Tous les péchés sont capitaux de Daria Desombres (27 mars 2019)

Résumé :Depuis l’assassinat de son père, avocat renommé, Macha Karavaï, une jeune étudiante en droit de vingt-deux ans, nourrit une véritable obsession pour les tueurs en série. Pistonnée pour un stage à la Petrovka, l’état-major de la police de Moscou, elle est prise en grippe par Andreï Yakovlev, l’enquêteur en chef, qui décide de la mettre à l’écart en lui confiant d’anciennes affaires d’homicides qui lui semblent sans intérêt.
Mais quand Macha se rend compte que des cadavres ont été découverts à la cathédrale St Basile, à la Tour Koutafia et repêchés devant les remparts du Kremlin, elle identifie un lien entre l’emplacement de ces crimes et le plan de la ville médiévale de Moscou, construite par les architectes au Moyen Âge selon le modèle de la Jérusalem céleste. Contrairement aux catholiques pour qui il existe sept péchés capitaux, les orthodoxes, eux, estiment que tous les péchés sont capitaux. Les corps des victimes n’ont pas été abandonnés mais plutôt mis en scène par le tueur pour représenter divers péchés. Macha parvient enfin à attirer l’attention d’Andreï et ils se lancent alors sur les traces de ce tueur en série on ne peut moins ordinaire…

Chronique :La Russie est un pays qui reste encore assez inexploré dans le domaine du polar, alors lorsqu’un ouvrage établit son intrigue sur les terres de la mère- patrie avec en sus une bonne dose de mystère il n’en faut pas plus pour m’inciter à me lancer dans la lecture de ce premier roman.

L’auteure nous embarque donc pour une enquête qui n’offre rien d’original. En effet un tueur en série qui fait son macabre office en suivant une liste de péchés et de mises à mort médiévales c’est une caractéristique que les lecteurs de polars ont déjà forcément croisés au cours de leurs lectures. Le personnage de Macha trouve un peu trop facilement les liens entre les différents meurtres et les victimes mais il faut bien que l’enquête commence et le personnage de Macha se révèle suffisamment dynamique pour nous entraîner dans sa théorie de tueur en série mystique.

Cette partie de l’intrigue, avec des anecdotes sur la religion orthodoxe et la Jérusalem céleste, représente l’atout majeur du récit. L’auteur expose clairement les idées des enquêteurs. Malheureusement tout cet enrobage historique ne suffira pas à enrichir la pauvreté psychologique de l’assassin dont les motivations et le passé sont bâclés et ternissent l’ensemble de l’œuvre.

Le duo d’enquêteurs formés par Macha et Andrei se révèle attachant mais l’auteur aurait peut-être été plus indiqué de développer leur complicité afin de faire d’eux un duo d’enquêteurs équilibré, entre Andrei l’irascible et Macha la jeune stagiaire déterminée. Au lieu de ça, l’auteure tisse entre eux une romance qui n’a rien de honteuse mais qui amène des interrogations sur l’avenir de leur relation. Comment développer des personnages qui ont atteint un tel stade de relation lors d’éventuelle suite à ce premier ouvrage?

Le style de Daria Desombres est encore en pleine gestation. En tout cas il faut l’espérer car si elle parvient à nous intéresser à son récit lors des chapitres consacrés à l’enquête, sa plume se révèle plus aléatoire lors des passages plus intimiste. Son style apparaît comme bridé, comme si elle tenait à se conformer à un académisme qui lui empêche de déployer toute la mesure de son talent.

Ces quelques défauts n’empêchent pas ce polar d’offrir une intrigue solide et suffisamment captivante pour offrir un beau moment de lecture. L’auteure devra confirmer son style dans son deuxième ouvrage.

Note : 7/10

Éditeur Le Masque
Date de publication 27 mars 2019
Langue Français
Longueur du livre 384
ISBN-10 2702449077

Chambre 413 (2 octobre 2019) de Joseph Knox

Tournant le dos à sa vie d’avant, indifférent à son avenir, l’inspecteur Aidan Waits s’est résigné à intégrer la patrouille de nuit – cycle sans fin d’appels insignifiants et de solitudes insolubles. Jusqu’à ce que lui et son coéquipier, l’inspecteur principal Peter Sutcliffe, soient dépêchés au Palace, un immense hôtel désaffecté au cœur d’une ville en ébullition. Sur les lieux, dans la chambre 413, ils découvrent un homme. Il est mort. Et il sourit. On a retiré toutes les étiquettes de ses vêtements. On a limé et remplacé ses dents. Même ses empreintes digitales ne sont pas les siennes. Seule une pièce cousue à l’intérieur de son pantalon donne un indice sur son ultime acte désespéré…

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Chronique : Après plusieurs lectures décevantes (coucou la promesse de Tony Cavanaugh) ou maussade (coucou bloc 46 de Johanna Gustawsson), il était plus que temps pour moi de renouer avec un vrai bon polar. Joseph Knox avec son deuxième roman est arrivé à point nommé.

L’œuvre baigne tellement dans une atmosphère glauque et obscure que c’est à se demander si le soleil éclaire parfois cette sombre ville de Manchester. L’auteur a le style idéal pour retranscrire cette ambiance poisseuse d’un été meurtrier dans les nuits de Manchester. Soyez donc prêts à embarquer à la découverte d’un Manchester nocturnes des plus reluisants, entre hôtel abandonné, bar miteux et appartement crasseux.

En plus d’une atmosphère convaincante, le récit est porté par des personnages terriblement attachants chacun à leur manière. Le personnage d’Aidan coche toutes les cases d’un modèle rabattu: alcoolique, honni par les siens, qui flirte avec les deux côtés de la loi, mais investi d’une mission de justicier. Toutes les caractéristiques de l’anti-héros sont remplis. Cependant son passé trouble suffit à faire de lui un personnage complexe qui n’a sans doute pas encore révélé tous ses secrets.

Le coéquipier de ce cher Aidan, le fameux Peter Sutcliffe, est délicieusement odieux. Ses réparties caustiques et vulgaires, aussi déplacés soient-elles, allègent quelque peu un récit des plus sombres. Les trop rares interventions du superintendant Parrs sont du même ordre. Il fait plus figure de parrain mafieux que de chef de la police mais il n’en reste pas moins que ces dialogues sont un régal de cynisme. On a même droit à un ersatz de femme fatale avec le personnage d’Alicia Russel. Ce polar offre tout un spectre de personnages que l’on prend plaisir à suivre.

Terminons par l’intrigue en elle-même. Si j’étais un peu rebuté au début par les interludes sur le jeune garçon tout finit par s’expliquer et trouver sa place dans l’ensemble du récit.Les différents faisceaux de preuve s’imbriquent de façon naturelles et malgré les nombreuses pistes étudiés l’auteur parvient à garder une cohérence jusqu’au final où tous les nœuds de l’intrigue se dénouent alors que l’auteur gardent suffisamment de cartouches pour poursuivre les patrouilles nocturnes d’Aidan Waits.

Même si pour rien au monde je ne voudrais rejoindre ce pauvre Aidan dans ces patrouilles à la rencontre de ce que l’humanité a de pire à offrir il me tarde quand même de le retrouver dans sa prochaine enquête.

Note : 9/10

 

  • Broché : 384 pages
  • Editeur : Le Masque (2 octobre 2019)
  • Collection : Grands Formats
  • Langue : Français
  • ISBN-10 : 2702448526

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