Manhattan sunset de Roy Braverman, Walk on the wild side

Manhattan forever

Ce livre me fait penser à un bolide lancé à pleine vitesse dans les rues de New-York avec à son bord une sacré bande d’énergumènes qui possèdent tous leurs caractères bien trempés. Le conducteur prendrait des virages serrés qui obligerait le lecteur à se maintenir fermement à sa ceinture mais étonnamment la folle course-poursuite entamé dès la montée dans le véhicule se verrait assagie par de pure moment de contemplation. C’est la promesse de ce polar au rythme effréné.

Ce nouveau polar de Roy Braverman parvient à aligner une galerie de personnages drôles, attachants et qui débitent les punchlines encore plus vite que les rappeurs de la côte Ouest. Les dialogues en forme de match de ping-pong sont l’une des forces du récit. Entrecoupé d’apartés gentiment ironique de l’auteur et parfois chargés de sous-entendus grivois ou social. Les échanges de se bureau de ce pauvre capitaine que personne ne respecte, et surtout pas ses hommes, donnent l’impression d’assister à une représentation de théâtre de boulevard. Les personnages ont une caractéristique commune, ils sont fort en gueule, ne se laisse pas marcher sur les pieds mais l’écriture de l’auteur les maintient souvent dans une forme de caricature qui n’a rien de bien méchante mais qui manque un peu d’originalité. Donnelli et son équipier fantôme occupent le premier plan évidemment. Leur tandem fonctionne bien même si j’aurais bien aimé que l’auteur insiste un peu plus sur la dégradation psychologique de son personnage. En l’occurrence leur duo fait office de ressort humoristique mais éclipse le mal-être de Donnelli. Mankato, la nouvelle coéquipière de Donnelli, qui ne s’en laisse pas compter par son équipier bourru tire son épingle du jeu parmi la foule de personnages introduit par l’auteur.

L’intrigue quant à elle souffre d’un aspect brouillon et fouillis. L’auteur est parvenu à maintenir une certaine unité de narration, notamment grâce au dynamisme de sa narration, mais il aurait gagné à recentrer son intrigue à un niveau plus local. New-York est une ville cosmopolite certes mais là entre la mafia lituanienne, le FBI, le MI6 et les barbouzes Russes on gagne en complexité ce que l’on perd en charme new-yorkais et c’est dommage. L’intrigue secondaire se révèle de nature efficace mais beaucoup trop classique pour être mémorable.

Enfin je ne peux terminer cette chronique sans évoquer l’instant de grâce du récit. Au milieu de ce déchaînement de violence, de ces enquêtes glauques dans des décharges automobiles, de ces règlements de comptes entre mafieux, de ces exécutions aveuglées par la haine, l’auteur offre un pur moment de poésie urbaine. Un moment de respiration et de sérénité au milieu d’une narration qui ne s’arrête jamais vraiment. Une pause bienfaitrice qui nous immerge dans une New-York féerique et onirique et qui donne à voir ce dont la plume de l’auteur est capable lorsqu’elle prend le temps de conter, et rien que pour ça, malgré les défauts de l’ouvrage, je ne regrette pas ma lecture.

Résumé: Un New York sombre et violent, avec des rues comme des canyons dans lesquels la vie se perd et la mort s’engouffre. Avec fracas parfois, comme lorsqu’elle vient saisir une petite fille, retrouvée assassinée, le corps mutilé, au milieu d’un amas d’épaves de voitures.
En équilibre précaire, accroupi tout en haut d’une pile de carrosseries déglinguées, Pfiffelmann interroge son partenaire, l’inspecteur Donnelli :  » Alors, tu en dis quoi ?  » Un début d’enquête somme toute normal.
Sauf que  » Pfiff  » est un fantôme, qui exige lui aussi la vérité sur les circonstances de sa mort. Comme si Donnelli n’avait pas déjà tout son soûl de crimes, d’obsessions et de vengeances. Comme si la ville ne lui avait pas déjà arraché un lourd tribut.
Pourtant, une fois par an, New York lui offre aussi un instant magique, lorsque le soleil couchant symétrique et flamboyant du Manhattanhenge prend la 42e rue en parfaite enfilade. Une illumination divine, comme la révélation d’un indice éclaire un crime d’une lumière nouvelle. Avant que tout, la ville comme la vie de Donnelli, ne sombre à nouveau dans la nuit.

  • Éditeur : Hugo Roman (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 363 pages
  • ISBN-10 : 275568609X
  • ISBN-13 : 978-2755686098
  • Poids de l’article : 435 g
  • Dimensions : 14 x 3.2 x 20.9 cm