure partie de l’action, est assez bien décrit cependant et rend une ambiance carte postale credible mais le reste du voyage est plat, tout comme la plume de l’auteure mais les envolées lyriques ce n’est pas non plus ce que l’on attend de ce genre d’ouvrage me direz-vous. Le récit aborde frontalement les divers problèmes liés à l’enfance en Chine, la loi sur l’enfant unique, les abandons, les avortements forcés, le travail des enfants et la place de la femme dans une société qui se développe plus vite que sa population ne peut l’assimilé. L’auteure nous offre un panorama sordide mais malheureusement réaliste de la situationdes filles au pays du soleil levant. Rien de transcendant dans le propos mais les faits permettent de remettre les pendules à l’heure dans nos esprits d’Occidentaux.

La double temporalité. Oui ça aussi il va falloir en parler. C’est un procédé éminemment dangereux car il peut casser le rythme du récit, diluer la tension et provoquer une redondance dans la narration. L’auteure s’en tire plutôt bien sur la question du rythme, aidé en cela par des chapitres très courts. Le récit se lit facilement et les deux intrigues contiennent suffisamment d’éléments pour ne pas se parasiter. Mais la présence d’éléments connue dès le début dans l’un des récits entraîne forcément des révélations dans le second qui tombent à plat, sans parler de celles que l’on avait vues venir de trop loin. Malgré de gros efforts l’auteure n’est pas parvenu à me surprendre une seule fois.

Reste le gros problème que représente le final, complètement raté. C’est quand même formidable d’introduire une héroïne sur plus de 300 pages, de nous expliquer comment elle est courageuse téméraire et qu’elle sait aussi distribuer quelques droites lorsque la situation l’impose pour l’écarter complètement lors du dernier acte. Elle n’est même pas spectatrice, non elle est juste absente, écartée d’un final inutilement glauque et cruel, alors que l’intrigue est exempt de gore jusque là. L’auteure a sans doute voulu se raccrocher à la tendance gore assez présente dans le polar féminin au début des années 2010 en enchaînant les scènes gores et cruelles mais oublie du coup de mettre en scène son héroïne et qu’un bon polar n’est pas forcément des passages glauques sans fondements.

Le voyage terminé, et après que l’auteure est enfoncée toutes les portes ouvertes du polar bien rythmés, bien glauque et bien bourrin mais sans rien apporter de neuf au genre il ne me tarde qu’une chose c’est que l’avion quitte le tarmac pour ne plus jamais pénétrer dans cet espace aérien bien triste.

Résumé: Bénévole dans une association qui s’occupe d’enfants, Lina est partie poursuivre ses études à Mou di en Chine. Thomas, lui, enquête pour une ONG sur les disparitions d’enfants (principalement des petites filles) qui sévissent depuis des décennies dans cette région reculée. La jeune femme accepte de lui servir d’espionne sur place où elle découvre vite les ravages de la politique de l’enfant unique. Mais ses questions vont semer le trouble dans le village. Quand un mystérieux assassin se met à éliminer un à un tous ceux qui semblaient savoir quelque chose, elle comprend que le piège est en train de se refermer sur elle…

Réseaux d’adoption clandestins, mafias chinoises, trafics d’organes, prostitution… oscillant entre passé et présent, un thriller dépaysant, remarquablement documenté, qui nous conduit au coeur d’une Chine cynique et corrompue où la vie d’une petite fille ne vaut que par ce qu’elle peut rapporter.

  • Broché : 416 pages
  • ISBN-10 : 2226322728
  • ISBN-13 : 978-2226322722
  • Dimensions du produit : 14.8 x 3 x 22.5 cm
  • Éditeur : Albin Michel (4 janvier 2016)
  • Poids de l’article : 358 g
  • Langue : : Français

Le diable tout le temps Donald Ray Pollock, une sombre symphonie discordante

Il y a certains ouvrages, une fois achevés, qui vous laissent une arrière-pensée persistante dans la tête comme si vous n’étiez pas parvenu à saisir la mélodie du recit. Vous avez entendu les notes, apprécié la rythmique mais une fois l’outro terminée vous ne savez pas exactement ce que vous avez entendu. Un sentiment agaçant que m’a procuré le premier roman de Donald Ray Pollock.

Après avoir cherché d’où pouvait venir cette discordance que je ressentais dans ma lecture, j’ai fini par me demander si c’était parce que le livre lui-même ne sait pas ce qu’il est. Car ce roman sans concessions sur l’Amérique profonde emprunte certains codes du polar au sein d’un récit qui lui, va plutôt chercher du côté de Jack Kerouac pour l’errance et l’attrait de la route et de Charles Bukowski pour l’aspect sordide. Ses chapitres courts et ses personnages sombres et torturés rappellent les thrillers prenant la campagne américaine comme décor qui fleurissent sur les étals des librairies. Pourtant le style et la narration vont chercher plus loin, plus profond, comme si la plume de l’auteur était une pelle avec laquelle il exhumerait les pires travers de l’humanité.

Mais ce côté thriller où la mort rôde à chaque page l’empêche de prendre une dimension plus littéraire qui le rapprocherait de ces illustres prédécesseurs. La faute peut-être aussi à ses personnages antipathiques pour la plupart, dont l’existence chaotique nous est présentée sans développement, sans tout le parcours nécessaire pour s’attacher à ces âmes fracassées par le sort. C’est le cas de Sandy par exemple, d’abord mentionnée comme une jeune fille timide et introvertie on la découvre, dans le chapitre suivant, en Bonnie qui serait devenue une pin-up infernale et sanguinaire sans le nécessaire développement pour comprendre comment elle a pu en arriver là. Il en va de même pour le duo Roy et Théodore dont le rôle dans cette virée sanglante tient plus de la note en bas de page que d’un réel apport à l’intrigue. Seul le personnage d’Arvin éclaire de sa présence cette galerie de personnages qui se veut le portrait d’une certaine Amérique.

La mélodie que nous compose Donald Ray Pollock avec ce premier livre à de quoi séduire, une plume crépusculaire qui fouille les moindres recoins de l’âme de ses personnages, mais sa volonté de répéter certains codes du polar créer une dissonance qui m’a empêché d’apprécier pleinement sa sombre symphonie. L’adoption à venir par netflix avec un casting alléchant et Antonio Campos à la réalisation permettra peut-être de régler ce problème.

Résumé: De l’Ohio à la Virginie-Occidentale, de 1945 à 1965, des destins se mêlent et s’entrechoquent : un rescapé de l’enfer du Pacifique, traumatisé et prêt à tout pour sauver sa femme malade ; un couple qui joue à piéger les auto-stoppeurs ; un prédicateur et un musicien en fauteuil roulant qui vont de ville en ville, fuyant la loi… La prose somptueuse de ce premier roman de D. R. Pollock contraste avec les actes terribles de ses personnages. Un univers terrifiant que la critique n’hésite pas à comparer à ceux de Flannery O’Connor, Jim Thompson ou Cormac McCarthy.

  • Poche : 408 pages
  • ISBN-10 : 2253175889
  • ISBN-13 : 978-2253175889
  • Poids de l’article : 218 g
  • Dimensions du produit : 11.1 x 2.5 x 17.7 cm
  • Éditeur : Le Livre de Poche (3 janvier 2014)
  • Langue : : Français

Mage de bataille de Peter A. Flannery

Résumé :Falco Danté est un gringalet dans un monde en guerre peu à peu conquis par l’armée infernale des Possédés. Pire, Falco est méprisé, mis à l’écart, à cause de son père qui fut un immense mage de bataille avant de sombrer dans une folie meurtrière. Alors que la Reine tente de rassembler toutes les forces armées pour repousser les Possédés, Falco prend une décision qui va l’amener aux marges du désespoir : il va entrer à l’académie de la guerre, une école d’excellence pour les officiers. Là, il devra surmonter ses doutes, ceux de ses amis et même ceux de la Reine.

Chronique : Un souffle épique balaye cette saga de fantasy rédigée d’une main de maître par un auteur qui connaît son affaire.

Classique mais efficace, c’est par cette formule que l’on pourrait résumer le premier tome de cette saga de fantasy. En effet l’œuvre ne brille pas par son originalité. On y retrouve tous les ingrédients d’une bonne saga de fantasy. Un héros orphelin, malmené par ses pairs mais rempli de potentiel, des amis fidèles, un rival haineux et mesquin, une éminence grise qui complote dans son coin, des royaumes qui se méfient les uns les autres et un monde au bord de la destruction. Sans oublier les dragons, ne jamais oublier les dragons. L’auteur s’est nourri à la source de la fantasy et a parfaitement assimilé les éléments qui font une excellente saga fantastique.

L’ennui pourrait vite gagner le lecteur à la vue de cette formule bien trop connu pourtant la lecture reste jouissive. Le mérite en revient au style de l’auteur. Le récit est traversé par des moments intenses et épiques qui vont accélérer les battements de cœur des lecteurs. Aussi classique soient-ils les personnages sont attachants et bien écrits. Mention spéciale à Falco, le héros principal, dont les sentiments contradictoires sont parfaitement rendus, l’emphatie pour ce personnage est total.

En refermant la dernière page de ce premier volume on pourrait regretter le manque d’epique de cette fin ouverte et l’impression d’avoir lu une longue introduction est tenace mais d’un côté on pourrait se dire que l’auteur sait où il va, ce qui promet le meilleur pour la suite de sa saga.

Éditeur Albin Michel
Date de publication 26 septembre 2018
Langue Français
Longueur du livre 544
ISBN-10 2226435778

Octobre de Soren Sveistrup

Résumé : Début octobre, dans la banlieue de Copenhague, la police découvre le cadavre d’une femme amputée d’une main. À côté du corps, un petit bonhomme fabriqué à partir de marrons et d’allumettes. Chargés de l’enquête, la jeune inspectrice Naia Thulin et l’inspecteur Mark Hess découvrent vite que cette figurine est porteuse de mystérieuses empreintes : celles de la fille de Rosa Hartung, ministre des Affaires Sociales, enlevée un an plus tôt et présumée morte.

Chronique : Soren Sveistrup, l’auteur de ce page turner addictif, a participé à l’écriture de la série the Killing et nul doute qu’il y a appris les méthodes élémentaires pour tenir le lecteur en haleine.

Son premier ouvrage réunit tous les ingrédients du polar accrocheur au rythme endiablé. On retrouve donc le duo d’enquêteurs mal assortis, une enquête à tiroirs, un assassin insaisissable et un final explosif.

Du duo d’enquêteurs on peut regretter que l’accent soit mis sur Mark Hess, enquêteur atypique qui se révèle plus attachant que sa collègue Naia Thulin, qui se conforme trop au moule de l’enquêtrice forte tête pour être originale et mémorable.

Le rythme demeure enlevé malgré les fausses pistes, le récit reste captivant. Cela n’empêche pas les invraisenblances d’apparaître de plus en plus énormes au fil du récit mais les lecteurs de ce genre de polar ont l’habitude de passer sur les raccourcis et les facilités scénaristiques.

Si l’on parvient à passer au-delà de ces défauts, qui sont l’apanage du genre, la lecture de ce polar nordique offre un plaisir de lecture électrisant jusqu’à la dernière page.

Note :7/10

  • Date de publication : 1 mars 2019
  • Éditeur : Albin Michel
  • Langue : Français
  • ASIN : B07N8CRGCW