Tu n’auras pas peur de Michel Moatti, thriller ou polar il faut savoir choisir son camp

Beaucoup pensent qu’écrire un thriller que l’on nomme les page-turner est une entreprise aisée mais il n’y a rien de plus faux. Il faut tout d’abord imaginer une bonne histoire, des personnages attachants, en somme des ingrédients communs à tout récit littéraire sauf qu’un auteur de thriller va devoir aussi composer avec un certain sens du rythme. Il s’agit même de l’ingrédient principal de ce genre de polar, réputé pour être addictif et captivant. Le roman dont je vais vous parler aujourd’hui se revendique de ce genre sans pour autant se conformer à ses codes.

Il me faut avant tout relever que l’auteur fait preuve d’une plume inconstante, tantôt ampoulée et pompeuse comme lors du chapitre qui nous présente l’héroïne principale, Lynn Dunsday, puis plus proche de ce que l’on attend de ce genre d’œuvre, comme nous le montre le chapitre qui nous introduit un personnage secondaire de manière plus direct et sans tentative de métaphores littéraires poussives. De manière générale l’auteur ne parviendra pas, ou alors lors de très rares fulgurances, à captiver l’attention du lecteur sur le personnage de cette jeune journaliste égoïste vibrante d’adrénaline, malgré tous les efforts qu’il déploiera au cours du récit. Sa narration se révèle beaucoup plus convaincante lorsqu’elle se focalise sur les autres personnages, plus concise et plus proche de l’idée que l’on se fait d’un thriller.

Ensuite il va falloir s’attarder sur l’intrigue et le propos de l’auteur. De mon point de vue, totalement subjectif, l’auteur s’est laissé dépasser par ce qu’il veut démontrer, la violence, le sordide et le gore exposé à la vue de tous sur internet. La première victime de cet exposé, qui ne pousse pas non plus très loin sa réflexion, c’est l’intrigue en elle-même qui souffre de longueur. L’enquête se retrouve réduite au strict minimum. On va passer rapidement sur la scène dans laquelle nos deux journalistes parviennent à pénétrer une scène de crime alors que celle-ci grouille de policiers, suspension d’incrédulité exigée. Les ultimes chapitres se rapprochent des codes du thriller pour offrir un final haletant. Sans doute la partie de l’intrigue la plus convaincante, dommage qu’elle arrive si tard.

Revenons pour finir sur cet exposé que nous déverse l’auteur tout au long des 400 pages qui constituent son thriller. J’ai parfois eu l’impression de lire une dissertation très scolaire sur les médias et leurs rapports à la violence et au gore. D’une part le discours se révèle creux, d’autre part son importance progressive phagocyte le récit et alourdit l’intrigue. On pourrait rajouter que le propos de l’auteur manque de pertinence puisqu’il délaisse un aspect majeur de son argumentation qui est le public. Si ses sites sont si consultés c’est parce qu’il y a un public qui y adhérent. Malheureusement l’auteur oublie de donner son point de vue sur ce que cela révèle de notre société, de la nature humaine et de nos mentalités et c’est un peu dommage je trouve.

Ce quatrième roman de Michel Moatti vendu comme un thriller par l’éditeur souffre d’un style inégal, pataud dans les scènes introspectives qui échouent à accorder une âme à ses personnages mais efficaces dans ses trop rares scènes d’enquêtes et d’actions, mais également d’une réflexion intéressante au demeurant mais mal amené qui persuade qu’écriteau thriller efficace et captivant n’est décidément pas à la portée de tout le monde.

Résumé: Tout commence par la remontée d’un cadavre à demi-congelé, attaché à un fauteuil d’avion immergé dans un étang de Crystal Palace, au sud de Londres. Puis on découvre le corps d’une jeune femme défigurée dans un hôtel de Bournemouth. Son visage a été découpé au cutter et emporté.

Tout commence par la remontée d’un cadavre à demi-congelé, attaché à un fauteuil d’avion immergé dans un étang de Crystal Palace, au sud de Londres. Puis on découvre le corps d’une jeune femme défigurée dans un hôtel de Bournemouth. Son visage a été découpé au cutter et emporté.
Sur les réseaux sociaux et les blogs, les indices et les rumeurs circulent, bien plus vite que les informations officielles délivrées par la police et les journaux. Un mortel jeu de piste s’organise, dirigé par un assassin sans scrupules qui reconstitue avec autant de rigueur que de férocité les scènes de crime les plus choquantes. Quelle énigme se cache derrière ces sinistres  » natures mortes  » ? Lynn Dunsday, une jeune web-reporter fragile, aux lisières du burn-out, et Trevor Sugden, un journaliste qui travaille  » à l’ancienne « , se lancent sur les traces du meurtrier, anticipant les avancées de Scotland Yard.

  • Poids de l’article : 600 g
  • ISBN-13 : 978-2357203198
  • Broché : 473 pages
  • Éditeur : HC éditions (16 février 2017)
  • Dimensions du produit : 14.8 x 3.8 x 22.1 cm
  • Langue : : Français

La formule de Dieu de José Rodrigues dos Santos


Résumé : Printemps 1951, deux espions de la CIA épient une rencontre de la plus haute importance entre David Ben Gourion,  » premier  » Premier Ministre de l’État d’Israël, et Albert Einstein. L’objet de leur discussion : l’obtention de l’arme nucléaire par le jeune état juif et l’existence de Dieu. Cinquante ans plus tard, Tomas Noronha, expert en cryptologie, est appelé au Caire par une mystérieuse jeune femme. Sa mission : déchiffrer un cryptogramme caché dans un document détenu par le gouvernement de Téhéran. Un manuscrit écrit de la main d’Albert Einstein dont le contenu pourrait bousculer l’ordre mondial. Tomas Noronha devient alors un agent double censé collaborer avec les
Iraniens pour informer l’Occident. Mais au cours de son enquête, il découvre que le fameux manuscrit contient beaucoup plus de choses que ne l’espéraient ses différents commanditaires. Il serait tout simplement la preuve scientifique de l’existence de Dieu.

Chronique : Vous êtes nul en mathématiques ? La physique, pour vous, est telle une montagne impossible à gravir ? Et bien plongez-vous dans la formule de Dieu histoire d’être bien rassuré sur votre niveau lamentable.

Vendu comme un thriller d’espionnage par l’éditeur, le livre tient plus de l’ouvrage de vulgarisation scientifique que du thriller. Ce n’est pas un reproche mais lorsque l’on aborde des thèmes aussi divers et complexes que la théorie du chaos, la théorie de la relativité, la physique quantique, l’hindouisme, le bouddhisme, le principe anthropique, et la Bible, le tout en moins de 600 pages, il est normal de voir l’aspect espionnage international se réduire à quelques chapitres, certes trépidants mais pas transcendants non plus.

Les nombreuses théories scientifiques nous sont délivrées par le biais de pavés de dialogues, parfois un peu indigeste, mais toujours intéressants. Le personnage de Tomás, incarne le rôle de l’élève qui a soif de connaissance mais il est aussi le lecteur qui va découvrir des thèmes scientifiques complexes. C’est pourquoi son côté candide est lassant à la longue, voire risible, tout comme sa propension à répéter ce que vient de lui dire son interlocuteur. Cela alourdit les dialogues déjà conséquents. Il est quand même plaisant de voir les rôles s’inverser à la fin du roman.

Tout au long de l’œuvre les principales théories scientifiques seront amenées par divers personnages crédibles, pour la plupart, sauf en ce qui concerne le moine bouddhiste qui rassemble tous les clichés que l’on pourrait avoir sur le Tibet, ce qui m’a fait sortir de l’histoire.

L’auteur parvient néanmoins à conserver une certaine fraîcheur et un équilibre entre divertissement et enseignement et offre une conclusion satisfaisante à un récit qui aurait facilement pu être complètement indigeste.

Note 7/10