Sukkvan Island de David Vann, démons et merveilles

Merveilles des paysages enchanteurs décrits par David Vann, l’ Alaska et sa nature sauvage, ses forêts séculaires et sa météo indomptable. Démons qui habitent l’esprit de Jim, qui l’empêche d’être en paix avec son fils Roy avec lequel il s’est retranché sur cette petite île isolée. La dépression, la rancune et une certaine haine de soi vont le hanter jusqu’au drame qui va tout faire basculer.

Un récit qui va me marquer à vie. Non pas par la plume, que j’ai trouvée un peu rêche et qui ne m’a pas pleinement convaincu, mais par l’atmosphère malsaine qui s’en dégage, et ce bien avant l’événement soudain qui tranche l’ouvrage en deux parties. La plume de l’auteur transpire le mal-être, la souffrance dissimulée et les non-dits meurtriers.

La seconde partie est un voyage au bout de l’enfer. La boîte de pandore est ouverte et tous les démons contenus dans la première partie sont relâchés. Un tunnel de folie et de souffrance. On finit la lecture à bout de souffle, fébrile et sidéré. Une lecture déstabilisante, il ne faut pas chercher à s’attacher aux personnages mais accepter d’être entraîné dans un tourbillon malsain.

Il va falloir que je me lance dans un autre de ses récits pour me faire un avis définitif sur cet auteur. Le fait est que Sukkwan Island va me rester en mémoire.

Résumé: Une île sauvage du Sud de l’Alaska, accessible uniquement par bateau ou par hydravion, tout en forêts humides et montagnes escarpées. C’est dans ce décor que Jim décide d’emmener son fils de treize ans pour y vivre dans une cabane isolée, une année durant. Après une succession d’échecs personnels, il voit là l’occasion de prendre un nouveau départ et de renouer avec ce garçon qu’il connaît si mal. Mais la rigueur de cette vie et les défaillances du père ne tardent pas à transformer ce séjour en cauchemar, et la situation devient vite incontrôlable. Jusqu’au drame violent et imprévisible qui scellera leur destin. Couronné par le prix Médicis étranger en 2010, Sukkwan Island est un livre inoubliable qui nous entraîne au coeur des ténèbres de l’âme humaine.

  • Éditeur ‏ : ‎ Editions Gallmeister (2 février 2017)
  • Langue ‏ : ‎ Français
  • Broché ‏ : ‎ 192 pages
  • ISBN-10 ‏ : ‎ 2351786017
  • ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2351786017
  • Poids de l’article ‏ : ‎ 140 g
  • Dimensions ‏ : ‎ 12.2 x 1.7 x 18.5 cm

Une falaise au bout du monde de Carl Nixon, le roman qui vous mène là où vous ne vous y attendez pas

Drame du bout du monde

Ce roman, le troisième de Carl Nixon mais le premier que je lis de cet auteur, a su me ravir dans son univers à la lisière du roman noir et du nature writing. Une intrigue qui n’est pas ce qu’elle semble être et une plume bien ajustée font de ce roman une bien bonne surprise.

Évacuons d’emblée un élément qui me semble important pour bien apprécier l’ouvrage, non ce roman n’est pas un polar dont l’action se situerait en Nouvelle-Zélande. Contrairement à ce que laisse penser la quatrième de couverture on est plus dans un récit de nature writing, sous-genre de la littérature très prisé en Amérique, traversé par deux trois composants de l’intrigue plus sombre. Une fois que l’on a assimilé le fait que l’on ne va pas lire un polar classique, le voyage peut commencer. En ce qui concerne le lieu de l’action, on est bien en Nouvelle-Zélande, plus précisément sur l’île du sud, ce qui nous donne à voir une Nouvelle-Zélande plus proche de l’Amérique de la Rust belt, plus rustique et champêtre. Au niveau dépaysement l’auteur tiens ses promesses.

Rapidement une double temporalité se met en place dans le récit et une évidence s’impose très vite au lecteur, l’auteur a décidé de raconter une histoire tout à fait différente que celle à laquelle on s’attendait. Le récit se déroulant en 2010 prend une place de plus en plus secondaire au fur et à mesure que l’on avance dans la lecture tout comme le personnage de cette brave Suzanne, dont la caractérisation souffre d’être délaissé au profit de Katherine. L’auteur se focalise en effet sur les années qui suivent le drame initial. Si cela a pour effet d’épaissir des personnages que l’on ne s’attendait pas à voir autant développer cela se fait au détriment de Suzanne, un personnage résilient, volontaire et élégant, drapé dans sa douleur, qui se retrouve reléguée au second plan.

Mais une fois ce choix surprenant de l’auteur accepté on se retrouve en train de lire un récit d’une tristesse insondable. L’ensemble du récit baigne dans une espèce de mélancolie résignée, avec quelques touches d’onirisme, surtout lorsque l’on connaît le dénouement tragique de ce drame qui n’offre aucune réponse, aucune fin heureuse. Le personnage de Katherine porte le récit sur ses épaules, enfant courage qui fera preuve d’une capacité d’adaptation incroyable et d’une résilience désarmante. Plusieurs moments clés du récit sont un déchirement lors de la lecture, je pense notamment au sort du petit Tommy ou celui de Bess, mais l’auteur a l’intelligence de nous narrer ses passages avec une pudeur incroyable, sans forcer sur le pathos, il parvient à emplir notre cœur de lecteur d’une tristesse infinie. Pour finir je reviens sur le traitement du personnage de Tommy en apportant un bémol, je trouve assez invraisemblable le sort que lui réserve l’auteur au tout début du récit. Une petite anicroche qui m’a poursuivi tout au long de ma lecture, rien de grave mais je ne pouvais terminer ma chronique sans soulever ce détail.

Un livre qui vous prend par la main pour vous emmener vers des chemins balisés mais qui bifurque rapidement pour nous entraîner vers un récit poignant, sans concessions. Un roman que je qualifierais de noir faute d’un meilleur terme mais qui reste à la croisée des genres.

Résumé: 1978. Une pluie incessante, quelque part sur la côte Ouest de la Nouvelle-Zélande. Des enfants endormis à l’arrière d’une voiture. Le drame semble inévitable. A peine arrivée sur le continent, la famille Chamberlain, fraîchement débarquée d’Angleterre, disparaît dans la nuit.

2010. Suzanne reçoit un appel du bout du monde. Les ossements de l’un de ses neveux ont été retrouvés. Etrange : il aurait vécu plusieurs années après sa disparition. Mais où? Comment ? Et qu’en est-il de ses proches ? Un roman sombre et puissant.

  • Éditeur : Nouvelles éditions de l’Aube (4 février 2021)
  • Langue : Français
  • Broché : 328 pages
  • ISBN-10 : 2815939363
  • ISBN-13 : 978-2815939362
  • Poids de l’article : 390 g