Minuit à Atlanta de Thomas Mullen,

Les enjeux pour les droits civiques prennent de l’ampleur

Aussitôt la lecture de Temps noirs achevé je me suis précipité sur l’opus suivant de cette saga passionnante qui raconte la vie des premiers officiers de police noirs de la ville d’Atlanta dans les années 50. Au travers de leurs quotidiens précaires, de leurs rapports tendus avec le reste des forces de police et de leurs combats contre les préjugés Thomas Mullen nous raconte la longue lutte de la population noire américaine pour la reconnaissance de leurs droits civiques.

L’action de ce troisième volume de la saga se situe en 1956 six ans après le second volume. Tommy Smith, l’ancien coéquipier de Boogs, est devenu journaliste à l’Atlanta daily news, un quotidien réputé auprès de la population afro américaine. Son patron, le très respecté Arthur Bishop, est assassiné une nuit dans les locaux du journal alors qu’il travaillait tard. Smith ne le sait pas encore mais une sombre machination s’est mise en place et il risque bien d’être la prochaine victime.

Vous l’aurez constaté à la lecture de ce résumé on quitte le domaine de la fresque sociale pour se recentrer sur une véritable intrigue policière. La lutte pour l’égalité des droits civiques et l’abolition de la ségrégation sont ded sujets si vastes, cela englobe tellement de sujets de société, tellement d’enjeux financiers, politiques et même mondiaux que l’on ne peut reprocher à l’auteur d’avoir choisi un autre d’attaque pour en parler. Ainsi Minuit à Atlanta est sans doute le volet le plus politisé de la saga. Un thriller politique qui brasse peut-être trop de sujets pour son propre bien.

Il faut dire qu’il y a de quoi faire dans cette intrigue. Entre les opérations du FBI, les malversations d’un groupe de détectives privés, les différentes associations, telles que la NAACP, qui poursuivent un objectif commun mais avec des méthodes différentes le tout sur fond de guerre froide et de protestations contre la ségrégation dans les transports en commun. Sans oublier l’acharnement sur la famille de Martin Luther King et le procès d’un jeune noir accusé de viol sur une jeune fille blanche on peut dire que l’auteur a travaillé dur pour témoigner de cette époque trouble de la manière la plus complète possible. Le résultat est là on baigne dans une atmosphère de révolte larvée, de tensions raciales constantes et de suspicion face à la menace communiste.

Aussi passionnant soit cette projection de cette période il faut reconnaître que l’intrigue en elle-même pâtit quelque peu de cette surabondance de thèmes. Le milieu de l’ouvrage souffre d’un léger piétinement au niveau de l’enquête. Rien de bien grave mais étant donné que ma lecture des deux volumes est consécutive je ne peux m’empêcher de les comparer. Là où, dans Temps noirs, la densité de personnages et l’aspect social de l’intrigue maintenaient une tension constante, dans ce tome les différents aspects politiques de la lutte des droits civiques ont tendance à se superposer sans qu’il y en ait un qui se détache réellement des autres. Certains manquent également de pertinence.

À titre personnel certains personnages m’ont beaucoup manqué dans ce troisième récit. Lorsque j’ai compris que Boogs n’aurait qu’un rôle secondaire et que l’officier Rake serait complètement écarté du récit j’avoue avoir fait une petite moue de mécontentement. C’est dommage de voir ses personnages, que l’on a appris à apprécier aux cours des volumes précédents être plus au moins effacés. Cependant on peut espérer les revoir dans un éventuel quatrième volume.

Cette petite déception passée il faut reconnaître que le récit met en scène d’autres personnages de la saga que nous l’on connaît et apprécie déjà. L’ancien agent Smith se dévoile un peu plus. Lui qui avait tendance à être un peu en retrait dans les deux volumes précédents, dans l’ombre du charismatique Lucius Boogs, peut enfin laisser parler sa personnalité. Son changement de carrière est une bonne idée, la carte de presse lui va mieux que la matraque, on sent que ce personnage bouillonnant et rebelle a enfin trouvé sa place. Son ancien chef Joe McInnis occupe le second rôle principal, l’occasion de voir le portrait de ce flic intègre s’affiner et se développer. On savait déjà qu’il était attaché à son poste et aux agents de couleurs qu’il a sous ses ordres, on le découvre père de famille, ostracisé par ses pairs, qui doit se débattre face à la pression sociale. L’auteur lui offre un beau dialogue à cœur ouvert entre un père et son fils.

En trois ouvrages Thomas Mullen sera parvenue à plonger les lecteurs dans une époque trouble tout en exposant les enjeux de la lutte des droits civiques avec une maîtrise idéale. Ces portraits de personnages sont d’une grande finesse psychologique et rendent bien compte des affres que génèrent les troubles d’une société en pleine mutation. La capacité de l’auteur a décrire des personnages teintés de gris est l’une de ses plus grandes réussites

Comment cela finit de Saskia Sarginson

Résumé : 1957 : la famille Delaney débarque dans une base américaine du Suffolk. Le père, Todd, vient y travailler sur un projet militaire confidentiel, accompagné de sa femme Ruby et de leurs jumeaux Hedy et Christopher, âgés de douze ans. Mais au bout d’à peine un an, cette famille si parfaite a volé en éclats… L’un d’entre eux a-t-il découvert quelque chose qu’ils n’étaient pas censés voir ? Quelques années plus tard, Hedy, jeune fille rebelle, questionne avec courage le passé familial, à la recherche de ce qui s’est réellement passé derrière les portes fermées du secret militaire. Le voyage de Hedy la conduit sur les traces de son frère jumeau, décédé mystérieusement. En essayant de finir ce que son frère avait commencé, Hedy découvre progressivement la vérité sur ce qui a anéanti à sa famille.

Chronique : Une première chronique a été publié par mon binôme mais ce livre a été un tel coup de cœur que je me devais de partager mon ressenti sur ce petit bijou de lecture.

Pourtant on ne partait pas très bien lui et moi, le titre me parressait commun et pas vraiment attractif. De plus si l’auteure possède une plume agréable et fluide il faut reconnaître qu’il ne se passe pas grand chose durant les deux cents premières pages. Cette longue introduction permet de faire connaissance avec des personnages éblouissant de justesse. Le personnage principal, Hedy, porte le récit sur ses épaules solides, et heureusement pour elle vu les épreuves qu’il l’attende.

Lorsque survient la première des nombreuses tragédies qui va frapper la famille d’Hedy, le rythme s’emballe et l’émotion ne vas plus quitter les pages du récit.

Le récit devient alors ce que je nomme un livre-destin. L’intrigue se recentre sur Hedy, on suit ce petit bout de femme supporter les épreuves que lui impose la vie et se métamorphoser en adulte qui va devoir faire face à son passé dans l’espoir de faire la paix avec elle-même.

Les scènes déchirantes s’enchaînent, notamment une discussion à cœur ouvert avec son oncle qui m’a mis ému aux larmes, sans que jamais l’auteure ne verse dans le mélo. Les années défilent et Hedy se révèle toujours aussi troublante d’émotions et courageuse, épaulée par une galerie de personnages secondaires tout aussi émouvant, Ms Rose par exemple, et finement décrit, Scott en autres.

Alors que le ciel d’Hedy se dégage enfin et que son chemin s’éclaire de réponse si longtemps désirée on pourrait regretter qu’elle n’est pas l’occasion de se confronter au responsable de ses malheurs mais ce serait oublier que la vie ne nous offre que rarement l’occasion de régler nos comptes avec les gens qui nous ont blessés.

Un bijou d’émotions qui restera longtemps dans mon cœur de lecteur.

Note : 9/10

Éditeur Marabout
Date de publication 29 janvier 2020
Langue Français
Longueur du livre 288
ISBN-10 2501138457