Le héros discret (4 mai 2017) de Vargas Llosa,Mario

À Piura, Felícito, patron d’une entreprise de transports, est l’objet de chantage et d’intimidations mafieuses. À Lima, Ismael, à la tête d’une compagnie d’assurances, est menacé par ses fils qui convoitent sa fortune en souhaitant sa mort. Mais il ne faut pas prendre leur épopée trop au sérieux. Car entre mélodrame et vaudeville, Vargas Llosa s’amuse et nous amuse avec ces deux histoires qui forment un portrait drôle et corrosif du Pérou contemporain.

Chronique : Dès les premières lignes le ton est donné par la lettre anonyme placardée sur la porte de l’entreprise de transport de notre « héros discret » à Piura, ville importante du Nord du Pérou, à 1000kms de la capitale. Ensuite tout s’enchaîne avec brio. Une autre histoire située à Lima cette fois, s’imbrique à la première. On retrouve des personnages connus par le passé : Don Rigoberto et le Sergent Lituma. Le premier cité ayant beaucoup plus de consistance que le militaire, plutôt effacé. Bref un roman de pure distraction. C’est très loin d’être un chef-d’oeuvre. Si Vargas Llosa n’avait pas écrit autre chose que ce dernier livre (La ville et les chiens, Conversation à la Catedral, La guerre de la fin du monde..), il n’aurait jamais eu le Prix Nobel de littérature qui lui a été décerné en 2010. Un livre vraiment léger mais amusant, cocasse, des descriptions et des scènes de rue et de vie conjugale qui prêtent vraiment à rire de bon cœur.

Note : 8,5/10

 

  • Poche: 496 pages
  • Editeur : Folio (4 mai 2017)
  • Collection : Folio

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Intérieur nuit (18 mai 2017) de Marisha Pessl

Un génie, un maniaque, une arnaque ? Qui est vraiment Stanislas Cordova, ce réalisateur de films d’horreur auquel on voue un culte acharné et qui vit reclus dans une vaste propriété ? Bannis des cinémas, ses longs-métrages sont projetés lors de séances clandestines qui tiennent plus du rite satanique que du divertissement. Le journaliste Scott McGrath a tenté de percer son mystère et y a laissé son mariage et sa carrière. Quelques années plus tard, quand la fille du cinéaste est retrouvée morte dans un entrepôt de Manhattan, McGrath décide de reprendre l’enquête, quitte à devenir un personnage de plus dans l’univers paranoïaque de Cordova…

Chronique : À partir d’un fait simple l’auteur construit un roman très original. Les pages se tournent toutes seules. Les personnages sont assez nombreux, il faut suivre , les trois héros sont très attachants et originaux. L’intrigue grandit peu à peu, logiquement. Les personnages se développent (ainsi, Nora) superbement. Il y a une trame un peu thriller mais ce n’est pas l’essentiel. Le lecteur, au fil de l’enquête, va rencontrer une galerie de personnages étonnants, excentriques, vaguement inquiétants, un peu glauques, et surtout dépeints d’une manière formidable : en quelques mots très révélateurs, du grand art. On découvre des aspects du monde américain très étonnants. Notons qu’il n’y a aucune violence ici en dépit d’une trame « favorable » à certains excès ! Certes c’est un pavé de 700 pages, mais ne craignez rien, tout est parfaitement maîtrisé, l’auteur ne va qu’à l’essentiel, et donc il n’y a pas de longueurs sauf une : 40 pages sur « la visite de Scott » , c’est beaucoup trop. Les dialogues sont excellents. La fin est étonnante, mais, somme toute, parfaitement logique et conforme à cette intrigue incroyable. La traduction m’a semblé très bonne. Très grand roman

Note : 9/10

 

  • Poche: 864 pages
  • Editeur : Folio (18 mai 2017)
  • Collection : Folio

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Qui es-tu Alaska ? (18 mai 2017) de John Green

Miles Halter a seize ans mais n’a pas l’impression d’avoir vécu. Obsédé par les dernières paroles des grands hommes, il décide de partir à la recherche de ce que Rabelais, mourant, aurait appelé le « Grand Peut-Etre ». Pour cela, il quitte le cocon familial et rejoint le Pensionnat de Culver Creek. Ce sera le lieu de tous les possibles. Et de sa rencontre avec Alaska. La troublante, l’insaisissable Alaska Young, insoumise et fascinante. Elle attire Miles dans son labyrinthe et le propulse dans le Grand Peut-Etre… Avec ce premier roman unanimement salué, John Green a su exprimer la vérité de l’expérience adolescente et s’est imposé comme le digne successeur de J.D. Salinger.

Chronique : Qui es-tu Alaska ? c’est l’histoire de Miles Halter, adolescent qui n’a pas vraiment d’amis et qui sait que sa place n’est pas là où il est et qui décide donc de partir en pension « en quête d’un Grand Peut-Être ». Là-bas, il fait la connaissance de Chip (aka Le Colonel), de Takumi (le Nippon qui n’est pas forcément un as de l’informatique), Lara (la roumaine qui roule les « r ») et d’Alaska. Alaska qui lui fait effet immédiatement.Si vous avez lu Nos Étoiles Contraires, vous avez probablement remarqué à quel point John Green sait jouer avec les mots pour jouer avec nos émotions, les plus fortes, celles qui nous font du bien comme du mal. Les sujets abordés par John Green sont des sujets  importants, pour délivrer à chaque fois un message très fort. Le genre de message qu’on se souvient toute notre vie. Le genre de message qu’on ne comprend que dans les moments que Miles vit ici.

John Green a une imagination débordante – confirmé par des blagues montées – une vision des relations délicieusement vraie – confirmé par la relation Miles / le Colonel – une conception de la première fois véridique – confirmé par une scène de sexe très… inérotique – et une plume extraordinaire – confirmé par le roman en entier.

Cet ouvrage est scindé en deux parties : « avant » et « après ». Les courts chapitres sont sous forme de compte à rebourds (ex : « cinquante et un jours avant… » ou « vingt huit jours après… »). Cette chronologie laisse planer un aura de mystère tout au long de notre lecture.

En conclusion, « Qui es tu Alaska ? » est un roman riche en émotions ! John Green nous emmène de la joie à la tristesse, de l’exaltation à la mélancolie, des rires aux larmes…

Note : 9/10

 

  • Poche: 416 pages
  • Editeur : Folio (18 mai 2017)
  • Collection : Folio

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La Case de l’oncle Tom (18 mai 2017) de Harriet Beecher-Stowe

Esclave dans un grand domaine agricole du Kentucky, le vieux Tom a toujours été bien traité. Mais son propriétaire a des dettes et doit se résigner à le vendre. Arraché à sa famille, Tom passe de maître en maître comme marchandise. Que va-t-il devenir dans les redoutables plantations du Sud où les esclaves meurent d’épuisement ?

Chronique : Un indispensable de la littérature jeunesse puisque c’est à la fois un roman très dur mais également très émouvant. Très dur puisqu’il traite de la terrible condition de l’esclavage mais émouvant puisque le premier propriétaire du vieux Tom, un esclave noir, traitait ce dernier, tout comme ses semblables, d’égal à égal et surtout avec bonté. Tom sera ensuite racheté une deuxième fois par le père d’ Evangéline Saint-Clare, une jeune fille qu’il a sauvé de la noyade et avec laquelle il s’est lié d’amitié. Mais, la vie de Tom bascule une nouvelle fois lorsque son nouveau maître est poignardé et qu’il est revendu une nouvelle fois. Dans sa nouvelle demeure, il connaîtra l’enfer puisque, refusant de battre les autres esclaves comme le lui demande son nouveau propriétaire, c’est lui qui en fera les frais.
Superbe roman de Harriet Beecher Stowe publié peu de temps avant la guerre de Sécession où se trouvent les thèmes de la déshumanisation (celle des esclaves notamment), de la cruauté émanant de certains hommes de pouvoir (pouvoir qui s’assimile principalement à l’argent et dans ce cas précis, à la couleur de la peau) mais aussi ceux de l’amitié et de la bonté humaine. Un chef d’œuvre tout simplement émouvant et plein d’aventures, et qu’il se lit très facilement.

Note : 10/10

 

  • Poche: 496 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 18 années
  • Editeur : Folio Junior (18 mai 2017)
  • Collection : Folio Junior Textes classiques

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Une belle brochette de bananes: Histoires des Jean-Quelque-Chose (13 avril 2017) de Jean-Philippe Arrou-Vignod et Dominique Corbasson

Papa adore nous prendre en photo avec son appareil tout neuf. Il faut dire qu’il se passe toujours quelque chose chez les Jean ! La colo de ski où cette banane de Jean-B a franchi le mur du son, l’arrivée dans la famille du seul chien qui ressemble à Sherlock Holmes, la séance de cinéma archi-secrète avec Hélène (mais ça, ce n’est pas dans l’album photo de papa), sans parler de la balade en mer où on a attrapé le scorbut… Un vrai feu d’artifice !

Chronique : Cette nouvelle histoire. le récit de Jean-Philippe Arou Vignod est toujours pigmenté d’anecdotes drôles. C’est vrai qu’avec 6 enfants garçons, les parents ont de quoi faire. Le lecteur va avoir des  fous rires..Entre le grand qui photographie son postérieur en cachette Zean qui zozote, Jean Bon, Jean C rien, Jean dégâts et le bébé Jean F, Jean Fracas, les bêtises s’enchaînent. C’est une famille très attachante des années 60. Il y a de quoi s’arracher les cheveux pour les parents. Surtout quand les vacances sont là. Que de catastrophes ! Et comme si cela ne suffisait pas, la maison des « Jeans » ressemble à une vrai animalerie : deux poissons, un chinchilla, un chien, un petit chat et un coq. On suit tous ces personnages avec beaucoup de sympathie, en observant leurs faits et gestes quotidiens. Ce roman est plaisant et divertissant. Jean-Philippe Arrou-Vignod nous pousse à découvrir cette famille drôle et sympathique. C’est un livre captivant qui permet de s’évader.

Note : 9,5/10

 

  • Poche: 160 pages
  • Tranche d’âges: 9 – 12 années
  • Editeur : Folio Junior (13 avril 2017)
  • Collection : Folio Junior

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Et ils oublieront la colère (11 mai 2017) de Elsa Marpeau

Été 1944. Une femme court dans la campagne icaunaise. Elle cherche à échapper à la foule qui veut la tondre.
Été 2015. Un homme a été tué près d’un lac. La gendarme chargée de l’enquête soupçonne que son meurtre est lié à une tonte, qui a eu lieu soixante-dix ans plus tôt.
Entre aujourd’hui et hier, les destins s’entremêlent mais les protagonistes ne s’en souviennent plus – ils ont oublié la colère, les jours de liesse et la cruauté des vaincus contre ceux de leur camp, lors de la Libération. L’enquête va exhumer ce passé dont plus personne ne veut se rappeler.

Chronique :   Dans le Gatinais,à quelques kilomètres de Sens en 2015 nous sommes dans un univers campagnard modeste,attaché à leur terre depuis des générations,des chasseurs,viandards aussi. Le meurtre de leur voisin un professeur d’Histoire obsédé par une période ancienne de la fin de l’occupation,l’enquête est menée par la Capitaine de Gendarmerie Garance Calderon.
Tous les personnages ont un passé douloureux,de l’enquêtrice à son supérieur.
Trop je trouve,l’auteure ne dérogeant pas à la règle qui fait que dans les polars d’aujourd’hui les « flics  » ont toujours des problèmes.
Ce livre est centré sur les violences faites aux femmes lors des conflits! Il y a 70 ans,42000 femmes tondues,violées pour beaucoup à la Libération,livrées à la vindicte populaire.C’est loin mais… C’est aussi l’histoire des hontes et des vengeances du corps social qui se répètent, de l’injustice. Alternant passé et présent, l’auteur nous implique totalement dans ses recherches jusqu’au dénouement final qu’on était loin d’imaginer. Un très bon roman noir comme on les aime.

Note : 9/10

  • Poche: 304 pages
  • Editeur : Folio (11 mai 2017)
  • Collection : Folio Policier

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Un chat sous la pluie et autres nouvelles/La cinquième colonne (11 mai 2017) de Ernest Hemingway

Couples à la dérive, récits de guerre, de blessures, règlements de compte, naufrages et chasses en tout genre : peu importe le sujet, les nouvelles d’Hemingway, tout en retenue et précision, appuient là où ça fait mal. Essentiel.

Chronique : Ernest Hemingway, prix Nobel de littérature écrit sur ce que on connait vraiment, sur les choses que l’on connait le mieux. Ses phrases, ses mots, le rythme du récit, la manière de décrire, ou plutôt d’essayer de ne parler que de l’action, tout cela est travaillé de telle façon que ce qu’il connait vraiment. Sa façon de décrire le fort intérieur de l’homme (car toutes ses histoires, avant de parler d’un fait anodin, parlent surtout d’hommes, qu’il décrit si bien qu’il semble souvent que ce soit autobiographique) montre un grand humaniste, un écrivain profond, malmené, en perpétuelle recherche, curieux, aventureux.
Et puis ces deux nouvelles permettent d’entrer dans ses grands romans, de découvrir les prémices de son oeuvre, d’arpenter avec lui les alentours de ses autres livres et leur genèse.

Note : 9,5/10

  • Poche: 496 pages
  • Editeur : Folio (11 mai 2017)
  • Collection : Folio

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Les aventures de Nick Adams (11 mai 2017) de Ernest Hemingway

Dans les années 1920, un jeune homme attachant apparaît dans des nouvelles éparses sous la plume d’Ernest Hemingway : Nick Adams. Pendant une dizaine d’années, le romancier américain conta ses mésaventures d’enfance dans le Michigan, relata son expérience de la guerre, partagea des instants de sa vie de couple.

Chronique : Nick Adams est un jeune garçon qui passe d’un enfant à un adolescent à un adulte. Dans ses histoires, il exprime ses caractéristiques, ses pensées et ses émotions virtuelles à travers des expériences et des luttes qu’il partage avec son père et son oncle. Dans l’histoire du camp indien, Nick accompagne son père dans un camp où une jeune femme indienne donne naissance à un enfant. Nick doit regarder et essayer de comprendre ce qui se passe chez les femmes alors qu’elle traverse le processus pénible du travail des enfants et une opération sans anesthésie. Alors que Nick regarde, il est confus, mais il est persistant de montrer à son père qu’il est conscient et comprend la situation à portée de main. Au fur et à mesure que l’histoire progresse, d’autres obstacles se posent qui laissent des questions sans réponse pour Nick. Bien qu’il ne comprenne pas bien, il est prêt à faire paraître comme s’il le fais pour que son père le regarde comme un adulte plutôt qu’un garçon. Le concept de l’histoire elle-même est une couverture masquant les émotions de Nick et de son père et comment il travaille à l’acceptation de ses pères à différents niveaux. L’histoire est convaincante qui vous permet de comprendre le comportement humain et les significations cachées à l’intérieur.Un Chef d’oeuvre à lire et découvrir.

Note : 10/10

  • Poche: 368 pages
  • Editeur : Folio (11 mai 2017)
  • Collection : Folio

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L’effacement (6 avril 2017) de Dewambrechies,Pascale

« Que fait-on de toute cette envie d’aimer ? Que fait-on de la peur qui vient ? ». Gilda a trente-six ans en 1952. Nommée directrice de l’école d’un petit village, cette femme sent le regard des hommes passer sur elle. Jusqu’à ce jour de kermesse où elle rencontre Luis, vingt ans. Dans la France d’après-guerre aux moeurs conservatrices, mais où naissent les prémices du féminisme, un tel amour est-il permis ? A quel prix ?

Chronique :  L’Effacement vous fait entrer dans une individualité, une intimité, celle de Mlle Gilda. Et pourtant, c’est l’universalité du propos qui m’a, entres autres choses, touchée. Pascale Dewambrechies est de ces auteurs qui, au même titre que Kundera ou Murakami, vous donnent à lire ces phrases, courtes et incisives, qui éclosent en vous, et ne vous quittent plus tant elles semblent matérialiser une pensée qui sommeillait en vous mais que vous ne parveniez pas à formuler.
Vous lirez l’Effacement d’une traite, et regretterez, une fois la dernière page dévorée, que ce magnifique roman n’en contiennent pas plus, de pages…Pour celles et ceux ceux qui aiment qu’on leur raconte des histoires – surtout quand cette histoire fait résonner un passé récent, les romans qu’on ne veut pas lâcher, les personnages avec qui on a encore envie de faire un bout de route, bref, ces romans dans lesquels on plonge.

Note : 9,5/10

  • Poche: 224 pages
  • Editeur : Folio (6 avril 2017)
  • Collection : Folio

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L’été contraire (20 avril 2017) de Bichet,Yves

Une infirmière, un agent d’entretien, deux retraités, une simplette… Cinq petits héros du quotidien qui refusent de céder à la morosité alors que l’été arrive, qu’il fait de plus en plus chaud, que la canicule menace. Le pays se délite mais eux se découvrent, s’aiment et se confrontent à la manière batailleuse des timides. Loin de s’apitoyer sur leur sort, ils nous guident vers des chemins de traverse où le burlesque côtoie le drame et, peut-être, une nouvelle forme d’utopie.

Chronique : Ce roman est vraiment très beau. C’est aérant, libre, enthousiasmant et très bien écrit. Bichet est un auteur rare dans le paysage français avec un magnifique roman, qui nous plonge dans ce que pourrait être notre vie à tous, mêlant nos faiblesses, nos compulsions, osant nos sentiments, oubliant le sociétal, marchant, marchant toujours vers le fond du problème, le fond de nous-mêmes et du rapport aux autres, qui constitue l’Humain.
L’été contraire est un roman-théâtre au style vif, prenant, qui nous laisse d’innombrables empreintes d’images, de flashes émotionnels, et de fragments du code de la vie. Il nous fait changer.

Note : 9/10

  • Editeur : Folio (20 avril 2017)
  • Collection : Folio

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