L’arbre aux morts de Greg Iles, l’arbre qui cache le désert

Chers lecteurs je crois que l’on est face à un cas typique d’auteur dépassé par son oeuvre. Vous savez lorsqu’un auteur à un matériel de base si conséquent qu’il ne sait pas quoi en faire et se retrouve englué dans une intrigue ambitieuse mais pompeuse.

Que les choses soient claires dès le début, malgré les nombreux défauts que j’ai relevés lors de ma lecture et mon avis final mitigé, j’ai passé un bon moment de lecture. Maintenant que ça c’est dit on va passer aux choses sérieuses.

L’aspect redondant et verbeux des 400 premières pages pose déjà un sacré problème de rythme. Les cent premières pages ne sont qu’un immense résumé du tome précédent, au moins personne ne sera perdu lors de la lecture. J’ai même envie de dire que ceux qui n’ont pas lu le premier tome peuvent tenter la lecture de celui-ci, les événements précédents sont tellement ressassés et rabâché que nul ne se sentira perdu.

Ensuite on part sur une longue exposition d’une énième théorie concernant l’affaire criminelle la plus célèbre des Usa. C’est intéressant, c’est très bien expliqué, étayé mais c’est beaucoup trop détaillé et sur beaucoup trop de pages. Toute cette partie de l’intrigue est exposée avec la subtilité d’un poids lourd sur l’autoroute et enterre tout suspens car on se doute bien où veut nous emmener l’auteur.

Après cette longue exposition l’intrigue s’emballe et on assiste alors à certaines ellipses curieuses, soit l’auteur a pris la décision de passer sous silence certains faits, soit l’éditeur original a décidé de mettre la main à la pâte en forçant l’auteur à élaguer son récit. Toutefois les nombreuses explosions et autres fusillades apparaissent plus comme des péripéties assez inutiles tandis que l’intrigue fait toujours du surplace mis à part lors des chapitres consacrés à l’escapade macabre dans les marais, très réussis et captivants. Malgré tout on ne peut refermer l’épais ouvrage sans se demander s’il y a vraiment matière à en faire une trilogie aussi volumineuse.

Une chose au crédit de l’auteur il parvient à rendre complexe et terriblement humain un personnage aussi haineux que Snake Knox, un seul chapitre suffit pour faire de lui un être perclus de souffrances métamorphosés en haine dirigée vers le monde entier. D’ailleurs les passages consacrés à la terrifiante famille Knox sont une véritable respiration au milieu d’une narration pompeuse, ou plutôt une plongée en apnée dans de noires abysses. Ces personnages détestables sont une vraie réussite et attachants, d’une certaine manière. J’aimerais croisée plus souvent des personnages malsains aussi finement écris.

Mais le véritable problème que m’a posé l’ouvrage ce n’est pas son intrigue mais l’incapacité de l’auteur à dépasser son postulat de western moderne où la confrontation finale entre les héros et les criminels doit forcément se faire les armes à la main. Et ce alors même qu’il développe des personnages qui se battent inlassablement pour la vérité et la justice et que la mémoire d’un personnage décédé est entretenue tout au long de l’intrigue et notamment lors d’un émouvant éloge funèbre. Malgré le combat mené par la famille Cage pour faire la lumière sur les crimes des aigles bicéphales, l’auteur choisit toujours la voie de la facilité. En plus de rendre obsolète les idéaux de ces propres personnages cela oblige l’auteur à certaines pirouettes judiciaires qui frôlent l’incohérence. Mais la vérité et la justice n’ont pas l’air d’être la priorité de l’auteur surtout lorsque l’on voit comment les différentes forces de l’ordre sont tournées en ridicule. L’épilogue offre une ultime bourde de la part du FBI. Une facilité scénaristique à la limite de l’incohérence qui place définitivement la trilogie dans la catégorie thriller d’action bourrin. Ce qui est dommage lorsque l’on voit le potentiel de la saga.

Résumé: L’ancien procureur Penn Cage et sa fiancée, la journaliste Caitlin Masters ont failli périr sous la main du riche homme d’affaires Brody Royal et de ses Aigles bicéphales, une branche radicale du Ku Klux Klan liée à certains des hommes les plus puissants du Mississippi. Mais la véritable tête des Aigles est un homme bien plus redoutable encore : le chef du Bureau des Enquêtes Criminelles de la police d’État de Louisiane, Forrest Knox. Pour sauver son père, le Dr Tom Cage – qui fuit une accusation de meurtre et des flics corrompus bien décidés à l’abattre –, Penn devra pactiser avec ce diable de Knox ou le détruire, tandis que Caitlin lève le voile sur des meurtres non résolus datant de l’époque des droits civiques qui pourraient ne pas être sans lien avec les événements d’un certain 22 novembre 1963 à Dallas.

  • Broché : 976 pages
  • Editeur : Actes Sud (2 janvier 2019)
  • Collection : Actes Noirs
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2330118090