La police des fleurs, des arbres et des forêts de Romain Puértolas, quand l’auteur troll ses lecteurs

Lors de ma lecture j’avais comme idée de sous-titrée la chronique un joli conte campagnard puis j’ai achevé ma lecture et j’ai dû revoir mes plans.

Le récit prend une forme délaissée depuis fort longtemps par la littérature, policière ou pas, et qu’il est bon de retrouver tout au long de l’ouvrage. C’est en effet sous forme de récit épistolaire que l’auteur a choisi de nous narrer cette enquête sur le meurtre du pauvre Joël. Une narration extrêmement plaisante, légère, renforcée par une plume piquante qui distille ça et là quelques doses d’humour. Romain Puértolas est avant tout un conteur ne vous attendez pas à retrouver de grands effets de style dans sa manière de raconter ses histoires. Il instaure un ton volontairement naïf proche du conte édulcoré inoffensif que l’on raconte aux enfants sauf que dans ce conte il y a un corps démembré, un meurtrier en liberté et une enquête à mener.

Sous ses airs de récit léger l’auteur en profite pour égratigner un peu le capitalisme à travers le personnage du maire prêt à tout pour sauvegarder son entreprise de confitures. Une critique qui reste en surface mais qui a le mérite d’accorder un côté piquant à une intrigue somme toute très linéaire. L’empilement de clichés sur la campagne m’a quelque peu lassé, c’est un ressort scénaristique essentiel mais un trop appuyé pour ne pas devenir irritant. Le titre laisse espérer une plongée dans une flore bucolique des plus charmantes mais se limite au final à une fleur rare et un champ d’herbes rouge unique au monde, c’est un peu maigre et reflète le manque d’ambition de l’ouvrage qui n’a d’autre vocation que d’offrir un agréable moment de lecture ainsi qu’un twist final agaçant.

Un final fumeux qui se laisse deviner dans les ultimes pages avant la grande révélation. Un final qui se repose trop sur ses fameux clichés sur la campagne et la différence entre la ville et la province reculée pour être convaincant. Un final un peu maigre surtout lorsqu’on le compare à celui, bien plus convaincant d’un autre ouvrage de l’auteur, précédemment chroniqué sur le blog, à savoir tout un été sans Facebook.

Cette police des fleurs m’a fait penser à un magnifique paquet, la plume légère mais maîtriser de l’auteur étant l’emballage et la narration épistolaire le nœud entourant l’ensemble. Malheureusement une fois l’emballage déchiré et le paquet ouvert l’intérieur s’est relevé pauvre en contenue et en intérêt.

Résumé: Une fleur que tout le monde recherche pourrait être la clef du mystère qui s’est emparé du petit village de P. durant la canicule de l’été 1961.
Insolite et surprenante, cette enquête littéraire jubilatoire de Romain Puertolas déjoue tous les codes.

  • Éditeur : Albin Michel (2 octobre 2019)
  • Langue : : Français
  • Broché : 352 pages
  • ISBN-10 : 2226442995
  • ISBN-13 : 978-2226442994
  • Poids de l’article : 420 g
  • Dimensions : 20.5 x 2.7 x 14 cm

Douve de Victor Guilbert, une bille et des hommes

Un flic hanté par ses origines, un meurtre sanglant, un coupable idéal et enfin ce village maudit, caché par la forêt, rejeté du monde. Tous les ingrédients semblent réunis pour offrir aux lecteurs friands de nouveaux mystères un bon polar. Malheureusement les promesses sont loin d’être tenues.

Le personnage principal est attachant, il faut au moins reconnaître ça à l’auteur il a réussi à dresser le portrait d’un jeune flic attachant. Hugo Boloren est perspicace, un peu gauche, son passif et la maladie de sa mère amène suffisamment de pathos pour que l’on se prenne d’affection pour lui sans pourtant en faire des tonnes. Son personnage est un cocktail réussi d’autres personnages de flics. On ressent une empathie immédiate pour lui et sa quête d’origine chargée de combler un manque dans sa vie. Les cent premières pages sont réussies et nous embarquent efficacement vers ce voyage au bout du monde.

Malheureusement le conte de fées s’arrête là. Les cent pages suivantes font preuve d’un manque de souffle et de densité criant d’ennuis. Hugo interroge mollement un habitant du village qui élude ses questions, lis trois pages et demie du livre de sa mère, se fait passer à tabac, va boire un coup au seul bar du coin pour s’en remettre, interroge encore les habitants qui ont l’air de le prendre autant au sérieux que s’il était Casimir, se refait passer à tabac…et durant tout ce temps le mystère enveloppant le village ne gagne pas en profondeur. Douve est un village maudit et c’est tout, l’auteur ne va pas développer son histoire plus loin, à part pour expliquer pourquoi il ne s’y passe rien. Les quelques formules littéraires du style ”village qui a la guigne” ou ”c’est quitte ou Douve” ne suffisent pas à donner de l’ampleur à cette intrigue qui stagne gentiment.

Les cent dernières pages sonnent l’heure du dénouement. Un dénouement avec des révélations en cascade mais désolé pour l’auteur et le travail qu’il a dû effectuer pour construire son intrigue mais beaucoup de choses m’ont profondément gêné dans ce final. Tout d’abord, c’est peut-être entièrement dû à mon expérience de lecteur mais il y avait déjà un petit moment que ma bille personnelle, ainsi que le personnage principal nomme son instinct d’enquêteur, était tombée et avait percuté le cerveau. Ce qui fait que l’une des révélations n’en n’était pas une pour moi. Ensuite le fameux pourquoi du comment…alors comment dire j’ai lu ce passage dans les transports en commun…je n’ai pas pu me retenir de rire, pas trop fort pour éviter que l’on me regarde de travers mais mine de rien j’avais quand même du mal à me retenir. La raison de tout cela paraît fortement improbable pour ne pas dire un autre mot.

Enfin l’auteur ne résiste pas à l’envie de nous asséner une ultime révélation, qui en soi n’a rien de honteuse, mais qui aurait pu être utilisée beaucoup plus tôt dans l’intrigue. Cela aurait permis d’accorder un peu d’âme et de cœur à ce village et ses habitants qui en manquent cruellement et aurait pu éclairer les événements du passé d’un regard plus accommodant. Mais en l’état l’auteur s’en sert uniquement de ressort scénaristique pour tenter de maintenir l’attention du lecteur pour quelques pages supplémentaires, dommage.

Je passe sur les nombreuses incohérences qui parsèment le récit et préfère conclure la chronique sur cet amer constat; Il y avait un bon potentiel mais les choix de narration ont tout gâché.

Résumé:  » Le gamin a Douve dans les veines. »
Cette phrase, prononcée par son père quand il n’était encore qu’un enfant, l’inspecteur Hugo Boloren ne l’a jamais oubliée. Alors quand il apprend qu’un meurtre a eu lieu à Douve, il y voit un signe. Son père est mort, l’Alzheimer a dilué les souvenirs de sa mère ; c’est sa dernière chance de comprendre en quoi ce village perdu au milieu d’une forêt de sapins lui coule dans les veines.
Tout ce qu’il sait, c’est que son père, policier lui aussi, a été envoyé à Douve il y a quarante ans pour enquêter sur la fuite médiatisée d’un Islandais accusé de meurtre, et que sa mère, journaliste, l’a accompagné pour écrire un livre sur l’affaire.
Que s’est-il passé là-bas et pourquoi ont-ils toujours refusé d’en parler ?
Armé du livre écrit par sa mère, Hugo Boloren va plonger dans ce village peuplé d’habitants étranges, tous unis par un mystère qui semble les hanter. Au fil de son enquête, une question va bientôt s’imposer : et si le meurtre qui a récemment secoué le village était lié au séjour de ses parents, quarante ans plus tôt ?

  • Éditeur : Hugo Roman (7 janvier 2021)
  • Langue : : Français
  • Broché : 298 pages
  • ISBN-10 : 2755685832
  • ISBN-13 : 978-2755685831
  • Poids de l’article : 358 g
  • Dimensions : 14 x 2.9 x 21 cm

AGATHE PORTAIL : L’entretien (L’année du gel)

Salut à tous !
Interview de l’auteur Agathe Portail pour son livre : L’année du gel qui sort le 08 janvier 2020 au chez Calmann-Lévy TerritoiresAchat du livre : https://amzn.to/301xp26
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