Cochrane vs cthulu de Gilberto Villarroel, la bataille secrète de fort boyard

Être lecteur s’est accepté de monter dans une embarcation sans forcément savoir où celle-ci va vous mener. Un voyage rempli de promesses mais qui risque de vous donner la nausée tout autant que vous émerveiller. L’auteur Gilberto Villarroel, d’origine chilienne, dont c’est le premier roman, nous entraîne vers des rivages à la fois connus mais les éclaires d’une aube nouvelle grâce à des apports inattendus.

Le rivage présenté par l’auteur au début du roman a de quoi faire taire tous les vieux loups de mers aigris persuadé que tout a déjà été écrit et réécrit, qu’il est vain de rechercher l’originalité dans les récits modernes. L’auteur convoque en effet des personnages historiques qui ont réellement existé, à savoir Lord Cochrane, surnommé le diable par l’armée napoléonienne et les frères Champollion mais aussi le fort boyard, le monument français qu’il vieillit de quelques années pour le besoin de son récit. Et tous ces éléments se retrouvent pour une réécriture de l’une des plus célèbres nouvelles de H.P. Lovecraft, ”l’appel de Cthulu”. Le vaisseau ainsi formé promet un sacré voyage de lecture.

Un voyage qui tient ses promesses, aidé en cela par une plume immersive. En quelques pages à peine on se retrouve sur fort boyard en compagnie de cette garnison de soldats livrés à eux-mêmes. Très vite le voyage s’obscurcit, le brouillard s’installe, l’atmosphère se fait pesante et glauque alors que la tempête gronde à l’horizon. Les deux personnages principaux, Lord Cochrane et le capitaine Eonet, occupent le pont principal. Leur relation composée de rivalité et de respect mutuel cimente le récit. Leur charisme et leur complicité ont tendance à étouffer les autres personnages, le sournois commissaire Durand par exemple, dont le sort est trop vite expédié, mais ont ne va pas se plaindre d’avoir deux excellents capitaines sur le même navire.

La seconde partie du voyage se révèle plus classique, l’action se fait plus présente le navire pénétre dans des eaux, certes troubles, mais bien connues des amateurs de fantastique. Cependant l’auteur n’a jamais prétendu nous embarquer dans un voyage dépaysant mais juste de nous faire découvrir une histoire bien connue sous un nouvel angle. Malgré la houle et les récifs sur lesquels le récit aurait pu s’échouer, le vaisseau conserve son équilibre d’un bout à l’autre grâce à ses deux personnages et son hommage appuyé à Lovecraft.

Les lecteurs attentifs remarqueront quelques accros sur la coque ici et là, quelques apostrophes oubliées et autres coquilles, rien de graves mais suffisamment nombreuses pour être remarqués. L’armateur, aux forges de Vulcain, est relativement récent et doit encore se perfectionner pour offrir un vaisseau parfait à leurs navigateurs.

Alors que le navire s’apprête à s’amarrer au port il ne tarde qu’une chose au voyageur conquis par ce trajet en eaux occultes, embarquer de nouveau et très vite avec Lord Cochrane pour de nouveaux rivages enchanteurs.

Résumé: Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité !
Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur. En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !
Gilberto Villarroel est né en 1964 à Santiago du Chili. Il est scénariste et producteur de télévision et de cinéma. Il a notamment écrit « La fiebre del loco », considéré comme un des plus grands films chiliens. Aujourd’hui, il réside à Paris, où il écrit, tome après tome, la série des aventures de Lord Cochrane.

  • Broché : 400 pages
  • ISBN-10 : 2373050706
  • ISBN-13 : 978-2373050707
  • Poids de l’article : 500 g
  • Dimensions du produit : 15.2 x 2.7 x 23.5 cm
  • Éditeur : Aux Forges de Vulcain (7 février 2020)
  • Langue : : Français

Harrison Harrison de Daryl Gregory, on ne badine pas avec Lovecraft

Ce n’est pas compliqué, vous me mettez Lovecraft sur la quatrième de couverture ou à défaut le champ lexical qui a forgé son oeuvre, des mots comme profondeurs, grand ancien, ou encore horreurs tentaculaire et vous avez déjà captivé mon attention. Ajoutez à cela une édition soignée de la part de le Bélial avec effet relief sur la couverture créé avec une sorte de papier glacé délicieux au toucher et les illustrations intérieurs de Nicolas Fructus, gothique et glauque juste comme il faut et vous tenez un ouvrage plein de promesses. Reste à voir s’il va les tenir parce qu’une belle édition ne suffit pas toujours à assurer une belle lecture.

FAIS MOI PEUR…OU PAS

Daryl Gregory avait déjà su me séduire avec son premier roman L’éducation de Stony Mayhall qui possédait cependant un ton plus mature et tendre. Avec ce quatrième ouvrage l’auteur s’essaie à un jeu d’équilibriste dans un univers très codifié et il faut reconnaître qu’il sait doser les différents éléments de son récit même si de manière personnelle j’aurais préféré que l’univers lovecraftien soit plus présent.

Le récit oscille tout au long de ses 300 pages entre le récit d’aventures, le récit initiatique, la comédie et le récit d’horreur. Ce dernier élément sera celui qui restera le moins développé. C’est un peu dommage surtout que la description du collège de Dunnsmouth laissait entrevoir une atmosphère bien glauque, digne des meilleures nouvelles de Lovecraft mais malheureusement pour moi l’auteur a décidé de laisser cette prometteuse ambiance dans les abysses et de se concentrer sur d’autres aspects de son récit.

MERCREDI MÈNE L’ENQUÊTE

Et une fois que mon petit cœur de lecteur eut digéré le fait que l’univers de Lovecraft resterait juste une toile de fond je dois reconnaître que j’ai passé un agréable moment de lecture. L’auteur parvient à nous passionner pour le destin de ce cher Harrison au carré qui se remet bien vite des étrangetés auxquelles il doit faire face à tous les coins de rues. Entre humour décalé et enquête façon club des cinq chez les gothiques le livre est suffisamment divertissant malgré le manque d’épaisseur de son atmosphère.

Quant au final il m’a laissé un arrière-goût d’inachevé, un côté brouillon qui tranche avec le reste du récit plus maîtrisé. Cependant malgré le côté inabouti de ce final il m’a quand donné envie de retrouver Harrison dans le roman Nous allons tous très bien merci dont le présent ouvrage est un prequel.

Résumé: Harrison a un problème avec l’océan. Qui a sans doute à voir avec le fait que lorsqu’il était tout gamin, « quelque chose s’y est passé »… Un quelque chose proprement horrible dont il n’a aucun souvenir conscient, mais qui a coûté la vie à son père, lui vaut une prothèse carbonée en guise de jambe droite, et des douleurs fantômes pour occuper ses nuits. Or, la thalassophobie, quand votre mère est océanographe, c’est assez compliqué. Surtout quand cette dernière se pique de mener une mission improbable au large de Dunnsmouth, petite bourgade portuaire typique de Nouvelle-Angleterre, avec ses pignons, son vieux phare, son architecture georgienne typique, son collège au style gothique suranné et ses habitants aux allures de poissons morts. À moins que ce ne soit l’imagination d’Harrison qui en rajoute un brin… Il faut dire que le poisson, Harrison, il n’aime pas beaucoup ça. Or voilà que sa mère disparaît à son tour, victime d’un accident alors qu’elle disposait des balises en haute mer…

Paru le : 27/02/2020
Thématique : Science Fiction
Auteur(s) : Auteur : Daryl Gregory
Éditeur(s) : le Bélial
Collection(s) : Non précisé.
Contributeur(s) : Directeur de publication : Olivier Girard – Traducteur : Laurent Philibert-Caillat
ISBN : 2-84344-961-8

Une cosmologie de monstre de Shaun Hamill

Résumé (si l’on peut dire) : « Dans Une Cosmologie de monstres, Shaun Hamill allie brillamment les univers angoissants de H.P. Lovecraft avec l’histoire contemporaine d’une famille menacée de destruction par des forces surnaturelles. Il réussit son coup, parce que ces braves gens pourraient être nos voisins. L’horreur ne fonctionne que lorsque nous nous attachons aux personnes concernées ; nous nous attachons aux Turner, et leurs cauchemars deviennent les nôtres. La prose de Hamill est sobre, tout simplement belle. Voilà à quoi ressemblerait un roman d’horreur signé John Irving. J’ai adoré ce livre, et je pense qu’il vous plaira aussi. »
Stephen King

Chronique : Il est rare que je me plonge dans la lecture d’un livre sans avoir lu le résumé figurant sur la quatrième de couverture. C’est une habitude, c’est comme lorsqu’on rentre dans l’eau, on trempe d’abord les orteils avant de s’immerger entièrement. La quatrième de couverture permet de savoir dans quel genre de livre on s’aventure, même si cela n’empêche pas les mauvaises surprises, c’est un bon moyen de repérer les livres qui vont nous accrocher.

Cette introduction, plus longue qu’à l’accoutumé, pour bien vous faire comprendre mon ressenti de lecture par rapport à ce premier roman de l’auteur. La quatrième de couverture se résume à une citation attribué à Shephen King et les personnes qui m’en avaient parlé sont resté évasives quant à la teneur de l’histoire. Cependant l’évocation de l’univers de Lovecraft m’a suffi pour ouvrir cette cosmologie de monstre.

Je ressors de ma lecture assez satisfait, même si mes attentes, ou plutôt fantasmes de lecture, n’ont pas été combler. De manière, peut être un peu naïve, je m’attendais à un récit angoissant où la folie côtoie l’horreur mais en fait il s’agit avant tout du récit du destin d’un homme, Noah Winters, et de sa famille. Une fois compris que la mythologie lovecraftienne restera en toile de fond, je me suis mis à vraiment apprécier ma lecture.

L’auteur a un talent indéniable pour mettre en scène ses personnages et créer des relations intimes et puissantes entre les membres de cette famille maudite. Pendant 400 pages l’auteur va nous plonger au milieu de cette famille, de ces moments de tendresse jusqu’aux drames les plus tragiques et ce sur au moins quatre décennies. Un talent narratif qui parvient à masquer la lenteur de l’intrigue et le manque de suspens de manière générale.

Les descriptions auraient mérité d’être plus détaillé et mise en scène de manière plus inquiétante mais c’est un défaut pardonnable tant l’auteur parvient à incarner la famille Turner grâce à son style fluide et intime.

Un livre à déconseiller aux amateurs de Lovecraft qui s’attendraient à un récit étouffant d’angoisse mais tous ceux qui apprécient les chemins de vie gorgés d’émotions et mâtiné de fantastique devraient jeter un œil un ce premier roman prometteur.

Note: 8/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 2 octobre 2019
Langue Français
Longueur du livre 416
ISBN-10 2226439048

American elsewhere de Robert Jackson Bennett (26 septembre 2018)

lien Amazon : https://www.amazon.fr/dp/2226436642/ref=cm_sw_r_cp_awdb_c_qlu-DbRAHF0E3

Résumé : Veillée par une lune rose, Wink, au Nouveau-Mexique, est une petite ville idéale. À un détail près : elle ne figure sur aucune carte. Après deux ans d errance, Mona Bright, ex-flic, vient d y hériter de la maison de sa mère, qui s est suicidée trente ans plus tôt. Très vite, Mona s attache au calme des rues, aux jolis petits pavillons, aux habitants qui semblent encore vivre dans l utopique douceur des années cinquante. Pourtant, au fil de ses rencontres et de son enquête sur le passé de sa mère et les circonstances de sa mort (fuyez le naturel…), Mona doit se rendre à l évidence : une menace plane sur Wink et ses étranges habitants. Sera-t-elle vraiment de taille à affronter les forces occultes à l’ oeuvre dans ce lieu hors d Amérique ?

Chronique : Voilà un ouvrage dont je n’attendais pas grand-chose. On m’avait évoqué l’inspiration de King et de Lovecraft, j’avais peur du plagiat ou de la copie sans talent. L’épaisseur du livre, près de 800 pages mine de rien, me faisait craindre le pavé indigeste. Comme il bon parfois de se tromper.

L’auteur invoque bien l’héritage de King et Lovecraft mais il a su les assimiler et les intégrer de manière cohérente à son récit. De King on va retrouver la passion pour les petites villes hors du temps englués dans de sombres secrets, une ambiance nostalgique et des personnages cupides qui enchaînent les mauvaises décisions qui finiront par leur coûter cher. De Lovecraft, l’auteur emprunte bien plus qu’un bestiaire terrifiant et mystérieux, on y retrouve les thèmes chers à l’auteur tel que la confrontation des hommes face à des concepts qui les dépassent mais aussi l’invasion pernicieuse de créatures venue d’ailleurs. On y retrouve aussi l’exploration de ruines mystérieuses, formant l’un des meilleurs passages du livre.

Mais au-delà de cet hommage appuyé à ces deux grands noms de la littérature fantastique l’auteur parvient également à nous passionner pour la quête de son héroïne. Cette brave Mona, désespérant de trouver des réponses, déterminés à lever le voile de mystère qui plane sur Wink et qui sera amené à prendre l’une des pires décisions qu’un personnage de fiction est dû prendre un jour. Elle porte le livre sur ses épaules, elle est au centre de l’action, renvoyant dans les limbes les personnages secondaires qui ont parfois un peu de mal à coexister à ses côtés.

Le livre possède une atmosphère dense, rural durant les premières pages avec un soupçon de nostalgie sixties, elle prend très vite une tournure plus inquiétante mais jamais vraiment terrifiante. L’auteur multiplie les scènes d’épouvante et parvient de manière fugace à créer une angoisse diffuse mais qui s’estompe trop vite car le véritable danger se révèle bien trop tard. Entre temps notre héroïne aura échangé avec des créatures, certes étranges et inquiétantes, mais pas réellement hostiles. La notion de danger n’est donc pas vraiment présente. Cela tient peut-être aussi au fait que l’auteur tient absolument à expliquer tous les faits, et il y en a beaucoup, une part de suggestion aurait été souhaitable, cela aurait permis de renforcer l’aura mystérieuse de l’ouvrage.

L’auteur ne parvient pas vraiment à créer une tension autour de son récit et sa fin un peu précipité s’en ressent. Entre invraisenblance, d’où sortent soudainement les alliés de l’homme au panama ?, et un adversaire au physique, certes imposant, mais un peu décevant le récit n’atteint pas le climax qu’il aurait mérité.

Il n’en reste pas moins que, malgré ses quelques défauts, l’auteur nous livre une aventure passionnante, forte de son personnage principal attachant et empreint d’une atmosphère particulière qui ravira tout les amateurs de fantastique.

Note : 8/10

Éditeur Albin Michel
Date de publication 26 septembre 2018
Langue Français
Longueur du livre 784

La Clef d’Argent des Contrées du Rêve (16 mars 2017)

Par David Calvo, Morgane Caussarieu, Fabien Clavel, Raphaël Granier de Cassagnac, Neil Jomunsi, Sylvie Miller & Philippe Ward, Alex Nikolavitch, Laurent Poujois, Timothée Rey, Vincent Tassy & Randolph Carter.

Chronique : Voici onze clés oniriques, onze histoires enchantées, magiques, fantastique, horrifiques qui vous permettront d’explorer encore plus loin, encore plus profondément les fabuleuses et dangereuses Contrées du Rêve. Descendez les soixante-dix marches qui mènent à la caverne de la flamme, vénérez comme il se doit les deux prêtres barbus Nasht et Kaman-Thah et alors, vous entrerez dans l’un des univers de fantasy les plus originaux et les plus mystérieux de la littérature, révélé à l’origine par H. P. Lovecraft et exploré par l’alter-ego de l’écrivain, Randolph Carter dont nous publions pour la première fois les fragments de son carnet de voyage onirique.Les auteurs, confirmés comme jeunes pousses, rendent hommage à l’extraordinaire découverte de Lovecraft en arpentant les Contrées du Rêve pour nous en rapporter onze textes qui vous conduiront avec délice auprès des merveilles et des démons de ces territoires oniriques.Les Contrées du rêve, recueil atypique, compile sans doute ce qui est le plus personnel dans l’œuvre de Lovecraft. Si ses nouvelles horrifiques disent beaucoup de ses croyances, les textes rassemblés ici nous parlent de son âme. Les auteurs donnent le meilleur d’eux même pour cette hommage à Lovecraft et décrit des personnages de rêveurs, inadaptés au monde, si amoureux de Beauté qu’ils pénètrent dans ces contrées oniriques où tout est fantastique.

Note : 9,5/10

 

  • Broché: 272 pages
  • Editeur : MNEMOS (16 mars 2017)
  • Collection : DEDALES

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