Une falaise au bout du monde de Carl Nixon, le roman qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas

Drame du bout du monde

Ce roman, le troisième de Carl Nixon mais le premier que je lis de cet auteur, a su me ravir dans son univers à la lisière du roman noir et du nature writing. Une intrigue qui n’est pas ce qu’elle semble être et une plume bien ajustée font de ce roman une bien bonne surprise.

Évacuons d’emblée un élément qui me semble important pour bien apprécier l’ouvrage, non ce roman n’est pas un polar dont l’action se situerait en Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture on est plus dans un récit de nature writing, sous-genre de la littérature très prisé en Amérique, traversé par deux trois composants de l’intrigue plus sombre. Une fois que l’on a assimilé le fait que l’on ne va pas lire un polar classique, le voyage peut commencer. En ce qui concerne le lieu de l’action, on est bien en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, ce qui nous donne à voir une Nouvelle-Zélande plus proche de l’Amérique de la Rust belt, plus rustique et champêtre. Au niveau dépaysement l’auteur tiens ses promesses.

Rapidement une double temporalité se met en place dans le récit et une évidence s’impose très vite au lecteur, l’auteur a décidé de raconter une histoire tout à fait différente que celle à laquelle on s’attendait. Le récit se déroulant en 2010 prend une place de plus en plus secondaire au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture tout comme le personnage de cette brave Suzanne, dont la caractérisation souffre d’être délaissé au profit de Katherine. L’auteur se focalise en effet sur les années qui suivent le drame initial. Si cela a pour effet d’épaissir des personnages que l’on ne s’attendait pas à voir autant développer cela se fait au détriment de Suzanne, un personnage résilient, volontaire et élégant, drapé dans sa douleur, qui se retrouve reléguée au second plan.

Mais une fois ce choix surprenant de l’auteur accepté on se retrouve en train de lire un récit d’une tristesse insondable. L’ensemble du récit baigne dans une espèce de mélancolie résignée, avec quelques touches d’onirisme, surtout lorsque l’on connaît le dénouement tragique de ce drame qui n’offre aucune réponse, aucune fin heureuse. Le personnage de Katherine porte le récit sur ses épaules, enfant courage qui fera preuve d’une capacité d’adaptation incroyable et d’une résilience désarmante. Plusieurs moments clés du récit sont un déchirement lors de la lecture, je pense notamment au sort du petit Tommy ou celui de Bess, mais l’auteur a l’intelligence de nous narrer ses passages avec une pudeur incroyable, sans forcer sur le pathos, il parvient à emplir notre cœur de lecteur d’une tristesse infinie. Pour finir je reviens sur le traitement du personnage de Tommy en apportant un bémol, je trouve assez invraisemblable le sort que lui réserve l’auteur au tout début du récit. Une petite anicroche qui m’a poursuivi tout au long de ma lecture, rien de grave mais je ne pouvais terminer ma chronique sans soulever ce détail.

Un livre qui vous prend par la main pour vous emmener vers des chemins balisés mais qui bifurque rapidement pour nous entraîner vers un récit poignant, sans concessions. Un roman que je qualifierais de noir faute d’un meilleur terme mais qui reste à la croisée des genres.

Résumé: 1978. Une pluie incessante, quelque part sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande. Des enfants endormis à l’arrière d’une voiture. Le drame semble inévitable. A peine arrivée sur le continent, la famille Chamberlain, fraîchement débarquée d’Angleterre, disparaît dans la nuit.

2010. Suzanne reçoit un appel du bout du monde. Les ossements de l’un de ses neveux ont été retrouvés. Etrange : il aurait vécu plusieurs années après sa disparition. Mais où? Comment ? Et qu’en est-il de ses proches ? Un roman sombre et puissant.

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 328 pages
  • ISBN-10 : 2815939363
  • ISBN-13 : 978-2815939362
  • Poids de l’article : 390 g

Autopsie pastorale de Frasse Mikardsson, quand les experts coupent les cheveux en quatre…

Sous le soleil de minuit

Encore un polar scandinave ? Et bien oui que voulez-vous, parfois le hasard vous enchaîne à un genre. Ce mois de janvier aura été marqué par le froid et les températures négatives aussi bien dans mes lectures que dans la réalité. Pourtant cet ouvrage possède un postulat plus original que le tout-venant de la littérature policière. Cela suffit-il à faire de lui une lecture recommandable ?

Je ne vais pas faire grand cas de mon avis je n’ai pas aimé ce polar et ce pour deux raisons spécifiques que je vais détailler plus bas. Parlons d’abord des aspects les plus réussis, l’auteur est parvenu à instaurer une narration dynamique malgré son intrigue linéaire et casanière. La majorité de l’intrigue se déroule en effet dans les locaux de l’institut médico-légal de l’hôpital universitaire de Karolinska en Suède. On comprend très vite que l’on est face à un polar scandinave atypique, l’auteur suit son propre rythme en se moquant éperdument des codes usuels du polar scandinave. Un constat qui se révèle également dans la plume, légère et empreinte d’un humour teinté d’ironie et de poésie. Une plume revigorante qui illumine les rares passages narratifs mais qui s’éteint complètement durant les longues phases d’échanges théoriques entre nos différents experts.

Tout l’intérêt du roman réside dans la question de savoir si oui ou non il y a eu meurtre ou pas. Les chapitres suivent le processus médico-légal qui entoure ce genre de cas, d’où le côté très linéaire, et l’on assiste aux réunions entre les membres de l’institut ou aux discussions entre Antal, le légiste en chef et Pierre, son élève. On a donc droit à des pages et des pages de dialogues scientifiques pointus où chacun des personnages confronte son point de vue. Des passages rébarbatifs qui se poursuivent jusqu’à la conclusion et que l’auteur ne parvient jamais à rendre attractif. Le tout assèche la narration, n’instaure aucune ambiance originale et enrobe le tout d’une aura de rapport officiel inintéressant.

Mais le point noir du roman réside surtout dans l’écriture des personnages. Si l’auteur parvient à donner un ton distinctif à la majorité des personnages secondaires, comme la brave Magdalena cheffe de service et féru de la couleur jaune, et s’en tire plutôt bien avec son portrait de celui que l’on pourrait considérer comme un personnage principal, à savoir le méticuleux Antal, il échoue par contre avec le second personnage principal, le fameux Pierre. Impossible de savoir quel été le but de l’auteur en dépeignant un personnage aussi antipathique dans les pages de son ouvrage mais si l’effet rechercher est de déclencher un sentiment de haine irrépressible c’est réussi. Tout est fait pour que l’on ressente une profonde aversion pour cet expatrié français qui condense tous les défauts que l’on reproche à mes concitoyens en temps normal, ce qui rend difficile la lecture de ce polar qui accorde déjà beaucoup d’importance à des considérations scientifiques qui finissent par lasser tant elles sont redondantes.

Original ce polar suédois l’est sans nul doute, mais sa propension à détailler tout le processus scientifique sans y instiller ni l’humour ni la poésie que l’on retrouve lors des passages narratifs épars le condamne à être réservé aux afficionados des techniques médico-légales.

Résumé: au presbytère de la petite ville suédoise de Sigtuna. Elle était malade de son cœur. La porte était fermée à clef. Un dossier apparemment simple. Le jeune interne Pierre Desprez va réaliser une autopsie de routine, supervisé par le médecin légiste Antal Bő. Pourtant, l’enquête va se transformer en un casse-tête au fur et à mesure de l’avancée des investigations. Il n’en faudra pas moins que l’intervention d’une pomologue à la retraite, d’un vieux professeur de médecine environnementale et de la femme de ménage du vicaire pour révéler une vérité insoupçonnée !

Détails sur le produit

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (21 janvier 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 336 pages
  • ISBN-10 : 2815939266
  • ISBN-13 : 978-2815939263
  • Poids de l’article : 380 g